Trois cents kilomètres carrés d’abord, quatre cent trente-cinq ensuite
Le 20 février, dans une interview à l’AFP, Zelensky avait annoncé 300 kilomètres carrés libérés dans le cadre d’une « contre-offensive » au sud. Quinze jours plus tard, le chiffre avait grimpé à 435 kilomètres carrés. La progression n’est pas un artifice de communication : elle reflète des mouvements militaires réels, documentés, vérifiables par les sources ouvertes. L’ISW — Institute for the Study of War — a confirmé que les gains ukrainiens entre le 11 et le 15 février représentaient les plus importants en deux ans et demi de guerre totale. Plus de 200 kilomètres carrés en quatre jours. Un rythme qui avait été celui des premiers mois du conflit, quand les troupes russes s’effondreraient autour de Kyiv et de Kharkiv.
Et pourtant, les analystes militaires appellent à la prudence. Ces avances, aussi réelles qu’elles soient, restent des opérations de nettoyage et de sécurisation plutôt que des percées à travers des lignes défensives fortifiées. Le terrain repris est fluide — peu de relief, peu d’infrastructures défensives lourdes — et pourrait redevenir contesté si la pression ukrainienne se relâche. La profondeur stratégique n’est pas encore atteinte. Il faut voir ces kilomètres carrés pour ce qu’ils sont : un signal, une démonstration de capacité, un argument sur la table des négociations. Pas encore une rupture de front.
Le facteur Starlink et la faille russe du Telegram
Un élément peu commenté dans les grands médias a accompagné ces gains ukrainiens de mi-février : le blocage de l’accès russe à Starlink. Cette décision — dont les origines exactes restent floues — a provoqué des problèmes de communication sévères au sein des unités russes, amplifiés par la décision du gouvernement de Moscou de couper l’accès à Telegram dans les zones de front. Résultat : un chaos de coordination russe exactement au moment où l’Ukraine choisissait de pousser. Ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie. Kyiv a appris à attendre les fenêtres de vulnérabilité adverse pour concentrer sa force. Cette synchronisation — offensive militaire et perturbation des communications ennemies — est le signe d’une armée qui a grandi dans la douleur mais qui a grandi.
Il y a quelque chose de fondamentalement ukrainien dans cette manière de faire la guerre. Pas la puissance brute, pas les ressources infinies — mais l’intelligence du moment, la lecture du terrain humain autant que géographique. L’Ukraine n’a jamais eu les moyens de gagner cette guerre à l’usure pure. Elle a développé quelque chose d’autre : une capacité à saisir les instants où l’ennemi vacille. Et en février 2026, l’ennemi a vacillé.
ZELENSKY À GENÈVE : Ce que "plus positif" signifie vraiment
Deux jours de pourparlers. Un mot mesuré. Un espoir réel.
Le 17 et 18 février 2026, les délégations de l’Ukraine, des États-Unis et de la Russie se sont retrouvées à Genève pour la troisième ronde de négociations trilatérales depuis le début de l’année. Ce n’était pas la première tentative — les rounds précédents à Abou Dhabi avaient accouché d’un accord sur… rien. Le cessez-le-feu, les territoires, la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, les garanties de sécurité : tout avait bloqué. Genève, cette fois, a produit quelque chose de différent — pas un accord, mais une dynamique.
Zelensky, à l’issue des pourparlers, a déclaré : « Il y a déjà plus de disponibilité pour le prochain format trilatéral. » En langage diplomatique, c’est une déclaration considérable. Il a aussi indiqué que les militaires des trois parties « s’étaient mis d’accord sur presque tout » concernant la mécanique d’un cessez-le-feu et la surveillance de sa mise en œuvre. « Les militaires comprennent essentiellement comment surveiller un cessez-le-feu et la fin de la guerre, s’il y a une volonté politique », a-t-il précisé. La volonté politique — c’est là que tout se bloque.
Et pourtant, pour la première fois depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022, un cadre technique de cessez-le-feu semble exister entre les belligérants. Ce n’est pas rien. C’est même considérable. La guerre pourrait finir non pas par une capitulation, non pas par une victoire écrasante, mais par un accord négocié — imparfait, douloureux, mais réel.
« Je ne quitterai jamais le Donbas »
Mais l’obstacle reste entier. La Russie exige le retrait total des forces ukrainiennes du Donbas — et le contrôle intégral de la région — comme condition préalable à tout accord. Zelensky a répondu en termes nets, dans l’interview qui a suivi Genève : « Je ne quitterai jamais le Donbas et les 200 000 Ukrainiens qui y vivent. » Ce n’est pas de la rhétorique. C’est une ligne rouge réelle. Abandonner le Donbas, c’est abandonner des centaines de milliers de citoyens ukrainiens à une administration russe qui a déjà démontré — à Bucha, à Marioupol, à Izyum — ce qu’elle fait des territoires qu’elle conquiert.
Le blocage diplomatique est donc total sur la question territoriale. 90% de l’accord est prêt, selon des sources ukrainiennes — les mécanismes de vérification, les garanties de sécurité, le rôle européen d’une force de maintien de la paix. Mais ce 10% restant — qui a le Donbas — détermine tout le reste. Et sur ce point, ni Poutine ni Zelensky ne peut reculer sans se briser politiquement chez lui.
LA MÉCANIQUE DES PERTES RUSSES : Quand le recrutement ne suit plus
40 000 morts par mois. Un chiffre que Moscou ne peut pas absorber indéfiniment.
Derrière les cartes et les kilomètres carrés, il y a des hommes. Et le bilan humain de cette guerre, du côté russe, commence à produire des effets structurels que les analystes observent avec attention. Le Telegraph a révélé début 2026 que, pour la première fois depuis le début de l’invasion, la Russie perdait plus de soldats par mois qu’elle n’en recrutait. Les chiffres avancés : 40 000 pertes russes par mois depuis novembre 2025, contre un recrutement d’environ 35 000 hommes sur la même période. Le déficit est structurel. Et il s’accumule.
Le total des pertes militaires russes depuis février 2022 dépasse désormais 1 273 000 soldats — tués, blessés, prisonniers et disparus — selon le décompte ukrainien. Même en appliquant un coefficient de prudence à ces chiffres, l’ampleur est sans précédent pour une armée en temps de paix fictive. L’armée russe est une machine à broyer ses propres soldats. Des hommes recrutés dans les régions les plus pauvres de Sibérie et du Caucase, envoyés au front sans formation adéquate, contre des positions ukrainiennes fortifiées. Le ratio de pertes est estimé à 2,5:1 en faveur de l’Ukraine — pour chaque soldat ukrainien neutralisé, deux soldats et demi russes le sont.
La menace qui demeure : Donetsk et la pression de Siversk
Mais la guerre n’est pas gagnée. Loin de là. Si le front sud a tourné en faveur de l’Ukraine, la zone autour de Siversk, dans l’oblast de Donetsk, raconte une histoire différente. Les forces russes, après avoir pris Siversk en décembre 2025, cherchent à progresser vers Sloviansk et Kramatorsk — deux villes clés, des nœuds logistiques et symboliques du Donbas. Chaque kilomètre gagné par Moscou dans cette direction renforce sa position à la table des négociations. La géographie est un argument. Poutine le sait. Et il n’a pas cessé de pousser.
C’est là que réside la vérité inconfortable de ce printemps 2026 en Ukraine : deux guerres se livrent simultanément. Une guerre militaire, où l’Ukraine regagne du terrain au sud pendant que la Russie grignote à l’est. Et une guerre diplomatique, où chaque kilomètre carré change le poids des arguments sur une table de négociation que tout le monde veut faire exister — mais où personne ne veut faire les concessions qui permettraient qu’elle aboutisse. Zelensky tient les deux fils à la fois. Et il marche sur un fil.
LES GARANTIES DE SÉCURITÉ : Le vrai enjeu que personne n'explique
Un plan à 20 points. Une force européenne sur le sol ukrainien.
On parle beaucoup de territoires. On parle peu de ce qui, dans les négociations, est en réalité le cœur du problème ukrainien : l’après-guerre. Comment empêcher que ce qui s’est passé en 2022 ne se reproduise en 2028, ou en 2032 ? L’Ukraine a payé le prix de l’absence de garanties de sécurité solides. Les accords de Budapest de 1994 — par lesquels Kyiv avait abandonné son arsenal nucléaire soviétique en échange de garanties d’intégrité territoriale — se sont révélés du papier mouillé. Zelensky ne commettrait pas deux fois la même erreur.
Le plan de paix ukrainien en 20 points, soutenu par Washington, prévoit une force de maintien de la paix européenne et américaine déployée sur le sol ukrainien après un éventuel cessez-le-feu. Macron, Starmer et Zelensky ont signé une déclaration d’intention : la France, le Royaume-Uni et d’autres alliés enverraient des troupes en Ukraine dans un cadre post-cessez-le-feu. Des « hubs militaires » britanniques et français ont été évoqués. Ce n’est pas une promesse vague — c’est une architecture de dissuasion concrète, destinée à rendre toute nouvelle invasion russe politiquement et militairement impossible.
Et pourtant, la Russie rejette catégoriquement ce dispositif. Moscou exige que l’Ukraine reste hors de toute alliance militaire occidentale — et qu’aucune force étrangère ne soit stationnée sur son territoire. Le cercle semble impossible à carrer. Mais il y a un précédent : la Corée du Sud, avec des troupes américaines sur son sol sans être membre de l’OTAN. Des formules existent. La question est de savoir si Moscou les accepterait, et ce que Washington est prêt à mettre sur la table pour les rendre acceptables.
Le dossier le plus explosif : la centrale nucléaire de Zaporizhzhia
Parmi les questions non résolues à l’issue de Genève figure un point d’une gravité particulière : le sort de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, la plus grande d’Europe, occupée par les forces russes depuis mars 2022. Six réacteurs. Une épée de Damoclès atomique au-dessus du continent. L’AIEA a documenté des dizaines d’incidents de sécurité depuis l’occupation. Les négociations n’ont pas encore produit d’accord sur son statut — qui la contrôle, qui en garantit la sûreté, dans quel état elle sera rendue si elle l’est. Ce silence est en lui-même un fait : tant que la centrale reste une monnaie d’échange, personne ne peut se permettre d’ignorer le risque nucléaire au cœur de l’Europe.
L'UKRAINE EN FÉVRIER 2026 : Ce que les chiffres bruts ne montrent pas
Oksana, 34 ans, institutrice à Zaporizhzhia. Elle a recommencé à planter son jardin.
Les kilomètres carrés reconquis ont un visage. Des villages dont les habitants avaient fui, des maisons dont les toits avaient été arrachés par les bombardements, des routes minées que les démineurs déblaient centimètre par centimètre. Oksana a 34 ans. Elle était institutrice à Zaporizhzhia avant la guerre. Elle s’était réfugiée en Pologne en 2022 avec ses deux enfants, Mykyta, 8 ans, et Dariya, 6 ans. En janvier 2026, elle est rentrée. Son appartement était intact — presque un miracle. Elle a recommencé à travailler. Elle a planté des graines dans son balcon. « Je ne sais pas si la guerre va finir cet été, » dit-elle. « Mais je ne pouvais plus attendre pour vivre. »
C’est ça, aussi, la libération du territoire. Pas seulement les lignes sur une carte. Des millions de personnes déplacées — 6 millions à l’intérieur du pays, 6 millions à l’étranger — qui attendent de savoir si elles peuvent rentrer chez elles. Des communautés entières en suspension entre le passé d’avant-guerre et un avenir qu’elles n’osent pas encore imaginer. L’Ukraine a le taux de déplacement de population le plus élevé d’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Chaque kilomètre carré libéré est un espoir rendu possible — pas encore réalisé, mais possible.
Une économie de guerre qui tient, malgré tout
On ne dit pas assez que l’Ukraine économique a survécu là où beaucoup de prédictions annonçaient un effondrement. Le PIB ukrainien a retrouvé une trajectoire de croissance en 2025 — marginale, fragile, mais réelle. Les exportations agricoles continuent via le corridor des céréales. Les industries de défense tournent à plein régime. L’aide occidentale — financière, militaire, humanitaire — a atteint des niveaux sans précédent depuis 2022, permettant à Kyiv de financer à la fois sa guerre et ses services publics. Ce n’est pas une économie normale. C’est une économie de siège. Mais elle n’a pas été détruite. Et ça compte, énormément, dans le calcul des négociations.
Il faut nommer ce que l’Ukraine a accompli. Face à la deuxième armée du monde — en théorie, car les faits ont relativisé ce titre —, face à une pression économique, énergétique, démographique que peu de nations auraient supportée, l’Ukraine est debout. Ses institutions fonctionnent. Ses élections ont eu lieu. Son président est élu, légitime, présent. C’est une résistance sans équivalent dans l’histoire récente de l’Europe. Et cette résilience, elle aussi, est un argument diplomatique.
LE BLOCAGE DIPLOMATIQUE : Pourquoi Abou Dhabi n'a pas eu lieu
La guerre américano-iranienne a tout perturbé
Après Genève, Zelensky avait annoncé que le prochain round de négociations se tiendrait à Abou Dhabi, début mars. C’était prévu, c’était attendu, c’était nécessaire. Et puis la guerre entre les États-Unis et l’Iran a éclaté. Abou Dhabi a été frappé. Le Moyen-Orient s’est embrasé. Et les Émirats arabes unis, qui auraient dû accueillir des négociations de paix, se retrouvaient à gérer leur propre crise sécuritaire.
Le 5 mars, Zelensky a annoncé que les négociations pourraient être « reportées pour un moment, à cause de la guerre au Moyen-Orient ». Une formulation douce pour désigner une réalité brutale : l’agenda diplomatique ukrainien est désormais tributaire des incendies géopolitiques qui se propagent au-delà de ses frontières. La guerre en Iran, les risques pour les bases américaines au Moyen-Orient, la montée des tensions dans le détroit d’Ormuz — tout cela mobilise les ressources diplomatiques et militaires américaines qui auraient dû se concentrer sur un accord ukraino-russe.
Et pourtant, Zelensky ne s’effondre pas. Il s’adapte. La suggestion d’une rencontre à la Turquie ou en Suisse comme alternatives a été avancée. Erdogan s’est déclaré prêt à accueillir les parties. Ankara avait déjà joué ce rôle en 2022, avec les accords sur les céréales. La mécanique diplomatique cherche ses voies, même quand les autoroutes sont bloquées. C’est lent. C’est frustrant. Mais c’est en cours.
La question qui hante : la guerre peut-elle finir en 2026 ?
Zelensky lui-même a laissé entendre que oui — sous conditions. En janvier 2026, il avait évoqué la possibilité d’une résolution pendant la présidence chypriote de l’Union européenne, qui court jusqu’en juin 2026. Le deal serait « à 90% prêt ». La fenêtre serait ouverte. Mais les 10% restants — les territoires, le Donbas, les garanties russes — sont précisément les 10% qui bloquent depuis le début. Une paix par épuisement ? Possible. Une paix par accord politique ? Plus difficile à imaginer tant que Poutine considère que le temps joue en sa faveur — et que Zelensky sait que chaque concession territoriale qu’il fait aujourd’hui sera présentée à son peuple demain comme une trahison.
SIVERSK ET L'EST : L'autre guerre que personne ne veut voir
Pendant que le sud reprend espoir, l’est saigne toujours
Le contraste est brutal. Au sud, l’Ukraine avance. À l’est, dans l’oblast de Donetsk, la pression russe ne se relâche pas. La prise de Siversk en décembre 2025 a ouvert une route vers Sloviansk et Kramatorsk — deux villes qui représentent, ensemble, le dernier verrou ukrainien dans le Donbas libre. Si ces villes tombaient, la question territoriale à la table des négociations changerait radicalement de nature. Moscou le sait. C’est pour ça qu’elle pousse là, maintenant, en parallèle des pourparlers.
Le général Syrskyi a reconnu des « gains préoccupants » russes autour de Siversk. « Préoccupants » est le mot diplomatique pour « dangereux ». Les forces ukrainiennes tiennent, mais sous pression continue. Chaque soldat russe tué dans le Donbas est remplacé — lentement, imparfaitement — par un autre. La machine de guerre russe est inefficace, coûteuse, meurtrière pour ses propres hommes. Mais elle avance. Lentement. Inexorablement. Un bâtiment à la fois, une position à la fois, une vie à la fois.
C’est l’équation impossible que Zelensky doit résoudre. Tenir l’est assez longtemps pour que les gains du sud pèsent dans les négociations. Éviter que Sloviansk et Kramatorsk deviennent les nouvelles lignes rouges que Moscou franchit. Et maintenir la cohésion d’une nation épuisée, meurtrie, mais pas brisée. Quatre ans après le début de l’invasion totale, l’Ukraine tient encore. Ce fait seul — ce fait immense — mérite qu’on s’y arrête.
L'EUROPE AU CHEVET DE L'UKRAINE : Les hubs militaires français et britanniques
Macron, Starmer, et le pari d’une présence terrestre européenne
L’élément le plus structurellement significatif des négociations de paix n’est pas le cessez-le-feu — c’est ce qui vient après. Et sur ce point, l’Europe a fait un pari historique. La France et le Royaume-Uni ont formellement accepté, dans une déclaration signée avec Zelensky à Paris en janvier 2026, de déployer des forces militaires sur le sol ukrainien dans un cadre post-accord. Des « hubs militaires » européens — pas des troupes de combat, mais une présence qui rend toute nouvelle attaque russe aussi coûteuse que possible.
Le modèle est la Corée du Sud, pas l’OTAN. Des soldats français et britanniques sur le terrain ukrainien, avec des systèmes de surveillance, des capacités de formation, une présence dissuasive. Pour Zelensky, c’est la ligne de survie minimum : sans garanties de sécurité, tout accord n’est qu’un armistice en attente de la prochaine invasion. Pour Poutine, c’est la ligne rouge : l’OTAN ne doit pas s’approcher des frontières russes, même déguisée en coalition de bonne volonté. La contradiction est totale. Et c’est précisément dans cet espace de contradiction impossible que se joue la paix ou la guerre des prochaines décennies.
L’argent européen : sans lui, rien n’est possible
Les alliés européens ont aussi promis ce qui, en langage diplomatique, s’appelle des « garanties robustes » — un mot-valise qui recouvre des engagements financiers colossaux. La reconstruction de l’Ukraine, estimée à plus de 500 milliards de dollars selon les premières évaluations de la Banque mondiale, nécessitera des décennies d’investissement. Les avoirs russes gelés — environ 300 milliards d’euros en Europe — sont au cœur des discussions sur le financement. Leur confiscation au profit de l’Ukraine serait sans précédent légal. Leur utilisation comme levier de pression sur Moscou, plus facile. Là aussi, les lignes ne sont pas tracées.
CE QUE ZELENSKY N'A PAS DIT : Les failles de l'optimisme officiel
Lire entre les lignes d’un discours mesuré
Zelensky est un communicateur hors pair. Il sait exactement ce qu’il dit — et ce qu’il ne dit pas. Quand il parle de « positivité », il ne parle pas d’optimisme naïf. Il parle d’une amélioration relative par rapport à un creux. La fin de 2025 a été difficile : avances russes au sud, pression croissante sur Siversk, fatigue des alliés occidentaux, fissures dans le soutien américain. L’hiver a été brutal, militairement et diplomatiquement. Que le printemps 2026 soit « plus positif » n’est pas un triomphe — c’est un soulagement.
Et pourtant, il y a quelque chose de délibérément calibré dans le message de Zelensky. Il doit convaincre ses propres citoyens — épuisés, endeuillés, parfois désabusés — que la résistance paie. Il doit convaincre ses alliés occidentaux — dont certains, comme les États-Unis sous Trump, ont soufflé le chaud et le froid — que l’Ukraine mérite encore leur soutien. Il doit convaincre Moscou que l’Ukraine ne s’effondrera pas, que l’attendre à l’usure ne fonctionnera pas. Chaque déclaration publique de Zelensky joue sur ces trois tableaux simultanément. C’est de la politique à haute altitude. Et c’est épuisant pour un homme qui doit aussi, chaque matin, signer les nécrologiques de ses soldats.
La fatigue invisible de la nation
Six millions d’Ukrainiens vivent encore à l’étranger, dans les pays de l’Union européenne, en Grande-Bretagne, en Amérique du Nord. Beaucoup ont reconstruit leur vie. Certains hésitent à rentrer — pas par lâcheté, mais par calcul rationnel : rentrer dans quoi, si la guerre repart demain ? La démographie ukrainienne est une blessure ouverte. Une nation de 44 millions avant-guerre compte aujourd’hui peut-être 30 à 32 millions de résidents effectifs. Les naissances ont chuté. Les hommes en âge de se battre sont au front ou à l’étranger. Même si la paix venait demain, la reconstruction humaine prendrait une génération. Peut-être deux.
Les 435 kilomètres carrés libérés, c’est une promesse. Mais derrière chaque kilomètre carré libéré, il y a une maison à reconstruire, une famille à réunifier, un enfant à rescolariser, un trauma à traiter. La guerre visible a une fin possible. La guerre intérieure que l’Ukraine devra mener contre ses propres blessures — elle, elle durera bien au-delà du dernier coup de feu.
LE RÔLE AMÉRICAIN : Trump, l'Ukraine, et l'imprévisibilité comme stratégie
Washington tient le fil. Mais pour combien de temps ?
L’administration Trump a maintenu une posture plus ambiguë que prévu à l’égard de l’Ukraine. Il y avait eu, pendant la campagne de 2024, des déclarations fracassantes sur « la fin de la guerre en 24 heures ». La réalité du pouvoir a produit quelque chose de plus nuancé. Les États-Unis ont participé activement aux rounds de Genève et d’Abou Dhabi. Le texte des garanties de sécurité américaines à l’Ukraine est décrit par Zelensky comme « presque finalisé » avec Trump. Mais « presque » est un mot qui peut signifier beaucoup de choses — et Trump a démontré par le passé que sa signature sur un document ne vaut que jusqu’à ce qu’il change d’avis.
La guerre en Iran a encore compliqué l’équation. Les États-Unis, engagés militairement contre Téhéran, voient une partie de leurs ressources diplomatiques et militaires se détourner de l’Ukraine. Les systèmes Patriot — essentiels à la défense aérienne ukrainienne — font l’objet d’une compétition entre le théâtre moyen-oriental et le front ukrainien. Chaque Patriot envoyé vers le Golfe, c’est un Patriot de moins pour protéger Kyiv des missiles balistiques russes. Ce n’est pas un hasard si la Russie continue ses frappes massives sur Kyiv — 29 missiles overnight début mars, 155 drones dans la même semaine — pendant que l’Amérique regarde ailleurs.
Le test de la volonté alliée
C’est peut-être le vrai enjeu de 2026 pour l’Ukraine : la solidarité de ses alliés tiendra-t-elle assez longtemps ? L’Europe a pris des engagements historiques. La France et le Royaume-Uni ont signé. Les Allemands ont livré des chars. Les Scandinaves ont ouvert leurs stocks. Mais l’attention du monde se déplace — vers l’Iran, vers la mer de Chine méridionale, vers d’autres crises qui réclament leurs heures de prime time et leurs milliards d’aide. L’Ukraine doit se battre non seulement contre la Russie sur le terrain, mais contre l’oubli dans les chancelleries et les opinions publiques de ses alliés.
Et pourtant, Zelensky est toujours là. Debout. Visible. Présent. C’est sa force la plus sous-estimée : il n’a jamais disparu de l’espace public international. Dans un monde où l’attention dure 48 heures, il a maintenu l’Ukraine dans la conscience collective pendant quatre ans. C’est un exploit de communication et de volonté qui mérite d’être nommé.
L'HISTOIRE QUI BÉGAIE : Ce que 1938 et 1945 nous apprennent
Les précédents que les diplomates préfèrent ne pas citer
Il y a un précédent que tout le monde connaît et que personne ne veut prononcer dans les salles de conférence : Munich, 1938. Des démocraties qui cèdent une portion de territoire d’un pays souverain à un régime autoritaire, au nom de la paix, contre des garanties dont la valeur s’évaporera en six mois. L’Ukraine a demandé publiquement à ses alliés de ne pas reproduire Munich. Zelensky a fait la comparaison lui-même, sans ambiguïté, dès les premières semaines de l’invasion de 2022. La question reste posée en 2026 : si un accord oblige l’Ukraine à concéder des territoires occupés sans garantie effective de sécurité, est-ce la paix ou est-ce Munich ?
Mais il y a un autre précédent, plus encourageant : 1945 et la reconstruction de l’Europe. Des nations dévastées qui ont reconstruit, avec l’aide américaine et le cadre européen, des démocraties stables. L’Allemagne, la Pologne, les pays baltes — chacun a traversé des épreuves que les historiens décrivaient comme insurmontables. Ils ont survécu. Ils ont prospéré. L’Ukraine a toutes les raisons humaines et institutionnelles de croire qu’elle aussi peut le faire. Elle l’a déjà prouvé — à Kyiv en mars 2022, quand tout le monde prédisait sa chute en 72 heures. Elle tient. Et elle construit, même sous les bombes.
Ce que « libérer » veut dire vraiment
Libérer un territoire, ce n’est pas seulement chasser des soldats. C’est ce qui vient après. Les mines antipersonnel — l’Ukraine est l’un des pays les plus minés au monde, des dizaines de milliers de kilomètres carrés contaminés. Les villages où il n’y a plus de mairie, plus d’école, plus d’église, plus rien. Les habitants qui sont partis et ne savent pas si leur maison existe encore. Les équipes de déminage ukrainiennes travaillent 24 heures sur 24. Pour chaque kilomètre carré libéré militairement, il faut des mois de travail pour le rendre vivable. Des années pour le reconstruire. Une génération pour effacer la peur.
L’Ukraine ne demande pas de pitié. Elle n’en a jamais demandé. Elle demande du temps — et que le monde ne détourne pas les yeux pendant qu’elle tente de guérir. 435 kilomètres carrés libérés en un mois. Ce chiffre devrait faire réfléchir quiconque avait conclu qu’il n’y avait plus rien à attendre de cette guerre. L’Ukraine n’est pas finie. L’Ukraine n’a pas capitulé. L’Ukraine se bat — et elle gagne des batailles, même si la guerre n’est pas encore gagnée.
LA QUESTION QUI HANTE : À quel moment on dira que l'Ukraine a gagné ?
Définir la victoire dans une guerre qui ne ressemble à aucune autre
Qu’est-ce que « gagner » signifie pour l’Ukraine en 2026 ? La question est plus difficile qu’elle n’y paraît. Récupérer 100% des territoires de 1991 — Crimée comprise ? Militairement, c’est hors de portée à court terme. Récupérer les frontières de 2022 — avant l’invasion totale, avec le Donbas dans une situation de quasi-gel depuis 2014 ? Peut-être réaliste, mais pas garanti. Obtenir un cessez-le-feu sur les lignes actuelles, avec des garanties de sécurité effectives et un engagement international de reconstruction ? C’est peut-être le compromis le moins mauvais dans un monde imparfait.
Zelensky a lui-même assoupli certaines formulations. Il a évoqué des zones économiques spéciales dans l’est, un retrait partiel des troupes comme geste de désescalade. Ces mots, dans sa bouche, signifient que la négociation est réelle. Qu’il cherche une sortie qui ne soit pas une capitulation. Mais il ne cèdera pas le Donbas sans garanties. Et tant que Moscou n’accepte pas un arrangement qui ne ressemble pas à une reddition ukrainienne, le blocage demeure.
Le paradoxe de la guerre d’usure
La guerre d’usure bénéficie en théorie à la puissance la plus grande. Mais en pratique, en Ukraine, elle a révélé une anomalie : l’Ukraine a une capacité d’endurance supérieure à ce que la logique prédisait. Parce qu’elle se bat pour sa survie — pas pour une politique, pas pour un gouvernement, mais pour l’existence même de sa nation. Cette asymétrie de motivation change tout. Un soldat russe envoyé mourir pour un objectif qu’il comprend mal, loin de chez lui, dans un pays qui l’a toujours considéré comme frère — et un soldat ukrainien qui défend sa famille, sa maison, sa langue, son avenir. Ce ne sont pas les mêmes combattants. Et les chiffres de pertes le reflètent.
CONCLUSION : L'Ukraine au printemps 2026 — L'espoir comme acte de résistance
435 kilomètres carrés. Un pas. Pas encore la victoire.
Zelensky a dit que Kyiv est « plus positive ». C’est un mot soigneusement choisi. Pas « optimiste ». Pas « victorieuse ». Positive. C’est-à-dire : tournée vers l’avant plutôt que vers le bas. C’est déjà énorme pour un pays qui a survécu à quatre ans de guerre totale, de bombardements quotidiens, de déplacement de millions de ses citoyens, de deuil national continu. Être positif en Ukraine en mars 2026, c’est un acte de résistance en soi.
Les 435 kilomètres carrés libérés sont une promesse — pas un fait accompli. Les négociations de Genève ont produit de l’espoir — pas un accord. La volonté alliée tient — mais elle se fragilise sous d’autres pressions. L’Ukraine est à un moment charnière. Ni triomphe ni défaite. Un équilibre instable, comme une flamme dans le vent — qui résiste, qui vacille, mais qui ne s’est pas éteinte.
Et c’est peut-être ça, la vérité la plus importante de ce printemps 2026 : l’Ukraine n’a pas encore perdu. Dans un conflit où tout le monde avait prévu son effondrement, elle est encore là. Elle libère du territoire. Elle négocie depuis une position moins faible qu’attendu. Elle prépare sa reconstruction en même temps qu’elle se bat. Ce n’est pas la victoire. Mais c’est quelque chose que l’histoire retiendra : une nation qui a refusé de disparaître.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Déclaration de Zelensky sur les 435 km² libérés : https://kyivindependent.com/zelensky-shares-new-update-on-liberated-ukrainian-territory-says-kyiv-more-positive-than-at-end-of-2025/
Kyiv Independent — Syrskyi : l’Ukraine a capturé plus de territoire qu’elle n’en a perdu en février 2026 : https://kyivindependent.com/ukraine-captured-more-territory-than-it-lost-to-russia-over-febraury-2026-syrskyi-says/
Kyiv Independent — Zelensky : les négociations atteignent un « nouveau jalon », la guerre pourrait finir en 2026 : https://kyivindependent.com/zelensky-says-negotiations-reach-new-milestone-suggests-war-could-end-in-first-half-of-2026/
Kyiv Independent — Zelensky révèle le plan de paix en 20 points : https://kyivindependent.com/zelensky-reveals-20-point-peace-plan-draft-backed-by-ukraine-us/
Sources secondaires
Al Jazeera — Les négociations US-brokered se terminent sans percée : https://www.aljazeera.com/news/2026/1/24/us-brokered-talks-on-ukraine-close-with-no-breakthrough
Al Jazeera — Zelensky dit que le prochain round de pourparlers sera à Abou Dhabi : https://www.aljazeera.com/news/2026/2/26/us-ukraine-to-meet-in-geneva-as-russia-attacks-kyiv-with-missiles-drones
Foreign Policy — Les pourparlers Ukraine-Russie à Genève interrompus : https://foreignpolicy.com/2026/02/18/russia-ukraine-peace-talks-geneva-zelensky-putin-stalled-negotiations/
NBC News — La question des terres au centre des nouveaux pourparlers de paix à Genève : https://www.nbcnews.com/world/ukraine/land-focus-new-geneva-peace-talks-russia-ukraine-rcna259305
PBS NewsHour — Zelensky se dit ouvert à un retrait de troupes et à une zone économique libre : https://www.pbs.org/newshour/world/zelenskyy-says-hes-open-to-withdrawing-troops-and-creating-a-free-economic-zone-in-ukraines-east
France 24 — Le prochain round de négociations Ukraine-Russie prévu début mars, dit Zelensky : https://www.france24.com/en/europe/20260226-live-russia-ukraine-missiles-drones-us-ukraine-talks
RFE/RL — Les alliés de l’Ukraine promettent des garanties de sécurité « robustes » : https://www.rferl.org/a/ukraine-allies-robust-security-guarantees-russia-war/33641594.html
NPR — Les alliés de l’Ukraine s’accordent sur des garanties de sécurité dans un plan de paix : https://www.npr.org/2026/01/06/g-s1-104730/progress-ukraine-talks-paris-uncertain
Euromaidan Press — L’Iran a frappé Abou Dhabi mais pas les pourparlers de paix : https://euromaidanpress.com/2026/03/03/iran-hit-abu-dhabi-but-not-the-peace-talks-zelenskyy-says-the-next-ukraine-russia-us-round-is-still-days-away/
Critical Threats — Évaluation de la campagne offensive russe, 26 février 2026 : https://www.criticalthreats.org/analysis/russian-offensive-campaign-assessment-february-26-2026
RBC-Ukraine — L’avance russe vers Zaporizhzhia stoppée par le renseignement et l’armée ukrainiens : https://newsukraine.rbc.ua/news/russian-advance-toward-zaporizhzhia-halted-1772882515.html
Kyiv Independent — Zelensky : 300 km² libérés dans le cadre de la contre-offensive sud : https://kyivindependent.com/ukraine-liberates-300-square-kilometers-in-southern-counteroffensive-zelensky-tells-afp/
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