Huliaipole, Stepnohirsk — les noms que personne ne connaît
Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut rembobiner à novembre 2025. Ce mois-là, 40% de la totalité de la progression russe en Ukraine se concentrait dans un seul secteur : Huliaipole, dans l’oblast de Zaporizhia. Deux cents kilomètres carrés gagnés en quelques semaines. Des drones FPV par milliers. Une logistique russe en surchauffe. Et un objectif de plus en plus lisible pour quiconque regardait les cartes : Zaporizhia ville.
En janvier 2026, les troupes russes progressaient vers Stepnohirsk — un village situé à 30 kilomètres au sud-est de la ville. Un village en terrain surélevé, point culminant du secteur, idéal pour l’installation d’artillerie capable de bombarder les faubourgs sud et sud-est de Zaporizhia. Sa prise aurait signifié une chose simple et terrible : des obus russes tombant sur des immeubles d’habitation déjà surpeuplés de réfugiés. Des évacuations massives. Des ressources militaires ukrainiennes détournées vers la protection civile. Et une pression psychologique sur la population déjà au bord du supportable.
Le plan russe pour 2026 : le Donbass et Zaporizhia
Le directeur de la HUR, Kyrylo Boudanov, l’avait dit sans ambiguïté en début d’année : les deux objectifs principaux de l’armée russe pour 2026 sont la capture du Donbass et la prise de la région de Zaporizhia. Pas une surprise. Pas une révélation. Une confirmation. Moscou veut Zaporizhia pour ce qu’elle représente : le verrou du sud ukrainien, la clé de la centrale nucléaire, le symbole d’une victoire irréversible. Prendre Zaporizhia ville, c’est encercler la centrale et forcer une négociation sous contrainte atomique. C’est transformer une occupation illégale en fait accompli géopolitique.
C’est contre ce plan-là que quatorze unités ukrainiennes ont tenu pendant quatre-vingt-dix jours.
Il faut lire les cartes militaires pour comprendre. Il faut regarder les noms sur ces cartes — Huliaipole, Stepnohirsk, Tokmak — et réaliser que ce sont des noms de villes ukrainiennes où des gens ont vécu, planté des jardins, envoyé leurs enfants à l’école. Ces noms sont devenus des coordonnées de guerre. Et personne ne semble s’en indigner suffisamment.
L'UNITÉ TYMUR : Quatorze noms pour une seule mission
Des volontaires, des exilés, des résistants
L’unité spéciale Tymur de la Direction du renseignement de la défense de l’Ukraine est une structure composite. Quatorze formations distinctes, chacune avec son histoire, ses origines, sa philosophie de combat. On y trouve Chimera, le Corps des volontaires russes — des citoyens russes qui ont choisi de se battre contre le régime de Poutine sous les couleurs ukrainiennes. On y trouve Brotherhood, Aratta, le Bataillon sibérien. On y trouve le Corps des volontaires biélorusses — des Biélorusses en exil qui refusent la complicité de Loukachenko. On y trouve Guardians of Darkness, Raven Group, Art Division, le 6e détachement d’opérations spéciales.
Ce n’est pas une armée conventionnelle. C’est une coalition de résistances. Des hommes venus de Russie, de Biélorussie, d’Ukraine, qui ont fait le même choix : celui de ne pas accepter ce qui se passe. Ils opèrent sous commandement ukrainien, dans des conditions que personne n’envierait, sur un front où chaque mètre de terrain se paie en sang.
La méthode : la précision contre la masse
La HUR a précisé comment cette opération de trois mois s’est déroulée. « Des frappes précises par drones et artillerie permettent aux officiers du renseignement militaire de limiter systématiquement les capacités logistiques de l’ennemi, le forçant à renoncer aux actions d’assaut. » C’est la doctrine ukrainienne du front sud en résumé : ne pas chercher le choc frontal, mais couper les nerfs de l’ennemi. Détruire les dépôts de carburant. Neutraliser les colonnes de ravitaillement. Éliminer les postes de commandement avancés.
Résultat : plus de 300 soldats russes tués ou blessés. 39 prisonniers de guerre capturés. Et surtout — l’objectif principal — l’avancée russe vers Zaporizhia ville est stoppée. Pendant quatre-vingt-dix jours, ces quatorze unités ont construit une digue invisible entre l’armée russe et 700 000 civils ukrainiens.
Les guerres modernes se gagnent sur la logistique avant de se gagner sur le terrain. Les Russes le savent. Les Ukrainiens le savent mieux encore — parce qu’ils n’ont pas le luxe de la masse. Ils n’ont que la précision. Et cette précision, ils l’appliquent avec une rigueur qui devrait forcer le respect de n’importe quel observateur militaire sérieux.
TROIS MOIS DANS L'OMBRE : Ce que les médias n'ont pas couvert
Décembre 2025 — Janvier — Février : le compte à rebours silencieux
Pendant que l’attention mondiale se focalisait sur les négociations diplomatiques, les déclarations de Washington, les volte-face de l’administration Trump, des soldats ukrainiens mouraient chaque nuit dans les steppes de Zaporizhia. Pendant que les commentateurs débattaient de la « fatigue de la guerre » en Occident, des hommes de l’unité Tymur organisaient des raids nocturnes sur des positions russes renforcées, à découvert, dans un terrain plat où chaque mouvement est visible à des kilomètres.
Décembre 2025 : l’offensive russe dans la direction de Huliaipole s’intensifie. Les gains territoriaux russes de novembre se poursuivent. La HUR commence ses opérations ciblées. Janvier 2026 : les Russes poussent vers Stepnohirsk. Les frappes ukrainiennes sur les routes d’approvisionnement commencent à mordre. Février 2026 : le rythme des assauts russes ralentit. Les capacités logistiques de l’ennemi sont « considérablement limitées », selon la formulation officielle de la HUR. Mars 2026 : l’offensive est déclarée arrêtée.
Le silence complice de l’information internationale
Il y a quelque chose de profondément injuste dans la manière dont cette opération a été couverte — ou plutôt, pas couverte. Trois mois. Quatorze unités. Des centaines de victimes russes. 39 prisonniers de guerre. Et la protection de 700 000 civils. Aucun grand titre de presse internationale. Aucun reportage de fond. Aucune conférence de presse. Juste un communiqué sobre, le 7 mars 2026, qui disait en substance : nous avons fait ce que nous avions à faire.
Et pourtant, si Zaporizhia ville était tombée — ou seulement si les Russes avaient atteint Stepnohirsk et commencé à bombarder les faubourgs — le monde entier aurait titré. Les mêmes qui ne regardaient pas l’opération Tymur auraient regardé les images des immeubles effondrés sur des réfugiés. C’est le privilège de l’horreur sur la résistance. L’horreur se vend. La résistance silencieuse, elle, ne fait pas de bruit.
Chaque communiqué militaire ukrainien sobre cache une réalité humaine que nous ne verrons jamais entièrement. Derrière « 300 soldats russes neutralisés », il y a des corps dans la steppe de Zaporizhia — des hommes russes envoyés mourir pour une guerre que la majorité d’entre eux n’ont pas choisie. Et derrière « 39 prisonniers capturés », il y a 39 histoires qui ne seront peut-être jamais racontées. Le silence des médias sur cette opération n’est pas de la neutralité. C’est une forme d’abandon.
LA CENTRALE NUCLÉAIRE : L'ombre derrière le front
Six réacteurs à l’arrêt — mais pas en sécurité
On ne peut pas parler de Zaporizhia sans parler de la centrale. La centrale nucléaire de Zaporizhia est la plus grande d’Europe. Six réacteurs. 5,7 gigawatts de capacité. Elle produisait, avant la guerre, environ la moitié de l’électricité ukrainienne. Occupée par les Russes depuis le 4 mars 2022, elle est à l’arrêt depuis septembre 2022 — cinq réacteurs ont été stoppés l’un après l’autre, le sixième a cessé de fonctionner lors d’une déconnexion d’urgence. Mais « à l’arrêt » ne signifie pas « en sécurité ».
Les réacteurs à l’arrêt ont besoin d’eau de refroidissement en permanence. Ils ont besoin d’électricité externe pour faire fonctionner leurs systèmes de sécurité. Depuis la destruction du barrage de Kakhovka en juin 2023, le niveau d’eau dans l’étang de refroidissement de la centrale a considérablement baissé. En février 2026, un cessez-le-feu local a été négocié pour permettre des réparations sur une ligne électrique externe alimentant la centrale. Parce que sans cette ligne, le risque d’accident nucléaire n’est pas théorique. Il est réel. Il est proche. Il est permanent.
Zaporizhia ville capturée = chantage nucléaire perpétuel
Voilà ce que l’offensive russe de ces trois mois visait vraiment. Pas seulement la ville. Le verrou du sud. La clé du chantage nucléaire. Si Zaporizhia ville tombe, la Russie contrôle le périmètre entier de la plus grande centrale nucléaire d’Europe. Elle peut alors dicter ses conditions à une Europe qui a besoin de stabilité pour ses propres réacteurs connectés au réseau. Elle peut menacer, explicitement ou implicitement, de laisser se dégrader une situation déjà précaire. Ce n’est plus de la géopolitique. C’est de la prise d’otages à l’échelle d’un continent.
Et c’est contre ça — contre cette perspective — que des soldats de l’unité Tymur se battaient dans les steppes. Pas pour des kilomètres carrés. Pour que l’Europe ne se réveille pas un matin avec une centrale nucléaire défaillante derrière des lignes russes consolidées.
Quand on dit que la guerre en Ukraine concerne l’Europe entière, ce n’est pas une métaphore. La centrale de Zaporizhia génère, ou plutôt générait, la moitié de l’électricité ukrainienne. Elle est aujourd’hui un otage de béton et d’acier dans lequel 6 réacteurs attendent, refroidissent, et exigent une surveillance permanente que la guerre rend de plus en plus difficile à assurer. Personne ne parle assez de ça.
LE PARADOXE : L'Ukraine gagne des batailles qu'elle n'est pas censée gagner
Février 2026 : la contre-offensive qui a surpris tout le monde
L’opération Tymur à Zaporizhia n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une dynamique militaire ukrainienne qui, depuis mi-février 2026, a surpris tous les observateurs. Entre le 11 et le 16 février, les forces ukrainiennes ont repris plus de 201 kilomètres carrés à l’armée russe — davantage de territoires reconquis en cinq jours que lors de n’importe quelle opération depuis la contre-offensive de juin 2023. Des villages libérés à environ 80 kilomètres à l’est de la ville de Zaporizhia. Des gains dans le Donbass. Une coordination inédite entre unités terrestres, drones et frappes d’artillerie de précision.
8 localités reprises. Plus de 400 kilomètres carrés au total reconquis lors des opérations offensives récentes. Des chiffres qui ne collent pas avec le récit d’une Ukraine épuisée, à bout, incapable de tenir sans aide occidentale massive. Et pourtant, c’est ce récit qui domine les capitales occidentales. « L’Ukraine ne peut pas gagner. » « Il faut négocier. » « La fatigue de la guerre est réelle. » Ces phrases, répétées en boucle dans les chancelleries, dans les think tanks, sur les plateaux de télévision — les soldats de l’unité Tymur les contredisent par les faits, nuit après nuit, dans les steppes de Zaporizhia.
Ce que Starlink a révélé — et ce que ça dit de la résilience ukrainienne
La contre-offensive de février 2026 a coïncidé avec quelque chose d’inhabituel : des pannes de Starlink signalées du côté russe du front. Des antennes russes utilisant Starlink de manière illégale — ou via des réseaux intermédiaires — ont subi des interruptions qui ont désorganisé la coordination des unités russes. Les analystes militaires ont noté la corrélation temporelle entre ces pannes et les avancées ukrainiennes. Mais ce qui frappe, c’est autre chose : l’Ukraine a su saisir cette fenêtre d’opportunité en quelques heures. Pas en quelques jours. En quelques heures.
C’est ça, la résilience ukrainienne. Pas l’héroïsme romantique des discours. La capacité opérationnelle de transformer une perturbation ennemie en avancée propre, presque en temps réel. Une armée qui apprend. Une armée qui adapte. Une armée qui, après quatre ans de guerre totale, est devenue l’une des forces les plus expérimentées dans l’usage tactique des drones et de la guerre électronique au monde.
Et pourtant, c’est cette armée que des capitales occidentales envisagent d’abandonner à une paix dictée par Moscou. C’est cette armée qu’on force à négocier depuis une position de faiblesse supposée, alors qu’elle vient de stopper une offensive de trois mois sur sa deuxième plus grande ville. Il y a une incohérence profonde entre ce que l’Ukraine accomplit sur le terrain et ce qu’on lui propose à la table des négociations.
LA STRATÉGIE RUSSE : L'usure comme doctrine
35 000 pertes russes par mois — et ça continue
Pour comprendre pourquoi l’arrêt de l’offensive à Zaporizhia est significatif, il faut comprendre le contexte global des pertes russes. Selon les estimations des services de renseignement occidentaux et de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), la Russie perd environ 35 000 soldats par mois — tués, blessés, prisonniers. Depuis le début de la guerre, c’est plus de 1 272 000 soldats russes hors de combat. Un chiffre qui dépasse la population de plusieurs villes françaises moyennes. Un chiffre que Moscou absorbe en pompant des régions entières de leurs hommes valides, en recrutant des prisonniers, des migrants économiques d’Asie centrale, des soldats nord-coréens.
La doctrine russe est simple et brutale : l’usure. Avancer par vagues. Accepter des pertes colossales. Espérer que l’adversaire s’effondre avant soi. Cette doctrine a une logique dans un pays de 140 millions d’habitants face à un pays de 40 millions. Elle a une logique dans un système autocratique où les pertes humaines ne créent pas de pression politique interne. Et elle a un talon d’Achille : elle dépend de la logistique. Couper la logistique, c’est couper les jambes de l’armée de l’usure.
Zaporizhia : là où la logistique russe a été cassée
C’est exactement ce que l’unité Tymur a fait pendant trois mois. Frapper les routes d’approvisionnement. Détruire les dépôts. Neutraliser les convois. Forcer l’armée russe à renoncer aux assauts faute de munitions, de carburant, de renforts. « Les frappes précises par drones et artillerie ont considérablement limité les capacités logistiques de l’ennemi » — ce n’est pas une formule creuse. C’est la description d’une stratégie qui a fonctionné contre la doctrine de l’usure russe, sur ce secteur, pendant ces quatre-vingt-dix jours.
Et c’est précisément pour ça que Moscou ne s’arrêtera pas. Parce que la doctrine de l’usure demande que l’attaquant soit prêt à encaisser lui-même l’usure. Et Poutine l’a démontré : il est prêt. La question n’est pas de savoir si l’armée russe essaiera à nouveau sur Zaporizhia. La question est : dans combien de temps, avec quels moyens, et est-ce que l’Ukraine aura encore les ressources pour tenir ?
300 soldats russes neutralisés à Zaporizhia. 35 000 par mois sur l’ensemble du front. Les mathématiques de cette guerre sont atroces. La Russie peut perdre 300 soldats à Zaporizhia et en envoyer 300 autres la semaine suivante. L’Ukraine ne peut pas se permettre le même calcul. Ce n’est pas un jugement sur le courage ukrainien — c’est une réalité démographique qui rend le soutien occidental non pas optionnel, mais existentiel.
LES 14 UNITÉS : Des visages derrière les communiqués
Le Corps des volontaires russes — des Russes qui se battent contre Poutine
Parmi les quatorze unités de l’opération Tymur, il y en a une qui mérite une attention particulière : le Corps des volontaires russes, connu en ukrainien sous le sigle RDK. Ce sont des citoyens russes — nés en Russie, certains d’anciens militaires russes — qui ont fait le choix de porter les armes contre l’armée de Poutine. Ils opèrent légalement sous les lois ukrainiennes, portent l’uniforme ukrainien, et se battent sur le sol ukrainien pour une cause qu’ils estiment juste.
Leur existence même est une réfutation vivante de la propagande russe selon laquelle « l’Ukraine et la Russie sont un seul peuple ». Ces hommes ne croient pas en cette unité. Ils ont fait le choix inverse — celui de la fracture, de la rupture, de la lutte armée contre leur propre gouvernement. Certains ont laissé leur famille en Russie. Certains sont sous le coup d’un mandat d’arrêt russe. Ils se battent à Zaporizhia parce qu’ils savent ce que signifie la victoire de Poutine, non pas comme des observateurs de loin, mais comme des gens qui ont vécu de l’intérieur le système qu’ils combattent.
Le Corps des volontaires biélorusses — l’exil en armes
Même logique pour le Corps des volontaires biélorusses. Des Biélorusses qui ont fui la répression de Loukachenko après 2020, après les élections truquées, après les arrestations massives, après la torture systématique des opposants. Certains ont participé aux manifestations de 2020. Certains ont perdu des proches dans les prisons biélorusses. Ils se battent à Zaporizhia parce que la frontière entre la Biélorussie de Loukachenko et la Russie de Poutine n’est, pour eux, qu’une question administrative. L’ennemi est le même système. Et ce système s’est mis à leur portée de tir dans les steppes ukrainiennes.
Ces hommes — Russes, Biélorusses, Ukrainiens, combattants des unités Chimera, Aratta, Stugna, First Line, 1514, Paragon, Guardians of Darkness, Raven Group, Art Division, et le 6e détachement d’opérations spéciales — ont arrêté ensemble une offensive de trois mois sur une ville de 700 000 habitants. Sans conférence de presse. Sans discours. En faisant leur travail.
On parle souvent de l’Ukraine comme d’une entité abstraite sur une carte. On oublie que ce sont des gens — des Ukrainiens, des Russes en exil, des Biélorusses en exil, des volontaires venus de partout — qui font tenir cette carte. Qui font que Zaporizhia est encore ukrainienne ce matin. Qui font que 700 000 personnes peuvent encore se réveiller dans leurs maisons.
LES IMPLICATIONS : Ce que "l'offensive arrêtée" signifie pour la suite
Une victoire tactique dans une guerre de position
Soyons précis sur ce que cette victoire est et ce qu’elle n’est pas. L’opération Tymur a arrêté l’offensive russe dans le secteur de Zaporizhia pour une période donnée. Elle n’a pas repoussé les lignes russes de manière significative. Elle n’a pas libéré de territoire majeur. C’est une victoire défensive — une résistance réussie. Et dans le contexte de cette guerre, une résistance réussie a une valeur énorme. Elle signifie que les Russes doivent recalibrer. Réapprovisionner. Réorganiser. Ce temps gagné est de l’or.
Il permet à l’Ukraine de renforcer ses propres positions. De former de nouvelles unités. De recevoir et d’intégrer des équipements. D’adapter ses tactiques. Chaque semaine que l’offensive russe n’avance pas à Zaporizhia est une semaine pendant laquelle l’Ukraine renforce son verrou sur la ville et sur ce qu’elle représente. C’est la logique du temps dans une guerre de position : celui qui résiste gagne du temps ; celui qui gagne du temps peut changer le rapport de forces.
Le front sud comme théâtre décisif de 2026
Les analystes militaires de l’ISW l’ont noté : le front de Zaporizhia et de Dnipropetrovsk est en train de devenir l’un des théâtres les plus actifs de la guerre en 2026. Les Russes l’ont désigné comme priorité. Les Ukrainiens le défendent avec une intensité croissante. Et les opérations récentes — l’opération Tymur, les contre-offensives de février, les reprises territoriales — montrent que ce front n’est pas figé. Il est vivant. Il bouge. Il décide.
Si la Russie ne peut pas avancer à Zaporizhia, elle doit chercher ailleurs. Sumy. Kharkiv. Le Donbass central. Chaque front tenu oblige l’ennemi à disperser ses ressources. Et un ennemi dispersé est un ennemi affaibli — même si cet ennemi a des ressources que l’Ukraine n’a pas. C’est la stratégie ukrainienne globale : rendre chaque mètre aussi coûteux que possible, sur autant de fronts que possible, jusqu’à ce que le coût devienne insoutenable. C’est la définition de la résistance organisée. Et ça fonctionne, à Zaporizhia, pour l’instant.
Et pourtant. On parle de paix. On parle de négociations. On parle de « concessions territoriales » comme si les territoires étaient des abstractions géographiques plutôt que des endroits où vivent des gens, où fonctionnent des centrales nucléaires, où des soldats viennent de passer trois mois à se battre pour que rien ne change. Cette tension entre ce qui se passe sur le terrain et ce qu’on discute dans les palais diplomatiques est l’une des grandes tragédies de cette guerre.
LA QUESTION QUI HANTE : Et si demain ?
Le prochain assaut est déjà en préparation
Personne dans le commandement ukrainien ne pense que c’est terminé. « Arrêtée » ne signifie pas « abandonnée ». La Russie a des objectifs stratégiques à Zaporizhia qui n’ont pas changé. Elle a des réserves humaines — problématiques, partiellement inadéquates, mais réelles — qu’elle peut réorganiser. Elle a le temps. Elle a la certitude que l’Occident hésite, tergiversera, réduira peut-être l’aide. Et elle a un système politique qui ne comptabilise pas les pertes humaines comme une variable politique interne.
Il reste combien de temps avant le prochain assaut ? Personne ne le sait. Mais ce n’est pas une question de « si ». C’est une question de « quand ». Et la réponse à ce « quand » dépendra en grande partie de ce que l’Ukraine recevra — en munitions, en drones, en systèmes de défense aérienne, en soutien logistique — dans les semaines et les mois qui viennent. La victoire tactique de l’unité Tymur achète du temps. Ce temps sera-t-il utilisé ?
Ce que 700 000 personnes attendent
Dans les appartements de Zaporizhia — certains occupés depuis toujours, d’autres partagés avec des réfugiés venus d’Avdiivka, de Marioupol, de Kherson — des gens vivent sous la menace. Ils savent ce qui s’est passé dans les trois derniers mois. Ils savent, confusément, que quelque chose de grave a été évité. Mais ils ne savent pas ce qui vient. Ils vont faire leurs courses. Ils emmènent leurs enfants à l’école — les écoles qui fonctionnent encore, en mode hybride, avec des abris antiaériens dans les sous-sols. Ils vont travailler dans des usines reconverties ou dans des services publics qui tiennent à bout de bras.
Ces 700 000 personnes ont un nom chacune. Elles ont une adresse. Un numéro de téléphone. Une famille quelque part. Certaines ont perdu quelqu’un. Beaucoup ont tout perdu dans une autre ville, avant d’arriver à Zaporizhia. Et elles attendent. Elles espèrent que l’opération Tymur n’est pas le dernier rempart. Elles espèrent que quelqu’un, quelque part dans les capitales qui décident, comprend ce que représente leur ville.
Et pourtant — c’est la phrase qui revient, inlassablement, quand on regarde cette guerre — les mêmes capitales qui pourraient assurer la sécurité de ces 700 000 personnes débattent de la « fatigue de la guerre » et des « concessions nécessaires ». Comme si la fatigue de l’observateur comptait plus que la résistance de celui qui se bat.
LE BILAN : Ce que l'Histoire retiendra
Quatre-vingt-dix jours de résistance organisée
L’Histoire — si elle est écrite honnêtement — retiendra ceci : en décembre 2025, l’armée russe a lancé une offensive majeure en direction de Zaporizhia, visant la deuxième plus grande ville d’Ukraine, le verrou du front sud, et le périmètre de la plus grande centrale nucléaire d’Europe. Pendant quatre-vingt-dix jours, quatorze unités du renseignement militaire ukrainien ont organisé une défense précise, méthodique, coûteuse pour l’ennemi. Elles ont neutralisé plus de 300 combattants russes. Elles ont capturé 39 prisonniers. Elles ont détruit des routes d’approvisionnement, des dépôts, des capacités logistiques. Et elles ont arrêté l’offensive.
Ce n’est pas une victoire de guerre. C’est une victoire de résistance. Et dans les conditions actuelles, c’est peut-être la forme de victoire la plus précieuse qui soit. Parce qu’elle dit quelque chose d’essentiel sur la nature de cette guerre et sur la nature de ceux qui la mènent du côté ukrainien : ils ne s’effondrent pas. Ils adaptent. Ils résistent. Ils tiennent.
Ce que personne ne pourra effacer
Les soldats de l’unité Tymur — Chimera, RDK, Brotherhood, Aratta, Siberian Battalion, Stugna, First Line, 1514, Paragon, BDK, Guardians of Darkness, Raven Group, Art Division, 6e détachement — ont fait quelque chose que personne ne pourra leur enlever. Ils ont été là quand ça comptait. Dans les steppes de Zaporizhia, en hiver, contre une armée plus nombreuse et mieux approvisionnée qu’eux, ils ont choisi de tenir. Certains n’ont pas survécu. Leurs noms ne seront peut-être jamais connus du public international. Leurs familles pleurent en silence, quelque part en Ukraine, en Russie, en Biélorussie.
Mais Zaporizhia est encore ukrainienne ce matin. Et c’est en partie parce qu’ils ont été là.
Et c’est peut-être ça, l’essence de cette guerre : elle se gagne ou se perd dans des endroits que personne ne connaît, par des gens dont personne ne retient le nom, pendant des opérations que les grandes chaînes ne couvrent pas. Elle se gagne ou se perd dans la volonté de tenir. Et jusqu’ici, l’Ukraine tient.
CONCLUSION : Zaporizhia tient — mais jusqu'à quand ?
La question que personne ne veut poser
Le 7 mars 2026, la HUR a annoncé que l’offensive russe sur Zaporizhia était arrêtée. C’est une bonne nouvelle. C’est aussi une bonne nouvelle provisoire. Parce que l’armée russe n’a pas renoncé à ses objectifs. Parce que les ressources ukrainiennes ne sont pas infinies. Parce que le soutien occidental est de plus en plus incertain dans un contexte géopolitique mondial transformé par Trump, par les négociations de Washington, par une Europe qui cherche encore à définir jusqu’où elle va aller.
La vraie question n’est pas « comment l’Ukraine a tenu pendant trois mois ». La vraie question est : « est-ce que l’Ukraine aura les moyens de tenir pendant les trois prochains mois, et les trois d’après, et encore les trois d’après ? » Cette question n’a pas de réponse satisfaisante aujourd’hui. Et c’est ça, l’enjeu réel de ce communiqué sobre du 7 mars.
Ce que nous devons au moins savoir
Nous devons savoir que des soldats sont morts dans les steppes de Zaporizhia pendant que nous débattions d’autre chose. Nous devons savoir que 700 000 personnes doivent leur sécurité de demain à une opération que les médias n’ont quasiment pas couverte. Nous devons savoir que la plus grande centrale nucléaire d’Europe est toujours occupée par la Russie, que son périmètre est un front de guerre, et que sa sécurité dépend de la tenue des lignes ukrainiennes. Nous devons savoir que « arrêtée » n’est pas la même chose que « terminée ».
Et nous devons savoir — nous, qui vivons dans des villes qui ne sont pas bombardées, qui rédigeons des analyses dans des bureaux chauffés, qui débattons de la « fatigue de la guerre » confortablement — que notre indifférence relative est un luxe que les gens de Zaporizhia ne peuvent pas se permettre.
Il reste combien de temps avant le prochain assaut ? L’unité Tymur sera-t-elle là ? L’Ukraine aura-t-elle les munitions, les drones, le soutien nécessaire ? Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Ce sont des questions dont la réponse déterminera si 700 000 personnes pourront encore dormir dans leur ville l’hiver prochain. Et si la plus grande centrale nucléaire d’Europe restera un risque géré plutôt qu’une catastrophe annoncée.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Defence Express — Communiqué officiel HUR : https://en.defence-ua.com/news/offensive_of_russian_troops_on_zaporizhia_stopped_ukraines_intelligence_reports_details_of_the_three_month_operation-17750.html
Kyiv Independent — Ukraine halts Russian offensive toward Zaporizhzhia : https://kyivindependent.com/ukraine-halts-russian-offensive-toward-zaporizhzhia-killing-injuring-300-russian-troops-hur-claims/
RBC Ukraine — Russian advance toward Zaporizhzhia halted : https://newsukraine.rbc.ua/news/russian-advance-toward-zaporizhzhia-halted-1772882515.html
Sources secondaires
Le Grand Continent — L’armée russe progresse vers la capitale de la région de Zaporijia (janvier 2026) : https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/15/larmee-russe-progresse-vers-la-capitale-de-la-region-de-zaporijia/
Le Grand Continent — Zaporijia : le principal objectif de l’armée russe en 2026 : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/30/zaporijia-le-principal-objectif-de-larmee-russe-en-2026/
France Info — Ukraine mène contre-offensive inédite depuis 2023 : https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/l-ukraine-mene-une-contre-offensive-inedite-depuis-2023-aidee-par-des-coupures-de-starlink-cote-russe_7809716.html
UNITED24 Media — Ukrainian Counteroffensive Breaks Russian Lines, Reclaims 460Km² : https://united24media.com/latest-news/ukrainian-counteroffensive-breaks-russian-lines-reclaims-460km2-as-moscow-bleeds-35000-troops-a-month-16441
Wilson Center — Why the Zaporizhzhia Nuclear Power Plant Matters for the Whole World : https://www.wilsoncenter.org/blog-post/why-zaporizhzhia-nuclear-power-plant-mattersfor-whole-world
NBC News — Russia and Ukraine establish local truce to enable repairs at Zaporizhzhia : https://www.nbcnews.com/world/ukraine/russia-ukraine-war-europe-largest-nuclear-power-plant-zaporizhzhia-rcna260927
ISW — Russian Offensive Campaign Assessment, March 4, 2026 : https://www.criticalthreats.org/analysis/russian-offensive-campaign-assessment-march-4-2026
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