Ce qui ne roulera plus jamais
Les hommes ne sont pas les seuls à avoir disparu. Au 8 mars 2026, selon les données compilées par le Ministère de la Défense ukrainien et le site de référence minfin.com.ua, l’armée russe a également perdu 11 742 chars d’assaut. Onze mille sept cent quarante-deux chars. Pour comparer: l’OTAN tout entier ne dispose d’environ que 14 000 chars en service actif. La Russie a donc détruit, en Ukraine, l’équivalent de presque toute la force blindée de l’Alliance atlantique. En trente-sept mois. Dans un seul pays.
Les véhicules blindés de combat: 24 157 détruits. L’artillerie: 38 059 systèmes. Les roquettes multi-lance: 1 673. Les systèmes de défense antiaérienne: 1 322. Les avions de combat: 435. Les hélicoptères: 349. Les drones: 164 416. Les missiles de croisière: 4 403. Les navires et bateaux: 30, dont 2 sous-marins. Les véhicules et camions-citernes: 82 101. Matériel spécialisé: 4 083 unités.
Le paradoxe de l’armée qui avance quand même
Et pourtant — parce qu’il faut dire la chose entière — la Russie avance. Lentement. Agoniquement. Quelques kilomètres par semaine, arrachés à coups de chair humaine. Le Centre for Strategic and International Studies (CSIS) décrit une «guerre d’usure» où Moscou accepte des pertes catastrophiques pour maintenir une pression sur l’ensemble du front. La stratégie russe ne repose pas sur le génie militaire. Elle repose sur l’indifférence à la mort de ses propres soldats.
Voici ce que ça veut dire concrètement: quand un commandant russe envoie cent hommes traverser un champ miné, il sait qu’il en perdra quarante. Il envoie quand même. Parce que les quarante qui arrivent de l’autre côté peuvent prendre une tranchée. Et que Moscou enverra cent autres hommes pour la suivante. C’est une arithmétique que les démocraties ne peuvent pas — et ne veulent pas — reproduire. C’est la seule «arme» qu’il reste à Poutine: le mépris de ses propres citoyens.
On appelle ça de la «résilience stratégique» dans les rapports d’analystes. Moi, j’appelle ça du massacre organisé. Les mots ont un sens.
Le déficit de recrutement : la démographie du désastre
Quand les étudiants partent au front
En mars 2026, Military.com rapporte que l’armée russe recrute désormais des étudiants universitaires. Des étudiants. Des jeunes de 18, 19, 20 ans arrachés à leurs amphithéâtres pour aller mourir dans les tranchées du Donbass. Ce n’est pas une métaphore. C’est la conséquence directe d’un déficit de recrutement que le Kremlin ne peut plus masquer. La Russie a fixé son objectif à 409 000 recrues pour 2026, selon Kyrylo Budanov, chef du renseignement militaire ukrainien. Quatre cent neuf mille hommes en un an. Pour combler un gouffre qui ne cesse de se creuser.
Les prisonniers ont déjà été envoyés. Le groupe Wagner a saigné ses bagnards jusqu’à l’os. Les réservistes de la mobilisation de 2022 — ceux qui n’ont pas fui en Géorgie, en Arménie, en Mongolie — ont depuis longtemps été projetés sur le front. Alors maintenant on recrute dans les facs. On recrute avec des primes de 1 000, 2 000, parfois 5 000 dollars — dans un pays où le salaire médian avoisine 700 dollars par mois. On achète la chair. On ne l’appelle pas comme ça. Mais c’est ce que c’est.
La génération sacrifiée — et le vide qui vient
Les pertes humaines de cette guerre vont continuer à se faire sentir pendant trente ans. Pas seulement dans les cimetières. Dans l’économie. Dans les maternités. Dans les écoles. Le think tank 19FortyFive calcule que la Russie fait face à «un déficit de main-d’œuvre de plusieurs millions dans les décennies à venir». Une génération d’hommes entre 20 et 45 ans — les plus productifs, les plus fertiles, les plus actifs — soit tués, soit mutilés, soit exilés pour fuir la mobilisation.
Et pourtant, Poutine continue de parler de «renaissance nationale». De «puissance retrouvée». De «victoire inévitable». Un pays qui perd 40 000 hommes par mois n’est pas en train de renaître. Il est en train de se saigner. Lentement. Méthodiquement. La démographie russe, déjà fragile avant 2022, ne se remettra pas de cette guerre dans les cinquante prochaines années. Ce n’est pas une opinion. C’est de l’arithmétique.
On parle de victoire. Moi, je regarde les chiffres. Et je vois un pays qui détruit ses propres fondations pour planter un drapeau sur des ruines.
L'économie de guerre : 250 milliards d'euros par an
Le prix que la Russie ne peut pas se permettre
250 milliards d’euros par an. C’est le coût estimé de la guerre pour la Russie, selon les analyses de 19FortyFive et du Carnegie Endowment for International Peace. Deux cent cinquante milliards d’euros. Chaque année. Sortis de l’économie russe pour être transformés en fumée, en acier tordu et en cercueils. À titre de comparaison, le budget de la santé de la France — un pays de 68 millions d’habitants avec l’un des systèmes de santé les plus sophistiqués du monde — est d’environ 250 milliards d’euros. La Russie dépense en un an pour détruire l’Ukraine l’équivalent de soigner toute la France.
Les revenus pétroliers ont chuté. Les sanctions mordent. Les partenaires commerciaux occidentaux ont coupé les ponts. La Chine et l’Inde absorbent le pétrole russe à prix cassé. La Russie emprunte. Elle imprime. Elle redirige vers la guerre des budgets qui devaient aller aux routes, aux hôpitaux, aux écoles. Selon le Carnegie Endowment, la capacité russe à «continuer à combattre indéfiniment ne définit pas en soi la victoire». Poutine peut tenir. Il le peut. Mais à quel prix pour ses propres concitoyens?
L’OTAN que Poutine voulait affaiblir — et qu’il a renforcé
L’ironie cruelle de cette guerre tient en deux mots: Finlande. Suède. Poutine avait justifié l’invasion par la menace de l’expansion de l’OTAN. Il voulait que l’Alliance recule. Il l’a fait avancer. La Finlande et la Suède, neutres depuis des décennies — la Finlande depuis 1948, la Suède depuis les guerres napoléoniennes — ont rejoint l’OTAN. D’un coup, la frontière terrestre entre la Russie et l’Alliance a plus que doublé. La Russie partage désormais 1 340 kilomètres de frontière avec des pays membres de l’OTAN en plus des frontières existantes. C’est le résultat stratégique inverse de ce que Poutine cherchait.
Et pourtant, le Kremlin continue de présenter ça comme une victoire. Une victoire. Comme si perdre 1 273 290 hommes, 11 742 chars, 38 059 pièces d’artillerie, ET offrir à l’OTAN sa plus grande expansion depuis la chute du Mur de Berlin était le plan depuis le début. Ce n’était pas le plan. C’est l’échec qu’on ne peut pas nommer parce que Poutine n’a pas prévu de survivre politiquement à la vérité.
Il y a une loi immuable en géopolitique: quand on fait exactement le contraire de ce qu’on voulait faire, on a perdu. Peu importe combien de drapeaux on plante sur des décombres.
Trois ans de guerre : la chronologie de l'horreur ordinaire
De «trois jours» à trois ans et demi
Le 24 février 2022, les analystes du Kremlin estimaient que Kiev tomberait en soixante-douze heures. Trois jours. C’est ce que la machine de propagande russe avait calculé. Les forces spéciales avaient même prévu un défilé de la victoire sur le Khreshchatyk, l’avenue centrale de Kiev. Les uniformes de parade étaient dans les sacs à dos. On a retrouvé des témoignages — des soldats russes capturés qui croyaient vraiment partir pour un exercice.
Trois ans, treize jours, et 1 273 290 pertes plus tard — Kiev est toujours debout. Toujours ukrainienne. Toujours libre. Zelensky est toujours président. L’Ukraine a tenu. Contre toute attente. Contre toute logique militaire sur le papier. Elle a repoussé la tentative de prise de Kiev en mars 2022. Elle a repris Kherson en novembre 2022. Elle a mené une contre-offensive à Kharkiv à l’été 2022. Elle perd du terrain dans le Donbass aujourd’hui, c’est vrai — mais elle n’a pas lâché.
Le visage que les chiffres effacent
Derrière le chiffre 1 273 290, il y a des noms. Andreï, 23 ans, originaire d’Irkoutsk, mobilisé en septembre 2022, mort dans les tranchées de Bakhmout en mars 2023. Sa mère a appris sa mort par SMS. L’État n’a pas envoyé d’officier. Juste un message. Dmitri, 34 ans, père de deux enfants à Rostov, mort à Avdiivka en décembre 2023. Sa femme a reçu une «assistance unique» de 5 millions de roubles — environ 55 000 dollars au taux officiel, moins au taux réel. Moins que la valeur d’un appartement moyen à Moscou. Sergueï, 19 ans, étudiant en première année à Krasnodar, recruté en janvier 2026, statut: «combat». Depuis trois semaines, sa mère attend des nouvelles.
Ces histoires existent. Elles ne sortent pas de Russie parce que les médias indépendants ont été fermés, les journalistes emprisonnés, les mères qui manifestent arrêtées. Le mouvement «Chemins pour la vie», fondé par des mères de soldats russes, a été brutalement réprimé. En Russie, pleurer publiquement son fils mort à la guerre est devenu un acte politique punissable.
On interdit le deuil. On interdit les larmes. On interdit la vérité. Et on appelle ça une victoire.
Les 164 416 drones : la nouvelle guerre invisible
La révolution des UAV que personne n’avait prévue
164 416 drones abattus ou détruits. Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. L’utilisation massive des drones dans cette guerre a transformé tous les manuels militaires. Les généraux américains, britanniques, français — tous l’admettent: Ukraina est le premier grand laboratoire de guerre par drones à grande échelle de l’histoire. Ce qui s’apprend ici, en temps réel, sous les bombes et dans la boue, réécrira la doctrine militaire des trente prochaines années.
La Russie a lancé des milliers de drones Shahed iraniens sur les villes ukrainiennes. Elle a utilisé des drones kamikazes pour frapper les infrastructures électriques. L’Ukraine a répondu avec ses propres drones, frappant les raffineries russes jusqu’à 1 500 kilomètres à l’intérieur du territoire russe. Elle a frappé la flotte russe en mer Noire avec des drones marins — forçant Moscou à repositionner ses navires. 164 416 drones ukrainiens abattus du côté russe: ça signifie que l’Ukraine en a lancé encore plus.
La flotte de la mer Noire humiliée
Deux sous-marins russes coulés. Trente navires et bateaux détruits. Pour une marine qui n’était pas censée être menacée par un pays sans marine de guerre digne de ce nom, c’est une catastrophe stratégique. L’Ukraine, sans sous-marins, sans porte-avions, sans frégates — a forcé la flotte russe de la mer Noire à quitter Sébastopol, son port historique en Crimée. Les navires russes opèrent maintenant depuis Novorossiïsk, plus à l’est, hors de portée des armes ukrainiennes. En pratique, la Russie a perdu le contrôle naval actif de la mer Noire qu’elle pensait détenir indéfiniment.
Le croiseur Moskva, vaisseau amiral de la flotte, a coulé le 14 avril 2022. 498 hommes à bord. Le Kremlin a d’abord prétendu à un incendie accidentel. Puis à une «bavure». Les missiles ukrainiens Neptune avaient frappé. 500 marins dans les eaux froides de la mer Noire, pour un navire qui n’était pas supposé pouvoir être touché.
Le Moskva était le symbole de la puissance russe en mer Noire. Il est maintenant à 40 mètres de fond. Certains symboles disent plus que tous les communiqués officiels.
Ce que le Kremlin ne dit pas à ses citoyens
La réalité hors des murs du silence
En Russie, le mot «guerre» est interdit. Officiellement, c’est une «opération militaire spéciale». Prononcer le mot «guerre» en public est passible de quinze ans de prison. Écrire que des soldats russes meurent en masse — quinze ans. Partager des statistiques sur les pertes — quinze ans. Novaya Gazeta est fermée. Radio Svoboda bloquée. TV Rain exilée à Amsterdam. Les journalistes indépendants qui restaient ont fui ou sont emprisonnés.
Ce que les Russes voient à la télévision: des victoires constantes, des villes libérées, des soldats héroïques, des nazis ukrainiens mis en déroute. Ce qu’ils ne voient pas: les cercueils qui arrivent dans les villes sibériennes. Les mères qui pleurent en secret. Les enterrements discrets. Les villages du centre de la Russie qui ont perdu quatre, cinq, dix hommes — et qui se taisent parce que dire la vérité, c’est risquer la prison.
Les familles qui cherchent encore
Des dizaines de milliers de familles russes ne savent toujours pas ce qu’il est advenu de leurs proches. «Disparu au combat» — c’est souvent tout ce qu’elles reçoivent. Pas de corps. Pas de date précise. Pas de lieu. Des organisations comme Media Zona et iStories — journaux russes indépendants exilés — ont commencé à compiler des listes à partir de nécrologies locales, de posts sur les réseaux sociaux, d’annonces funéraires. Leur comptage à eux dépasse 70 000 morts confirmés uniquement par sources ouvertes russes. Et ce n’est qu’une fraction.
Iana, 41 ans, Novosibirsk. Son mari est porté disparu depuis août 2023. Elle a appelé le numéro officiel 47 fois. On lui a dit d’attendre. D’appeler autrement. De remplir des formulaires. Il y a six mois, un voisin l’a appelée pour lui dire avoir vu le nom de son mari dans une liste de morts publiée par des volontaires ukrainiens. Elle attend encore la confirmation officielle. Il n’en viendra peut-être jamais.
Le silence de l’État face à ses propres morts est une violence supplémentaire. On les a envoyés mourir. On ne leur rend même pas ça.
Le contexte des négociations : la paix sur fond de cadavres
Trump, l’Europe et le prix de la «paix»
En mars 2026, des négociations pour un cessez-le-feu sont en cours. Washington, Paris, Londres, Kyiv, Moscou — tout le monde parle de paix. Mais de quelle paix parle-t-on exactement? La France et le Royaume-Uni ont signé une déclaration d’intention pour déployer des forces en Ukraine en cas d’accord. Les États-Unis proposent un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu basé sur des drones, des satellites et des capteurs — sans troupes américaines au sol. Macron espère entraîner d’autres nations à s’engager.
Pendant ce temps, la Russie perd 40 000 hommes par mois. Une source proche du dossier à l’OTAN confie: «Si Poutine accepte un cessez-le-feu, c’est parce que ses pertes deviennent intenables, pas parce qu’il a trouvé la paix dans son coeur.» Les analystes du renseignement britannique avertissent: une Russie sous cessez-le-feu est une Russie qui reconstitue. Selon un rapport cité par nato.news-pravda.com, la Russie serait en mesure d’attaquer l’OTAN dans un délai de six mois après la fin des hostilités en Ukraine. Six mois. C’est la fenêtre qu’on achète avec une «paix» mal négociée.
Ce que les chiffres disent de la suite
1 273 290 pertes russes. Et l’Ukraine en a elle aussi payé un prix terrible. Selon les estimations du Council on Foreign Relations et du CSIS, les pertes ukrainiennes — militaires et civiles confondues — pourraient se situer entre 300 000 et 500 000 individus. Combinées aux pertes russes, les analystes estiment que le total des victimes des deux côtés pourrait atteindre 2 millions d’ici le printemps 2026. Deux millions d’êtres humains. Pour un conflit qui aurait pu ne pas avoir lieu si la communauté internationale avait tiré les bonnes leçons de 2014.
En 2014, la Russie a pris la Crimée. Le monde a haussé les épaules et imposé quelques sanctions symboliques. En 2015, elle a soutenu les séparatistes du Donbass. Le monde a négocié les Accords de Minsk — que la Russie n’a jamais eu l’intention de respecter. En 2022, elle a lancé l’invasion totale. Chaque fois qu’on n’a pas dit clairement «non», on a dit «oui» à ce qui venait après.
L’histoire ne bégaie pas: elle crie. Et on continue de faire semblant de ne pas entendre.
La victoire à la Pyrrhus : gagner en se détruisant
Quand «tenir» n’est pas «gagner»
Il faut le dire sans ambiguïté: la Russie contrôle aujourd’hui environ 20% du territoire ukrainien. Le Donbass. Une partie de Zaporijjia. De Kherson. Ces territoires ont été pris. Certains ont été annexés unilatéralement, en violation de toutes les normes du droit international. Aucun de ces faits n’est contesté. La question n’est pas «est-ce que la Russie a pris des terres?» La question est: à quel prix?
Pour 20% de l’Ukraine — dont une bonne partie de territoires industriels dévastés, de villes en ruines, de populations qui ont fui — la Russie a perdu: plus de 1,27 million de soldats, 11 742 chars, 24 157 véhicules blindés, 38 059 pièces d’artillerie, 435 avions, 349 hélicoptères, 2 sous-marins, 30 navires, et 250 milliards d’euros par an. Elle a déclenché l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN. Elle a unifié l’Occident contre elle. Elle a renforcé l’identité nationale ukrainienne à un niveau historique. Elle a démontré que son armée, malgré ses apparences, n’était pas la machine invincible qu’elle prétendait être.
Le monde qui regardait — et ce qu’il en fera
Le 24 février 2022 a changé la géopolitique mondiale pour au moins une génération. Les pays qui croyaient que la guerre conventionnelle de grande envergure était impossible en Europe ont dû réviser leur jugement. Les Européens ont découvert qu’ils dépendaient dangereusement du gaz russe. Les militaires du monde entier ont découvert la guerre des drones. Les défenseurs des droits de l’homme ont documenté des crimes de guerre en temps réel, sur les réseaux sociaux, avec des coordonnées GPS.
La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine en mars 2023 — pour la déportation illégale d’enfants ukrainiens vers la Russie. Il ne peut plus voyager dans aucun des 124 États membres de la CPI sans risquer d’être arrêté. C’est symbolique, peut-être. Mais les symboles comptent. Le chef du Kremlin est un criminel de guerre selon le droit international. Son nom est inscrit dans les archives de la CPI. Pour toujours.
Les archives ne brûlent pas aussi facilement que les villes. Ce qui est documenté reste. Et ce qui reste finit par servir.
Quatre ans, un compteur, et la question qui reste
Le compteur tourne encore ce soir
Ce soir, pendant que vous lisez ces lignes, le compteur tourne. 1 273 290 pertes — c’est le chiffre du 8 mars 2026. Demain matin, il sera plus élevé. Probablement de 800 à 1 300 unités. Des hommes. Des corps. Des vies. Des familles qui ne sauront peut-être jamais.
Il y a un site web, index.minfin.com.ua, qui compile ces chiffres chaque jour. Chaque matin, des analystes ukrainiens mettent à jour les statistiques. Chars détruits: +4. Véhicules blindés: +12. Soldats: +930. Des chiffres sur un écran. Secs. Froids. Aussi froids que les corps qu’ils représentent.
Ce que l’histoire retiendra
Dans cinquante ans, des historiens écriront sur cette guerre. Ils analyseront les décisions. Ils nommeront les responsables. Ils expliqueront comment un homme seul, entouré de courtisans trop effrayés pour dire la vérité, a lancé son pays dans la plus grande catastrophe humaine depuis la Seconde Guerre mondiale sur le sol européen.
Ils écriront que la Russie a perdu plus de 1,27 million d’hommes pour prendre 20% d’un pays qui ne voulait pas d’elle. Ils écriront que les mères russes ont enterré leurs fils en silence parce que l’État le leur imposait. Ils écriront que l’Ukraine a résisté. Que Kiev n’est pas tombée. Que Khreshchatyk a gardé son nom. Et ils écriront que le monde entier regardait — parfois bien, parfois trop peu, parfois trop tard — mais qu’il regardait.
Et peut-être écriront-ils aussi que quelques chroniqueurs, dans des pays lointains, ont refusé de regarder ailleurs. Que des mots ont été écrits. Que des chiffres ont été nommés. Que la vérité, même inconfortable, a été dite. C’est pour ça qu’on fait ce métier.
Conclusion : 1 273 290 raisons de ne pas oublier
Le silence n’est pas une option
Il y a des chiffres qu’on aimerait ne pas avoir à écrire. 1 273 290 en est un. Pas parce qu’ils gênent. Parce qu’ils représentent quelque chose d’incommensurable. Chaque unité de ce nombre est un visage. Un prénom. Une histoire qui aurait pu être différente si un homme, le 24 février 2022, avait pris une autre décision.
Ces chiffres ne proviennent pas de la propagande ukrainienne sortie de nulle part. Ils sont compilés quotidiennement par des sources multiples et recoupés. Le Pentagone. L’OTAN. Les services de renseignement britanniques. Tous confirment: les pertes russes sont catastrophiques. Les estimations varient — parfois les Occidentaux sont plus conservateurs que Kyiv — mais tous convergent vers la même réalité: jamais depuis 1945 une armée n’a subi de telles pertes sur le sol européen.
Et pourtant, le monde continue de tourner. Les marchés ouvrent le lundi matin. Les gens prennent leur café. Les négociations avancent, reculent, piétinent. Et dans une tranchée quelque part à l’est de l’Ukraine, à 5h du matin sous la neige, un homme — russe ou ukrainien — attend le lever du jour avec la peur dans le ventre.
1 273 290 pertes russes. C’est ce que Poutine ne dit pas à ses compatriotes. C’est ce que certains Occidentaux préfèrent minimiser pour ne pas gêner les négociations. C’est ce que l’histoire retiendra quand même. Parce que les chiffres ne négocient pas. Ils ne cèdent pas à la pression diplomatique. Ils ne s’effacent pas avec un accord signé sur un bout de papier.
Ils restent. Gravés. Pour toujours.
1 273 290. Répétez ce chiffre jusqu’à ce qu’il vous pèse. Jusqu’à ce qu’il devienne réel. Jusqu’à ce que vous ne puissiez plus dire «c’est loin» ou «c’est compliqué». Ce n’est ni loin ni compliqué. C’est une catastrophe humaine. Et elle continue ce soir.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Ministère de la Défense d’Ukraine — pertes russes au 8 mars 2026: https://mod.gov.ua/en/news/total-russian-combat-losses-in-ukraine-as-of-march-8-2026
Minfin Ukraine — statistiques cumulatives des pertes russes (données officielles): https://index.minfin.com.ua/en/russian-invading/casualties/
Ukrinform — Russia loses 900 troops in Ukraine war over past day: https://www.ukrinform.net/rubric-ato/4098174-russia-loses-900-troops-in-ukraine-war-over-past-day.html
Ukrainska Pravda — Russia’s losses in war against Ukraine as of 1 March 2026: https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/03/01/8023319/
New Voice of Ukraine — Russia loses 960 troops in one day, total losses exceed 1.26 million: https://english.nv.ua/russian-war/russia-loses-960-troops-in-one-day-total-losses-exceed-1-26-million-50588118.html
Sources secondaires
19FortyFive — Russia’s Ukraine «Victory»: NATO Expansion, 1.2 Million Casualties and a Battered Economy: https://www.19fortyfive.com/2026/02/russias-ukraine-victory-nato-expansion-1-2-million-casualties-and-a-battered-economy/
Kyiv Independent — As Russian losses in Ukraine mount, the Kremlin strains to avoid full mobilization: https://kyivindependent.com/inside-russias-2026-draft-strategy/
Kyiv Independent — Russia aims to recruit over 400,000 soldiers in 2026, Ukraine’s military intelligence chief says: https://kyivindependent.com/russia-aims-to-recruit-over-400-000-soldiers-in-2026-budanov-says/
Carnegie Endowment for International Peace — Does Russia Have Enough Soldiers to Keep Waging War Against Ukraine?: https://carnegieendowment.org/russia-eurasia/politika/2026/02/russia-internal-resources-war
Military.com — Four Years In, Russia is Recruiting College Students to Fight Ukraine: https://www.military.com/daily-news/2026/03/01/four-years-russia-recruiting-college-students-fight-ukraine-report.html
National Security News — Russian losses in Ukraine are now higher than the numbers of troops being recruited: https://nationalsecuritynews.com/2026/02/russian-losses-in-ukraine-are-now-higher-than-the-numbers-of-troops-being-recruited/amp/
Russia Matters — The Russia-Ukraine War Report Card, March 4, 2026: https://www.russiamatters.org/news/russia-ukraine-war-report-card/russia-ukraine-war-report-card-march-4-2026
EMPR Media — Russia-Ukraine War: Key Updates as of March 8, 2026: https://empr.media/news/war/russia-ukraine-war-updates-key-developments-as-of-march-8-2026/
Council on Foreign Relations — War in Ukraine, Global Conflict Tracker: https://www.cfr.org/global-conflict-tracker/conflict/conflict-ukraine
NATO News Pravda — Russia is ready to attack NATO six months after the ceasefire in Ukraine: https://nato.news-pravda.com/world/2026/02/09/92264.html
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