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CHRONIQUE : Deux ouvriers bangladais morts dans un immeuble d’Al-Kharj — les civils paient la guerre des autres
Crédit: Adobe Stock

Une ville satellite de Riyad, une base américaine, des immeubles de travailleurs

Al-Kharj se trouve à 80 kilomètres au sud de Riyad. Ce n’est pas une ville de guerre. Ce n’est pas un front. C’est une agglomération moyenne du désert saoudien, connue surtout pour deux choses : ses exploitations agricoles irriguées dans l’une des régions les plus arides du monde, et la base Prince Sultan — autrefois utilisée par les forces américaines pendant la guerre du Golfe, silencieuse pendant des années, réactivée ces dernières décennies comme point d’appui stratégique dans la région. Autour de la base, la vie ordinaire a continué. Des immeubles d’habitation. Des compounds de travailleurs. Des entreprises de services — nettoyage, maintenance, logistique. Les gens qui font tourner l’économie du Golfe sans jamais apparaître dans les statistiques de la guerre.

Le compound touché appartenait à une entreprise de maintenance et de nettoyage. Ce détail dit tout. Ce ne sont pas des militaires. Ce ne sont pas des diplomates. Ce ne sont pas des contractors armés. Ce sont des hommes qui tiennent des serpillières et des seaux. Des hommes dont les papiers indiquent Bangladesh, dont les comptes bancaires reçoivent des salaires en riyals saoudiens, dont les familles attendent des virements mensuels qui représentent la survie d’une fratrie, d’une mère, d’enfants en âge scolaire. Al-Kharj, le 8 mars 2026, est devenu le symbole de ce que la guerre fait quand elle rate sa cible : elle trouve les plus vulnérables.

La géographie du risque : entre la base et l’immeuble, pas de frontière

La base Prince Sultan est une installation militaire. Elle a des murs. Des périmètres. Des zones d’exclusion. Mais les missiles balistiques et les drones ne lisent pas les plans cadastraux. Quand l’Iran dit « nous ciblons les radars d’Al-Kharj », la trajectoire du projectile suit une logique de coordonnées GPS, pas une logique de protection civile. Si l’interception échoue à 90%, si le 10% restant dévie de quelques centaines de mètres — et quelques centaines de mètres dans un espace urbain, c’est la différence entre un champ de sable et un immeuble de huit étages — alors deux hommes qui dormaient ou mangeaient ou préparaient leurs affaires de travail meurent parce qu’une guerre géopolitique a choisi leur voisinage comme théâtre d’opérations.

Le Koweït avait signalé des dommages sur les réservoirs de carburant de son aéroport. Le Bahreïn avait déclaré des dégâts sur une usine de dessalement d’eau. Chaque fois, ce sont des infrastructures civiles qui absorbent le débordement des frappes militaires. Chaque fois, la ligne entre « cible militaire » et « dommage collatéral » se révèle aussi floue que l’annonce officielle qui suit. En mars 2026, dans le Golfe, cette ligne n’existe presque plus.

Et pourtant. Personne ne leur avait dit de partir. Personne n’avait organisé d’évacuation pour les 200 nationalités de travailleurs étrangers dispersés dans les villes du Golfe. On leur avait dit que les systèmes de défense antiaérienne étaient fiables. Qu’ils étaient en sécurité. Le matin du 8 mars, la défense antiaérienne a intercepté 15 drones. Pas tous. 1 072 drones et 204 missiles ont ciblé les Émirats arabes unis depuis le début de la guerre, selon les chiffres émiratis. Dans ces milliers de trajectoires, quelques-unes finissent toujours sur ce qu’elles ne devaient pas toucher. Et « ce qu’elles ne devaient pas toucher » a un prénom, une famille, un salaire mensuel envoyé à Dhaka.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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