Anatomie d’un prêt historique
Pour comprendre ce qui se joue à Varsovie, il faut d’abord comprendre les chiffres. Le Conseil européen de décembre 2025 a convenu d’un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. La Commission européenne a présenté la proposition le 14 janvier 2026. Le Parlement européen l’a approuvée début février avec 458 voix pour, 140 contre et 44 abstentions. La répartition est claire : 30 milliards pour l’assistance macrofinancière et le soutien budgétaire, via le mécanisme Ukraine Facility. 60 milliards pour renforcer les capacités de défense ukrainiennes et soutenir l’acquisition d’équipements militaires. Un plan massif, historique, vital. Et pourtant, un seul pays peut tout faire échouer.
Quand 458 parlementaires votent pour sauver un pays agressé et qu’un seul premier ministre peut annuler leur décision, quelque chose est fondamentalement brisé dans l’architecture institutionnelle européenne. Ce n’est plus de la démocratie. C’est de l’obstruction systémique au service d’un agenda étranger.
Le mécanisme du veto hongrois
La Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie ont négocié une exemption lors du sommet de décembre : ces trois pays ne contribuent pas financièrement au prêt garanti par le budget européen. Mais voici le piège juridique. La pièce législative bloquée par Budapest est soumise à l’unanimité parce qu’elle modifie les règles budgétaires de l’UE pour permettre l’emprunt commun au bénéfice de l’Ukraine, un pays non membre. La Hongrie ne paie pas. La Hongrie ne risque rien. Mais la Hongrie bloque tout. Orbán l’a dit sans détour : tant que la situation ne sera pas résolue, nous bloquerons chaque décision européenne importante pour l’Ukraine. Chaque décision. Sans exception. Le 20e paquet de sanctions contre la Russie est également bloqué par ce même double veto.
L'affaire Oschadbank ou le racket d'État
80 millions saisis sur le sol européen
Sybiha n’est pas venu à Varsovie uniquement pour parler du prêt de 90 milliards. Il y a quelque chose de plus immédiat, de plus viscéral. Le 6 mars 2026, les autorités hongroises ont intercepté deux véhicules blindés transportant des fonds entre l’Autriche et l’Ukraine. À bord : sept employés d’Oschadbank, la banque d’État ukrainienne. Le contenu saisi : 40 millions de dollars américains, 35 millions d’euros et 9 kilogrammes d’or évalués à environ 1,5 million de dollars. Motif invoqué par Budapest : soupçons de blanchiment d’argent. La réaction de Sybiha a été immédiate et sans ambiguïté : c’est du terrorisme d’État et du racket.
Imaginons un instant la situation inversée. Des véhicules bancaires hongrois saisis en transit sur le territoire ukrainien, sept citoyens hongrois détenus, 80 millions confisqués. L’Europe entière aurait crié au scandale. Les sanctions auraient été immédiates. Et pourtant, quand c’est Budapest qui agit, le silence européen est assourdissant.
Des citoyens libérés mais un argent retenu
Les sept employés ukrainiens ont été libérés le vendredi suivant leur détention du jeudi. Parmi eux, un ancien officier du renseignement. Mais les fonds restent confisqués. Budapest garde l’argent. Sybiha a souligné lors de sa rencontre avec Sikorski que ces actions contredisent la Convention européenne des droits de l’homme. Un pays membre de l’UE qui viole les conventions qu’il a lui-même signées pour saisir les actifs financiers d’un pays en guerre. Le mot prise d’otages a été utilisé par Kyiv. Ce n’est pas de l’hyperbole. C’est une description factuelle de ce qui s’est passé.
L'oléoduc Droujba au coeur du chantage
Quand le pétrole russe dicte la politique européenne
La raison officielle du blocage hongrois tient en un mot : Droujba. L’oléoduc de l’Amitié, construit pendant la Guerre froide, transporte le pétrole brut russe à travers le territoire ukrainien vers l’Europe centrale. Le 27 janvier 2026, des frappes russes ont endommagé une section de l’infrastructure. Un réservoir de stockage contenant 75 000 mètres cubes de pétrole a pris feu. Il a fallu dix jours pour éteindre l’incendie, selon le directeur général de Naftogaz. Dix jours. Et pourtant, c’est l’Ukraine que Budapest accuse de bloquer délibérément le transit pétrolier. La Russie détruit l’infrastructure. La Hongrie punit l’Ukraine. La logique est celle du Kremlin, pas celle de l’Europe.
Il faut relire cette séquence lentement pour en saisir toute l’absurdité. La Russie bombarde un oléoduc sur le sol ukrainien. Le pétrole cesse de couler. La Hongrie accuse l’Ukraine de saboter le transit. La Hongrie bloque 90 milliards d’aide européenne en représailles. La Russie, responsable de la destruction, ne fait l’objet d’aucune sanction hongroise. C’est du Kafka géopolitique.
L’ultimatum slovaque et la spirale des menaces
La Hongrie n’est pas seule dans cette manoeuvre. Le premier ministre slovaque Robert Fico a menacé de couper les fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine si le pétrole ne recommençait pas à couler via le Droujba. Le chef de cabinet d’Orbán a indiqué que Budapest explorait la même possibilité. Couper l’électricité à un pays dont les centrales sont bombardées quotidiennement par la Russie. Des alliés européens qui menacent de priver un pays agressé d’énergie vitale en plein hiver. Péter Szijjártó, le ministre hongrois des Affaires étrangères, s’est rendu à Moscou pour rencontrer Poutine. Il est revenu avec deux prisonniers de guerre. Un geste humanitaire, dira Budapest. Une opération de communication pour légitimer le dialogue avec l’agresseur, répondra le reste de l’Europe.
La Pologne comme rempart stratégique
Un allié qui ne vacille pas
Sikorski représente l’exact opposé d’Orbán dans l’équation européenne. La Pologne est devenue le pilier le plus fiable du soutien occidental à l’Ukraine. Sybiha a remercié Varsovie pour son soutien politique, militaire et humanitaire indéfectible. Ce ne sont pas des mots creux. La Pologne a accueilli plus d’un million de réfugiés ukrainiens. La Pologne a fourni des chars, des munitions, de la logistique. La Pologne a plaidé sans relâche pour l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et à l’OTAN. Quand Budapest bloque, Varsovie pousse. Quand Orbán négocie avec Poutine, Sikorski coordonne avec Sybiha. Le contraste ne pourrait pas être plus brutal.
Deux pays d’Europe centrale. Deux héritages post-communistes. Deux trajectoires diamétralement opposées face à la même menace. La Pologne a choisi la solidarité européenne et la défense collective. La Hongrie a choisi Moscou. L’histoire jugera, mais le verdict est déjà écrit dans les décombres de Kharkiv.
Les axes de coopération concrète
La rencontre de Varsovie n’était pas que symbolique. Sybiha et Sikorski ont discuté d’axes concrets. La coopération en matière de défense et de sécurité. La reconstruction de l’Ukraine. La coopération énergétique. L’avancement du parcours d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Ils ont abordé la situation sur le champ de bataille et les efforts diplomatiques en cours pour parvenir à une paix juste. Le Moyen-Orient a également été discuté, notamment l’expérience ukrainienne dans la lutte contre les drones iraniens, une expertise devenue précieuse pour plusieurs pays de la région. Chaque point de cette agenda est un rappel que la guerre en Ukraine ne se gagne pas seulement sur le front militaire. Elle se gagne dans les couloirs diplomatiques, dans les votes au Parlement européen, dans les accords bilatéraux signés entre alliés déterminés.
Orbán et le calcul électoral
Un premier ministre en campagne sur le dos de l’Ukraine
Pour comprendre Orbán, il faut regarder le calendrier. Les élections hongroises sont fixées au 12 avril 2026. Pour la première fois depuis 2010, Orbán et son parti Fidesz sont derrière dans les sondages indépendants. Le challenger : Péter Magyar, un centriste conservateur qui monte en puissance. La stratégie d’Orbán est limpide : transformer le conflit énergétique avec l’Ukraine en cri de ralliement nationaliste. Orbán a qualifié l’Ukraine d’ennemie de la Hongrie. Il a ordonné des mesures de sécurité exceptionnelles, alléguant un complot ukrainien contre la Hongrie. Il a déployé des soldats autour des installations énergétiques hongroises. Tout cela à quelques semaines du scrutin.
Il est facile de crier au loup quand on fabrique soi-même le costume. Orbán invente une menace ukrainienne pour justifier son rapprochement avec Moscou, son blocage des fonds européens et sa posture de défenseur du peuple hongrois. Le problème, c’est que pendant qu’il joue la comédie électorale, de vraies personnes meurent sous les bombes russes. Chaque jour. Chaque nuit.
Le plus long dirigeant européen en sursis
Le plus long dirigeant en poste de l’Union européenne joue sa survie politique. Et il a choisi de la jouer contre l’Ukraine. La rhétorique anti-ukrainienne d’Orbán n’est pas un accident diplomatique. C’est une stratégie électorale calculée. Présenter l’Ukraine comme l’agresseur. Présenter la Hongrie comme la victime. Présenter le dialogue avec Poutine comme de la sagesse géopolitique. Et espérer que les électeurs hongrois achètent le récit. Mais les sondages racontent une autre histoire. Péter Magyar et sa formation centre-droit gagnent du terrain. Le peuple hongrois commence à voir au-delà de la propagande. La question est de savoir si cette prise de conscience arrivera avant ou après que le veto d’Orbán ait causé des dommages irréversibles à la sécurité européenne.
Le double jeu de Budapest décrypté par Varsovie
Un partenaire européen qui agit comme un agent russe
Sybiha l’a formulé avec une précision diplomatique qui ne laisse aucune ambiguïté : il est inacceptable qu’un seul pays bloque le mécanisme de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, motivé par l’ambition de jouer le jeu de l’agenda russe. Le mot agenda russe est choisi avec soin. Ce n’est pas une accusation lancée à la légère. C’est un constat étayé par les faits. Szijjártó se rend à Moscou. Orbán bloque les sanctions contre la Russie. La Hongrie continue d’acheter du gaz russe à des conditions préférentielles. La Hongrie saisit des actifs ukrainiens sur son territoire. Si cela ressemble à un allié de Moscou, agit comme un allié de Moscou et parle comme un allié de Moscou, alors peut-être qu’il est temps d’appeler les choses par leur nom.
À quel moment l’Europe cessera-t-elle de traiter le comportement de Budapest comme une simple divergence d’opinions entre partenaires ? Ce n’est plus un désaccord politique. C’est une obstruction systématique qui coûte des vies ukrainiennes chaque jour où les 90 milliards restent bloqués.
La Convention européenne des droits de l’homme bafouée
Sybiha a rappelé à Varsovie que la saisie des véhicules bancaires et la détention de citoyens ukrainiens par la Hongrie contredisent la Convention européenne des droits de l’homme. C’est un point juridique fondamental. La Hongrie est signataire de cette convention. La Hongrie est membre du Conseil de l’Europe. La Hongrie est censée respecter les droits fondamentaux des citoyens étrangers en transit sur son territoire. Et pourtant, Budapest a détenu sept citoyens ukrainiens et confisqué 80 millions de dollars appartenant à une banque d’État. Ce n’est pas un incident isolé. C’est le symptôme d’un État qui considère que les règles européennes s’appliquent aux autres, jamais à lui-même.
Le renseignement russe et la connexion hongroise
Les fils invisibles entre Budapest et Moscou
La rencontre Sybiha-Sikorski s’inscrit dans un contexte plus large que la seule question du prêt de 90 milliards. Les services de renseignement européens surveillent avec une inquiétude croissante les liens entre Budapest et Moscou. Szijjártó qui s’envole pour Moscou rencontrer Poutine, officiellement pour négocier le retour de prisonniers de guerre. Un geste humanitaire qui sert aussi de couverture diplomatique pour maintenir un canal de communication directe avec le Kremlin. Pendant que le reste de l’Europe isole Moscou, Budapest maintient la porte ouverte. Et cette porte ne sert pas uniquement à faire passer des prisonniers. Elle sert à faire passer un message : la Hongrie reste disponible pour la Russie, quoi qu’il en coûte à la solidarité européenne.
On peut se demander combien de temps encore l’Europe tolérera qu’un de ses propres membres serve de relais stratégique à la puissance qui bombarde un pays candidat à l’adhésion. Ce n’est pas une question rhétorique. C’est une question existentielle pour le projet européen lui-même.
L’ingérence électorale comme arme hybride
Les rapports se multiplient sur les tentatives d’ingérence du GRU, le renseignement militaire russe, dans les processus électoraux européens. La Hongrie n’est pas épargnée. Mais la question se pose différemment quand le gouvernement en place semble accueillir cette influence plutôt que la combattre. Orbán ne combat pas la désinformation russe. Il l’amplifie. En déclarant l’Ukraine ennemie de la Hongrie. En accusant Kyiv de bloquer volontairement le pétrole. En présentant la Russie comme un partenaire fiable et l’Europe comme une menace. Ce n’est plus de la souveraineté nationale. C’est de la collaboration active avec un récit fabriqué par Moscou.
Ce que Varsovie révèle sur l'état réel de l'Europe
Une architecture institutionnelle en panne
La rencontre Sybiha-Sikorski met en lumière une vérité que Bruxelles préfère ignorer. Le système de l’unanimité, conçu pour protéger les petits États, est devenu une arme contre la sécurité collective. Un seul pays, même exempté de la contribution financière, peut empêcher 26 autres d’agir. Le Parlement européen vote massivement pour. Le Conseil ne peut pas avancer. La Commission est paralysée. Pendant ce temps, les missiles russes ne s’arrêtent pas. Les 30 milliards de soutien budgétaire ne sont pas débloqués. Les 60 milliards d’équipements de défense ne sont pas commandés. Et chaque jour de retard se paie en vies ukrainiennes.
Le paradoxe est vertigineux. L’Europe a créé un mécanisme de coopération renforcée précisément pour contourner ce genre de blocage. La Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie sont exemptées de payer. Elles ne contribuent pas. Elles ne risquent rien. Mais la Hongrie conserve son droit de veto sur les modifications budgétaires nécessaires. C’est comme si un passager qui refuse de payer son billet pouvait empêcher le train de partir.
La nécessité d’une réforme existentielle
Ce que Varsovie dit en creux, c’est que l’Union européenne ne peut pas continuer à fonctionner ainsi. La réforme du droit de veto n’est plus un débat académique. C’est une urgence sécuritaire. Ursula von der Leyen a promis de livrer les 90 milliards. Mais comment livrer quand un seul État membre peut tout bloquer ? La coopération renforcée a ses limites juridiques. Le vote à la majorité qualifiée sur les questions budgétaires reste un tabou. Et pendant que l’Europe débat de sa propre architecture institutionnelle, l’Ukraine saigne. Les premiers versements étaient prévus pour le deuxième trimestre 2026. À cause du veto hongrois, ce calendrier est désormais incertain.
Le Moyen-Orient et l'expertise ukrainienne anti-drones
Quand l’Ukraine exporte son savoir-faire de survie
Sybiha et Sikorski ont également discuté du Moyen-Orient. Ce n’est pas un hasard. L’Ukraine est devenue, par la force des choses, le laboratoire mondial de la guerre anti-drones. Après avoir affronté des milliers de drones iraniens Shahed utilisés par la Russie, Kyiv possède une expertise opérationnelle que personne d’autre n’a. Cette expérience intéresse désormais les pays du Moyen-Orient confrontés aux mêmes menaces iraniennes. La guerre en Ukraine a transformé un pays agressé en référence mondiale en matière de défense asymétrique. C’est l’ironie tragique de ce conflit : plus la Russie et l’Iran frappent, plus l’Ukraine perfectionne ses contre-mesures, et plus le monde veut apprendre d’elle.
Pendant qu’Orbán bloque les milliards et saisit les convois bancaires, l’Ukraine développe des technologies de défense que le monde entier lui envie. C’est peut-être ça, la différence fondamentale entre un pays qui se bat pour survivre et un pays qui se bat pour rester au pouvoir.
La diplomatie de l’expertise comme levier
Le voyage de Sybiha vers l’Amérique latine après Varsovie s’inscrit dans cette logique. Le Chili et le Panama ne sont pas des partenaires militaires traditionnels de l’Ukraine. Mais dans un monde où les drones deviennent l’arme universelle, où les menaces asymétriques touchent tous les continents, l’expertise ukrainienne devient un outil diplomatique puissant. Kyiv ne demande pas seulement de l’aide. Kyiv offre quelque chose en retour : un savoir-faire forgé dans le feu, testé chaque nuit sous les bombardements. Cette stratégie de réciprocité est infiniment plus sophistiquée que le simple appel à la solidarité. C’est de la diplomatie du réel.
Le chemin européen de l'Ukraine et ses saboteurs
L’adhésion comme enjeu existentiel
Sybiha et Sikorski ont discuté de l’avancement du parcours d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Ce parcours est à la fois un espoir et un champ de bataille diplomatique. La Pologne le soutient activement. La Hongrie le sabote systématiquement. Chaque veto d’Orbán sur les fonds, sur les sanctions, sur les décisions communes, est aussi un veto implicite sur l’avenir européen de l’Ukraine. Car comment intégrer un pays qu’on traite en ennemi ? Comment accueillir un nouveau membre quand un membre existant fait tout pour l’affaiblir ? La question de l’adhésion ukrainienne ne se joue pas seulement à Bruxelles. Elle se joue aussi, et peut-être surtout, à Budapest.
L’Ukraine se bat pour entrer dans une famille dont un des membres essaie activement de lui fermer la porte au nez tout en dînant avec l’agresseur. Si ce n’est pas l’illustration parfaite du dysfonctionnement européen, je ne sais pas ce qui l’est.
Le rôle pivot de la Pologne dans le processus
La Pologne joue un rôle crucial dans ce processus. Non seulement comme voisin et allié militaire, mais comme modèle d’intégration réussie. La Pologne a traversé sa propre transition post-communiste. Elle connaît les défis de la transformation institutionnelle, de la réforme judiciaire, de l’alignement réglementaire. Son soutien n’est pas abstrait. Il est concret, informé, pragmatique. Et il contraste violemment avec l’obstruction hongroise. La rencontre de Varsovie est aussi un message envoyé à Bruxelles : l’Europe de l’Est n’est pas un bloc monolithique. Il y a ceux qui construisent et ceux qui détruisent. Il y a la Pologne. Et il y a la Hongrie.
Les implications à long terme du blocage hongrois
Un précédent dangereux pour la sécurité européenne
Ce que Budapest fait aujourd’hui crée un précédent qui dépasse largement la question ukrainienne. Si un État membre peut bloquer l’aide à un pays agressé pour des raisons liées à ses propres intérêts énergétiques avec l’agresseur, alors le système de sécurité collective européen ne vaut rien. Demain, si un autre pays est agressé, n’importe quel État membre ayant des liens commerciaux avec l’agresseur pourra faire de même. Le veto hongrois n’est pas un cas particulier. C’est la démonstration en temps réel que l’architecture de sécurité européenne a une faille structurelle exploitable. Et cette faille, Moscou l’a parfaitement identifiée.
Poutine n’a même pas besoin de bombarder l’Europe. Il lui suffit d’avoir un allié à l’intérieur. Un seul. Avec un droit de veto. Et tout le château de cartes peut s’effondrer. Voilà ce que la rencontre de Varsovie dit, en filigrane, à tous ceux qui veulent bien l’entendre.
Le coût humain du retard
Chaque semaine de retard sur les 90 milliards a un coût mesurable. En systèmes de défense aérienne non livrés. En munitions non commandées. En soutien budgétaire qui ne permet pas de payer les enseignants, les médecins, les pompiers ukrainiens. Olena, 34 ans, professeure à Kharkiv, n’a pas reçu son salaire depuis deux mois. Son école a été bombardée trois fois. Elle continue d’enseigner dans un sous-sol. Les 30 milliards d’assistance macrofinancière bloqués par Orbán serviraient à payer des gens comme Olena. Mais Orbán préfère que le pétrole russe coule plutôt que les salaires ukrainiens. Les priorités sont révélatrices.
Ce que cette rencontre change et ce qu'elle ne change pas
Un signal diplomatique fort mais insuffisant
La rencontre Sybiha-Sikorski envoie un signal clair. L’Ukraine n’est pas isolée. La Pologne tient bon. L’axe Varsovie-Kyiv fonctionne et se renforce. Les discussions sur la défense, l’énergie, la reconstruction et l’adhésion européenne sont concrètes, substantielles, orientées vers l’action. Mais ce signal, aussi fort soit-il, ne suffit pas à débloquer les 90 milliards. Il ne suffit pas à récupérer les 80 millions saisis par Budapest. Il ne suffit pas à faire taire Orbán. La diplomatie bilatérale a ses vertus. Mais face à un veto institutionnel, elle atteint ses limites. Ce qu’il faut maintenant, ce n’est plus de la coordination. C’est de la contrainte.
Quand la diplomatie ne suffit plus, quand le dialogue est épuisé, quand un partenaire utilise les règles du club pour servir les intérêts de l’ennemi, il reste une question fondamentale : combien de temps encore l’Europe acceptera-t-elle de se laisser prendre en otage par un seul homme et son calcul électoral ?
Les prochaines étapes cruciales
Le Conseil européen devra trouver une solution. La coopération renforcée a été utilisée pour contourner l’unanimité sur le principe du prêt. Mais les modifications budgétaires nécessaires restent soumises à l’unanimité. Les juristes de Bruxelles cherchent des voies alternatives. Certains évoquent la possibilité de suspendre les droits de vote de la Hongrie au titre de l’article 7 du traité. D’autres plaident pour des mécanismes de conditionnalité budgétaire plus stricts. La pression monte. Et les élections hongroises du 12 avril pourraient changer la donne. Si Péter Magyar l’emporte, le veto pourrait tomber du jour au lendemain. L’Europe retient son souffle.
Le verdict de Varsovie : l'Europe doit choisir son camp
Un continent face à ses propres contradictions
La rencontre Sybiha-Sikorski du 9 mars 2026 restera dans les archives diplomatiques comme un moment de clarté. Deux pays qui ont choisi leur camp. L’Ukraine et la Pologne sont du même côté de l’histoire. Du côté de la souveraineté, du droit international, de la solidarité européenne. En face, la Hongrie d’Orbán a choisi Moscou. Pas par accident. Pas par erreur diplomatique. Par calcul. Par intérêt. Par idéologie. La question n’est plus de savoir si l’Europe soutiendra l’Ukraine. 458 parlementaires ont voté oui. 26 États membres sont prêts. La question est de savoir si l’Europe continuera à laisser un seul État détourner le processus démocratique au service d’une puissance hostile.
C’est peut-être ça, la vérité la plus dérangeante qui émerge de Varsovie. L’Europe n’a pas un problème ukrainien. L’Europe a un problème hongrois. Et tant qu’elle refusera de le nommer, de le traiter, de le résoudre, chaque rencontre diplomatique, chaque vote parlementaire, chaque promesse de soutien restera otage d’un seul homme et de son alliance avec le Kremlin.
Le sens profond d’une poignée de main à Varsovie
Quand Sybiha quittera Varsovie pour Santiago et Panama, il emportera avec lui la certitude que la Pologne ne fléchira pas. C’est une certitude précieuse en temps de guerre. Mais il emportera aussi une frustration : celle de savoir que 90 milliards d’euros votés par le Parlement européen restent bloqués par un pays qui ne paie pas un centime et qui sert les intérêts de l’agresseur. Sikorski, de son côté, sait que la Pologne ne peut pas résoudre seule le problème hongrois. C’est un problème européen. Et il exige une réponse européenne. Le temps presse. Les bombes ne s’arrêtent pas. Et Orbán ne changera pas d’avis avant le 12 avril.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Sybiha meets Sikorski in Warsaw, discusses Hungary and 90B EU loan, 9 mars 2026
Parlement européen — Parliament approves 90 billion Ukraine support loan package, février 2026
The Washington Post — Hungary detains 7 Ukrainians and seizes 80 million cash shipment, 6 mars 2026
NBC News — Hungary detains Ukrainians carrying 82 million in cash and gold, mars 2026
Sources secondaires
Euronews — Hungary blocks 90 billion loan for Ukraine over damaged pipeline, 20 février 2026
PBS News — Hungary foreign minister says country will block key EU loan to Ukraine, février 2026
Euronews — EU accuses Hungary of disloyalty for vetoing 90 billion loan to Ukraine, 23 février 2026
Kyiv Independent — Orban declares Ukraine enemy of Hungary, 2026
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