Ce que ce geste dit de lui
Il y a quelque chose de révélateur dans le fait qu’un président qui reçoit chaque matin les bilans du front — les morts, les blessés, les positions perdues ou gagnées — choisisse de prendre la parole pour célébrer des victoires sportives. On pourrait voir ça comme de la communication politique. Ce l’est, en partie. Mais ce serait réduire le geste à sa seule mécanique. Car Zelensky, depuis le début de l’invasion, a maintenu cette constance : nommer. Les morts. Les héros. Les vivants. Les gagnants. Nommer, c’est refuser l’effacement.
Le ministre des Sports Matvii Bidnyi l’a dit autrement, mais dans le même sens : l’Ukraine continuera d’exercer une pression diplomatique et médiatique sur le Comité international paralympique malgré la décision d’autoriser les athlètes russes et biélorusses à concourir sous leurs drapeaux nationaux. La lutte ne s’arrête pas au bord des pistes. Elle continue dans les couloirs, dans les discours, dans les déclarations. Et Zelensky, en prenant trente secondes pour honorer ses Paralympiens, participe à cette lutte de représentation autant qu’à un acte de reconnaissance humaine.
Un président honore ses champions. Partout dans le monde, c’est une routine protocolaire. En Ukraine, c’est un acte politique. Parce que chaque Ukrainien qui gagne quelque chose, n’importe quoi, sur la scène internationale, dit au monde : nous sommes encore là. Comptez-nous. Ne nous effacez pas.
Le drapeau interdit, l’hymne autorisé
Il y a une ironie cruelle dans cette édition des Jeux. Le Comité international paralympique a refusé à l’Ukraine le droit de porter des uniformes représentant la carte du pays dans ses frontières internationalement reconnues. Une carte. L’Ukraine n’avait pas le droit de dessiner sa propre géographie sur ses vêtements de sport. Pendant ce temps, le même CIP autorisait 6 athlètes russes et 4 athlètes biélorusses à défiler à Vérone sous leurs drapeaux nationaux — les drapeaux du pays qui bombarde et du pays qui facilite le bombardement.
Et pourtant. L’Ukraine, ce premier jour de compétition, a fait jouer son hymne national trois fois. Trois ors. Trois fois, les premières notes de Shche ne vmerla Ukraina — « L’Ukraine n’est pas encore morte » — ont résonné dans les Alpes italiennes. Zelensky n’a pas eu besoin de le dire. Ses athlètes l’ont dit à sa place. La réponse la plus élégante et la plus dévastatrice à une bureaucratie internationale qui tente de gérer l’indécence à coups de règlements.
Taras Rad : l'homme qui vise juste depuis que le monde chavire
Huit ans de silence parfait
Le para-biathlon exige une chose que peu de sports exigent avec cette brutalité : après 7,5 kilomètres d’effort à pleine puissance, l’athlète doit s’arrêter. Coucher son corps dans la neige froide. Et trouver le silence absolu en lui. Pas un silence approximatif. Un silence de précision chirurgicale. Parce que la moindre vibration — le pouls trop fort, le souffle mal maîtrisé, une pensée parasite — fait dévier la balle de quelques millimètres. Quelques millimètres qui coûtent trente secondes de pénalité. Trente secondes qui coûtent souvent la médaille.
Taras Rad a trouvé ce silence dix fois le 7 mars 2026. Dix tirs. Dix impacts. Zéro faute. 19:55.5 au chrono. Champion paralympique pour la deuxième fois de sa carrière, après Pékin 2022. L’écart sur le deuxième, le Chinois Liu Mengtao, était de 9,3 secondes. Dans le para-biathlon de haut niveau, 9,3 secondes, c’est un gouffre. Ce n’est pas une victoire sur le fil. C’est une domination. Et cette domination s’est construite dans un pays où trouver la paix intérieure nécessaire au tir de précision n’est pas une métaphore zen — c’est une survie quotidienne.
Il y a des sports qui ressemblent à leur contexte. Le para-biathlon ukrainien ressemble à l’Ukraine. Skier vite malgré les obstacles. S’arrêter dans la tempête. Trouver le silence. Viser. Ne pas rater. Recommencer. Jusqu’à ce que ce soit fini.
La mémoire du champion
Ce n’est pas la première fois que Rad fait ça. En 2022, à Pékin, il avait décroché l’or du 12,5 km à quelques semaines de l’invasion russe à grande échelle. Ces Jeux de Pékin ont été les plus étranges de l’histoire contemporaine : des athlètes ukrainiens apprenaient par SMS que leurs villes brûlaient pendant leurs épreuves. Certains ont continué. Certains ont gagné. Parce que partir au milieu des Jeux, c’était donner raison à l’envahisseur. Continuer, c’était une forme de résistance que le monde ne mesurait pas à sa juste valeur.
Quatre ans ont passé. La guerre ne s’est pas arrêtée. Elle s’est transformée — plus longue, plus usante, moins couverte par les médias internationaux. Les Ukrainiens continuent de mourir. Les villes continuent d’être frappées. Et Taras Rad, lui, s’est entraîné. Dans quelles conditions exactement? Avec quelles interruptions? Avec quels doutes? Il n’en parle pas beaucoup. Les champions ukrainiens parlent rarement de leurs conditions. Ils parlent de leurs résultats. C’est leur dignité. Et c’est notre leçon.
Oleksandra Kononova : le cinquième or d'une vie qui aurait pu s'arrêter avant
Brovary, 1991 — l’enfance comme point de départ
Oleksandra Kononova est née le 27 février 1991 à Brovary, à 20 kilomètres de Kyiv. Abandonnée à la naissance. Élevée par sa grand-mère. Une infection osseuse dans la main droite a provoqué un arrêt de croissance. La vie lui avait déjà remis plusieurs épreuves avant qu’elle prononce son premier mot. Voilà les données brutes. Le genre de faits qu’on imprime sur une fiche, entre le poids et la taille, et qu’on oublie en passant à la fiche suivante. Mais ces faits ne sont pas une histoire. Ils sont le sol sur lequel une histoire pousse.
À 19 ans, Vancouver 2010 : trois ors en biathlon et ski de fond. La plus jeune de l’équipe. Neuf fois championne du monde en individuel. À Pékin 2022 : or en ski de fond 10 km, argent en biathlon. Et maintenant, Milano Cortina 2026 : or dans le sprint debout. Cinquième médaille d’or paralympique de sa carrière. À 35 ans. Dans un pays que sa ville natale de Brovary — dans la zone directement menacée par l’avancée russe de 2022 — représente géographiquement. Elle n’a pas fui. Elle a continué.
Kononova aurait pu choisir de ne pas être là. Elle aurait pu choisir de ne pas être n’importe où dans la compétition internationale. Abandonnée, handicapée, née à vingt kilomètres d’une capitale que la Russie a tenté de prendre — son palmarès est une réponse à tout ça. Pas un message. Une réponse. Froide, précise, documentée.
Le doublé Kononova-Liashenko : l’Ukraine en debout
Dans le sprint féminin debout, Oleksandra Kononova a terminé avec un temps de 18:41.5 et zéro pénalité. La Canadienne Natalie Wilkie, argent, était à 18:46.4 — soit 4,9 secondes derrière. Un souffle. Mais un souffle maîtrisé. Derrière, Liudmyla Liashenko a décroché le bronze. Deux Ukrainiennes sur le podium d’une même épreuve. Deux citoyennes d’un pays qui, ce soir-là, avait probablement ses sirènes d’alerte en marche quelque part.
Et pourtant, ces deux femmes n’étaient pas en train de penser à la guerre. Elles étaient en train de skier. De tirer. De compétitionner. C’est peut-être ça, la chose la plus difficile à comprendre de l’extérieur : comment on compartimente. Comment on arrive à mettre de côté — pas oublier, mettre de côté — ce qui se passe chez soi pour se concentrer sur les dix cibles devant soi. La réponse, probablement, c’est l’entraînement. Des années d’entraînement à fonctionner sous pression. Et une pression quotidienne qui rend les compétitions mondiales, par comparaison, presque gérable.
Le triplé des invisibles : trois Ukrainiens que le monde regarde sans voir
Kazik, Reshetynskyi, Kovalevskyi — trois corps, trois guides, un seul verdict
La catégorie déficient visuel du para-biathlon est la moins médiatisée et peut-être la plus vertigineuse de toutes les disciplines de ces Jeux. Des athlètes qui voient peu ou pas du tout descendent des pentes glacées à toute vitesse, guidés par la voix d’un accompagnateur qui court ou skie à côté d’eux. Puis ils s’allongent dans la neige, posent leur fusil, et tirent sur des cibles sonores — des cercles qui émettent un signal acoustique à la place d’un point visuel. Pas de mire optique. Pas d’image. Juste un son, un angle, une décision.
Le 7 mars 2026, les trois podiums de cette catégorie étaient ukrainiens. Oleksandr Kazik : or. Yaroslav Reshetynskyi : argent. Anatolii Kovalevskyi : bronze. Un triplé complet. Pas deux sur trois. Trois sur trois. La Norvège absente. L’Allemagne absente. La France absente. L’Ukraine, présente. Les guides — dix accompagnent les 25 athlètes de la délégation — sont des co-champions invisibles. Leurs noms n’apparaissent pas dans les titres. Ils ne montent pas sur le podium. Mais sans eux, pas de médaille. Pas de victoire. Pas de triplé.
Trois hommes qui ne voient pas ont trouvé leurs cibles mieux que tous ceux qui voyaient. Il y a dans cette image quelque chose qui dépasse le sport. Quelque chose qui touche à ce qu’on appelle, faute d’un meilleur mot, le courage.
L’équipe invisible
L’Ukraine a envoyé à Milano Cortina 2026 sa plus grande délégation des Jeux paralympiques d’hiver : 35 participants, dont 25 athlètes et 10 guides. Ils concourent dans quatre disciplines : para-biathlon, para-ski de fond, para-ski alpin et para-snowboard. Les Jeux durent jusqu’au 15 mars 2026. Neuf jours de compétition. Neuf jours pendant lesquels ces athlètes vivront dans une bulle de performance, coupés — partiellement — du flux constant des mauvaises nouvelles qui constituent leur quotidien depuis plus de quatre ans.
Ce n’est pas une délégation record parce que l’Ukraine est riche. Ce n’est pas une délégation record parce que les conditions sont idéales. C’est une délégation record parce que ces gens ont refusé — individuellement, chacun dans son coin, avec ses propres raisons et ses propres cicatrices — de laisser la guerre décider à leur place. Le record, ici, n’est pas un chiffre sportif. C’est un acte de volonté collective.
La cérémonie que l'Ukraine a refusée
Seize nations, un boycott, un symbole
Le 6 mars 2026, l’Arena di Verona accueillait la cérémonie d’ouverture des XIVes Jeux paralympiques d’hiver. L’Ukraine n’y était pas. 16 nations avaient rejoint le boycott — dont l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada, la France, la Finlande, les États baltes. La raison est simple et ne devrait pas nécessiter d’explication longue : le Comité international paralympique avait décidé de permettre à 6 athlètes russes et 4 athlètes biélorusses de défiler sous leurs drapeaux nationaux. Pour la première fois depuis 2014.
L’Ukraine avait formellement demandé que son propre drapeau ne soit pas affiché lors de la cérémonie protocolaire. Un geste de protestation. Un geste de cohérence. Le ministre Bidnyi l’a dit clairement : l’Ukraine continuerait d’exercer une pression diplomatique tout en continuant à concourir. Parce que ne pas concourir, ce serait laisser le terrain. Parce que la présence ukrainienne sur les pistes est en elle-même un message. Et parce que ce message est plus fort quand il est accompagné d’un hymne national joué trois fois en un jour.
Et pourtant, seize nations ont boycotté. Le CIP a maintenu sa position. Les athlètes russes ont défilé. Et le lendemain matin, Taras Rad a posé son fusil, visé, tiré, et gagné. La réponse ukrainienne à l’injustice institutionnelle ne passe pas par la protestation. Elle passe par la performance. C’est leur façon de crier.
Le paradoxe de la carte et du drapeau
Voilà ce que le CIP a décidé dans sa sagesse administrative : interdire à l’Ukraine de porter une carte de son territoire sur ses uniformes. Parce qu’une carte géographique serait trop politique. Parce qu’une carte qui inclut le Donbas et la Crimée — ces territoires ukrainiens occupés par une puissance étrangère — pourrait offenser. La même institution a, dans le même souffle, autorisé le drapeau russe — le drapeau d’un pays qui, depuis 2022, a tué des dizaines de milliers de civils ukrainiens, détruit des hôpitaux, des écoles, des centrales électriques, et déplacé des millions de personnes.
Et pourtant. L’Ukraine était là. Sans sa carte. Avec son hymne. Et cet hymne — Shche ne vmerla Ukraina, « L’Ukraine n’est pas encore morte », écrit en 1862 quand le pays n’était qu’un rêve politique — a résonné trois fois dans les Alpes. La bureaucratie a interdit une carte. Les athlètes ont offert une réalité. Les cartes se dessinent aussi sur les podiums.
Le sens caché de la victoire : ce que Zelensky comprend que le CIP ne comprend pas
Le sport comme continuation de la résistance par d’autres moyens
Quand Zelensky honore ses Paralympiens, il fait quelque chose de précis. Il dit : voilà ce que nous sommes. Pas seulement des soldats. Pas seulement des victimes. Pas seulement des dépendants de l’aide internationale ou des arguments dans le débat géopolitique occidental. Nous sommes aussi des champions du monde. Des artistes. Des ingénieurs. Des agriculteurs. Des poètes. Des athlètes. Un peuple entier qui refuse que la guerre devienne son unique définition.
Le CIP, en tentant de dépolitiser le sport par la réintégration russe, a fait exactement l’inverse. Il a politisé chaque médaille ukrainienne. Chaque or de Rad, chaque or de Kononova, chaque triplé de Kazik-Reshetynskyi-Kovalevskyi devient maintenant une réponse politique — pas voulue comme telle par les athlètes, mais inévitable dans ce contexte. Zelensky le sait. C’est pour ça qu’il prend la parole. Parce que l’Ukraine n’a pas le luxe de séparer le sport de la survie.
Le sport ne transcende pas la politique. Dans certains contextes, il la concentre. La cristallise. Et la projette sur un écran que le monde entier regarde, même distraitement. C’est exactement pour ça que Zelensky a filmé son message. Et c’est exactement pour ça que vous lisez cet article.
L’hymne comme déclaration
Shche ne vmerla Ukraina. « L’Ukraine n’est pas encore morte. » C’est le premier vers de l’hymne national ukrainien. Écrit par le poète Pavlo Chubynsky en 1862. Mis en musique par Mykhailo Verbytsky. Adopté officiellement comme hymne national après l’indépendance de 1991. Ce vers n’est pas une affirmation triomphale. C’est une constatation. Un refus. Un acte de résistance encodé dans une mélodie. Et le 7 mars 2026, il a joué trois fois dans les Dolomites. Trois fois. Pendant que, quelque part en Ukraine, des missiles cherchaient leurs cibles.
À quel moment on décide que ça suffit? À quel moment un peuple qui a survécu à Holodomor, à deux guerres mondiales, à la domination soviétique, à l’invasion de 2014, à l’invasion totale de 2022, mérite qu’on le laisse chanter son hymne sans que ce soit un acte militant? Cette question n’a pas de réponse simple. Mais elle en a une réelle : quand la guerre s’arrêtera. Pas avant.
Le monde qui regarde : entre admiration et anesthésie
Le piège de l’émotion sans action
Les réseaux sociaux se sont remplis de contenus inspirants. Des vidéos. Des photos. Des récits de résilience. « Incroyable Ukraine ». « Ces athlètes sont des héros ». Des milliers de partages. Des centaines de milliers de « j’aime ». Et puis quoi? Le fil continue. La prochaine polémique arrive. Les Paralympiens ukrainiens disparaissent dans le flux. Remplacés par autre chose. Quelque chose de plus récent, de plus immédiat, de plus stimulant pour les algorithmes.
C’est là que se joue la vraie question. Pas dans les Dolomites. Pas sur les pistes. Pas même dans les bureaux du CIP. Dans nos cerveaux à nous, spectateurs de confort. Nous qui regardons les victoires ukrainiennes avec une émotion réelle — et qui continuons de vivre comme si cette émotion nous dispensait d’agir. S’émouvoir est devenu une forme d’engagement sans conséquence. Sentir quelque chose, sans que ce quelque chose change quoi que ce soit. Et pourtant, les Ukrainiens, eux, continuent de payer le prix d’une guerre que nous regardons comme un contenu.
La question qui hante, après une journée comme celle du 7 mars 2026, n’est pas « comment font-ils? ». C’est « et nous, qu’est-ce qu’on fait avec ça? » L’admiration non suivie d’effet est une façon confortable de se sentir du bon côté sans rien risquer. C’est le péché d’une époque qui confond ressentir et agir.
Le seize nations de la décence
Et pourtant. 16 nations ont boycotté la cérémonie d’ouverture. Ce n’est pas une révolution. Ce n’est pas non plus rien. C’est une ligne. Une ligne tracée, timidement, par des gouvernements qui ont choisi, ce soir-là, de ne pas se rendre dans une arène où un drapeau de guerre allait défiler. Seize. Pas cinquante. Pas cent. Seize. Le chiffre mesure à la fois l’indécence de la situation et la faiblesse de notre réponse collective. Mais il mesure aussi qu’il reste, quelque part, des gens capables de dire « non, pas ça ».
La Pologne a annoncé que sa chaîne publique TVP interromprait sa diffusion pendant le défilé des équipes russe et biélorusse. La Suspension of broadcast. Un geste symbolique. Mais les gestes symboliques, quand ils sont cohérents et répétés, finissent par construire quelque chose. Par tracer un contour. Par dire au monde : voilà où est la ligne. Voilà ce qu’on ne tolère pas. Voilà ce qu’on ne montre pas.
Ce que Zelensky a dit — et ce qu'il n'a pas dit
Les mots choisis d’un président sous pression
Zelensky a dit : « Je veux saluer nos Paralympiens ukrainiens. Dès le premier jour de compétition, l’Ukraine a déjà remporté six médailles. » Il a mentionné le drapeau. L’hymne national. Il a critiqué le CIP pour l’autorisation accordée à la Russie. Il a dit que l’Ukraine resterait présente. Il a dit que le sport, pour l’Ukraine, n’était pas séparable de la fierté nationale.
Il n’a pas dit ce qu’il y avait de douloureux dans ce message. Il n’a pas dit que, pendant qu’il enregistrait ces félicitations, d’autres Ukrainiens mouraient. Il n’a pas dit que certains de ces athlètes paralympiques ont peut-être des proches au front. Il n’a pas dit que la vie normale — celle où un président félicite ses champions et c’est simplement une belle histoire — n’existe plus en Ukraine. Il n’avait pas besoin de le dire. Ceux qui regardaient le savaient déjà. Et ceux qui ne le savent pas encore ne l’apprendront pas dans une déclaration officielle.
Un président qui félicite ses champions. Une phrase qui, dans n’importe quel autre pays, serait une routine protocolaire. En Ukraine, c’est une déclaration de persistance. « Nous sommes encore là. Nous gagnons encore. Et nous ne partirons pas. »
Le bilan qui ne sera pas fait
À la fin de ces Jeux de Milano Cortina 2026, il y aura un tableau des médailles. Un bilan officiel. Des statistiques. Des palmarès. Des records. Mais il y aura aussi un bilan qui ne sera jamais comptabilisé officiellement : combien d’heures d’entraînement ont été interrompues par des alertes aériennes? Combien de séances se sont tenues dans des infrastructures dégradées? Combien de nuits sans électricité? Combien de nouvelles de proches arrivées pendant un échauffement? Ces chiffres-là n’existent pas dans les bases de données. Ils existent dans les corps de ces athlètes. Dans leur mémoire musculaire. Dans ce qu’ils ne disent pas quand on leur demande comment ils vont.
Et pourtant, ce sont ces chiffres qui rendent les médailles ce qu’elles sont. Pas des performances sportives. Des preuves de vie. Des preuves que quelque chose survit à tout. Pas malgré la guerre. Avec la guerre. En la portant. En la portant sur le dos, dans le corps, dans la tête — et en courant quand même. En visant quand même. En gagnant quand même.
La leçon que les Dolomites ont donnée ce jour-là
Ce que le para-biathlon dit sur la nature de la résistance
Le para-biathlon est un sport de contradictions. Il demande la vitesse et le calme. L’explosion et la maîtrise. Le mouvement total suivi de l’immobilité parfaite. C’est un sport qui ressemble à ce que les psychologues appellent la régulation émotionnelle sous stress extrême : la capacité à fonctionner correctement dans un état où tout pousse à l’erreur. Les athlètes ukrainiens font ça sur les pistes. Et ils font ça dans leur vie. Tous les jours.
La résistance — la vraie, pas celle des slogans — ressemble à ça. Elle ne ressemble pas à un film de guerre. Elle ressemble à quelqu’un qui se lève, qui s’entraîne, qui prépare son équipement, qui fait son travail, et qui recommence le lendemain. Sans savoir si le lendemain existera. Sans garantie. Avec juste cette conviction que ne pas renoncer est la seule réponse possible à une situation qui pousserait n’importe qui à renoncer.
Et pourtant, ils gagnent. Ce n’est pas un miracle. C’est une conséquence. La conséquence directe et logique d’un peuple qui a décidé que la défaite n’était pas une option. Pas au front. Pas dans les urnes. Pas sur les pistes. Nulle part.
La flamme qui ne s’éteint pas
Les Jeux paralympiques se termineront le 15 mars 2026. La flamme s’éteindra. Les pistes fermeront. Les athlètes rentreront. Pour les Ukrainiens, rentrer signifie retrouver le quotidien de la guerre — les blackouts, les abris, les voisins partis, les funérailles régulières. Taras Rad posera sa médaille quelque part. Oleksandra Kononova rangera la sienne. Kazik, Reshetynskyi, Kovalevskyi, Liashenko aussi. Et la flamme qui ne s’éteint pas — celle qui brûle depuis 1 449 jours dans ce pays — continuera de brûler.
Zelensky filmera d’autres messages. D’autres victoires, d’autres pertes, d’autres appels. Mais ce message-là — celui du 7 mars 2026, « je veux saluer nos Paralympiens » — dit quelque chose que les messages de guerre ne disent pas toujours : que l’Ukraine, dans tout ce qu’elle est, dans toutes ses dimensions, dans tout ce qu’elle tient à être au-delà de la survie immédiate, n’a pas disparu. Qu’elle court encore. Qu’elle vise encore. Qu’elle gagne encore.
Conclusion : ce qui reste quand l'or éclipse la bombe
La question que personne ne pose vraiment
Dans dix ans, qui se souviendra de ce premier jour de compétition à Milano Cortina 2026? Qui connaîtra les noms de Rad, Kononova, Kazik? Qui se souviendra que l’Ukraine, ce 7 mars 2026, était première nation mondiale au tableau des médailles des Jeux paralympiques d’hiver — pendant que ses villes étaient bombardées? Probablement très peu de gens. Les archives sportives garderont les chiffres. Les algorithmes auront depuis longtemps oublié les contenus inspirants. Et la guerre, elle, aura pris une autre forme — quelle qu’elle soit.
Mais quelque chose restera. Quelque chose reste toujours. Pas dans les bases de données. Dans les mémoires de ceux qui étaient là. Dans les corps des athlètes qui ont porté ces couleurs. Dans ce que leurs enfants et leurs petits-enfants liront un jour, dans une Ukraine qui existera encore — parce que des gens ont décidé, 1 449 jours après le début de l’invasion, de continuer à exister de toutes les façons possibles.
C’est peut-être ça, finalement, le message de Zelensky. Pas « regardez comme nous sommes courageux ». Pas « aidez-nous ». Juste : nous sommes encore là. Nous gagnons encore. Et nous ne partirons pas. Pas de la guerre. Pas des pistes. Pas du monde.
Le mot de la fin
L’hymne ukrainien commence par « L’Ukraine n’est pas encore morte ». Il a joué trois fois le 7 mars 2026 dans les Alpes italiennes. Trois fois, un pays sous les bombes a chanté à tue-tête qu’il existait. Et le monde a applaudi. Et les bombes ont continué. Et les athlètes ont rangé leurs médailles. Et Zelensky a envoyé son message. Et la neige a continué de tomber sur les Dolomites. Et c’est peut-être ça, la leçon la plus dure de cette journée : qu’une victoire sportive, aussi belle soit-elle, n’t’arrête pas la guerre. Mais qu’elle dit quelque chose que la guerre ne peut pas effacer — que derrière chaque drapeau, il y a des gens. Des gens qui gagnent. Des gens qui tiennent. Des gens qui existent.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
1. Ukrinform — Zelensky honors Ukrainian Paralympians after six medals on opening day
2. Kyiv Independent — Ukraine wins first 6 medals at Winter Paralympics, taking early lead
3. UNITED24 Media — Ukraine Opens Paralympics at the Top of Medal Table With Six Medals
4. Interfax-Ukraine — Ukraine ends first competitive day of 2026 Paralympics in first place in medal standings
5. Nordic Mag — 2026 Paralympic Games: Para biathlon — Taras Rad wins gold in the seated sprint
6. Mezha — Taras Rad clinches Ukraine’s first Paralympic gold at the XIV Winter Paralympics
7. UNN — Parabiathlete Kononova wins second gold for Ukraine at the 2026 Paralympics
Sources secondaires
8. France 24 — Winter Paralympics opening ceremony clouded by boycott over Russia’s return
9. The Conversation — Paralympic politics: how Russia, Belarus and Israel sparked opening ceremony boycotts
10. Mezha — Sixteen Nations Boycott Paralympics Opening Ceremony in Verona
11. Olympics.com — Highlights of Saturday at the Milano Cortina 2026 Paralympic Winter Games
12. International Biathlon Union — Oleksandra Kononova Ready for Another Paralympic Chapter
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