L’original que Moscou n’a jamais pu égaler
Pour comprendre ce que la Russie a volé, il faut d’abord comprendre ce que la Suède a créé. Le Combat Boat 90, désigné Stridsbåt 90 H dans la marine suédoise, est né en 1991 dans les ateliers de Dockstavarvet, aujourd’hui filiale de Saab. Le nom dit tout. Combat Boat 90 signifie bateau de combat de 1990, année de son acceptation. Le H signifie half, pour demi-peloton, parce que l’embarcation transporte dix-huit soldats d’infanterie amphibie en équipement complet. La philosophie suédoise était limpide. Un bateau léger, rapide, maniable, capable d’opérer dans les eaux littorales peu profondes de l’archipel scandinave. Sa coque en aluminium de 14,9 mètres ne déplace que 18 tonnes. Ses deux hydrojets le propulsent à 40 noeuds, soit 74 kilomètres à l’heure. À 20 noeuds de vitesse de croisière, son autonomie atteint 240 milles nautiques. Et voici le détail que les ingénieurs russes n’ont jamais réussi à reproduire fidèlement. Le CB90 peut passer de sa vitesse maximale à l’arrêt complet en deux longueurs et demie de coque. Il peut exécuter des virages serrés à pleine vitesse. Il peut ajuster son angle de tangage et de roulis en cours de route. C’est un chasseur, pas un transporteur.
La Suède conçoit des bateaux comme elle conçoit des avions de chasse. Avec une précision d’orfèvre et une philosophie de survie. La Russie, elle, photocopie et prie pour que ça tienne.
Plus de 250 exemplaires en service dans le monde
Le succès du CB90 n’est pas une opinion. C’est un fait commercial et stratégique mesurable. Plus de 250 exemplaires naviguent aujourd’hui sous les couleurs de multiples marines. La Suède en a reçu 165, avec 32 CB90 HSM supplémentaires en commande. La Norvège opère la variante S90N. La Grèce utilise le CB90 HEX. Le Mexique a adopté le CB90 HMN. La Malaisie déploie le CB90 RMN. Les États-Unis ont intégré le design dans leur Riverine Command Boat. Et pourtant, le client le plus symbolique aujourd’hui, c’est l’Ukraine elle-même. Stockholm a promis 38 CB90 à Kyiv. Dix livrés en février 2024. Six en septembre 2024. Seize en janvier 2025. Au moins 19 sont déjà en service dans les forces ukrainiennes. L’ironie est magistrale. L’Ukraine combat la copie russe du CB90 tout en opérant l’original suédois. La contrefaçon contre l’authentique. Et c’est la contrefaçon qui coule.
Le Projet 02510, autopsie d'un plagiat industriel
Kalashnikov et Rybinsk, les faussaires en chef
Le BK-16, officiellement désigné Projet 02510, est produit au chantier naval de Rybinsk, qui opère sous l’égide du groupe Kalashnikov. Le même Kalashnikov qui fabrique les fusils d’assaut les plus répandus au monde. Le même conglomérat qui prétend incarner l’excellence industrielle russe. La première livraison du BK-16 à la Flotte de la mer Noire remonte à novembre 2014, lorsqu’un exemplaire a été acheminé à Sébastopol pour des essais. Le timing n’est pas anodin. 2014, l’année de l’annexion de la Crimée. La Russie venait de voler une péninsule. Elle volait aussi un design de bateau. La cohérence dans le vol est au moins admirable. Et pourtant, malgré les ressources colossales du complexe militaro-industriel russe, le BK-16 n’est qu’une imitation approximative. La coque est plus longue, 16 mètres contre 14,9 pour le CB90. Le déplacement est supérieur, 22 tonnes contre 18. Et la vitesse maximale revendiquée de 42 noeuds reste largement théorique dans les conditions opérationnelles réelles.
Il y a un mot pour décrire ce que Kalashnikov a fait avec le design de Dockstavarvet. En droit international, ce mot existe. En Russie, on appelle ça de l’innovation.
Le deuxième clone après le Raptor
Le BK-16 n’est même pas le premier clone russe du CB90. Avant lui, le Projet 03160 Raptor, construit par le chantier naval Pella de Leningrad, avait déjà reproduit les lignes du bateau suédois. Deux chantiers navals différents. Deux projets distincts. Le même modèle volé. Le Raptor pour la patrouille rapide. Le BK-16 pour le débarquement amphibie. La Russie a décliné le plagiat en gamme complète. Elle a créé une famille entière de bâtiments navals fondée sur le vol de propriété intellectuelle. Les ingénieurs suédois de Dockstavarvet ont passé des années à perfectionner l’hydrodynamique du CB90. Sa capacité à s’arrêter en deux longueurs et demie. Sa maniabilité en eaux littorales. Son ratio poids-puissance optimisé. Tout ce savoir-faire scandinave, des décennies de recherche et développement, condensé dans une coque de 14,9 mètres. La Russie a pris les plans, agrandi la coque, ajouté du poids, et perdu l’essence. Comme toujours.
L'armement du BK-16, vitrine d'une puissance de pacotille
Un arsenal impressionnant sur le papier
Sur le papier, le BK-16 est une plateforme de combat redoutable. Le module de combat télécommandé Kalashnikov offre le choix entre une mitrailleuse lourde de 12,7 mm et un lance-grenades de 40 mm. Quatre mitrailleuses de 7,62 mm complètent la puissance de feu. Le bateau peut emporter quatre mines navales ou être équipé d’un lanceur de missiles guidés. Plus remarquable encore, le BK-16 embarque des drones ZALA, ces petits aéronefs de reconnaissance dotés d’une portée de transmission vidéo de 25 kilomètres. Les ZALA sont aussi produits par le groupe Kalashnikov. Le synergisme est total. Le bateau Kalashnikov porte les armes Kalashnikov et les drones Kalashnikov. Un écosystème fermé de contrefaçon et de production intégrée. Impressionnant dans une brochure commerciale. Pathétique face à un drone ukrainien qui coûte une fraction du prix.
Quand un drone à quelques milliers de dollars coule un navire à plusieurs millions, ce n’est pas un incident. C’est un verdict sur toute une philosophie militaire. Le BK-16 est mort avec son arsenal intact. Personne n’a eu le temps de tirer.
Des capacités qui n’ont jamais fait la différence
Le BK-16 a été déployé pour la première fois en combat réel en mars 2022, lors des opérations au port de Berdiansk. Des vidéos ont ensuite montré des BK-16 opérant sur le Dniepr durant l’été 2022. Mais à aucun moment ces embarcations n’ont changé le cours des opérations navales. Les forces ukrainiennes ont systématiquement adapté leurs tactiques. Les drones navals, les missiles anti-navires, les drones aériens ont méthodiquement repoussé la présence russe hors des eaux ukrainiennes. Le BK-16 avec ses mitrailleuses et ses drones ZALA n’a rien pu faire contre cette révolution asymétrique. Armyrecognition rapportait en 2024 que les BK-16 et BK-10 étaient déployés pour renforcer la défense de la mer Noire contre les menaces sans équipage. Défendre contre les drones avec des mitrailleuses montées sur un bateau qui est lui-même vulnérable aux drones. L’absurdité de la doctrine navale russe résumée en une seule phrase.
L'unité Kryla et la précision qui tue
Les ailes du renseignement militaire ukrainien
Kryla signifie ailes en ukrainien. L’unité qui a détruit le BK-16 porte bien son nom. Rattachée au renseignement militaire ukrainien, la Direction principale du renseignement, cette unité spécialisée dans les opérations de drones a frappé le BK-16 alors qu’il était amarré à quai dans le village de Novoozernoïe. Le bateau ne naviguait pas. Il ne patrouillait pas. Il était immobile. Attaché. Vulnérable. Les images satellites de l’état-major ukrainien ont documenté la frappe. Puis les photographies publiées par la chaîne Telegram russe Dossier du Renseignement ont confirmé la destruction totale. L’épave calcinée du BK-16 gisait là, à son poste d’amarrage, méconnaissable. La coque d’aluminium avait fondu par endroits. Le module de combat était détruit. La superstructure s’était effondrée sur elle-même.
Il y a une poésie sinistre dans le fait que ce soient des sources russes elles-mêmes qui aient confirmé la destruction. Quand votre propre camp diffuse les photos de votre humiliation, c’est que même la propagande a renoncé à mentir.
Une frappe dans un contexte d’opérations coordonnées
La destruction du BK-16 ne s’est pas produite en isolation. Le même jour, les forces ukrainiennes ont frappé un système de défense aérienne Pantsir-S1 dans la même zone. L’état-major a également rapporté des frappes sur un centre de commandement utilisé pour opérer des drones de reconnaissance et de frappe, incluant un point de contrôle pour les UAV Orion près de Krasnosilske en Crimée. Des centres de commandement de drones supplémentaires ont été ciblés à Dounaïka dans la région de Belgorod, près de Houliaïpole dans la région de Zaporijjia, et à Selydove dans la région de Donetsk. Ce n’était pas une frappe isolée. C’était une campagne. Méthodique. Coordonnée. Dévastatrice. L’Ukraine ne se contente pas de couler des bateaux. Elle détruit l’infrastructure qui les protège, les radars qui les guident, les systèmes de défense qui les couvrent. Et pourtant, malgré cette dégradation systématique de leurs capacités, les forces russes continuent de garer leurs navires à quai comme si la guerre n’existait pas.
La Flotte de la mer Noire, un cimetière qui grandit
De Sébastopol à Novorossiysk, la fuite qui ne protège plus
La Flotte de la mer Noire a été chassée de Crimée. Ce fait seul résume l’effondrement de la puissance navale russe. La flotte qui était basée à Sébastopol depuis l’époque de Catherine la Grande a été contrainte de se replier à Novorossiysk, à 360 kilomètres de la ligne de front. Mais la distance ne protège plus rien. Dans la nuit du 1er au 2 mars 2026, des drones aériens ukrainiens ont frappé le port de Novorossiysk, ciblant au moins huit navires de guerre amarrés aux quais. La frégate Admiral Essen a été touchée en pleine superstructure. L’incendie a brûlé pendant 18 heures. Le SBU, le service de sécurité ukrainien, a évalué que le navire avait subi des dommages critiques limitant significativement sa capacité à utiliser ses missiles de croisière Kalibr. Le dragueur de mines Valentin Pikul, un Projet 266ME, a vu son équipement de dragage endommagé par une frappe sur sa poupe. Pas de chantiers de réparation majeurs à Novorossiysk. La Turquie a fermé le Bosphore aux navires de guerre russes en 2022. Aucun remplacement possible. Chaque navire touché est un navire perdu, temporairement ou définitivement.
La Russie a la deuxième plus grande marine du monde sur le papier. En mer Noire, elle n’ose même plus sortir ses navires du port. Et quand elle les y laisse, l’Ukraine les y brûle.
Plus de vingt-six navires perdus depuis le début de la guerre
Le Royaume-Uni estimait déjà à 26 le nombre de navires de la Flotte de la mer Noire perdus depuis le début de l’invasion à grande échelle. Le croiseur Moskva, navire amiral de la flotte, coulé en avril 2022. Le navire de débarquement Saratov, détruit au port de Berdiansk en mars 2022. Des patrouilleurs, des dragueurs de mines, des navires de débarquement, des sous-marins. La liste s’allonge chaque mois. Le 19fortyfive, publication américaine spécialisée en défense, parlait en février 2026 d’une spirale mortelle pour la marine russe en mer Noire. Le mot est choisi. Spirale. Parce que chaque perte réduit la capacité de défense des navires restants, ce qui accélère les pertes suivantes, ce qui réduit encore la défense, dans un cycle qui ne peut se terminer que par l’élimination complète de la flotte. Le BK-16 n’est qu’un épisode supplémentaire de cette spirale. Un épisode rendu plus savoureux par l’ironie de son design volé.
L'ironie suédoise, quand Stockholm arme les deux côtés du miroir
La Suède livre l’original à l’Ukraine pendant que la Russie perd sa copie
Voici le paradoxe le plus délicieux de cette guerre navale. La Suède, dont le design a été volé par la Russie, fournit désormais l’original à l’Ukraine. Stockholm a promis 38 Combat Boat 90 aux forces armées ukrainiennes. Au moins 19 sont déjà opérationnels. L’Ukraine opère donc des CB90 authentiques, conçus par Dockstavarvet, construits selon les standards suédois, pendant que la Russie perd ses copies approximatives. La contrefaçon coule. L’original navigue. Si un scénariste avait écrit cette histoire, on l’aurait accusé de manquer de subtilité. La Suède, pays neutre pendant plus de 200 ans, désormais membre de l’OTAN depuis mars 2024, livre ses bateaux de combat à l’Ukraine qui les utilise pour combattre une marine qui a volé le même design. L’histoire a parfois un sens de l’humour plus affûté que n’importe quel chroniqueur.
La Russie a volé le design suédois. La Suède a rejoint l’OTAN. Et maintenant Stockholm envoie les vrais bateaux à Kyiv pour combattre les faux. On ne peut pas inventer un tel retournement. La réalité dépasse la satire.
Ce que la livraison des CB90 révèle de l’engagement occidental
La livraison des CB90 à l’Ukraine n’est pas qu’un geste symbolique. Ces embarcations sont des outils tactiques de premier ordre pour les opérations littorales, le transport rapide de troupes, les raids amphibies et la reconnaissance côtière. Le CB90 peut transporter 21 soldats entièrement équipés et jusqu’à 4,5 tonnes de fret. Sa vitesse de 40 noeuds et sa maniabilité exceptionnelle en font un outil idéal pour les opérations dans les eaux côtières de la mer Noire et du delta du Dniepr. Combinés aux drones navals que l’Ukraine développe en interne, les CB90 permettent de projeter une puissance que la marine ukrainienne conventionnelle ne possède pas. Un pays sans marine traditionnelle est en train de dominer une des flottes les plus anciennes du monde. L’innovation et l’adaptation battent le tonnage et la tradition.
La guerre des drones navals, révolution que Moscou refuse de comprendre
Le paradigme que la Russie n’a pas vu venir
La destruction du BK-16 s’inscrit dans une révolution militaire que les académies navales russes n’enseignent pas encore. L’Ukraine a inventé, dans l’urgence de la survie, un modèle de guerre navale entièrement nouveau. Sans flotte de surface. Sans sous-marins. Sans aviation navale conventionnelle. Avec des drones. Des drones aériens qui frappent les navires à quai. Des drones navals qui les attaquent en mer. Des missiles qui les traquent au-delà de l’horizon. Le coût d’un drone naval ukrainien se chiffre en dizaines de milliers de dollars. Le coût d’une frégate russe se chiffre en centaines de millions. Le ratio est de un contre dix mille. Et pourtant, c’est le drone qui gagne. Pas parce qu’il est plus puissant. Parce qu’il est plus intelligent, plus adaptable, plus nombreux, et parce que perdre un drone ne coûte rien alors que perdre un navire change l’équation stratégique.
À quel moment une marine entière a-t-elle décidé que la meilleure stratégie contre les drones consistait à rester au port et à espérer que les drones ne viendraient pas? Les drones sont venus. Ils viennent toujours.
Le BK-16, symbole d’une doctrine dépassée
Le BK-16 était censé être la réponse russe aux menaces asymétriques. Un bateau rapide, armé, capable de patrouiller, de débarquer des troupes, de poser des mines, de lancer des missiles. Mais cette polyvalence théorique s’est heurtée à une réalité brutale. Un bateau, aussi rapide soit-il, reste une cible. Un bateau à quai est une cible immobile. Et contre un essaim de drones, toutes les mitrailleuses du monde ne suffisent pas. La doctrine navale russe reste prisonnière d’une pensée soviétique qui valorise le tonnage, la puissance de feu embarquée, la présence physique. Face à un ennemi qui privilégie la furtivité, le nombre, la vitesse de déploiement et le coût minimal, cette doctrine est obsolète. Le BK-16 coulé à Novoozernoïe est le symbole parfait de cet anachronisme. Un bateau copié, équipé d’armes conventionnelles, détruit par une technologie que ses concepteurs n’avaient même pas envisagée.
Ce que personne ne dit sur la propriété intellectuelle militaire
Le vol de technologies comme doctrine nationale
Le cas du BK-16 n’est pas une anomalie. C’est une politique. La Russie copie systématiquement les technologies militaires étrangères lorsqu’elle ne parvient pas à les développer elle-même. Le drone Orion, inspiré du MQ-1 Predator américain. Les systèmes de visée reproduisant des technologies occidentales. Les composants électroniques contournant les sanctions pour acquérir des puces conçues aux États-Unis, au Japon, en Europe. Le BK-16 n’est qu’un exemple de plus de cette kleptocratie technologique qui imprègne toute la base industrielle de défense russe. Le Projet 03160 Raptor avant lui. Le Projet 02510 BK-16 après. Deux bateaux. Deux chantiers. Un seul design volé. Le chantier Pella de Saint-Pétersbourg et le chantier de Rybinsk sous Kalashnikov ont tous deux reproduit les lignes du CB90. Deux photocopies du même chef-d’oeuvre.
En Occident, on protège la propriété intellectuelle avec des brevets et des tribunaux. En Russie, on la protège avec le secret-défense. Voler un design et classer le vol comme secret d’État. L’astuce est presque géniale si on oublie que le bateau a fini par couler.
Les conséquences stratégiques du copier-coller naval
Copier un design n’est pas la même chose que comprendre un design. La Suède n’a pas seulement créé une coque. Elle a créé un système. Le CB90 fonctionne parce que chaque élément, la coque, les moteurs, les hydrojets, l’électronique de bord, les systèmes de navigation, a été conçu en cohérence. La Russie a reproduit la forme mais pas la substance. Elle a copié l’enveloppe mais pas l’intelligence qui la fait fonctionner. C’est la différence entre photocopier un tableau de Rembrandt et peindre comme Rembrandt. Le résultat ressemble. Le résultat ne vaut rien. Et quand le résultat prend feu dans un port de Crimée sous l’impact d’un drone ukrainien, la différence entre la copie et l’original n’a plus aucune importance. Les deux finissent de la même façon. Sauf que l’original ne brûle pas à Novoozernoïe. L’original navigue sous pavillon ukrainien.
Mars 2026, le mois où tout a basculé en mer Noire
Une accumulation de frappes qui redéfinit l’équilibre naval
Le BK-16 détruit en février n’était que le prélude. En mars 2026, les frappes ukrainiennes se sont intensifiées de manière spectaculaire. Les opérations du 2 mars contre le port de Novorossiysk ont ciblé huit navires simultanément. La frégate Admiral Essen neutralisée dans ses capacités Kalibr. Le dragueur de mines Valentin Pikul potentiellement détruit. L’Admiral Makarov et les navires anti-sous-marins Yeïsk et Kasimov possiblement endommagés. Le 8 mars, les forces ukrainiennes rapportaient la destruction du BK-16 près de Novoozernoïe avec des photos confirmant la destruction complète. Chaque semaine apporte son lot de navires touchés, de systèmes de défense détruits, d’infrastructures portuaires dégradées. La mer Noire n’est plus un théâtre naval russe. C’est un champ de tir ukrainien.
Trois ans de guerre navale. Une flotte entière repoussée de ses bases historiques. Des navires qui brûlent dans leurs ports de refuge. Et au milieu de tout ça, un petit bateau copié sur un design suédois qui fond doucement sur un quai de Crimée. La fable se raconte toute seule.
Ce que la perte du BK-16 signifie pour les opérations amphibies russes
Avec deux BK-16 perdus sur neuf, la Russie perd plus que des bateaux. Elle perd des capacités. Le BK-16 était conçu pour le transport rapide d’infanterie de marine, les opérations de sabotage, la patrouille côtière et les missions de reconnaissance. Chaque perte réduit la capacité de Moscou à projeter des forces le long des côtes. Chaque perte complique les opérations de ravitaillement en Crimée, où les voies terrestres via le pont de Kertch sont elles aussi sous menace permanente. La Crimée devient progressivement une île stratégique coupée de ses lignes d’approvisionnement. Les navires qui devaient la ravitailler coulent. Les ponts qui devaient la relier sont ciblés. Les défenses aériennes qui devaient la protéger sont méthodiquement neutralisées. Le BK-16 n’est qu’un fil de plus dans cette toile que l’Ukraine tisse patiemment autour de la péninsule occupée.
La leçon que le monde devrait retenir
L’innovation bat la copie, toujours
L’histoire du BK-16 est une parabole pour notre époque. Un pays qui copie au lieu de créer. Un pays qui vole au lieu d’innover. Un pays qui produit en masse des imitations sans comprendre l’essence de ce qu’il reproduit. Et face à lui, un pays plus petit, plus pauvre, assiégé de toutes parts, qui invente chaque jour de nouvelles façons de se battre. L’Ukraine n’avait pas de marine digne de ce nom en février 2022. Quatre ans plus tard, elle contrôle la mer Noire. Pas avec des cuirassés. Pas avec des sous-marins nucléaires. Avec des drones qui coûtent le prix d’une voiture. L’innovation née de la nécessité a battu la puissance brute née de la complaisance. Le CB90 original navigue sous couleurs ukrainiennes. La copie russe pourrit au fond de la mer Noire. La métaphore est si parfaite qu’elle en devient presque didactique.
Et c’est peut-être ça, la vraie leçon de ce bateau calciné dans un port de Crimée. La Russie peut copier un design. Elle peut reproduire une coque. Mais elle ne peut pas copier l’ingéniosité de ceux qui se battent pour survivre. L’Ukraine n’avait rien. Elle a tout inventé. Et maintenant, c’est elle qui décide qui navigue en mer Noire.
Ce qui attend la Flotte de la mer Noire
La trajectoire est irréversible. La Flotte de la mer Noire ne se reconstituera pas pendant cette guerre. Le Bosphore est fermé. Les chantiers navals russes sont saturés. Les sanctions limitent l’accès aux composants critiques. Et l’Ukraine améliore ses capacités de frappe plus vite que la Russie ne peut renforcer ses défenses. Les analystes du Atlantic Council notaient que Poutine avait fait disparaître les défaites navales dans un trou de mémoire médiatique. La propagande peut effacer les échecs des écrans de télévision. Elle ne peut pas renflouer les navires coulés. Elle ne peut pas ressusciter le BK-16 de Novoozernoïe. Le design suédois volé par la Russie repose au fond de la mer. L’original, lui, continue de naviguer. Sous pavillon ukrainien. C’est la seule conclusion qui compte.
Le verdict de la mer Noire
Une contrefaçon navale au fond de l’eau
Le BK-16 coulé en Crimée n’est pas juste un bateau détruit. C’est un symbole. Le symbole d’une puissance militaire qui vole ce qu’elle ne peut pas créer, qui copie ce qu’elle ne comprend pas, et qui perd ce qu’elle ne mérite pas de posséder. La Russie a pris le design du Combat Boat 90 suédois. Elle l’a confié au chantier de Rybinsk sous Kalashnikov. Elle l’a armé de mitrailleuses, de lance-grenades, de drones. Elle l’a déployé en mer Noire. Et l’Ukraine l’a coulé avec un drone qui coûte une fraction infime de son prix. Cette guerre navale se terminera comme elle a commencé. Par la supériorité de ceux qui inventent sur ceux qui copient. Par la victoire de l’adaptation sur la masse. Par le triomphe de l’ingéniosité sur la brutalité.
Un bateau copié. Un design volé. Une coque calcinée dans un port occupé. Et de l’autre côté de la mer Noire, l’original qui navigue libre. C’est toute cette guerre en une seule image. La contrefaçon a coulé. L’authentique tient la mer.
Ce qui reste quand la fumée se dissipe
Les flammes du BK-16 se sont éteintes. L’épave refroidit dans le port de Novoozernoïe. Les ingénieurs de Dockstavarvet en Suède continueront de perfectionner le CB90. Les ouvriers du chantier de Rybinsk continueront de produire des copies. L’Ukraine continuera de les couler. Et dans cinq ans, dans dix ans, quand les historiens écriront le chapitre de la guerre navale en mer Noire, ils raconteront cette histoire. Celle d’un pays qui a volé un bateau et perdu une mer. Celle d’un design suédois qui a navigué des deux côtés du conflit, l’original sous couleurs ukrainiennes, la copie sous flammes russes. Ils raconteront comment un pays sans marine a vaincu une flotte entière. Et comment tout a commencé par un plagiat qui n’a même pas su flotter.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Euromaidan Press — Russia built its landing craft by copying Swedish design and equipped it with machine gun — Ukraine just sank this copy in Crimea, 9 mars 2026
Militarnyi — BK-16: Photos Confirm Complete Destruction of Russian Transport and Landing Craft in Crimea, mars 2026
Kyiv Independent — Ukraine hits Russia’s BK-16 landing craft in Crimea and other targets in Russian-occupied territories, février 2026
Ukrainska Pravda — New video shows Russian BK-16 landing craft and Pantsir-S1 system being struck in Crimea, 16 février 2026
RBC-Ukraine — Drones and Swedish engineering: Story of the BK-16 ship hit in Crimea, mars 2026
General Staff of the Armed Forces of Ukraine — via Censor.net : BK-16 amphibious assault boat and radar in Crimea hit, février 2026
Sources secondaires
Technology.org — Ukrainian Drones Destroyed a Russian Fast Assault Boat: What BK-16 Actually Is, 20 février 2026
Naval Technology — BK-16 High-Speed Landing Craft specifications, mis à jour janvier 2022
Defence21 — BK-16E Project 02510 high-speed assault boat
Saab — Docksta CB90 official page
Wikipedia — CB90-class fast assault craft
Armyrecognition — BK-16 and BK-10 boats enhance Russia’s Black Sea defense against unmanned threats, 2024
19FortyFive — Black Sea Retreat: The Russian Navy Is Stuck in a Death Spiral Collapse, février 2026
Atlantic Council — Russia’s Black Sea defeats get flushed down Vladimir Putin’s memory hole
Euromaidanpress — Ukrainian drones now hammer Russia’s last Black Sea Fleet refuge from the sky, 5 mars 2026
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