Un code civil qui menace les acquis
Au coeur des revendications de la marche du 8 mars, un texte de loi qui fait froid dans le dos. Le projet de loi numéro 14394, publié le 22 janvier 2026 et déposé par le président de la Rada, Ruslan Stefanchuk, propose une refonte complète du Code civil ukrainien. Sur le papier, une modernisation. Dans les faits, un retour en arrière calculé. Le texte introduit les concepts de bonnes moeurs et d’immoralité comme critères juridiques. Des notions floues, subjectives, que n’importe quel tribunal peut interpréter à sa convenance. Des notions qui, dans l’histoire du droit, ont toujours servi à contrôler les femmes. Toujours.
Le projet 14394 rend aussi le divorce considérablement plus difficile pendant la grossesse et après l’accouchement. Une femme enceinte piégée dans un mariage violent ne pourrait plus en sortir aussi facilement. Une mère récente serait contrainte de rester liée à un conjoint qu’elle veut quitter. Et la version initiale du texte proposait même d’abaisser l’âge du mariage à 14 ans dans certains cas exceptionnels — une disposition qui a été retirée après un tollé sur les réseaux sociaux, mais dont la simple existence révèle l’esprit du texte. Le Comité Helsinki norvégien a qualifié ces dispositions de contraires à la Convention européenne des droits de l’homme. La Commission européenne a rappelé que le texte devait se conformer aux standards de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Un gouvernement qui introduit les « bonnes moeurs » comme critère juridique en 2026. On croirait lire un brouillon de 1926. Et le pire, c’est que ce texte a été déposé en pleine guerre, quand personne ne regardait, quand toute l’attention était sur le front. La guerre comme écran de fumée législatif. La plus vieille ruse du pouvoir.
L’Europe regarde et s’inquiète
Le projet 14394 ne menace pas seulement les droits des femmes. Il exclut explicitement les couples de même sexe de toute reconnaissance juridique, définissant l’union familiale de fait exclusivement entre partenaires de sexe différent. Il invalide automatiquement les mariages lorsqu’un des conjoints change de genre. Des dispositions qui contredisent frontalement les engagements pris par l’Ukraine dans le cadre de son processus d’adhésion à l’Union européenne. Oleh Maksymyak, de l’ONG Point d’appui, a résumé la situation : le code devrait renforcer l’égalité et la dignité humaine, pas entériner des normes dépassées. Et pourtant, c’est précisément ce qu’il fait. Un pays qui demande à rejoindre l’Europe tout en légiférant contre les valeurs européennes. Le paradoxe serait comique s’il n’était pas aussi dangereux.
Les prisonnières oubliées — le silence qui tue
Des femmes ukrainiennes dans des cellules russes
Parmi les trois revendications de la marche, une qui tranche comme un couteau : la libération des femmes ukrainiennes détenues par la Russie. Des militaires capturées au combat. Des civiles enlevées dans les territoires occupés. Des femmes dont on sait qu’elles subissent des traitements que le droit international interdit d’infliger à quiconque. La Russie détient environ 7 000 Ukrainiens en captivité, incluant des civils. En 2025, dix échanges de prisonniers ont ramené 2 080 militaires mais seulement 230 civils. En février 2026, un échange a permis le retour de 157 Ukrainiens, dont 139 étaient captifs depuis 2022. Plus récemment, un échange massif selon la formule 500 contre 500 a ramené 500 défenseurs ukrainiens.
Les témoignages des prisonnières libérées font état de famine, de torture, d’humiliation sexuelle systématique. Neuf femmes ukrainiennes libérées lors d’un échange récent avaient été détenues depuis le printemps 2022. Quatre ans dans des cellules russes. Quatre ans de violences qui ne sont pas des dérapages mais une politique délibérée. Ces femmes n’ont pas de nom dans les médias internationaux. Elles n’ont pas de visage sur les écrans. Elles existent dans un angle mort du récit de guerre, parce que les prisonnières de guerre ne correspondent pas au narratif dominant.
Il y a des femmes ukrainiennes dans des cellules russes en ce moment même. Pendant que vous lisez ces lignes. Elles sont affamées, battues, humiliées. Et personne ne parle d’elles. Parce que les prisonnières de guerre féminines ne font pas de bonnes images télévisées. Parce que leur souffrance ne rentre pas dans un titre de 60 caractères. Parce que le monde a décidé que certaines douleurs comptent moins que d’autres.
La violence sexuelle comme arme de guerre documentée
Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, des centaines de cas documentés de viols et de violences sexuelles commis par des soldats russes ont été rapportés. La procureure générale d’Ukraine, les organisations humanitaires internationales, la mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU — tous confirment l’utilisation systématique de la violence sexuelle comme instrument de terreur. Les victimes sont des femmes de tous âges. Des adolescentes. Des grands-mères. Des mères de famille. Certaines ont été agressées devant leurs enfants. D’autres ont été retenues pendant des jours, des semaines. La plupart n’ont jamais porté plainte. Par honte. Par peur. Par l’impossibilité pratique de le faire dans un pays en guerre. Et celles qui ont parlé se sont heurtées à un mur d’indifférence internationale.
Les 70 000 soldates — grandes oubliées du récit de guerre
Des combattantes à part entière, traitées comme des accessoires
Plus de 70 000 femmes servent actuellement dans les forces armées ukrainiennes, selon les chiffres du ministère de la Défense au 1er janvier 2025. C’est une augmentation de 20 pour cent par rapport à 2022. Plus de 5 500 femmes servent en ce moment même sur la ligne de front, d’après le vice-ministre de la Défense Serhii Melnyk. Elles sont médecins de combat, opératrices de transmissions, tireuses d’élite. Elles tuent et elles meurent. Au même titre que leurs collègues masculins. Melnyk lui-même a déclaré : chaque jour, les femmes dans l’armée démontrent leur résilience et leur professionnalisme.
Et pourtant, leur reconnaissance officielle reste insuffisante. Les uniformes ne sont pas adaptés à leurs corps. Les équipements de protection ne sont pas à leur taille. Les procédures de signalement du harcèlement sexuel au sein de l’armée sont encore balbutiantes. Une enquête menée par l’organisation Women’s March auprès de 46 militaires a révélé que seules 12 d’entre elles déclareraient signaler un acte de violence dont elles seraient témoins. Les autres craignent la condamnation sociale, craignent qu’on leur dise que c’est leur faute. Le rapport Invisible Battalion 2.0 avait déjà documenté que le harcèlement sexuel et la violence sexuelle contre les femmes soldats restaient courants et rarement signalés.
70 000 femmes portent l’uniforme ukrainien. 5 500 regardent la mort en face chaque jour sur la ligne de front. Et quand elles demandent des uniformes à leur taille, des douches séparées, une reconnaissance égale — on leur dit d’attendre. Attendre quoi? La fin de la guerre? Et après la guerre, on leur dira d’attendre la reconstruction. Puis la stabilisation. Puis les élections. L’attente est l’arme préférée de ceux qui ne veulent rien changer.
Le double combat des combattantes ukrainiennes
Elles se battent contre les Russes le jour et contre les préjugés le soir. Les femmes soldats ukrainiennes mènent deux guerres simultanées. L’une contre l’envahisseur, qu’elles gagnent mètre par mètre dans les tranchées du Donbass. L’autre contre une société patriarcale qui, malgré des progrès significatifs, résiste à l’idée qu’une femme puisse être aussi légitime au combat qu’un homme. Des femmes officières dont les subordonnés masculins questionnent les ordres. Des conductrices de drones dont les prouesses sont attribuées à leurs collègues masculins dans les rapports. Des infirmières de combat qui sauvent des vies sous le feu et qui sont renvoyées à la cuisine en permission. La législation oblige désormais les commandants à enquêter sur les cas de discrimination et de violence. Le harcèlement sexuel est formellement défini comme une infraction disciplinaire. Mais entre la loi et la réalité, il y a un gouffre que seule la volonté politique peut combler.
Marcher sous les bombes — la normalité ukrainienne
Un pays qui refuse de mettre sa vie entre parenthèses
Ailleurs dans le monde, une marche de 3 000 personnes serait un événement ordinaire. À Kyiv, c’est un acte de défi. Chaque rassemblement public est un risque. Les missiles russes ne respectent pas les calendriers. Ils ne consultent pas les autorisations de manifester. Une foule de 3 000 personnes dans le centre-ville est une cible potentielle. Et pourtant, elles marchent. Avec la même détermination tranquille que les Ukrainiens mettent dans tout ce qu’ils font depuis quatre ans. C’est la normalité ukrainienne. Ouvrir des cafés pendant les coupures d’électricité. Organiser des concerts dans les abris. Célébrer des mariages pendant les alertes aériennes. Et marcher pour les droits des femmes pendant que des Shahed volent au-dessus du pays.
La résilience ukrainienne n’est pas un slogan marketing pour think tanks occidentaux. C’est 3 000 personnes dans les rues de Kyiv un samedi de mars, réclamant des droits que la guerre essaie de leur voler et que leur propre gouvernement essaie de réécrire. C’est la preuve vivante qu’un peuple qui se bat pour sa survie peut aussi se battre pour sa dignité. En même temps. Sans choisir.
Le paradoxe de la démocratie en guerre
L’Ukraine est en guerre totale. La loi martiale est en vigueur depuis février 2022. Les élections sont suspendues. Les libertés civiles sont restreintes. C’est compréhensible. C’est même nécessaire. Mais la marche du 8 mars pose une question inconfortable : où est la limite? À quel moment la nécessité de guerre cesse d’être une justification légitime et devient un prétexte pour rogner des droits? L’Ukraine se bat pour la démocratie. Mais peut-elle rester une démocratie en se battant? C’est la question que posent les 3 000 marcheuses de Kyiv. Pas en criant. Pas en brûlant des voitures. En marchant. Calmement. Dignement. Avec des banderoles qui disent : nous vous soutenons, nous combattons avec vous, mais ne profitez pas de la guerre pour effacer nos droits.
L'État ukrainien et ses réformes dans l'ombre
Les lois qu’on change quand personne ne regarde
Pendant que l’attention du monde est fixée sur le front, la Rada examine des projets de loi qui préoccupent les défenseurs des droits des femmes. Le projet 14394 n’est que la partie visible de l’iceberg. Le Réseau féministe ukrainien et Sotsialnyi Rukh, le Mouvement social d’Ukraine, dénoncent des politiques économiques néolibérales qui frappent les femmes de plein fouet. Des fermetures d’hôpitaux. Des fermetures d’écoles. La commercialisation des services sociaux. Les femmes dominent les secteurs du soin, de la santé et de l’éducation — les premiers secteurs où on coupe. La discrimination salariale persiste dans des postes équivalents. Le travail de soin non rémunéré — enfants, personnes âgées, malades — repose disproportionnellement sur les épaules des femmes. La guerre n’a pas créé ces inégalités. Elle les a amplifiées.
Le pouvoir utilise la guerre comme diversion depuis la nuit des temps. Pendant que le peuple regarde les bombes, le gouvernement réécrit les lois. C’est vieux comme la politique. Et c’est exactement pour ça que des gens descendent dans la rue, même sous les bombes. Pour rappeler au pouvoir qu’il est surveillé. Toujours. Même en guerre. Surtout en guerre.
Zelensky face au miroir de ses propres promesses
Volodymyr Zelensky est devenu un symbole mondial de courage et de leadership. Il mérite ce statut. Mais le leadership ne se mesure pas seulement à la façon dont on fait la guerre. Il se mesure aussi à la façon dont on traite ceux qui se battent à vos côtés. Et les femmes qui marchent à Kyiv posent à Zelensky une question simple : allez-vous être le président qui a gagné la guerre et perdu les droits des femmes? Ou celui qui a fait les deux — gagner la guerre ET protéger les acquis? La réponse à cette question déterminera l’Ukraine de l’après-guerre. Un pays qui sort victorieux d’un conflit existentiel mais qui a reculé sur les droits des femmes ne sera pas la démocratie européenne que Zelensky promet au monde. Ce sera juste un pays de plus où la guerre a servi d’excuse pour consolider le pouvoir aux dépens des plus vulnérables.
Le 8 mars dans un pays en guerre — ce que le monde refuse de voir
L’image que les médias ont ignorée
Le 8 mars 2026, les médias internationaux ont couvert la journée internationale des droits des femmes. Des marches à Paris. Des manifestations à New York. Des discours à Berlin. Kyiv a reçu quelques lignes. Quelques photos. Un article en page 12. Comme si 3 000 personnes marchant pour les droits des femmes dans une capitale bombardée était moins important que 500 personnes marchant dans une capitale en paix. C’est le biais médiatique de la fatigue de guerre. L’Ukraine est dans l’actualité depuis quatre ans. Les gens sont fatigués. Les rédacteurs en chef sont fatigués. Les algorithmes de recommandation sont fatigués. Alors la marche de Kyiv disparaît dans le bruit. Noyée sous les articles sur l’Iran, les déclarations de Trump, les scandales du moment.
Le monde a la capacité d’attention d’un poisson rouge. Quatre ans de guerre en Ukraine, et les rédactions commencent à bâiller. Les missiles sont devenus routine. Les morts sont devenues des chiffres. Et les femmes qui marchent à Kyiv pour leurs droits sont devenues invisibles. C’est peut-être ça, la vraie victoire de Poutine : pas la conquête du territoire, mais la conquête de l’indifférence.
Ce que 3 000 femmes disent au monde entier
Elles disent : nous sommes là. Nous existons. Nous ne sommes pas seulement des victimes. Nous ne sommes pas seulement des mères qui pleurent, des épouses qui attendent, des réfugiées qui fuient. Nous sommes des combattantes. Des citoyennes. Des êtres humains qui exigent la totalité de leurs droits, même dans l’enfer de la guerre. Surtout dans l’enfer de la guerre. Parce que si on accepte de perdre ses droits pendant la guerre, on ne les récupère jamais après. C’est un message universel porté par des femmes qui n’ont rien d’ordinaire. Des femmes qui vivent sous les bombardements et qui trouvent encore la force de se battre pour quelque chose de plus grand que la survie. Pour la justice. Pour l’égalité. Pour l’idée qu’un pays ne vaut la peine d’être défendu que s’il défend tous ses citoyens.
Le mouvement féministe ukrainien forgé par la guerre
Quatre ans qui ont tout changé
Avant février 2022, le mouvement féministe ukrainien existait mais restait marginal dans le débat public. La guerre a tout changé. L’invasion russe a propulsé les femmes dans des rôles qu’elles n’occupaient pas auparavant — ou qu’on ne leur reconnaissait pas. Conductrices de drones, commandantes de peloton, bénévoles logistiques, coordinatrices d’évacuation. Les femmes ukrainiennes ont prouvé leur indispensabilité dans chaque dimension du conflit. Et cette démonstration a transformé le mouvement féministe d’un combat théorique en une revendication concrète, ancrée dans le réel, impossible à ignorer. La marche du 8 mars 2026 est le résultat de cette transformation. Ce n’est pas une marche symbolique. C’est une marche de femmes qui ont gagné le droit de parler en risquant leur vie pour leur pays.
Il y a quelque chose de profondément ironique dans le fait que ce soit la guerre qui ait donné aux femmes ukrainiennes la plateforme pour revendiquer leurs droits. L’horreur comme catalyseur. La destruction comme accélérateur d’égalité. L’histoire a un sens de l’humour particulièrement noir.
Les organisations qui portent la voix des femmes
Derrière la marche, un réseau d’organisations qui travaille dans l’ombre depuis des années. Le Réseau féministe ukrainien coordonne les revendications. Sotsialnyi Rukh, le Mouvement social d’Ukraine, lie les droits des femmes aux questions économiques et sociales plus larges. La coalition 1325 Kyiv, nommée d’après la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité, milite pour l’inclusion des femmes dans les processus de paix. L’Académie des femmes de Kyiv forme la prochaine génération de leaders féminines. Ces organisations ne se contentent pas de manifester. Elles documentent. Elles analysent. Elles proposent. Elles sont le tissu connectif d’un mouvement qui refuse de laisser la guerre devenir une excuse pour reculer sur les droits fondamentaux.
Le courage a un visage — et il est féminin
Les noms qu’on ne connaîtra jamais
Parmi les 3 000 marcheurs, des histoires que personne ne racontera. Une infirmière de combat qui a sauvé douze blessés sous le feu et qui marche aujourd’hui pour le droit à un suivi psychologique décent. Une conductrice de drones qui a détruit un convoi russe et qui marche pour un uniforme à sa taille. Une mère qui a perdu son fils à Avdiivka et qui marche pour que la mort de son enfant ne serve pas d’excuse à rogner les droits des survivantes. Ces femmes n’ont pas de porte-parole. Pas d’agent de presse. Pas de compte vérifié sur les réseaux sociaux. Elles ont leurs pieds, leurs voix, et la certitude absolue qu’abandonner le combat pour les droits en temps de guerre, c’est abandonner le combat tout court.
L’Ukraine est défendue par ses femmes autant que par ses hommes. Sur le front. Dans les hôpitaux. Dans les usines de drones. Et dans les rues de Kyiv, un samedi de mars, avec des banderoles et une colère tranquille. Si le monde les oublie, l’histoire ne le fera pas. Parce que l’histoire se souvient toujours de celles qui ont marché quand tout le monde leur disait de rester à la maison.
Quand la résistance prend un visage de femme
Le vice-ministre de la Défense Serhii Melnyk a reconnu que les femmes démontrent chaque jour leur résilience et leur professionnalisme. Le ministère de la Défense promeut l’égalité des genres à travers des programmes de développement de carrière, des formations spécialisées, et des partenariats avec le Canada, le Royaume-Uni, la Suède et l’OTAN. Sur le papier, tout progresse. Les femmes ont théoriquement les mêmes droits que les hommes en matière d’éligibilité aux postes, d’avancement de carrière et d’obtention de grades militaires. Mais sur le terrain, l’écart entre la loi et la pratique reste un gouffre. La marche du 8 mars est le rappel que les déclarations officielles ne suffisent pas. Que les partenariats internationaux ne suffisent pas. Que seule la volonté politique réelle peut transformer les mots en réalité.
L'après-guerre se joue maintenant — et les femmes le savent
Les droits perdus en guerre ne reviennent jamais en paix
C’est la leçon de toutes les guerres. Pendant le conflit, on suspend les droits pour des raisons de sécurité. Après le conflit, on oublie de les rétablir. Les mesures d’exception deviennent la norme. Les reculs temporaires deviennent permanents. Et ceux qui ont sacrifié le plus pendant la guerre — les femmes, les minorités, les travailleurs essentiels — sont les derniers à retrouver ce qu’on leur a pris. Les femmes ukrainiennes connaissent cette histoire. Elles l’ont étudiée. Elles l’ont vécue indirectement à travers les récits de leurs grands-mères soviétiques qui se sont battues pendant la Seconde Guerre mondiale et qui sont rentrées chez elles pour découvrir que personne ne leur reconnaissait rien. Les 3 000 marcheuses de Kyiv refusent que cette histoire se répète.
L’histoire se répète. C’est sa spécialité. Et les femmes ukrainiennes le savent mieux que quiconque. Leurs grands-mères se sont battues contre les nazis. Elles se battent contre les Russes. Et dans les deux cas, en rentrant du front, elles découvrent que le pays qu’elles ont défendu ne les défend pas en retour. En 1945, personne n’a marché pour changer ça. En 2026, 3 000 femmes l’ont fait.
Ce que l’Ukraine de demain doit aux femmes d’aujourd’hui
L’Ukraine de l’après-guerre sera construite par ses femmes. C’est mathématique. Des centaines de milliers d’hommes sont au front, blessés, tués, ou prisonniers. La reconstruction du pays reposera en grande partie sur les épaules des femmes. Sur les enseignantes qui reconstruiront le système éducatif. Sur les médecins qui soigneront les traumatismes. Sur les entrepreneures qui relanceront l’économie. Sur les ingénieures qui rebâtiront les infrastructures. Leur donner moins de droits aujourd’hui, c’est saboter la reconstruction de demain. C’est un calcul aussi cynique qu’il est stupide. Et les 3 000 marcheuses du 8 mars sont là pour le rappeler à ceux qui semblent l’avoir oublié.
Ce que cette marche dit de nous tous
Le miroir que le monde refuse de regarder
3 000 femmes à Kyiv. Sous les bombes. Pour leurs droits. Et le monde regarde ailleurs. Nous envoyons des armes à l’Ukraine — c’est bien. Nous imposons des sanctions à la Russie — c’est nécessaire. Mais quand les femmes ukrainiennes nous demandent de regarder ce que fait leur propre gouvernement avec le Code civil, quand elles nous demandent de prêter attention aux prisonnières oubliées, quand elles nous demandent de voir les 70 000 soldates qui n’ont pas d’uniformes à leur taille — là, on détourne le regard. Parce que c’est compliqué. Parce que ça ne rentre pas dans le narratif du bien contre le mal. Parce que critiquer un allié en temps de guerre, c’est inconfortable.
Le confort est l’ennemi de la vérité. Et la vérité, c’est que soutenir l’Ukraine contre la Russie ne dispense pas de tenir l’Ukraine responsable de ses propres manquements. Les 3 000 marcheuses de Kyiv ne sont pas anti-ukrainiennes. Elles sont pro-Ukraine. La vraie Ukraine. Celle qui se bat pour la démocratie et pas seulement pour le territoire. Celle qui mérite mieux qu’un Code civil qui parle de « bonnes moeurs » en 2026.
Quand marcher est un acte de foi
La marche s’est terminée. Les banderoles ont été pliées. Les slogans se sont tus. Les 3 000 marcheurs sont rentrés chez eux — dans des appartements aux fenêtres brisées, dans des villes sans électricité, dans un pays en guerre. Demain, les missiles reprendront. Les sirènes hurleront. La vie ukrainienne recommencera son cycle infernal de survie et de résistance. Mais quelque chose a changé. Peut-être imperceptiblement. 3 000 personnes ont dit à leur gouvernement : nous vous voyons. 3 000 personnes ont dit au monde : nous existons. 3 000 personnes ont dit à la Russie : vous pouvez bombarder nos villes, mais vous ne pouvez pas bombarder nos droits. Et tant que des femmes ukrainiennes marcheront dans Kyiv, l’Ukraine ne sera pas seulement un pays qui se bat pour sa survie. Ce sera un pays qui se bat pour ses valeurs.
Et c’est peut-être ça, la différence entre l’Ukraine et la Russie. L’une bombarde les villes de l’autre. L’autre marche dans ses propres rues pour défendre les droits de ses citoyennes. L’une détruit. L’autre construit. Même sous les bombes. Surtout sous les bombes. Et quand cette guerre sera finie, c’est cette différence qui déterminera qui a vraiment gagné.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Ukrainska Pravda — More than 3,000 people join Women’s March in central Kyiv, 8 mars 2026
Euromaidanpress — 3,000 women march in wartime Kyiv demanding rights the state is quietly rewriting, 9 mars 2026
Ministère de la Défense d’Ukraine — Serhii Melnyk: Over 5,500 women are currently serving on the front line, 2025
Norwegian Helsinki Committee — Abolish Draft Amendments to the Civil Code of Ukraine, 2026
Humanitarian Media Hub — On International Women’s Rights Day, 8 March, a Women’s March will take place in Kyiv, 3 mars 2026
Sources secondaires
International Viewpoint — Call for 8 March demonstration in Kyiv 2026, 2026
Mezha Media — European Commission Responds to Ukraine’s Draft Civil Code No 14394, 2026
Kyiv Post — Details and Emotions From Large POW Exchange on 5 and 6 of March 2026, 6 mars 2026
Agence européenne des droits fondamentaux (FRA) — Women fleeing the war in Ukraine face abuse, harassment and exploitation, 2026
Atlantic Council — Ukraine’s women may hold the key to the country’s future security, 26 février 2026
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