Le 28 février 2026 : le jour où tout a basculé
Le 28 février 2026 à l’aube, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes conjointes massives contre l’Iran. L’ayatollah Ali Khamenei, Guide Suprême depuis 1989, a été tué dès les premières heures du conflit. Trente-cinq ans de pouvoir théocratique, effacés en quelques minutes. Avec lui, des dizaines de hauts responsables militaires et politiques du régime. Ce n’était pas une frappe chirurgicale. C’était la décapitation délibérée d’un État.
L’Iran a répondu comme il pouvait. Des centaines de missiles et de drones ont été lancés contre Israël, contre les bases américaines en Irak et en Syrie, et contre les États du Golfe qui hébergeaient des forces américaines. L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, le Koweït — tous ont été frappés. Certains ont vu leurs sirènes d’alarme retentir pour la première fois depuis des décennies. D’autres ont compté leurs morts.
En dix jours, la carte du Moyen-Orient a été redessinée non pas par des diplomates, mais par des missiles de croisière et des drones kamikazes.
Le bilan humain que personne ne veut regarder en face
Le ministère de la Santé iranien a fait état de plus de 1 200 civils tués et de près de 10 000 blessés depuis le début des frappes américano-israéliennes. Des chiffres que les chaînes d’information occidentales défilent entre deux publicités pour des voitures de luxe. 1 200 morts. Pas des soldats. Des habitants de Téhéran, de Qom, d’Ispahan. Des gens qui faisaient leurs courses, emmenaient leurs enfants à l’école, regardaient les nouvelles avec inquiétude depuis des semaines en se disant que ça ne pourrait pas vraiment arriver.
Ça a vraiment arrivé. La raffinerie de Shahran, au nord-ouest de Téhéran, a été frappée. Une fumée toxique s’est répandue sur les quartiers résidentiels avoisinants. Les images satellite montrent des incendies qui brûlent depuis plusieurs jours. Des familles entières ont fui leurs appartements en laissant tout derrière elles. Les rues de la capitale de 10 millions d’habitants ressemblent désormais à celles d’une ville en état de siège — parce qu’elle l’est.
Et pourtant, dans les capitales occidentales, on parle encore de « cibles militaires légitimes » et de « frappes de précision ». Les mots ont une façon remarquable de survivre aux gens qu’ils prétendent protéger.
Section 2 : Mojtaba, fils du martyr, héritier d'une guerre
La monarchie théocratique que la République islamique avait juré de ne jamais devenir
Le 8 mars 2026, l’Assemblée des Experts — 88 membres du clergé chiite — a désigné Mojtaba Khamenei, 56 ans, comme nouveau Guide Suprême de la République islamique d’Iran. Fils de l’ayatollah Ali Khamenei. Le fils succède au père. Dans un régime qui s’est construit, en 1979, sur le rejet explicite de la monarchie héréditaire et de la succession dynastique, c’est une contradiction que l’histoire enregistrera avec une ironie particulièrement amère.
Ali Khamenei lui-même avait publiquement rejeté cette idée en 2024. Il avait déclaré que la succession filiale serait une « trahison des idéaux révolutionnaires ». Deux ans plus tard, son fils siège à sa place. La guerre change tout. Y compris les principes qu’on pensait gravés dans le marbre.
Mojtaba Khamenei est décrit comme proche des Gardiens de la Révolution — l’armée idéologique de la République islamique. Dans une guerre, c’est probablement l’homme qu’il fallait. Dans la paix qui viendra, si elle vient, ce sera peut-être l’homme de trop.
Un héritier sous les bombes, un trône ensanglanté
Israël avait prévenu avant même l’officialisation de la nomination : le nouveau Guide Suprême constituerait une « cible ». Donald Trump, lui, a déclaré que Mojtaba « ne tiendrait pas longtemps sans son aval ». Le nouveau dirigeant de l’Iran a commencé son mandat avec une déclaration de guerre sur sa tête, prononcée par le président des États-Unis. Bienvenue au sommet.
Les Houthis du Yémen ont salué la nomination comme « un coup majeur porté aux ennemis ». La Ligue arabe a condamné les attaques iraniennes comme « irresponsables » et « une erreur stratégique massive ». La Chine et la Russie — alliés supposés de Téhéran — sont restées d’un silence éloquent. Quand vos alliés ne bougent pas pendant que vous brûlez, il faut peut-être reconsidérer le mot « allié ».
Et pourtant, l’Iran affirme être prêt pour « au moins six mois de guerre ». L’IRGC revendique des réserves de munitions pour tenir. On a vu des empires s’effondrer sur ce genre de certitude.
Section 3 : Le pétrole, l'arme à double tranchant
Le détroit d’Ormuz : 20% du pétrole mondial, une gorge étroite
Le détroit d’Ormuz est large de 33 kilomètres en son point le plus étroit. Chaque jour, environ 20% de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié le traverse. Vingt pour cent. Depuis le déclenchement du conflit, le trafic des pétroliers a chuté d’environ 70% — plus de 150 navires mouillent à l’entrée du détroit, attendant de savoir si le passage est sûr. Il ne l’est pas.
Le Brent brut a dépassé les 114 dollars le baril en cours de séance, soit une hausse de plus de 20% en quelques jours. L’IRGC a menacé explicitement d’une montée à 200 dollars le baril si les frappes américano-israéliennes continuaient. Au Qatar, deux drones iraniens ont frappé des installations gazières. Le Qatar a dû arrêter toute production de gaz. En Europe, les prix du gaz naturel ont presque doublé du jour au lendemain. Le Japon a vu son indice boursier Nikkei chuter de 7%. La Corée du Sud, 8%. Une guerre dans un détroit de 33 kilomètres fait trembler les bourses de Tokyo, Séoul et Francfort.
L’Iran produit plus de trois millions de barils de pétrole par jour. Si ses propres infrastructures sont détruites — et Israël y travaille activement — c’est l’Iran qui perd en premier sur les marchés mondiaux. L’Arabie Saoudite le sait. C’est précisément pour ça qu’elle dit que l’Iran sera « le grand perdant ».
Bahreïn sans eau, Koweït sans carburant
À Bahreïn, un drone iranien a endommagé une centrale de dessalement d’eau. Sur une île-État dont la quasi-totalité de l’eau potable provient de la mer, c’est une arme existentielle. À l’aéroport international du Koweït, des réservoirs de carburant ont été touchés. Les vols ont été perturbés. Les files d’attente aux stations-service se sont allongées.
L’Iran affirmait cibler uniquement les intérêts et les bases américaines, pas les pays arabes eux-mêmes. Le président Pezeshkian a même présenté des excuses aux États du Golfe et promis de cesser les attaques sur leurs territoires si aucune frappe n’en provenait. Quelques heures plus tard, le Koweït, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats signalaient de nouvelles frappes iraniennes. La promesse avait duré moins longtemps que le communiqué qui l’annonçait.
Quand vous frappez l’eau potable d’un pays et que vous appelez ça une erreur de ciblage, vous avez perdu l’argument moral avant même d’avoir commencé la phrase.
Section 4 : L'Arabie Saoudite au bord du gouffre qu'elle a creusé
Riyad, financier de guerre et victime collatérale
L’Arabie Saoudite n’a pas demandé cette guerre. Elle en a peut-être facilité les conditions. Des années de financement de groupes sunnites opposés à l’influence iranienne, des années de compétition pour le leadership du monde arabe, des années de rapports ambigus avec Washington sur ce que signifiait « neutraliser la menace iranienne ». Et voilà où ça mène : deux travailleurs étrangers morts dans un immeuble résidentiel à Al-Kharj.
Riyad avait pourtant prévenu Téhéran de ne pas l’attaquer. Le message avait été transmis par des canaux diplomatiques discrets, dans le style du Golfe — pas de déclarations publiques fracassantes, mais des mots précis, des conséquences clairement énoncées. L’Iran n’a pas écouté. Ou il a écouté et décidé que les bases américaines valaient le risque. Ce calcul pourrait se révéler dévastateur.
L’Arabie Saoudite détient des centaines de milliards de dollars d’investissements dans l’économie mondiale. Elle produit plus de 9 millions de barils de pétrole par jour. Elle héberge les sites les plus saints de l’islam. Si elle entre réellement dans ce conflit, il ne s’agit plus d’une guerre régionale. Il s’agit d’un réalignement de civilisation.
L’ultimatum silencieux : les bases américaines comme levier
La menace saoudienne la plus significative n’est pas militaire — c’est géographique. Si Riyad autorise les forces américaines à utiliser ses bases pour des opérations directes contre l’Iran, la géométrie de la guerre change radicalement. Les avions américains n’auraient plus besoin de faire le tour par les porte-avions en mer Rouge ou en Méditerranée. Ils seraient à quelques centaines de kilomètres de Téhéran.
C’est ce que l’Arabie Saoudite a mis sur la table. Non pas « nous allons vous bombarder » — mais « nous allons permettre à ceux qui peuvent vous bombarder de le faire plus facilement, plus souvent, et avec plus de précision ». Dans la grammaire du pouvoir du Golfe, c’est une déclaration de guerre sans en prononcer les mots. Et l’Iran le sait.
Et pourtant, l’IRGC continue. Il parle de six mois de munitions. Il parle de résistance. Il parle de victoire. Les généraux qui parlent le plus fort de victoire sont souvent ceux qui n’ont jamais vu leurs villes brûler. Téhéran brûle. Et ils parlent encore.
Section 5 : La succession dynastique et la trahison des idéaux
1979 contre 2026 : la révolution qui avale ses principes
La Révolution islamique de 1979 s’est construite sur un rejet viscéral de la monarchie Pahlavi. Mohamed Reza Shah et sa succession héréditaire représentaient exactement ce que Khomeini voulait détruire : un pouvoir transmis de père en fils, déconnecté du peuple et de Dieu. Quarante-sept ans plus tard, Ali Khamenei passe le flambeau à son fils Mojtaba. Le cercle est fermé. La révolution a accouché de ce qu’elle prétendait tuer.
Ramin, ingénieur téhéranais de 44 ans, a confié à un correspondant étranger avant de fuir sa ville : « Mon père a fait la révolution pour en finir avec les rois. Son fils est maintenant roi. » Trois phrases. Le résumé d’une génération trahie.
L’histoire n’a pas de sens de l’humour. Elle a quelque chose de pire : un sens de l’ironie absolument implacable.
Mojtaba, les Gardiens, et le choix de la guerre totale
Mojtaba Khamenei est décrit par tous les observateurs comme le candidat des Gardiens de la Révolution. Ce n’est pas une nuance — c’est un programme. Les Gardiens de la Révolution islamique, l’IRGC, ne sont pas une armée ordinaire. Ils sont un État dans l’État, une économie parallèle, une idéologie en uniforme. Ils contrôlent des pans entiers de l’économie iranienne, des réseaux de proxies de Beyrouth à Sanaa, et maintenant ils ont leur homme au sommet.
Cela signifie que la guerre continuera. Pas parce que l’Iran peut gagner — les analystes s’accordent à dire que non, pas face à la puissance de feu combinée des États-Unis et d’Israël. Mais parce que les Gardiens ne savent pas faire autre chose que résister. Leur identité est construite sur la résistance. Capituler ne serait pas une défaite militaire. Ce serait une extinction identitaire.
Il y a des institutions qui préfèrent la mort à la reddition. L’IRGC est l’une d’elles. C’est pour ça que cette guerre est particulièrement dangereuse : l’une des parties ne peut pas se permettre de perdre sans cesser d’exister.
Section 6 : Le Liban brûle, la Syrie retient son souffle
Plus d’un demi-million de déplacés au Liban
Pendant que les regards sont fixés sur l’Iran, le Liban saigne en silence. Les échanges de tirs entre les forces israéliennes et le Hezbollah — affaibli mais pas détruit, blessé mais pas neutralisé — ont provoqué le déplacement forcé de plus d’un demi-million de personnes. Un demi-million. Dans un pays de 5 millions d’habitants. Un Libanais sur dix a dû fuir sa maison.
Des villages entiers du sud du Liban ont été vidés. Des familles installées dans des gymnases et des écoles à Beyrouth, ceux qui ont la chance d’avoir de la famille dans la capitale. Les autres, dans des champs, dans des voitures, sur des routes. Aïcha, 67 ans, de Tyr, a emporté ses médicaments pour le diabète, une photo de son mari mort, et rien d’autre. « Je pensais qu’on rentrerait dans une semaine », dit-elle. On lui dit maintenant que son quartier n’existe plus.
Le Liban a survécu à la guerre civile, aux invasions israéliennes de 1978 et 1982, à l’assassinat de Rafik Hariri, à l’explosion du port de Beyrouth. Il survit parce qu’il n’a pas le choix. Mais chaque fois, il laisse des morts derrière lui et un peu plus de lui-même dans les décombres.
Israël frappe Beyrouth, les morts s’accumulent
Des frappes israéliennes à Beyrouth ont tué au moins quatre personnes le 8 mars. Les cibles revendiquées : des infrastructures du Hezbollah. Les victimes réelles : des résidents de quartiers mixtes où l’infrastructure militaire et civile se côtoient depuis des décennies, parce que c’est ainsi que le Hezbollah a toujours fonctionné — enfoui dans le tissu urbain comme une racine dans le béton.
Quatre morts à Beyrouth, le même jour que deux morts à Al-Kharj, le même jour que des dizaines de civils iraniens tués dans des villes bombardées. Ce n’est pas un bilan de guerre. C’est une comptabilité de l’horreur ordinaire dans laquelle le monde est entré presque sans s’en rendre compte, progressivement, puis subitement, comme on tombe amoureux ou comme on fait faillite.
Les guerres ne commencent pas avec un fracas. Elles commencent avec une décision, prise dans un bureau propre par des gens qui ne mourront pas. Et elles finissent dans les rues, une famille à la fois.
Section 7 : La Chine, la Russie, et l'art du silence intéressé
Quand les alliés regardent ailleurs
Téhéran comptait sur Pékin et Moscou. Elle les avait courtisés pendant des années. L’accord de coopération Iran-Chine signé en 2021, d’une durée de 25 ans, censé injecter 400 milliards de dollars dans l’économie iranienne. Les exercices navals conjoints avec la Russie dans le golfe d’Oman. Les déclarations de solidarité lors de chaque crise. Tout cela pour arriver à mars 2026 et regarder Pékin et Moscou rester « largement passifs » pendant que l’Iran brûle.
La Chine a ses raisons. Elle achète du pétrole iranien — mais elle achète aussi du pétrole saoudien, émirati, et koweïtien. Elle n’a aucun intérêt à voir ses sources d’approvisionnement s’entre-détruire. Et elle a encore moins d’intérêt à défier militairement les États-Unis pour sauver un régime qui était déjà économiquement exsangue avant la guerre. La Russie, engloutie dans son propre conflit en Ukraine depuis 2022, n’a ni les moyens ni la volonté d’ouvrir un second front géopolitique.
Un allié qui ne vient pas à votre secours quand vous brûlez n’est pas un allié. C’est un partenaire commercial avec une rhétorique d’alliance. L’Iran vient de découvrir la différence, au prix le plus élevé qui soit.
L’isolement iranien et le calcul des puissances
Dans les chancelleries du monde arabe, le calcul est simple et brutal. L’Iran affaibli, voire l’Iran défait, ouvre des espaces géopolitiques considérables. Le Yémen houthiste sans financement iranien. Le Hezbollah sans armes iraniennes. Les proxies en Irak et en Syrie sans direction stratégique. Pour les monarchies du Golfe, un Iran décapité est une opportunité historique autant qu’un voisin incendié.
C’est pour ça que le langage saoudien est aussi précis. « Vous serez le grand perdant. » Pas « vous allez souffrir ». Pas « vous allez perdre des hommes ». Le grand perdant — le perdant au sens géopolitique, stratégique, économique, historique. Celui dont le nom sera associé à la défaite, à l’humiliation, à l’erreur de calcul suprême. Riyad ne parle pas de douleur. Riyad parle de l’histoire.
Et l’histoire, sur ce point, a un avis assez tranché : les empires qui engagent des guerres qu’ils ne peuvent pas gagner finissent généralement par perdre plus que la guerre.
Section 8 : L'économie mondiale prise en otage
Le monde qui dépend d’un détroit de 33 kilomètres
Il y a quelque chose d’absurde dans le fait que 20% de l’énergie mondiale transite par un passage grand comme une ville moyenne. Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un couloir pétrolier. C’est le point d’étranglement de l’économie planétaire, un levier que quiconque le contrôle peut utiliser pour faire vaciller des marchés à Tokyo, des prix à Paris, des usines en Allemagne.
Brent : 114 dollars le baril. En hausse de plus de 20% en quelques jours. Les analystes évoquent 200 dollars si les hostilités s’intensifient — le chiffre avancé par l’IRGC lui-même comme menace. 150 pétroliers à l’ancre à l’entrée du détroit. Des cargaisons de brut qui n’arrivent pas. Des raffineries qui tournent sur leurs réserves. Des pays importateurs qui calculent combien de semaines ils peuvent tenir.
Le Japon importe 90% de son pétrole du Golfe. La Corée du Sud, similairement. L’Inde, des dizaines de millions de barils par mois. Ces pays n’ont rien fait pour provoquer cette guerre. Ils en subissent les conséquences directes parce que leur économie moderne repose sur un chokepoint géographique que deux puissances ont décidé de transformer en zone de combat.
Gaz, eau, carburant : les infrastructures de la survie
Le Qatar a dû arrêter toute production de gaz après des frappes iraniennes sur ses installations. Le Qatar est le troisième exportateur mondial de gaz naturel. Arrêt total de production. En Europe, qui dépend du gaz qatari pour compenser la perte du gaz russe depuis 2022, les prix ont presque doublé du jour au lendemain. Les industries énergivores ont commencé à réduire leur production. Des milliers d’emplois menacés, des chaînes d’approvisionnement en tension, des factures d’électricité qui vont exploser pour des ménages qui n’ont jamais entendu parler d’Al-Kharj.
À Bahreïn, la centrale de dessalement touchée par un drone. Sur une île sans eau douce naturelle, c’est une bombe à retardement sanitaire. Les autorités ont dû rationner l’eau dans plusieurs quartiers. Au Koweït, les longues files aux stations-service rappellent des images de crise pétrolière qu’on croyait réservées aux années 1970. La guerre a une façon de ressusciter les cauchemars qu’on pensait enterrés.
Et pourtant, on continue de compter les morts militaires. On continue de comptabiliser les missiles interceptés et les drones abattus. Personne ne compte vraiment le nombre de personnes qui manqueront d’eau à Bahreïn dans deux semaines, ou le nombre d’entreprises européennes qui mettront la clé sous la porte à cause d’une crise de gaz à laquelle elles ne pouvaient rien.
Section 9 : Pourquoi l'Iran ne peut pas gagner cette guerre
L’arithmétique brutale de la puissance de feu
L’Iran est courageux. L’Iran est résistant. L’Iran est idéologiquement mobilisé. Aucune de ces qualités ne change l’arithmétique. Les États-Unis consacrent annuellement à leur défense plus de 800 milliards de dollars. L’Iran, sous sanctions depuis des décennies, avec une économie fragilisée et un rial qui s’effondre, a des ressources infiniment moindres. La technologie militaire américaine — les B-2 furtifs, les missiles Tomahawk, les capacités de guerre électronique — représente une génération entière d’avance sur ce que l’Iran peut opposer.
Israël, pour sa part, dispose d’une des armées de l’air les plus sophistiquées au monde. Ses systèmes de défense antimissiles — Iron Dome, David’s Sling, Arrow — ont fait leurs preuves. Et surtout, Israël bénéficie du soutien logistique, diplomatique et militaire de la première puissance mondiale. L’Iran ne peut pas gagner cette guerre au sens conventionnel du terme. Ce que l’IRGC peut faire — et ce qu’il fait — c’est rendre la guerre assez coûteuse, assez longue, assez sanglante pour que l’opinion mondiale exige un arrêt.
C’est le calcul des faibles face aux forts depuis l’Antiquité : si tu ne peux pas gagner, saigne ton ennemi assez longtemps pour que sa population se lasse. Ça a parfois fonctionné — le Vietnam, l’Afghanistan. Ça échoue aussi, et spectaculairement, quand l’ennemi décide que le coût de la victoire est acceptable.
Les six mois de munitions et la question qui suit
L’IRGC se targue d’avoir six mois de réserves de munitions. Admettons. Dans six mois, dans le meilleur des cas pour Téhéran, l’Iran aura tenu. Ses infrastructures pétrolières seront détruites — Israël y travaille méthodiquement. Ses raffineries, ses dépôts de stockage, ses capacités de production. L’économie iranienne, déjà sous respirateur artificiel depuis des années de sanctions, sera à l’arrêt. Les 1 200 civils morts en dix jours seront peut-être 12 000 en six mois.
Et après ces six mois de résistance héroïque, que reste-t-il ? Un pays en ruines, un nouveau Guide Suprême qui a commencé son règne sous les bombes, une économie détruite, des proxies régionaux affaiblis ou détruits, et une facture internationale à payer pour les dommages causés aux États du Golfe. L’Arabie Saoudite avait raison : l’Iran sera le grand perdant. La question est seulement de savoir à quel prix — pour l’Iran, et pour tout le monde autour.
Les victoires à la Pyrrhus sont des défaites qu’on célèbre trop tôt. Résister six mois sous les bombes n’est pas une victoire. C’est juste une façon plus longue de perdre.
Section 10 : Le monde arabe entre deux feux
La Ligue arabe condamne l’Iran, mais ne soutient pas Israël
Ahmed Aboul Gheit, Secrétaire général de la Ligue arabe, a qualifié les attaques iraniennes contre les États du Golfe d' »irresponsables » et d' »erreur stratégique massive ». C’est une condamnation claire, sans ambiguïté. Mais la Ligue arabe n’a pas, dans le même souffle, approuvé les frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Elle n’a pas salué la mort de l’ayatollah Khamenei. Elle n’a pas appelé à la victoire militaire d’Israël sur Téhéran.
Parce que le monde arabe sunnite a une relation complexe avec la question iranienne. L’Iran était l’ennemi stratégique, le concurrent pour l’influence régionale, le financer du Hezbollah et des Houthis. Mais l’Iran reste un pays de 90 millions d’habitants, avec une histoire millénaire, et sa destruction totale créerait un vide de puissance que d’autres — moins prévisibles, peut-être — s’empresseraient de remplir. Un Irak pulvérisé a engendré Daech. Qu’engendrera un Iran détruit ?
La géopolitique n’aime pas le vide. Chaque dictateur abattu, chaque régime renversé, chaque État effondré a créé quelque chose de pire ou de différemment dangereux. L’Histoire le crie depuis 2003. Personne ne semble vouloir l’entendre.
Les travailleurs étrangers, victimes invisibles d’une guerre qui n’est pas la leur
Un Indien et un Bangladais morts à Al-Kharj. Leurs noms n’ont pas été rendus publics. Leurs familles, quelque part en Inde et au Bangladesh, ont reçu un appel téléphonique ou un message qu’elles attendaient peut-être sans vraiment l’attendre. Le Golfe abrite des millions de travailleurs migrants — Indiens, Bangladais, Pakistanais, Népalais, Philippins, Éthiopiens. Ils construisent les buildings, entretiennent les aéroports, nettoient les hôtels, cuisinent dans les restaurants. Ils envoient leurs salaires à des familles qui comptent dessus.
Ces millions de personnes n’ont pas voix au chapitre dans cette guerre. Elles ne peuvent pas partir — elles ont des dettes liées à leur recrutement, des contrats, des familles à nourrir. Elles restent, et elles espèrent que le prochain missile ratera son objectif d’un peu plus de quelques mètres. Le Golfe en guerre, c’est des millions de vies invisibles dans la ligne de mire.
Rahul, 29 ans, électricien originaire du Kerala, travaille à Djeddah depuis trois ans. « Je pensais rester encore deux ans, rembourser mes dettes, rentrer », dit-il à un correspondant local. « Maintenant je prie cinq fois par jour et je dors avec mes chaussures. » La prière et les chaussures — c’est le bilan humain qu’aucune infographie ne peut saisir.
Section 11 : Ce que personne ne veut dire à voix haute
La complicité des silences occidentaux
Les États-Unis et Israël ont lancé cette guerre. C’est un fait. Pas une opinion, pas une perspective, un fait documenté, revendiqué publiquement par Washington et Jérusalem. La mort de l’ayatollah Khamenei le 28 février n’est pas un « incident » — c’est l’objectif explicite d’une opération militaire délibérée. Tuer le chef d’État d’un pays souverain — qu’on le juge monstrueux ou non — est un acte de guerre d’une gravité exceptionnelle.
Dans les médias occidentaux mainstream, ce fait est généralement présenté comme le « contexte » ou le « déclencheur » du conflit, avant que l’attention se porte sur les « contre-attaques iraniennes » et leurs conséquences pour le Golfe, les marchés, les alliés. La causalité est inversée dans la narration. On commente les réponses iraniennes avec indignation, et on qualifie les frappes initiales de « décision stratégique difficile mais nécessaire ». Ce double standard a un nom. On l’appelle hypocrisie diplomatique. Et elle coûte des vies.
1 200 civils iraniens morts en dix jours. Si les chiffres étaient inversés — si l’Iran avait tué 1 200 civils israéliens ou américains en dix jours — toutes les capitales occidentales seraient en état de deuil national. Mais Téhéran brûle, et on parle surtout du pétrole à 114 dollars.
L’après-guerre : un Moyen-Orient réorganisé autour des décombres
Supposons que la guerre s’arrête dans trois mois. Scénario le plus optimiste. Cessez-le-feu négocié, probablement par des canaux qataris ou omanais, les deux pays du Golfe qui ont maintenu des liens avec Téhéran. Que reste-t-il ?
Un Iran avec ses infrastructures pétrolières détruites — des années de reconstruction. Un nouveau Guide Suprême illégitime aux yeux d’une partie de la population iranienne. Des proxies régionaux décapités ou affaiblis : le Hezbollah en survie, les Houthis sous pression, les milices irakiennes pro-iraniennes décimées. Un Liban encore plus ruiné qu’en 2020, après l’explosion du port de Beyrouth. Des États du Golfe traumatisés et plus que jamais dépendants de la protection américaine.
Et quelque part dans cette équation, l’idée naïve que la destruction d’un régime peut se faire sans détruire la population qui vit sous lui. Les 90 millions d’Iraniens n’ont pas demandé les Gardiens de la Révolution. Ils n’ont pas demandé Khamenei. Ils n’ont pas demandé cette guerre. Et ils en paieront le prix, comme toujours, pendant que les décideurs, dans leurs bureaux protégés, parleront de victoire.
Conclusion : Le grand perdant, c'est peut-être tout le monde
La leçon que personne ne retient jamais
L’Arabie Saoudite a raison sur un point : l’Iran sera un grand perdant de cette guerre. Ses infrastructures détruites, son économie à genoux, son influence régionale laminée, son nouveau Guide Suprême sous menace permanente, ses 90 millions d’habitants appauvris pour une génération. C’est le prix de la résistance quand la résistance est impossible à gagner.
Mais le Golfe sera aussi un perdant. Pas au même degré — les monarchies pétrolières ont les réserves financières pour absorber les chocs. Mais les morts d’Al-Kharj ne reviennent pas. Les centrales d’eau de Bahreïn ne se réparent pas en quelques jours. La confiance des investisseurs étrangers ne se reconstruit pas par décret. Et les millions de travailleurs migrants qui peuplent le Golfe repartiront dans leurs pays avec des histoires de guerre que leurs enfants répéteront.
Le Liban sera un perdant. Un demi-million de déplacés, des villages détruits, et la certitude que le prochain round viendra, comme il est toujours venu, parce que personne n’a jamais vraiment réglé la question du Hezbollah sans brûler le pays avec.
Le monde sera un perdant. L’économie mondiale, les marchés financiers, les pays importateurs de pétrole et de gaz, les usines européennes, les ménages japonais et coréens qui paieront leurs factures d’énergie dans les mois qui viennent.
Et les 1 200 civils iraniens déjà morts, les deux travailleurs d’Al-Kharj, les quatre habitants de Beyrouth, les déplacés du Liban — eux ne seront pas seulement des perdants. Ils seront des absents définitifs dans un monde qui a décidé que leurs vies comptaient moins que les calculs des puissants.
L’Arabie Saoudite dit à l’Iran qu’il sera « le grand perdant ». Elle a raison. Et elle a tort. Dans les guerres modernes, le grand perdant, c’est l’humain — partout, de chaque côté, dans chaque uniforme ou dans chaque pyjama de civil. Le reste, c’est de la géopolitique. La géopolitique, ça se reconstruira. Les morts, eux, sont permanents.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Liveblog Iran War (9 mars 2026) : https://www.aljazeera.com/news/liveblog/2026/3/9/iran-war-live-mojtaba-khamenei-named-supreme-leader-israel-bombs-tehran?update=4380373
Al Jazeera — Deux morts en Arabie Saoudite après frappe : https://www.aljazeera.com/news/2026/3/8/two-killed-in-saudi-arabia-after-projectile-falls-on-residential-building
Al Jazeera — Liveblog 8 mars 2026, bombes sur Téhéran : https://www.aljazeera.com/news/liveblog/2026/3/8/iran-live-israel-bombs-tehran-oil-depots-attacks-on-gulf-states-continue
Al Jazeera — Pétrole dépasse les 100$ le baril : https://www.aljazeera.com/economy/2026/3/9/oil-soars-past-100-a-barrel-amid-iran-war
Al Jazeera — Attaques iraniennes sur les infrastructures énergétiques du Golfe : https://www.aljazeera.com/news/2026/3/3/is-iran-expanding-attacks-to-target-energy-and-civilian-sites-in-the-gulf
CNBC — L’Arabie Saoudite avertit l’Iran de ne pas l’attaquer : https://www.cnbc.com/2026/03/07/saudi-arabia-told-iran-not-to-attack-it-warns-of-retaliation-reuters.html
CNBC — L’Iran jure de ne pas capituler, un an de guerre : https://www.cnbc.com/2026/03/07/not-slowing-down-one-week-on-us-israeli-strikes-on-iran-continue.html
Sources secondaires
La Presse — Mojtaba Khamenei nouveau Guide Suprême de l’Iran : https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2026-03-08/nouveau-guide-supreme/mojtaba-khamenei-succede-a-son-pere-pour-diriger-l-iran.php
France 24 — Qui est Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême iranien : https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20260308-qui-est-mojtaba-khamenei-le-nouveau-guide-supr%C3%AAme-iranien
France Info — Mojtaba Khamenei choisi comme Guide Suprême pour succéder à son père : https://www.franceinfo.fr/monde/iran/frappes-americaines-en-iran/mojtaba-khamenei-choisi-comme-nouveau-guide-supreme-iranien-pour-succeder-a-l-ayatollah-ali-khamenei_7854377.html
Foreign Policy — La guerre en Iran se propage à Dubaï, Arabie Saoudite, Qatar : https://foreignpolicy.com/2026/03/04/iran-war-dubai-saudi-qatar-global-economy-oil-shipping-trade/
PBS NewsHour — Les cibles s’élargissent aux infrastructures civiles, premières morts en Arabie Saoudite : https://www.pbs.org/newshour/world/iran-wars-targets-widen-dangerously-into-civilian-infrastructure-and-saudi-arabia-reports-first-deaths
Alma Research and Education Center — Daily Report, Deuxième Guerre d’Iran, 8 mars 2026 : https://israel-alma.org/daily-report-the-second-iran-war-march-8-2026-1800/
Axios — Fermeture du détroit d’Ormuz : impact sur l’économie mondiale : https://www.axios.com/2026/03/05/iran-war-strait-of-hormuz-shutdown-us-global-economy
Times of Israel — Liveblog 7 mars 2026, frappes israéliennes sur l’Iran et le Hezbollah : https://www.timesofisrael.com/liveblog-march-07-2026/
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