Hulyaipole, Oleksandrivka et les neuf villages de Zaporizhia
Les noms ne disent rien à la plupart des gens. Hulyaipole. Oleksandrivka. Des bourgs ukrainiens que la guerre a transformés en symboles. Depuis le 1er janvier 2026, selon l’Institute for the Study of War, les forces ukrainiennes ont libéré 244 kilomètres carrés dans ces directions, pendant que les Russes en saisissaient 115 — un bilan net positif de 129 kilomètres carrés rien que dans ce secteur. Sur la même période, dans la région de Zaporizhia, neuf localités ont été repris. Neuf villages où des gens vivaient. Où des maisons existaient. Où des vies sont maintenant à reconstruire.
Le commandant en chef Oleksandr Syrskyi avait été le premier à annoncer les 400 kilomètres carrés libérés le 23 février. Zelensky a confirmé et élargi le chiffre deux semaines plus tard. L’ISW, plus conservateur dans sa méthode — ils n’ajoutent un terrain que quand les preuves visuelles sont irréfutables — parle de 257 kilomètres carrés depuis le 1er janvier. La différence entre les deux chiffres ne trahit pas un mensonge ukrainien. Elle reflète la complexité du terrain, les zones de contrôle disputées, et les limites de l’information ouverte dans une guerre moderne. Même à 257, c’est un tournant.
La dynamique qui a changé en février
Du 14 au 20 février 2026 : gain net de 33 kilomètres carrés. Du 21 au 27 février : gain net de 57 kilomètres carrés. C’est la dernière fois que l’Ukraine avait connu une telle dynamique positive, c’était juin 2023 — 377 kilomètres carrés ce mois-là, pendant la grande contre-offensive. Depuis ? Une longue érosion. Un front qui grinçait vers l’ouest. Et soudain, en ce début de 2026, le mouvement s’est inversé.
Ce n’est pas une contre-offensive massive. L’ISW le dit clairement : ces succès locaux ne se transformeront probablement pas en grande opération à grande échelle. Les capacités ukrainiennes ne le permettent pas. La logistique est trop tendue. Et pourtant. Même sans grande contre-offensive, même en mode défensif-offensif limité, l’Ukraine a réussi à retourner le rythme de la guerre. Les Russes gagnaient. Maintenant, ils reculent. Pas sur tout le front — en Donetsk, ils continuent d’avancer, payant chaque village en vies humaines — mais dans le sud, quelque chose a changé.
Quand le cours d’une guerre change, même légèrement, même localement, ça change tout à la table des négociations. Chaque kilomètre carré récupéré est un argument de plus dans la bouche de Zelensky quand il dit « non » aux exigences russes de cession territoriale.
Section 3 : La visite au front — ce que Zelensky est allé chercher à Druzhkivka
Une image, un message, une équation
Deux jours avant l’annonce des 435 kilomètres carrés, le 6 mars, Zelensky était à Druzhkivka et Kostiantynivka, dans l’est de la région de Donetsk. Il a rencontré la 28e brigade mécanisée séparée. Des soldats en tenue de combat, des visages creusés par des mois en première ligne. Il n’est pas venu les remercier pour la forme. Il est venu leur dire quelque chose de précis : « Plus nous sommes forts à l’est, plus nous sommes forts dans les négociations. »
Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Zelensky a lié explicitement la capacité militaire et le poids diplomatique. Ce n’est pas de la rhétorique guerrière. C’est une doctrine. Et c’est la contre-argumentation directe à ceux — à Washington, à Moscou, dans certaines capitales européennes — qui pensent que l’Ukraine devrait accepter un accord maintenant, depuis une position d’épuisement. Zelensky dit : non. On négocie depuis la force, ou on ne négocie pas.
L’échange de prisonniers — 1 000 soldats, deux civils, une vérité
Les 5 et 6 mars, Ukraine et Russie ont échangé 500 soldats de chaque côté — 200 le jeudi, 300 le vendredi. Deux civils ukrainiens ont aussi été rendus. L’envoyé spécial américain Steve Witkoff a attribué cet échange aux « discussions de paix soutenues et détaillées » menées à Genève. Ce qui est remarquable dans cet échange, ce n’est pas son ampleur — des échanges comme celui-là se sont produits tout au long du conflit. C’est son timing.
Des négociations trilatérales étaient prévues à Abu Dhabi entre le 5 et le 9 mars. Elles ont été reportées à cause des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, qui ont mis le Moyen-Orient en état d’alerte maximale. Et pourtant, l’échange a eu lieu quand même. Même quand le contexte international explose, même quand les agendas s’effondrent, des soldats rentrent chez eux. C’est un signal minuscule. C’est peut-être le plus honnête de tous.
Dans un conflit où chaque mot est pesé, où chaque annonce est calculée, le retour silencieux d’un soldat à sa famille est la seule chose qui échappe encore à la politique. Mille hommes de chaque côté. Mille histoires qui recommencent. Cela ne fait pas la une. Et c’est peut-être la chose la plus réelle de cette semaine.
Section 4 : Ce que Moscou ne dit pas — les pertes russes et le coût de Donetsk
126 kilomètres carrés gagnés en février. À quel prix.
En février 2026, les forces russes ont conquis environ 126 kilomètres carrés, selon les analyses des groupes de suivi indépendants. C’est leur score le plus bas en 20 mois. Mis en perspective : à leur pic, les Russes gagnaient cinq, six, sept fois plus de terrain par mois. Ce ralentissement n’est pas accidentel. Il est le signe d’une armée qui continue d’avancer, mais de plus en plus difficilement, de plus en plus chèrement.
Donetsk reste l’exception douloureuse. Les Russes continuent d’y progresser. Village par village. Rue par rue. En payant un prix humain que Moscou ne comptabilise pas publiquement. Les pertes russes estimées pour mars 2026 s’ajoutent à un total qui dépasse 1 273 000 soldats mis hors de combat depuis le début de l’invasion — tués, blessés, capturés, disparus. Ce chiffre vient du ministère de la Défense ukrainien, pas d’une source neutre. Mais même en le divisant par deux, il dit quelque chose d’important : cette guerre coûte à la Russie à une cadence que même son économie de guerre ne peut absorber indéfiniment.
La Russie qui exige, et la réalité du terrain qui la contredit
Début mars 2026, des sources russes indiquaient que Moscou était prête à signer un accord de paix si l’Ukraine se retirait de la région de Donetsk qu’elle contrôle encore. La même Russie qui, selon le Japan Times du 1er mars, envisageait de quitter les négociations si Kyiv ne cédait pas du territoire. Ce double langage est révélateur. Une puissance qui gagne n’a pas besoin de menacer de partir de la table. Une puissance qui menace de partir, c’est une puissance qui sait que le terrain lui résiste.
Et pourtant, cette exigence pèse. Washington, sous une administration Trump qui a réduit son soutien militaire à l’Ukraine, penche vers une solution rapide. Certains alliés européens sont épuisés. La pression pour un accord — même imparfait, même injuste — est réelle. C’est dans ce contexte que l’Ukraine a choisi de reconquérir du terrain plutôt que de se contenter de tenir ses lignes. Chaque kilomètre carré repris est un argument contre la capitulation déguisée en paix.
Zelensky l’a dit en termes clairs au sujet des demandes russes sur le Donetsk : « La Russie n’a pas réussi sur le champ de bataille. » Ce n’est pas de la vantardise. C’est un état des lieux. Et c’est la seule réponse que l’histoire comprend.
Section 5 : Les alliés — entre promesses et tergiversations
35 pays, des troupes promises, un cadre encore fragile
En janvier et février 2026, quelque chose d’important s’est produit en coulisses. La France et le Royaume-Uni ont promis de déployer des forces sur le territoire ukrainien si un cessez-le-feu est conclu. Les États-Unis ont accepté de piloter un mécanisme de surveillance de la trêve. Une « coalition des volontaires » de 35 pays s’est formée autour de l’objectif de garantir la sécurité de l’Ukraine après tout accord. C’est la structure que Zelensky réclame depuis des mois : des garanties de sécurité concrètes, pas une promesse sur papier.
Mais le diable est dans les détails. Ces garanties restent conditionnelles à un cessez-le-feu que Moscou n’a pas encore accepté. L’OTAN, comme structure formelle, reste en dehors du cadre — les membres de l’alliance agissent en ordre dispersé plutôt que sous bannière commune. Et la question territoriale — la vraie question, la seule qui compte pour Moscou — n’a pas été résolue. Tant qu’elle ne le sera pas, le reste est de l’architecture sur du sable.
La Hollande et le message européen
Rob Jetten, Premier ministre des Pays-Bas, était à Kyiv le 8 mars. Son pays est l’un des soutiens les plus constants de l’Ukraine — à la fois financièrement et militairement. La présence de Jetten aux côtés de Zelensky au moment de l’annonce des 435 kilomètres carrés n’est pas anodine. Elle est une démonstration de soutien européen dans un moment où Washington envoie des signaux contradictoires.
L’Europe a appris à faire sans Washington quand il le faut. La coalition des volontaires, les garanties franco-britanniques, les annonces d’aide militaire continuée — tout cela se construit en dehors de Trump, parallèlement à lui, parfois malgré lui. Et pourtant, sans les États-Unis, l’équation reste incomplète. L’Ukraine a besoin d’armement américain, de renseignement américain, de la crédibilité politique que seule Washington peut apporter à une architecture de sécurité durable. L’Europe seule ne suffit pas. Elle ne l’a jamais été.
Il y a quelque chose de poignant dans cette image : le chef de gouvernement d’un petit pays de 17 millions d’habitants, debout à Kyiv, proclamant un soutien que la plus grande puissance du monde peine encore à articuler clairement. L’Europe n’est pas parfaite. Elle tâtonne, elle hésite, elle se dispute. Et pourtant, elle est là.
Section 6 : Zelensky et l'optimisme — décoder ce que « plus positif » signifie vraiment
Pas de l’euphorie. De la détermination.
Quand Zelensky dit que Kyiv est « plus positive qu’à la fin de 2025 », il ne dit pas que la guerre est sur le point de se terminer bien. Il ne dit pas que la victoire est proche. Il dit que l’Ukraine a regagné une marge de manœuvre. Que la spirale descendante a été interrompue. Que les soldats se battent, gagnent du terrain, perturbent les plans russes — et que cela change la psychologie de la négociation.
La psychologie, dans ce genre de conflit, n’est pas un élément secondaire. C’est souvent l’élément décisif. En 2022, tout le monde pensait que l’Ukraine tomberait en 72 heures. Elle n’est pas tombée. En 2023, la contre-offensive a déçu les attentes. En 2024, le front a grignoté vers l’ouest. En fin 2025, certains parlaient d’une Ukraine à bout. Et voilà qu’en mars 2026, le mouvement s’est inversé. Ce n’est pas la victoire. Mais c’est la preuve que la défaite n’était pas inéluctable non plus.
Le rejet des concessions territoriales — une ligne rouge qui tient
Zelensky a été clair : l’Ukraine ne cédera pas le Donetsk qu’elle contrôle encore. Cette position n’a pas changé. Elle ne changera probablement pas tant que le rapport de force militaire ne forcera pas Kyiv à la changer. Et c’est précisément pourquoi les 435 kilomètres carrés importent : ils démontrent que le rapport de force n’a pas basculé irrémédiablement en faveur de la Russie.
Moscou a exigé le Donetsk entier. L’Ukraine a répondu en libérant des centaines de kilomètres carrés dans le sud. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une réponse stratégique. Montrer que l’armée ukrainienne peut encore agir offensivement, même à échelle limitée, c’est invalider l’argument russe selon lequel Kyiv n’a pas le choix. L’Ukraine a le choix. Elle choisit de se battre. Et tant qu’elle se battra avec cette efficacité, les concessions qu’on lui demande de faire resteront inacceptables — non pas par orgueil, mais par calcul.
Il y a quelque chose de fondamentalement injuste dans le fait qu’on demande à une nation qui défend son territoire de prouver qu’elle mérite de le conserver. Chaque kilomètre carré reconquis ne devrait pas être nécessaire. Il l’est. Et l’Ukraine les reconquiert quand même.
Section 7 : Ce que l'ISW ne dit pas — la guerre de l'information derrière les cartes
257 contre 435 : comprendre l’écart
L’ISW confirme 257 kilomètres carrés libérés depuis le 1er janvier. Zelensky annonce 400 à 435 kilomètres carrés sur six semaines. L’écart interpelle. Qui a raison ? La réponse est moins simple qu’il n’y paraît. L’ISW utilise une méthode conservatrice : ils ne créditent un gain que quand ils ont des preuves visuelles — photos satellites, vidéos géolocalisées, rapports concordants. Cette méthode sous-estime systématiquement les gains récents, parce que les preuves visuelles prennent du temps à émerger.
De son côté, Zelensky inclut des zones de contrôle qui ne sont pas encore documentées visuellement mais que l’armée considère comme sécurisées. Ces zones existent. Elles ne sont pas inventées. Elles sont simplement non vérifiables pour l’instant. La journaliste Diana Butsko a soulevé des questions légitimes sur ce que représente exactement ce territoire — est-ce des villages réellement libérés, ou des zones de no man’s land reconquises ? Ce questionnement est sain. Il n’invalide pas le bilan positif. Il rappelle juste que dans la guerre, les chiffres sont toujours un peu plus compliqués que les titres.
Le silence de Moscou — aussi éloquent que ses communiqués
Le ministère russe de la Défense reconnaît rarement ses pertes territoriales. Ses bulletins parlent de « regroupements tactiques », de « retraitements opérationnels », de « rectifications de ligne ». Dans ses termes à lui, l’armée russe ne recule jamais. Elle se repositionne. Mais les satellites ne lisent pas les communiqués. Les images géospatiales montrent ce qui a bougé, dans quelle direction, et à quelle vitesse. Et ce qu’elles montrent depuis début 2026 dans le sud de l’Ukraine contredit le narratif d’une armée russe omnipotente en marche irrésistible.
La Russie, en mars 2026, se retrouve dans une position inconfortable. Elle gagne encore du terrain en Donetsk — c’est réel, documenté, et préoccupant. Mais elle a perdu l’initiative dans le sud. Elle a vu ses préparations pour une offensive printanière déstabilisées. Elle négocie en sachant que l’adversaire qu’elle pensait avoir brisé n’est pas brisé. C’est peut-être cela, l’information la plus importante de cette semaine.
Un empire qui ne peut pas admettre ses revers à ses propres citoyens est un empire qui dialogue avec un miroir. Moscou peut réécrire ses communiqués. Il ne peut pas réécrire le terrain.
Section 8 : L'hiver de guerre — ce que les soldats ukrainiens ont vécu depuis janvier
Tenir. Puis avancer. Dans le froid et le feu.
Janvier 2026 en Ukraine. Les températures descendent sous les moins vingt. Les drones russes ciblent les infrastructures énergétiques — encore. Les soldats en premières lignes dorment dans des tranchées à peine chauffées, mangent des rations froides, réparent des équipements usés avec les pièces qu’ils trouvent. C’est dans ces conditions que l’Ukraine a lancé ses opérations dans le sud. Pas dans des conditions idéales. Pas avec un surcroît d’armement occidental. Dans les conditions réelles d’une guerre d’attrition à son quatrième hiver.
Ce contexte est essentiel pour comprendre ce que signifient 435 kilomètres carrés. Ce n’est pas le résultat d’une armée fraîche, bien approvisionnée, soutenue par une logistique parfaite. C’est le résultat d’une armée qui a appris à faire avec ce qu’elle a. Qui a développé des tactiques d’infanterie-drone que même les analystes occidentaux n’avaient pas anticipées. Qui refuse de mourir tranquillement. Et qui, en refusant, a changé la donne.
La guerre des drones — la révolution invisible
L’Ukraine fabriquait 1 750 drones par semaine au début de 2026. Ce chiffre, annoncé par Zelensky lui-même, est vertigineux. Il reflète une transformation industrielle que peu avaient anticipée : l’Ukraine est devenue une puissance de drones. Pas grâce à des transferts de technologie massifs. Grâce à l’ingéniosité de ses ingénieurs, à ses entreprises tech reconverties, à une communauté de développeurs qui a compris que le drone est l’arme de ce siècle.
C’est en partie grâce à cette capacité que les opérations du sud ont été possibles. Les drones de reconnaissance, les drones d’attaque, les drones kamikazes — ils ont permis à des unités légères d’opérer avec une efficacité que des formations bien plus larges n’atteindraient pas sans eux. La guerre de 2026 ne ressemble plus à la guerre de 2022. Elle ressemble à quelque chose que les manuels n’ont pas encore écrit. Et l’Ukraine est en train d’écrire ce manuel.
La révolution militaire la plus importante depuis des décennies n’est pas en train de se passer dans les laboratoires du Pentagone. Elle se passe dans des ateliers de Lviv, dans des garages de Dnipro, dans des bureaux de Kyiv où des ingénieurs de 25 ans construisent l’avenir de la guerre avec des composants achetés en ligne. L’histoire retiendra leurs noms. Ou pas. Ce qui compte, c’est ce qu’ils fabriquent.
Section 9 : La paix — anatomie d'une négociation impossible
Ce que Moscou veut. Ce que Kyiv peut accepter. L’abîme entre les deux.
La Russie veut le Donetsk en entier. Elle veut que l’Ukraine accepte formellement de se retirer des territoires qu’elle contrôle encore dans cette région. Elle veut une reconnaissance implicite que la guerre a eu un gagnant. C’est sa position publique. Elle ne changera pas par magie.
L’Ukraine ne peut pas accepter cela. Non pas parce que Zelensky serait irrationnel ou irréaliste — il ne l’est pas, il a dit lui-même qu’il faudrait peut-être du « temps » pour récupérer les territoires occupés. Mais parce qu’un accord qui cède formellement du territoire ukrainien sans garanties de sécurité solides ne serait pas la paix. Ce serait une invitation à la prochaine guerre. L’histoire est sans ambiguïté là-dessus : les accords de Munich ont mené à la Seconde Guerre mondiale. Un cessez-le-feu mal conçu ne fait que déplacer la ligne de départ du prochain assaut.
Les garanties de sécurité — la vraie question que personne ne veut affronter
La France et le Royaume-Uni ont promis des troupes sur le sol ukrainien après un cessez-le-feu. Les États-Unis ont accepté de surveiller une éventuelle trêve. Trente-cinq pays ont signé dans la « coalition des volontaires ». Sur le papier, c’est impressionnant. Dans la réalité, c’est encore très fragile.
La question fondamentale reste sans réponse : que se passe-t-il si la Russie viole le cessez-le-feu ? Les troupes franco-britanniques ripostent-elles ? L’OTAN s’engage-t-elle ? Washington suit-il ? Ces questions ne sont pas des détails. Ce sont le cœur du problème. L’Ukraine a déjà vécu cela. Le Mémorandum de Budapest de 1994 lui garantissait sa sécurité en échange de ses armes nucléaires. On connaît la suite. Ce que Zelensky réclame, c’est quelque chose qui n’a jamais existé pour l’Ukraine : une garantie qui tienne quand ça compte vraiment.
Et c’est peut-être là, dans cette exigence de garanties réelles, que se joue l’avenir de l’Ukraine bien au-delà de cette guerre. Un pays qui obtient de vraies garanties de sécurité peut reconstruire. Un pays qui signe une paix sans filet se retrouve à attendre la prochaine invasion. L’Ukraine le sait. C’est pourquoi elle tient.
Section 10 : Le printemps qui vient — et ce qu'il pourrait apporter
Moscou préparait une offensive. Elle a été perturbée.
L’ISW est formel : les succès récents de l’Ukraine ont perturbé la préparation russe pour une offensive de printemps-été 2026. Ce n’est pas une petite chose. Les offensives printanières russes ont été parmi les phases les plus meurtrières du conflit. Chaque fois que Moscou lançait une opération massive, ça coûtait du terrain à l’Ukraine et des vies à tout le monde. Perturber la préparation de la prochaine, c’est potentiellement sauver des milliers de vies.
Mais « perturber » ne signifie pas « annuler ». La Russie va se réorganiser. Elle dispose de ressources humaines énormes, d’une économie de guerre en état de marche, et d’une direction politique qui n’a pas de comptes à rendre à ses citoyens sur les pertes. Le printemps 2026 apportera presque certainement de nouvelles tentatives russes. La question est de savoir si l’Ukraine sera en position d’y faire face — et si ses alliés auront décidé, d’ici là, de lui donner ce dont elle a besoin.
L’Ukraine durable — est-ce encore possible ?
La vraie question de 2026 n’est pas de savoir si l’Ukraine peut tenir. Elle peut tenir — elle le prouve. La vraie question est de savoir si elle peut le faire sur le long terme, avec une économie dévastée, une population déplacée, et un soutien occidental dont la constance n’est pas garantie. La reconstruction de l’Ukraine estimée à plus de 400 milliards de dollars. Les milliards d’euros et de dollars promis par les alliés ne sont pas encore tous décaissés. Les délais s’accumulent. Les bureaucraties traînent.
Et pourtant, l’Ukraine continue de fonctionner. Ses institutions tiennent. Son gouvernement lève des impôts, paie des fonctionnaires, maintient des services. Les chemins de fer ukrainiens ont continué à rouler pendant quatre ans de guerre — un fait régulièrement cité comme l’un des signes les plus remarquables de résilience institutionnelle. Ce pays n’est pas en train de s’effondrer. Il se bat. Sur deux fronts — le militaire et l’économique. Et sur les deux, il résiste.
La durabilité de l’Ukraine n’est pas seulement une question militaire. C’est une question de volonté collective. Et cette volonté — trahie par les accords de 1994, testée par chaque hiver de guerre, chaque missile sur une maternité, chaque village perdu — n’a pas cédé. C’est peut-être le fait le plus remarquable de cette guerre.
Section 11 : Les mots qui manquent — ce que les cartes ne montrent pas
Les villages libérés ne sont pas des zones neutres. Ce sont des vies.
Chaque kilomètre carré « libéré » est un endroit où des gens ont vécu. Hulyaipole avait une population avant la guerre. Oleksandrivka aussi. Les neuf villages de Zaporizhia repris depuis janvier — ils ne sont pas vides sur la carte, ils sont vides dans la réalité. Maisons détruites. Rues désertes. Ce qu’on appelle « libérer un territoire », c’est récupérer des ruines. Les civils qui fuyaient devant l’avancée russe ne reviendront pas demain. Beaucoup ne reviendront jamais.
La reconstruction de ces zones prendra des années. Déminages d’abord — l’Ukraine est l’un des pays les plus minés de la planète depuis 2022. Puis les infrastructures : eau, électricité, routes. Puis les maisons. Puis les écoles. Puis la vie normale — si tant est que ce mot ait encore un sens pour des communautés qui ont traversé l’occupation, le front, et la destruction. Les 435 kilomètres carrés sont une victoire militaire. Ce qu’ils représentent sur le plan humain est infiniment plus complexe.
La mémoire d’avant — et la question de ce qui reviendra
Depuis 2022, environ 8 millions d’Ukrainiens vivent à l’étranger. Certains sont partis pour quelques semaines. Ils sont toujours là, quatre ans plus tard. Leurs enfants ont changé de langue, d’école, parfois d’identité. La libération d’un territoire ne garantit pas le retour de ceux qui l’ont quitté. La diaspora ukrainienne en Europe est maintenant profondément installée. Certains rentreront quand la paix sera vraiment là. D’autres ne rentreront pas.
Et pourtant, l’identité ukrainienne, elle, n’a pas été libérée. Elle s’est renforcée. Paradoxalement, la guerre a créé une conscience nationale ukrainienne plus forte qu’elle ne l’avait jamais été. Le sentiment d’appartenir à quelque chose qui vaut la peine d’être défendu — cela ne s’efface pas sur une table de négociation. Quelle que soit la paix qui viendra, l’Ukraine qui en émergera sera une nation différente de celle qui existait avant le 24 février 2022. Plus consciente d’elle-même. Plus déterminée. Et peut-être, finalement, plus libre.
La guerre a fait quelque chose que des décennies de politique n’avaient pas réussi : elle a soudé les Ukrainiens. Dans leur langue — qui a resurgi avec une fierté nouvelle. Dans leur refus de l’effacement. Dans leur décision collective, chaque matin, de ne pas accepter que leur pays disparaisse. Ce n’est pas un cliché. C’est ce que les 435 kilomètres carrés signifient aussi.
Conclusion : Ce que ce printemps va révéler — et ce qu'on doit tous en comprendre
Le printemps comme verdict
Dans quelques semaines, le printemps va tester tout ce qu’on vient d’établir. La Russie va réorganiser ses forces. Elle va tenter de relancer une offensive. Elle va exercer une pression diplomatique accrue, sachant que ses concessions territoriales dans le sud lui coûtent politiquement. Et l’Ukraine va devoir résister encore — avec les ressources qu’elle a, les alliés qu’elle peut mobiliser, et la détermination qu’elle a prouvée pendant quatre ans.
Les 435 kilomètres carrés ne garantissent pas la victoire finale. Ils ne garantissent pas une paix juste. Ils ne garantissent pas que les négociations aboutiront à quelque chose d’acceptable pour Kyiv. Ce qu’ils garantissent, c’est que l’Ukraine est encore debout. Qu’elle peut encore agir. Qu’elle n’a pas accepté l’inéluctable. Dans un conflit où chaque semaine amène son lot de catastrophes, c’est une vérité qui mérite d’être dite clairement.
Ce que nous — lecteurs, citoyens, contribuables des démocraties alliées — devons en comprendre, c’est que nos décisions comptent. Ce que nos gouvernements font ou ne font pas compte. Les armes livrées ou retenues. Les garanties données ou différées. Les milliards promis ou bloqués dans des procédures administratives. Chaque décision politique dans nos capitales a un effet réel sur ces 435 kilomètres carrés — et sur les suivants.
Zelensky est « plus optimiste ». Ce n’est pas une invitation à la complaisance. C’est une ouverture. Et les ouvertures se ferment si on ne s’en saisit pas.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Article source principal : Kyiv Independent — Zelensky shares new update on liberated Ukrainian territory, says Kyiv ‘more positive’ than at end of 2025
Ukrainska Pravda : Zelenskyy: defence forces have liberated up to 435 sq km in Ukraine’s south — Ukrainska Pravda, 8 mars 2026
ISW / Ukrinform : Ukraine regains more ground than it loses in February, first time in three years — Ukrinform / ISW
Zelensky visite le front : Zelenskyy visits front line as Ukraine and Russia swap 500 prisoners each — Al Jazeera, 6 mars 2026
Visit Ukraine — libération sud : Is Ukraine launching a counteroffensive? Zelensky confirms liberation of territory in southern Ukraine — Visit Ukraine
Russia Matters — rapport de guerre : The Russia-Ukraine War Report Card, March 4, 2026 — Russia Matters / Belfer Center
Sources secondaires
Kyiv Post — Syrsky et les 400 km² : Syrsky Says Up to 400 Sq. Km Liberated in Southern Breakthrough, but Extent of Gains Under Scrutiny — Kyiv Post
ISW sur Twitter/X — 244 km² Hulyaipole : Institute for the Study of War — Ukrainian forces liberate 244 square kilometers in the Hulyaipole and Oleksandrivka directions since January 1, 2026
Négociations de paix : Trilateral Ukraine talks to resume in Abu Dhabi — Al Jazeera, 1er février 2026
Russie et territoire : Russia weighs halt to peace talks unless Ukraine cedes territory — The Japan Times, 1er mars 2026
Garanties de sécurité alliées : Ukraine talks in Paris yield significant progress on security pledges — Al Jazeera, 6 janvier 2026
Accord de cessez-le-feu Ukraine : Ukraine Agrees to Multi-Tiered Ceasefire Plan with West — Modern Diplomacy, 3 février 2026
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