Shakhove, l’heure de la première vague
Le secteur de Pokrovsk a été le plus actif avec 22 assauts enregistrés en 24 heures. Autour de Shakhove, la première vague d’infanterie russe est arrivée à l’aube. Ce sont souvent des groupes de reconnaissance — trois à cinq hommes envoyés en éclaireurs, presque en sacrifiés, pour identifier les positions de tir ukrainiennes. La doctrine russe n’a pas changé depuis Stalingrad : envoyer les premiers pour mourir, observer où tombent les tirs de riposte, puis ajuster l’artillerie sur ces positions. Les défenseurs ukrainiens le savent. Ils choisissent leurs tirs. Ils attendent. Chaque balle compte quand les munitions arrivent au compte-gouttes.
Puis vient la vague principale. Des véhicules blindés qui avancent sous un rideau de fumée d’artillerie. L’infanterie russe descend des blindés à plusieurs centaines de mètres des positions ukrainiennes et progresse à pied, courbée, dispersée, dans les champs labourés par les obus. Les drones FPV ukrainiens plongent sur les blindés. Les mines antichar ralentissent la progression. Les mitrailleuses crachent depuis les tranchées. Et la terre de Shakhove boit un peu plus de sang. Comme chaque jour. Depuis des mois.
Vingt-deux assauts. Ce mot « assaut » est trop propre. Trop militaire. Trop abstrait. Un assaut, c’est des hommes qui courent vers d’autres hommes qui tirent. C’est le bruit des balles qui claquent autour de votre tête. C’est l’odeur de la poudre et de la terre humide mélangées. C’est la vue d’un camarade qui tombe et qu’on ne peut pas aller chercher parce que les tirs sont trop nourris. Vingt-deux fois dans une seule journée.
Myrnohrad et Rodynske, la pression sans fin
Plus au sud, les localités de Myrnohrad et Rodynske ont également été visées. Myrnohrad — dont le nom signifie ironiquement « ville de paix » — est devenue un champ de bataille. Les bâtiments industriels qui bordent la ville servent de positions fortifiées. Les caves sont des postes de commandement. Les ruines sont des postes de tir. Chaque structure est un piège potentiel, une embuscade possible, un endroit où la mort peut surgir de n’importe quelle fenêtre brisée. Les combattants ukrainiens de Myrnohrad ont appris à se déplacer comme des fantômes. À ne jamais emprunter le même chemin deux fois. À toujours avoir une sortie de secours. Parce que les drones russes voient tout, et que la mort arrive du ciel en moins de trente secondes.
Huliaipole, le front oublié
Dix-neuf combats dans un secteur que le monde a effacé de sa mémoire
Le secteur de Huliaipole a enregistré 19 attaques. Autour de Myrne et vers Zaliznychne. Huliaipole est une petite ville de la région de Zaporizhzhia qui, avant la guerre, vivait de l’agriculture et de l’industrie légère. Une ville ordinaire. Des rues bordées de tilleuls. Un marché le samedi. Une église avec un clocher bleu. Tout cela n’existe plus. Ou plutôt, tout cela existe encore, mais transformé. Le marché est un cratère. L’église est un point de repère pour les artilleurs. Les tilleuls sont des squelettes calcinés. La guerre ne détruit pas seulement les bâtiments. Elle détruit la mémoire des lieux.
Les forces russes ont pilonné le secteur de Zaporizhzhia avec une intensité particulière. Les localités de Vozdvyzhivka, Verkhna Tersa, Kopani, Zahirne, Huliaipilske, Charivne, Komyshuvakha et Orikhiv ont toutes reçu des bombes aériennes guidées. Huit villages. Huit communautés. Huit points sur la carte de la destruction systématique russe. Chaque frappe est calculée. Chaque bombe vise une infrastructure précise — un pont, un dépôt, un carrefour, une maison qui pourrait servir d’abri aux soldats. La précision de la destruction est sa propre forme de cruauté.
Huit villages bombardés en une journée dans la seule région de Zaporizhzhia. Et je parie que c’est la première fois que vous lisez leurs noms. Vozdvyzhivka. Verkhna Tersa. Kopani. Prononcez-les. Ils méritent au moins ça.
Les défenseurs de Huliaipole
Les soldats ukrainiens qui tiennent le secteur de Huliaipole sont pour la plupart des vétérans. Ils se battent depuis le début, ou presque. Trois ans de guerre ont fait d’eux des combattants aguerris, mais aussi des hommes épuisés. La rotation des troupes est un problème chronique. Les unités restent en ligne trop longtemps. Les remplacements arrivent trop lentement. La mobilisation en Ukraine est un sujet délicat — personne ne veut envoyer plus de ses concitoyens dans l’enfer, mais le front a besoin de bras, de jambes, de coeurs qui battent. Et pourtant, les hommes de Huliaipole tiennent. Ils tiennent parce qu’ils savent que derrière eux, il y a leurs familles. Leurs villes. Leur pays.
Le déluge aérien, 264 bombes et le ciel qui tombe
Ce que signifie vivre sous 264 bombes guidées
264 bombes aériennes guidées en 24 heures. Pour comprendre ce chiffre, il faut comprendre ce qu’est une bombe guidée russe. Prenez une bombe de 500 kilos datant de l’ère soviétique. Ajoutez-y un kit de guidage UMPK — des ailerons et un système de navigation par satellite. Vous obtenez une arme capable de planer sur 70 kilomètres après avoir été larguée par un bombardier Su-34. L’avion ne franchit même pas la ligne de front. Il reste en territoire russe, hors de portée de la défense antiaérienne, et laisse tomber sa charge mortelle qui glisse silencieusement vers sa cible. Le soldat au sol ne voit rien venir. Il entend juste un sifflement — puis plus rien.
La Russie dispose de dizaines de milliers de ces vieilles bombes dans ses arsenaux. Les convertir en armes guidées coûte une fraction du prix d’un missile de croisière. C’est une solution économique pour la terreur. Et c’est cette économie de la mort qui rend le bombardement quotidien possible, soutenable, industrialisable. L’Ukraine n’a pas les moyens de contrer chaque bombe. Les systèmes Patriot sont trop précieux pour être gaspillés sur des bombes planantes. Les F-16 sont trop peu nombreux pour établir une supériorité aérienne. Et pendant que l’Occident débat de la prochaine livraison d’armes, 264 bombes tombent. En un seul jour.
Chaque bombe qui tombe est un aveu d’échec occidental. Pas un échec militaire. Un échec moral. Nous avions les moyens de donner à l’Ukraine de quoi se défendre contre ces bombes. Nous avons choisi de débattre. Et pendant qu’on débattait, le ciel tombait sur Pokrovsk.
Les bombes sur les civils
Les bombes guidées russes ne font pas la distinction entre militaires et civils. Dans les régions de Soumy, Donetsk, Dnipropetrovsk et Zaporizhzhia, les frappes ont touché des zones habitées. À Bachivsk, Kucherivka, Sukhodil et Maksymivshchyna dans la région de Soumy. À Oleksandrohrad dans le Donetsk. À Pidhavrylivka, Havrylivka, Pokrovske, Pysantsi et Malynivka dans la région de Dnipropetrovsk. Chaque nom est une blessure. Chaque frappe sur un village est un crime de guerre documenté, enregistré, et impuni.
Les 9 468 yeux du ciel
La guerre des drones vue d’en bas
9 468 drones kamikazes en une journée. Imaginez le son. Non, vous ne pouvez pas. Personne ne peut imaginer ce que c’est d’entendre des milliers de bourdonnements au-dessus de sa tête, de savoir que chacun de ces engins cherche quelqu’un à tuer, et que ce quelqu’un pourrait être vous. Les soldats ukrainiens appellent les drones « les oiseaux ». Les oiseaux qui ne chantent pas. Les oiseaux qui portent des charges explosives au lieu de graines. Les oiseaux qui voient dans le noir, qui sentent la chaleur de votre corps, qui vous suivent dans votre tranchée et plongent sur vous avec la précision d’un rapace.
La guerre des drones a changé le visage du combat d’infanterie. Un soldat ne peut plus courir d’un point à un autre sans risquer d’être repéré. Les mouvements de troupes se font de nuit, sous des filets de camouflage, en petits groupes dispersés. Les véhicules sont devenus des cibles trop faciles — les convois de ravitaillement empruntent des chemins de terre invisibles aux satellites, changent de route à chaque trajet, voyagent sous des bâches qui bloquent les signatures thermiques. Tout l’art de la guerre a été réinventé par une machine qui coûte quelques centaines de dollars et qui peut tuer un homme entraîné depuis des années.
Neuf mille quatre cent soixante-huit drones en une journée. Ce chiffre devrait glacer le sang de chaque stratège militaire sur la planète. Pas seulement parce qu’il montre la brutalité de cette guerre. Mais parce qu’il montre le futur de toutes les guerres à venir.
Le duel homme-machine
Les Ukrainiens se sont adaptés. Ils ont développé des systèmes de brouillage portables. Des fusils anti-drones qui émettent des ondes électromagnétiques pour couper la liaison entre le drone et son opérateur. Des filets tendus au-dessus des tranchées. Des guetteurs postés en permanence, l’oreille tendue vers le ciel, qui crient l’alerte quand le bourdonnement se rapproche. C’est un combat permanent, un duel technologique qui se joue à chaque seconde de chaque jour. Les Russes innovent. Les Ukrainiens s’adaptent. Les Russes contournent l’adaptation. Les Ukrainiens innovent à nouveau. C’est une course aux armements à l’échelle micro, une évolution accélérée par la nécessité de survivre.
L'artillerie, la vieille reine du champ de bataille
3 601 tirs et le sol qui tremble sans fin
3 601 tirs d’artillerie. Plus de 71 attaques aux lance-roquettes multiples. L’artillerie reste la reine du champ de bataille en Ukraine. Malgré les drones, malgré les missiles, malgré les bombes planantes, c’est l’artillerie qui tue le plus. Les obus de 152 mm russes creusent des cratères d’un mètre de profondeur. Les lance-roquettes BM-21 Grad couvrent un terrain de football en fragments métalliques brûlants en moins de trente secondes. Le sol tremble. Les oreilles saignent. La poussière s’élève et ne retombe plus. Et quand le silence revient — si le silence revient — il est plein des gémissements des blessés et du craquement des structures qui s’effondrent.
L’artillerie russe tire selon un schéma méthodique. D’abord le tir de préparation — un barrage intense sur les positions défensives pour forcer les soldats dans les abris. Puis le tir d’accompagnement — qui se déplace avec l’infanterie qui avance. Enfin le tir de barrage — qui empêche les renforts d’arriver et les blessés d’être évacués. Chaque phase est calculée. Chaque obus a un rôle. La machine militaire russe est peut-être lourde, peut-être brutale, mais elle est méthodique. Et cette méthode est mortelle.
Trois mille six cent un tirs d’artillerie en 24 heures. C’est un tir toutes les 24 secondes. Jour et nuit. Sans pause. Sans répit. Essayez d’imaginer ça. Essayez d’imaginer ne pas pouvoir dormir, ne pas pouvoir manger, ne pas pouvoir penser, parce que toutes les 24 secondes, un obus tombe quelque part autour de vous.
Le déséquilibre des munitions
Le déséquilibre en munitions d’artillerie entre la Russie et l’Ukraine reste abyssal. Les estimations situent le ratio à environ 5 contre 1 en faveur de la Russie. Pour chaque obus ukrainien tiré, cinq obus russes tombent. Cet écart aurait été encore plus grand sans les livraisons occidentales — les obus de 155 mm des stocks de l’OTAN, les munitions en grappe controversées, les obus nord-coréens que la Russie reçoit en échange de technologie. La guerre d’artillerie en Ukraine est une guerre de production industrielle. Celui qui produit le plus d’obus gagne. Et pour l’instant, la Russie produit plus.
Kostiantynivka, le front invisible
Dix-neuf assauts dans l’ombre de Bakhmout
Le secteur de Kostiantynivka a enregistré 19 affrontements — autant que Huliaipole. Mais Kostiantynivka vit dans l’ombre de Bakhmout, cette ville martyre dont le nom est devenu synonyme de destruction totale. Les combats de Kostiantynivka sont la suite logique de la chute de Bakhmout — les forces russes poussent vers l’ouest, tentant d’exploiter les gains réalisés l’année précédente. Les défenseurs ukrainiens se sont repliés sur des positions préparées, des lignes de défense creusées dans les collines, des bunkers renforcés avec du béton armé, des champs de mines qui s’étendent sur des kilomètres.
La bataille de Kostiantynivka est une guerre de patience. Les Russes testent les défenses. Ils envoient des groupes d’assaut sur différents points, cherchant le maillon faible. Les Ukrainiens répondent avec une défense mobile — des unités légères qui se déplacent rapidement d’un point à l’autre, renforçant les secteurs menacés, tendant des embuscades aux groupes d’assaut isolés. C’est un jeu d’échecs mortel, joué à la vitesse du combat, où chaque erreur tactique se paie en vies humaines.
Dix-neuf assauts à Kostiantynivka, et pas un mot dans les médias. La guerre en Ukraine est devenue si « normale » que dix-neuf assauts armés sur un secteur ne suffisent plus à mériter un titre. Nous avons normalisé l’horreur. Et cette normalisation est une victoire pour ceux qui la perpétuent.
Les vestiges de Bakhmout
De Bakhmout, il ne reste rien. La ville a été rasée. Les immeubles ne sont plus que des coquilles vides. Les rues ont été effacées par les cratères. Les arbres sont des moignons calcinés. Et c’est vers ce paysage de désolation que regarde Kostiantynivka — parce que si les Russes percent les défenses, c’est ce destin qui attend la prochaine ville. Et la suivante. Et celle d’après. La guerre d’attrition russe ne conquiert pas les villes. Elle les efface.
Sloviansk et Kramatorsk, les jumelles sous la menace
Huit affrontements à Sloviansk, deux à Kramatorsk
Le secteur de Sloviansk a enregistré 8 affrontements — autour de Zakitne, Riznykivka et Platonivka. Le secteur de Kramatorsk, 2 combats près de Nykyforivka et Chasiv Yar. Ces deux villes sont les coeurs jumeaux du Donbass contrôlé par l’Ukraine. Kramatorsk est la capitale administrative de la région de Donetsk ukrainienne. Sloviansk est son avant-poste. Si l’une tombe, l’autre est condamnée. Les Russes le savent. Leur progression lente, méthodique, ville par ville, colline par colline, vise ces deux objectifs stratégiques.
Chasiv Yar, mentionné dans le rapport, est le verrou qui protège l’accès à Kramatorsk. Les combats y sont d’une violence inouïe. Les immeubles de la ville sont devenus des forteresses improvisées. Chaque étage est une position de tir. Chaque cage d’escalier est un piège. Les combats urbains de Chasiv Yar rappellent ceux de Marioupol, de Bakhmout, de toutes ces villes que la Russie a détruites pour les conquérir. Et pourtant, les défenseurs de Chasiv Yar tiennent. Mètre par mètre. Étage par étage.
Chasiv Yar est peut-être le lieu le plus dangereux de la planète en ce moment. Des hommes s’y battent dans des conditions que nous ne pouvons même pas concevoir. Et nous avons à peine conscience de son existence. Cette ignorance n’est pas un manque d’information. C’est un choix d’indifférence.
La vie qui continue malgré tout
Ce qui frappe à Kramatorsk, c’est que la vie continue. Les cafés ouvrent le matin. Les gens vont au travail. Les enfants suivent des cours en ligne. Tout cela se fait au rythme des alertes aériennes, des courses vers les abris, de ce calcul permanent qui consiste à évaluer si le bruit qu’on vient d’entendre était assez proche pour mériter de se jeter au sol. Les habitants de Kramatorsk vivent dans un entre-deux permanent : entre la guerre et la paix, entre la normalité et l’horreur, entre l’espoir que ça s’arrête et la certitude que ça continue.
La région de Soumy et les villages sacrifiés
Bachivsk, Kucherivka, Sukhodil, Maksymivshchyna
Dans la région de Soumy, les frappes aériennes ont touché Bachivsk, Kucherivka, Sukhodil et Maksymivshchyna. Ces noms sonnent comme une litanie funèbre. Des villages de quelques centaines d’âmes, nichés dans les collines de la frontière nord, bombardés avec la même précision industrielle que les positions militaires. La distinction entre cible militaire et cible civile n’existe plus dans le vocabulaire opérationnel russe. Tout ce qui se trouve dans la zone frontalière est une cible. Un champ de blé. Une ferme. Un troupeau de vaches. Un homme de 80 ans qui refuse de quitter la maison où il est né.
La région de Soumy est le ventre mou de la défense ukrainienne du nord. La frontière avec la Russie est longue, poreuse, difficile à défendre. Les bombardements quotidiens visent à vider la zone de ses habitants, à créer un glacis — une zone tampon inhabitée qui faciliterait une éventuelle offensive terrestre. Les habitants qui restent sont des résistants à leur manière. Ils résistent par le simple fait d’exister, de rester, de refuser de céder leur terre à la terreur.
Quatre villages bombardés dans le nord. Quatre noms que personne ne connaît. Quatre communautés qui meurent à petit feu dans le silence le plus total. Si la même chose arrivait à quatre villages de Provence ou de Bavière, le monde entier serait en émoi. Mais c’est l’Ukraine. Alors le monde scrolle.
Les évacuations impossibles
Les autorités ukrainiennes organisent des évacuations régulières dans la région de Soumy. Des bus blindés parcourent les routes criblées d’impacts pour ramasser les civils qui acceptent de partir. Mais beaucoup refusent. Ils n’ont pas d’endroit où aller. Ils n’ont pas d’argent. Ils ont des animaux — des poules, des vaches, des chiens — qu’ils ne veulent pas abandonner. La guerre des statistiques ne les compte pas. Ils sont les fantômes de cette guerre. Présents, mais invisibles. Vivants, mais oubliés.
Le front de Koursk, là où l'Ukraine frappe en retour
129 affrontements dans la direction nord de Slobozhanshchyna
Le chiffre le plus surprenant du rapport concerne le secteur nord de Slobozhanshchyna et la direction de Koursk : 129 affrontements. C’est presque autant que tous les autres secteurs réunis. L’opération ukrainienne en territoire russe, dans la région de Koursk, reste l’un des faits d’armes les plus audacieux de cette guerre. Les forces ukrainiennes ont franchi la frontière, pris des villages, établi des positions défensives sur le sol russe, et tiennent ces positions malgré les contre-attaques féroces du Kremlin.
Les 129 affrontements dans ce secteur témoignent de l’acharnement de la Russie à reprendre le terrain perdu. C’est une question de prestige autant que de stratégie. Le Kremlin ne peut pas tolérer que des soldats ukrainiens marchent en Russie. La propagande interne exige que cette « intrusion » soit écrasée. Mais les Ukrainiens résistent. Avec 1 frappe aérienne et 8 attaques aux lance-roquettes multiples enregistrées dans ce seul secteur, l’intensité des combats est maximale.
L’opération de Koursk est la preuve que l’Ukraine n’est pas seulement un pays qui se défend. C’est un pays qui se bat. Qui prend des risques. Qui refuse le rôle de victime passive que le monde aimerait lui assigner. Et pourtant, cette opération est traitée comme une note de bas de page dans le récit médiatique de la guerre.
Le message de Koursk
Chaque jour que les forces ukrainiennes maintiennent leurs positions à Koursk, elles envoient un message : la Russie n’est pas inattaquable. Le territoire russe n’est pas sacré. La guerre peut aller dans les deux sens. Ce message est aussi une carte de négociation — les territoires russes occupés pourraient être échangés dans de futurs pourparlers de paix. C’est de la diplomatie par les armes, la seule langue que le Kremlin comprend.
La riposte ukrainienne dans le déluge
Cinq zones de concentration frappées, trois canons détruits
Face à l’avalanche de feu russe, les forces ukrainiennes ont frappé 5 zones de concentration de personnel ennemi. Elles ont détruit 3 systèmes d’artillerie, 1 poste de commandement et 1 dépôt de munitions, plus 5 autres cibles d’importance. Ces chiffres paraissent modestes. Ils ne le sont pas. Chaque système d’artillerie détruit représente des centaines d’obus qui ne tomberont plus sur les positions ukrainiennes. Chaque dépôt de munitions explosé est une chaîne logistique perturbée, un secteur entier du front qui tourne au ralenti le temps que les stocks soient reconstitués.
La guerre de contre-batterie — l’art de détruire l’artillerie ennemie avec sa propre artillerie — est un domaine où les Ukrainiens excellent. Grâce aux radars de contre-batterie fournis par l’Occident et aux drones de reconnaissance, les artilleurs ukrainiens localisent les batteries russes avec une précision remarquable et frappent avant que les canons russes aient le temps de changer de position. C’est un duel mortel, joué à la minute près, où la différence entre la vie et la mort se mesure en secondes de réaction.
Trois canons russes détruits. Ça ne fera pas les gros titres. Ça ne provoquera aucun débat télévisé. Mais pour les soldats ukrainiens qui ne recevront pas les obus que ces canons auraient tirés, c’est la différence entre rentrer chez eux et ne pas rentrer.
L’intelligence au service de la survie
Ce qui distingue les forces ukrainiennes de leur adversaire, c’est l’efficacité. Avec moins de ressources, moins de munitions, moins d’avions, moins de soldats, elles parviennent à infliger des pertes disproportionnées à l’armée russe. 750 soldats russes éliminés en une journée. Un total cumulé de 1 274 040 pertes. Ces chiffres racontent l’histoire d’une armée qui se bat avec son cerveau autant qu’avec ses armes. Qui compense le nombre par l’intelligence. Qui transforme chaque faiblesse en avantage tactique.
Le Dniepr et le pont d'Antonivskyi
Un affrontement au bord du fleuve
Le secteur de Prydniprovske a enregistré 1 affrontement en direction du pont d’Antonivskyi. Un seul combat. Mais quel combat. Les soldats ukrainiens qui opèrent dans ce secteur traversent le Dniepr — un fleuve large, glacial, balayé par les courants — pour maintenir des têtes de pont sur la rive gauche occupée par les Russes. Ils traversent de nuit, dans des embarcations légères, sous les drones et les tirs d’artillerie. Ils débarquent sur une rive hostile, creusent des tranchées dans le sable, et tiennent. Jour après jour. Nuit après nuit.
Le pont d’Antonivskyi est un symbole. Il a été le théâtre de la libération de Kherson en novembre 2022, l’un des moments les plus glorieux de la résistance ukrainienne. Aujourd’hui, les combats autour de ce pont rappellent que la guerre n’est jamais finie. Qu’une victoire d’hier peut devenir le champ de bataille de demain. Que la paix n’est jamais acquise tant que l’agresseur n’a pas renoncé.
Des hommes traversent un fleuve sous les balles pour tenir quelques mètres de terre. Si cela ne vous émeut pas, rien ne le fera. Et si rien ne vous émeut plus, c’est peut-être le signe que nous avons déjà perdu quelque chose de plus important que cette guerre.
La rive gauche, l’autre enfer
La rive gauche du Dniepr est un no man’s land. Les villages sont vides. Les champs sont minés. Les routes sont piégées. Les Russes ont fortifié chaque bâtiment, chaque position, chaque intersection. Traverser le fleuve pour combattre dans cet environnement hostile demande un courage que les mots peinent à décrire. Les marines ukrainiens qui opèrent sur la rive gauche sont parmi les combattants les plus coriaces de cette guerre. Ils vivent dans des conditions d’isolement extrême, ravitaillés par des bateaux qui naviguent sous le feu, sans possibilité de repli rapide en cas de débordement.
Lyman, Kupiansk et les secteurs secondaires
La guerre des petits chiffres
Le secteur de Lyman : 3 affrontements. Kupiansk : 2 attaques. Oleksandrivka : 5 combats. Orikhiv : 1 affrontement. Le sud de Slobozhanshchyna : 1 assaut vers Zybine. Ces chiffres semblent dérisoires comparés aux 22 de Pokrovsk ou aux 129 de Koursk. Mais chaque chiffre est un combat réel. Chaque « 1 » dans ce rapport signifie que des hommes se sont tiré dessus, que des vies ont été en jeu, que quelqu’un quelque part a serré les dents et a fait feu parce que l’alternative était de mourir.
Les secteurs secondaires de cette guerre sont souvent les plus dangereux pour les soldats individuels. Moins de renforts. Moins de couverture aérienne. Moins d’attention du commandement. Les unités déployées dans ces secteurs se sentent souvent oubliées — ni assez près du front principal pour recevoir les meilleures armes, ni assez loin pour être en sécurité. Ils vivent dans un entre-deux militaire où la mort est possible à chaque instant mais où personne ne semble regarder.
Les « petits » secteurs de cette guerre ne sont petits que dans les rapports. Pour le soldat qui se bat seul à Orikhiv, avec un seul affrontement enregistré ce jour-là, ce combat est le centre de l’univers. C’est tout ce qui existe. Tout ce qui compte.
Lyman, la cicatrice de 2022
Lyman porte encore les cicatrices de sa libération en octobre 2022. Les bâtiments criblés de balles n’ont pas été réparés. Les routes défoncées par les chars n’ont pas été rebouchées. Et maintenant, les Russes reviennent. Ils sondent les défenses autour de Stavky et Drobyshcheve. Ils testent. Ils attendent. Comme un prédateur qui encercle sa proie, qui cherche le moment de fatigue, le moment d’inattention. Les défenseurs de Lyman ne peuvent pas se permettre un seul moment d’inattention.
Le bilan humain et le poids des chiffres
750 morts russes en un jour, 1 274 040 depuis le début
750 soldats russes. C’est le nombre de pertes enregistrées en une seule journée par l’état-major ukrainien. 750 familles qui ne reverront pas leur fils, leur père, leur frère. 750 histoires terminées dans la boue d’un pays étranger, pour une guerre qu’ils n’ont pas choisie, ordonnée par un homme qui ne connaît même pas leurs noms. Le total cumulé atteint 1 274 040. Un chiffre qui dépasse l’entendement. Un chiffre qui devrait provoquer une révolution en Russie mais qui reste enfoui sous des couches de propagande, de censure et de peur.
Et pourtant, le Kremlin continue. Il mobilise. Il enrôle. Il recrute dans les prisons, dans les villages reculés, dans les minorités ethniques de Sibérie et du Caucase. Les Russes qui meurent en Ukraine sont disproportionnellement issus des régions les plus pauvres de la Fédération. Les fils de Moscou et de Saint-Pétersbourg échappent à la mobilisation. Comme toujours, ce sont les pauvres qui meurent pour les ambitions des riches.
750 morts en un jour. Ce chiffre devrait nous arrêter. Pas parce que ce sont des soldats russes. Pas parce qu’ils sont l’ennemi. Mais parce qu’ils sont humains. Et qu’un seul homme a décidé que leur vie ne valait rien. La guerre en Ukraine est un crime contre les Ukrainiens. Mais elle est aussi un crime contre le peuple russe, perpétré par son propre dirigeant.
Les pertes ukrainiennes, le silence nécessaire
Le rapport ne mentionne pas les pertes ukrainiennes. Par nécessité de sécurité opérationnelle, l’Ukraine ne communique pas ses propres chiffres. Mais ils existent. Ils sont réels. Ils sont douloureux. Les cimetières ukrainiens s’agrandissent eux aussi. Les drapeaux couvrent des cercueils de jeunes hommes et de jeunes femmes. Les familles pleurent. Le prix de la résistance se compte en vies humaines des deux côtés de la ligne de front. Mais pour l’Ukraine, c’est le prix de la survie. Pour la Russie, c’est le prix de l’agression. La différence est morale. Et elle est fondamentale.
Volyn et Polissia, le silence armé
Aucun combat, toute la tension
Le rapport note zéro affrontement dans les secteurs de Volyn et Polissia. Aucune formation offensive détectée. C’est le seul point du rapport qui n’est pas teinté de sang. Mais ce calme est trompeur. La Biélorussie de Loukachenko borde ces secteurs. Des troupes russes y ont été stationnées. La menace d’un second front depuis le nord n’a jamais disparu. Les forces ukrainiennes maintiennent une vigilance permanente — des unités positionnées le long de la frontière, des fortifications construites en prévision d’un assaut qui n’est peut-être jamais venu mais qui reste possible.
Ce calme armé est l’un des aspects les plus pernicieux de cette guerre. Il immobilise des troupes qui pourraient combattre ailleurs. Il consume des ressources en logistique, en surveillance, en construction de défenses. La Russie n’a même pas besoin d’attaquer depuis le nord. Il suffit qu’elle maintienne la menace pour affaiblir les défenses ukrainiennes sur les autres fronts. C’est de la guerre psychologique autant que militaire.
Zéro combat à Volyn. Et pourtant, des soldats ukrainiens passent leurs nuits à scruter la frontière biélorusse, à attendre un ennemi qui peut-être ne viendra jamais. C’est la forme la plus cruelle de cette guerre : combattre un ennemi qui n’attaque pas encore mais qui vous force à rester éveillé, armé, tendu, épuisé, jour après jour, dans l’attente de l’inévitable qui n’arrive pas.
La Biélorussie, l’ombre au nord
La Biélorussie est le complice silencieux de cette guerre. C’est depuis le territoire biélorusse que les premiers chars russes ont roulé vers Kyiv en février 2022. Loukachenko a ouvert ses frontières, ses routes, ses aéroports à l’armée d’invasion. Et deux ans plus tard, la menace persiste. Pas une menace active. Mais une menace latente. Un couteau posé sur une table. Pas brandi. Juste visible.
La Dnipropetrovsk bombardée, l'arrière qui n'existe plus
Cinq localités frappées loin du front
Les frappes aériennes russes ont touché Pidhavrylivka, Havrylivka, Pokrovske, Pysantsi et Malynivka dans la région de Dnipropetrovsk. Ces localités ne sont pas sur la ligne de front. Elles sont dans l’arrière. Dans ce qui devrait être la zone sûre. Le fait que la Russie les bombarde montre que la notion d’arrière n’existe plus en Ukraine. Le front est partout. La guerre est partout. Les bombes tombent aussi bien sur les tranchées que sur les villages à cent kilomètres de la ligne de front. L’objectif est de terroriser. De montrer que nulle part n’est sûr. Que la Russie peut frapper n’importe où, n’importe quand.
Les habitants de la région de Dnipropetrovsk vivent avec cette réalité. Ils ont installé des alertes sur leurs téléphones. Ils connaissent le temps qu’il faut pour atteindre l’abri le plus proche. Ils savent reconnaître le bruit d’un missile par rapport à celui d’un avion. Ce savoir est devenu une compétence de survie ordinaire, comme savoir nager ou conduire. Dans quel monde est-ce normal de savoir reconnaître le type de munition qui tombe sur sa maison?
Cinq villages bombardés dans une région qui n’est même pas au front. La Russie ne cherche pas des victoires militaires dans la Dnipropetrovsk. Elle cherche la terreur. La soumission par la peur. L’épuisement par l’angoisse permanente. Et elle y travaille méthodiquement, bombe après bombe, village après village.
La résilience comme mode de vie
Ce qui est remarquable, c’est que les Ukrainiens refusent de céder à la terreur. Les écoles continuent de fonctionner, dans des bunkers quand il le faut. Les usines tournent. Les trains circulent. L’économie tourne, cabossée mais vivante. La résilience ukrainienne n’est pas un slogan. C’est un mode de vie imposé par la nécessité. Un refus quotidien de laisser l’agresseur dicter les termes de l’existence.
Ce que l'Occident ne veut pas entendre
La vérité que personne ne prononce
Voici ce que 130 affrontements en 24 heures signifient vraiment : cette guerre ne se terminera pas d’elle-même. Elle ne va pas s’essouffler. La Russie ne va pas abandonner. Poutine ne va pas reculer. La logique de cette guerre est simple — elle ne s’arrêtera que quand l’un des deux camps n’aura plus la capacité de combattre. Et en ce moment, aucun des deux n’est proche de ce point. La Russie a les ressources pour continuer des années. L’Ukraine a la volonté pour résister des années. Le seul facteur qui pourrait changer l’équation, c’est le soutien occidental. Et ce soutien est en train de faiblir.
Chaque retard de livraison d’armes coûte des vies. Chaque débat parlementaire qui s’éternise est une journée de bombardement supplémentaire que l’Ukraine doit absorber avec des moyens insuffisants. Chaque dirigeant occidental qui parle de « fatigue » oublie que la fatigue, ce sont les soldats ukrainiens qui la vivent, pas les électeurs occidentaux qui doivent supporter quelques points de pourcentage d’inflation en plus.
Le mot « fatigue » appliqué à l’Occident est obscène. L’Occident est fatigué de regarder la guerre. L’Ukraine est fatiguée de la vivre. La différence entre ces deux fatigues est un abîme moral que nos dirigeants refusent de mesurer.
Le choix qui nous définira
L’histoire jugera notre époque non pas sur ce que nous avons fait face à cette guerre, mais sur ce que nous avons refusé de faire. Nous avions les moyens. Nous avions les armes. Nous avions la technologie. Ce qui nous a manqué, c’est la volonté politique. Et la volonté politique a manqué parce que nous, citoyens, avons accepté de tourner la page avant que l’histoire ne soit finie.
Le crépuscule du neuvième mars
La nuit tombe sur les tranchées
La nuit tombe sur Pokrovsk. Sur Huliaipole. Sur Chasiv Yar. Sur Koursk. Sur le pont d’Antonivskyi. Sur tous ces lieux dont vous venez de lire les noms et que vous oublierez d’ici demain. La nuit tombe et les soldats changent de poste. Les guetteurs prennent position. Les brancardiers sortent récupérer les blessés qu’on n’a pas pu évacuer pendant le jour. Les drones continuent de bourdonner. Les obus continuent de tomber. La guerre ne dort pas.
Quelque part dans une tranchée, un soldat sort son téléphone. Il envoie un message à sa femme. Deux mots. « Je suis là. » C’est tout. Pas de détails. Pas de récit. Juste la confirmation qu’il est encore vivant. Demain, il devra envoyer le même message. Et après-demain. Et le jour d’après. Et il espère pouvoir continuer à l’envoyer, ce message de deux mots qui contient tout l’espoir et toute la terreur de cette guerre.
« Je suis là. » Deux mots. Le message le plus puissant de cette guerre. Pas les discours des présidents. Pas les résolutions de l’ONU. Pas les communiqués de l’OTAN. Juste un soldat dans une tranchée qui dit à la femme qu’il aime qu’il a survécu un jour de plus. Et qui ne sait pas s’il pourra le dire demain.
Quand le rapport devient mémoire
Ce rapport de l’état-major ukrainien du 9 mars 2026 sera archivé. Il rejoindra des milliers d’autres rapports. Un jour, des historiens les compileront. Ils additionneront les chiffres. Ils traceront des courbes. Ils écriront des thèses sur la « phase d’attrition du conflit russo-ukrainien ». Ils utiliseront des mots froids, académiques, distants. Et dans ces mots, ils perdront l’essentiel : le froid dans les tranchées, la peur dans les yeux, le message de deux mots envoyé à minuit.
Ce que 130 affrontements laissent derrière eux
L’empreinte indélébile d’une journée de guerre
130 affrontements. 264 bombes. 9 468 drones. 3 601 obus. 750 morts russes. Un nombre inconnu de morts ukrainiens. Des dizaines de villages bombardés. Des familles brisées des deux côtés. Des enfants qui grandiront sans père. Des mères qui ne dormiront plus jamais. Des terres empoisonnées pour des décennies. Des villes réduites en poussière. Des vies suspendues entre deux explosions.
Et demain, un nouveau rapport. Avec de nouveaux chiffres. Et le monde continuera de tourner. Les marchés ouvriront. Les politiciens parleront. Les algorithmes nous montreront ce qu’ils veulent qu’on voie. Et quelque part entre Pokrovsk et Huliaipole, un soldat ouvrira les yeux dans sa tranchée, écoutera le premier obus de la journée, et commencera à survivre un jour de plus.
Et c’est peut-être ça, la seule chose qui compte vraiment dans ce rapport. Pas les chiffres. Pas la stratégie. Pas la géopolitique. Mais cette vérité simple et déchirante : pendant que nous vivions notre journée du 9 mars 2026, des hommes et des femmes se battaient pour que leur pays existe encore le 10 mars. Et ils se battront encore demain. Et le jour d’après. Jusqu’à ce que nous décidions, enfin, que leur combat est aussi le nôtre.
Le refus de l’oubli
Cette chronique n’a pas la prétention de changer quoi que ce soit. Elle a la prétention de se souvenir. De nommer les lieux. De compter les bombes. De rendre aux chiffres leur poids de chair et de sang. Parce que le jour où nous cesserons de compter, le jour où les rapports de l’état-major ne seront plus lus par personne, ce jour-là, la Russie aura gagné. Pas sur le champ de bataille. Dans nos têtes. Et c’est la victoire la plus dangereuse de toutes.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Ukrinform — War update: 130 combat clashes over past day, Pokrovsk, Huliaipole sectors most active, 9 mars 2026
État-major général des Forces armées ukrainiennes — Rapport opérationnel quotidien, 9 mars 2026
Commandement des Forces de défense du Sud — Rapport de situation secteur sud, 9 mars 2026
Sources secondaires
Institute for the Study of War (ISW) — Russian Offensive Campaign Assessment, 9 mars 2026
DeepState — Carte interactive du front ukrainien, mise à jour quotidienne
Reuters — Ukraine war coverage, mars 2026
The Guardian — Ukraine conflict updates, mars 2026
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