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CHRONIQUE : Le convoi ukrainien saisi par Budapest — quand Orbán transforme une frontière en arme électorale
Crédit: Adobe Stock

La politique de l’ennemi nécessaire

Il faut reconnaître au Premier ministre hongrois une chose : il est un lecteur exceptionnel de la peur collective. Pas de la peur au sens philosophique — de la peur au sens électoral. La peur qui fait voter. La peur qui remplit les urnes. La peur qui transforme une défaite probable en victoire improbable.

En 2015, quand les réfugiés syriens traversaient les Balkans, Orbán a construit une clôture. Pas parce que la clôture était la meilleure solution humanitaire, économique ou diplomatique. Parce que la clôture était une image — et que cette image disait à ses électeurs : je suis celui qui vous défend. Les chiffres de popularité ont suivi. La migration lui a donné des années de carburant politique.

Mais le temps passe. Les flux migratoires ont ralenti. L’ennemi a perdu de sa visibilité. Et Orbán — qui n’est pas un idéologue au sens pur, qui est avant tout un survivant politique d’une rareté absolue — a cherché un remplaçant. Il a trouvé l’Ukraine. Ou plutôt : il a trouvé la guerre d’Ukraine comme terrain narratif. Comme espace de fabrication d’un ennemi suffisamment complexe pour qu’on ne puisse pas le réfuter en dix secondes, suffisamment présent dans les médias pour qu’on n’ait pas à l’inventer.

Adam Jasser et la perspective de Varsovie

C’est Adam Jasser, directeur de TVP World, la chaîne internationale de la télévision publique polonaise, qui articule le mieux ce que beaucoup pensent mais peu disent avec cette clarté. La Pologne regarde la Hongrie comme on regarde un voisin qu’on connaît depuis longtemps — avec une intimité particulière, une compréhension des mécanismes, et une inquiétude qui n’est pas abstraite.

« La migration lui donnait beaucoup de munitions, mais ce problème s’est calmé, dit Jasser. Maintenant, il a trouvé l’Ukraine comme moyen de reconquérir du soutien. » Simple. Direct. Et d’une précision chirurgicale. Ce n’est pas une analyse géopolitique complexe. C’est un constat de praticien. Orbán cherche du carburant. L’Ukraine en fournit.

De Varsovie, on voit les choses différemment qu’à Bruxelles ou à Berlin. La Pologne partage mille kilomètres de frontière avec l’Ukraine, accueille plusieurs millions de réfugiés ukrainiens, et a compris depuis 2014 ce que l’Europe de l’Ouest a mis dix ans à admettre : que la sécurité du continent commence à Kyiv. Ce que fait Orbán est donc lu, depuis Varsovie, non pas comme de la politique étrangère mais comme de la sabotage interne à l’Alliance.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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