Trente et un pour cent du pétrole mondial dans le viseur
Graham n’a même pas pris la peine de maquiller son raisonnement. Il l’a livré brut, avec la précision d’un comptable et la froideur d’un stratège pétrolier. « Venezuela and Iran have 31 percent of the world’s oil reserves. We’re going to have a partnership with 31 percent. » Le Venezuela et l’Iran possèdent 31 pour cent des réserves mondiales de pétrole. Et les États-Unis comptent bien mettre la main dessus. Le Venezuela, c’est déjà en cours, le président Nicolás Maduro ayant été écarté du pouvoir. L’Iran, c’est maintenant. Deux pays. Deux changements de régime. Un seul objectif : le contrôle énergétique planétaire. Graham a même ajouté, comme pour enfoncer le clou : « This is China’s nightmare. This is a good investment. » Le cauchemar de la Chine. Un bon investissement. On ne parle plus de sécurité nationale. On ne parle plus de menace nucléaire. On parle de rendement.
Quand un élu prononce le mot « investissement » pour qualifier une guerre qui a déjà tué plus de mille personnes, il ne commet pas un lapsus. Il révèle une doctrine. Une doctrine où les vies humaines sont une variable d’ajustement dans un tableur Excel, où les bombes sont des outils de négociation commerciale, et où le sang versé se mesure en barils gagnés.
Le prix du baril monte, le prix de la vie descend
Les chiffres sont là, implacables. Depuis le 28 février, le prix du Brent est passé de 70 dollars à plus de 110 dollars le baril. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 pour cent du pétrole mondial, est devenu une zone de guerre. Les prix de l’essence aux États-Unis ont bondi de 7,5 pour cent, dépassant les 4 dollars le gallon, un niveau inédit depuis fin 2023. Les marchés financiers tremblent. L’aviation mondiale est perturbée. Des centaines de milliers de voyageurs sont bloqués. Et pourtant, pour Graham, tout cela n’est qu’un « bon investissement ». La question se pose avec une brutalité que la politesse diplomatique ne peut plus masquer : pour qui exactement est-ce un bon investissement? Pas pour la famille américaine qui paie son essence 30 pour cent plus cher. Pas pour le chauffeur routier de l’Ohio qui regarde sa marge fondre à chaque plein. Pas pour les sept soldats américains déjà morts dans cette opération Epic Fury. Un bon investissement pour les compagnies pétrolières. Pour les fabricants d’armes. Pour ceux qui transforment les guerres en dividendes.
La tournée mondiale de la destruction
Cuba dans le viseur, la casquette comme déclaration de guerre
Graham ne s’est pas arrêté à l’Iran. Pendant la même interview, il a brandi une casquette « Free Cuba » devant les caméras de Fox News. « You see this hat? ‘Free Cuba.’ Stay tuned. The liberation of Cuba is upon us. » Puis, avec le ton d’un homme qui planifie une conquête et non une politique étrangère : « We’re marching through the world. We’re clearing out the bad guys. Cuba is next. » On marche à travers le monde. On nettoie les méchants. Cuba est le prochain. Le vocabulaire est celui d’un film d’action hollywoodien. Pas celui d’un sénateur censé représenter les intérêts d’une démocratie constitutionnelle. La souveraineté des nations n’existe plus. Il n’y a que des cibles et des opportunités. Des régimes à abattre et des ressources à saisir.
Il faut relire cette phrase lentement. « We’re marching through the world. » Nous marchons à travers le monde. Comme si le globe était un terrain de jeu. Comme si les peuples étaient des pions. Comme si la notion même de souveraineté nationale était un obstacle à contourner, pas un principe à respecter. La dernière fois qu’un dirigeant occidental a employé ce vocabulaire avec cette désinvolture, cela s’est terminé par vingt ans d’occupation en Afghanistan et un retrait chaotique à Kaboul.
La doctrine de la marche forcée
Graham dessine sans le dire une carte du monde redessinée par la force militaire américaine. Venezuela : fait. Iran : en cours. Cuba : annoncé. Donald Trump, selon Graham, « is resetting the world in a way nobody could have dreamed of a year ago ». Trump reconfigure le monde d’une manière que personne n’aurait pu imaginer il y a un an. Le mot « resetting » est révélateur. On ne négocie pas. On ne dialogue pas. On réinitialise. Comme on formate un disque dur. Comme on efface ce qui existait avant pour installer ce qu’on veut après. Et ce qu’on veut, Graham l’a dit clairement : de l’argent. Une tonne d’argent.
L'homme qui n'a jamais eu raison
Le même Graham qui a soutenu l’invasion de l’Irak en 2003
On pourrait traiter les déclarations de Graham comme celles d’un marginal. D’un provocateur isolé. Mais Lindsey Graham n’est pas un sénateur de second rang. C’est l’un des faucons les plus influents du Congrès. L’un des plus proches alliés de Donald Trump. Et surtout, c’est un homme dont le bilan géopolitique est un champ de ruines. En 2002, Graham affirmait que Saddam Hussein « mentait effrontément » sur ses armes de destruction massive. Il n’y en avait pas. En 2003, il a voté pour l’invasion de l’Irak, qui a fait plus de 270 000 morts civils irakiens. Il a soutenu les interventions militaires en Syrie et en Libye, deux pays transformés en États faillis. La Syrie : plus de 300 000 morts, 50 pour cent de la population déplacée, la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Graham lui-même a fini par admettre : « I messed up when it came to Iraq. I didn’t understand what would happen if you took the Iraqi Army down. » J’ai tout raté sur l’Irak. Je ne comprenais pas ce qui arriverait si on détruisait l’armée irakienne.
Voilà un homme qui a admis s’être trompé sur l’Irak, qui a vu les conséquences catastrophiques de chaque intervention qu’il a soutenue, qui a assisté au chaos libyen, au désastre syrien, au fiasco afghan, et qui aujourd’hui se lève sur Fox News pour dire exactement la même chose sur l’Iran. Avec le même enthousiasme. La même certitude. Le même aveuglement. La définition de la folie, disait Einstein, c’est de refaire la même chose en espérant un résultat différent.
Le Wall Street Journal et les visites au Mossad
Le Wall Street Journal a rapporté que Graham avait effectué plusieurs voyages en Israël avant le déclenchement des hostilités, rencontrant des membres du Mossad, le service de renseignement israélien. Graham a lui-même confirmé ces contacts avec une franchise déconcertante : « They’ll tell me things our own government won’t tell me. » Ils me disent des choses que notre propre gouvernement refuse de me dire. Un sénateur américain qui préfère les briefings du Mossad à ceux de sa propre communauté du renseignement. Toujours selon le Wall Street Journal, Graham aurait « coaché » le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la manière de faire pression sur Trump pour déclencher l’action militaire. Non pas comme intermédiaire diplomatique. Comme lobbyiste.
Le silence des sept familles
Sept soldats américains morts et un sénateur qui parle d’argent
Au moment où Graham prononçait ses mots sur Fox News, sept soldats américains étaient déjà tombés dans l’opération Epic Fury. Sept familles venaient de recevoir le coup de téléphone que tout parent, tout conjoint, tout enfant de militaire redoute. Sept drapeaux pliés en triangle. Sept cérémonies à organiser. Et pendant que ces familles entraient dans le deuil, leur sénateur parlait de retour sur investissement. À quel moment, exactement, un pays accepte-t-il que ses élus parlent de ses soldats morts comme de dépenses amortissables? À quel moment le sacrifice des uns devient-il le rendement des autres?
Sept morts. Et une tonne d’argent. L’équation est posée. Elle est obscène. Et personne sur le plateau de Fox News n’a eu le courage de la nommer. Personne n’a demandé à Graham combien de cercueils supplémentaires il faudrait pour compléter sa « tonne d’argent ». Personne n’a posé la seule question qui compte : combien vaut un soldat américain en dollars par baril?
Les représailles iraniennes et le coût réel
L’Iran a riposté. Des frappes de représailles ont touché les nations du Golfe : Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn. Des bases militaires américaines ont été ciblées. L’espace aérien du Conseil de coopération du Golfe a été fermé. La production pétrolière et gazière a été perturbée. Des pétroliers sont immobilisés dans le détroit d’Ormuz. Et pourtant, dans le monde de Lindsey Graham, tout cela fait partie du plan. Tout cela est un investissement. Les représailles sont un coût opérationnel. Les morts sont des dommages collatéraux. Le chaos régional est une opportunité de marché.
La réponse iranienne que personne ne veut entendre
Téhéran nomme le vol pour ce qu’il est
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a répondu à Graham avec une clarté chirurgicale. « Their design is clear. They aim at partitioning our country to take illegal possession of our oil riches. » Leur plan est clair. Ils veulent partitionner notre pays pour s’emparer illégalement de nos richesses pétrolières. On peut rejeter la rhétorique du régime iranien. On peut critiquer sa théocratie, ses violations des droits humains, sa répression des femmes et des minorités. Mais quand un sénateur américain dit en direct à la télévision nationale qu’il va « se faire une tonne d’argent » avec la chute de ce régime et le contrôle de 31 pour cent du pétrole mondial, la réponse iranienne n’est plus de la propagande. C’est un constat factuel.
L’ironie est vertigineuse. Pendant des décennies, les États-Unis ont accusé l’Iran de paranoïa quand Téhéran dénonçait des visées impérialistes occidentales sur son pétrole. Pendant des décennies, les experts ont balayé ces accusations d’un revers de main. Et puis un dimanche matin, un sénateur républicain est allé sur Fox News et a dit exactement ce que l’Iran disait depuis quarante ans. Mot pour mot. Baril pour baril.
L’AIEA et le prétexte nucléaire qui s’effondre
Le président Trump a justifié les frappes du 28 février en déclarant, le 2 mars : « An Iranian regime armed with long-range missiles and nuclear weapons would be a dire threat to every American. » Un régime iranien doté de missiles longue portée et d’armes nucléaires serait une menace existentielle pour chaque Américain. Le problème, c’est que l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique, n’a jamais trouvé de preuves d’un programme nucléaire militaire iranien systématique. Le problème, c’est que l’accord nucléaire de 2015, négocié sous Obama, avait précisément pour but de freiner les ambitions nucléaires iraniennes en échange d’un allègement des sanctions. Le problème, c’est que c’est Trump lui-même qui s’est retiré de cet accord en 2018, sous la pression de Netanyahu et de faucons comme Graham. On crée le problème. On dénonce le problème. On bombarde le problème. Et on encaisse les dividendes pétroliers.
Quand l'Irak de 2003 parle depuis sa tombe
Les mêmes mots, les mêmes promesses, les mêmes mensonges
En 2003, on allait libérer l’Irak. Apporter la démocratie. Reconstruire un pays. Les Irakiens allaient nous accueillir en libérateurs. Le pétrole irakien allait financer la reconstruction. Vingt-trois ans plus tard, voici le bilan. Plus de 270 000 civils irakiens tués. Un pays fracturé entre communautés. L’émergence de l’État islamique. Une guerre civile qui a débordé dans toute la région. Des milliers de soldats américains morts ou blessés. Des milliers de milliards de dollars dépensés. Et les compagnies pétrolières ont effectivement fait de l’argent. Beaucoup d’argent. Sur les cadavres. Aujourd’hui, Graham utilise exactement le même vocabulaire pour l’Iran. Un nouveau Moyen-Orient. Des tonnes d’argent. Un bon investissement. Comme si l’Irak n’avait jamais existé. Comme si la Libye n’avait jamais existé. Comme si l’Afghanistan n’avait jamais existé.
L’amnésie stratégique est la maladie la plus dangereuse de Washington. On oublie les morts. On oublie les promesses trahies. On oublie les pays qu’on a transformés en ruines. Et on recommence. Avec les mêmes mots. Les mêmes hommes. Le même enthousiasme. La seule chose qui change, c’est le nom du pays qu’on va « libérer ».
Le parallèle que personne ne veut tracer
En 2002, Graham disait que Saddam Hussein représentait « une menace pour notre mode de vie ». En 2026, Trump dit que l’Iran est « une menace existentielle pour chaque Américain ». Les mêmes formulations. Les mêmes exagérations. Les mêmes mécanismes de peur. Sauf que cette fois, l’Iran n’est pas l’Irak. L’Iran, c’est 88 millions d’habitants. C’est une armée conventionnelle de 600 000 hommes. C’est un territoire quatre fois plus grand que l’Irak. C’est un pays avec des alliés régionaux armés et motivés. Si l’Irak a été un désastre, l’Iran promet d’être un cataclysme.
Le spectacle de la casquette et la banalisation de l'impérialisme
La guerre comme marchandise télévisuelle
Il y a quelque chose de profondément troublant dans le geste de Graham brandissant sa casquette « Free Cuba » sur le plateau de Fox News. La guerre est devenue un produit dérivé. Un accessoire de mode. Un slogan marketing. On porte une casquette pour annoncer la prochaine intervention militaire comme on porte un t-shirt promotionnel pour la sortie d’un film. « Stay tuned », a dit Graham. Restez à l’écoute. Comme s’il teasait la saison suivante d’une série télévisée. Comme si les vies de 11 millions de Cubains étaient le prochain épisode d’un feuilleton géopolitique dont il serait le scénariste. La banalisation de la violence commence toujours par la banalisation du langage. Quand un élu transforme une menace de guerre en teasing médiatique, quand il réduit la souveraineté d’une nation à un accessoire vestimentaire, il ne fait pas de la politique. Il fait du spectacle. Et dans ce spectacle, les morts ne sont que des figurants.
La dernière fois que Washington a parlé de « libérer » Cuba, c’était la baie des Cochons en 1961. Un fiasco. Avant cela, les États-Unis avaient « libéré » les Philippines, Haïti, le Nicaragua, le Guatemala, le Panama. Chaque « libération » a laissé derrière elle des décennies de dictature, de pauvreté et de ressentiment. Mais Graham brandit sa casquette comme si l’histoire n’existait pas. Comme si les leçons du passé étaient un détail négligeable dans sa marche triomphante à travers le monde.
Cuba, le fantasme éternel de Washington
L’embargo américain contre Cuba dure depuis 1959. Plus de six décennies de sanctions économiques. L’administration Obama avait rétabli les relations diplomatiques en 2015. Trump avait tout annulé lors de son premier mandat. Aujourd’hui, après avoir coupé le flux de pétrole vénézuélien vers l’île, les États-Unis ont plongé Cuba dans des pénuries d’énergie et des pannes de courant qui paralysent l’industrie et le tourisme. Et Graham présente cela comme une libération. Le même mot utilisé pour l’Irak. Pour la Libye. Pour l’Afghanistan. À chaque fois, la « libération » a produit le chaos. À chaque fois, les « libérés » ont payé le prix que les « libérateurs » refusent de voir.
Le Mossad, Graham et la diplomatie de l'ombre
Un sénateur américain briefé par un renseignement étranger
La relation entre Graham et le Mossad dépasse la coopération interalliée. L’aveu de Graham est sans ambiguïté : « They’ll tell me things our own government won’t tell me. » Un sénateur élu par les citoyens de Caroline du Sud reçoit du renseignement israélien des informations que sa propre administration lui refuse. Normalement, cela s’appelle un problème de sécurité nationale. Normalement, cela déclenche des enquêtes. Normalement, cela pose des questions constitutionnelles fondamentales sur la loyauté d’un élu envers son propre pays. Mais dans le Washington de 2026, cela se dit en direct à la télévision, et personne ne bronche. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth n’a pas réagi. Le secrétaire d’État Marco Rubio non plus. L’aveu est passé comme une évidence. Comme si c’était normal qu’un législateur américain soit plus proche du Mossad que de la CIA.
La question n’est plus de savoir si Lindsey Graham défend les intérêts américains. La question est de savoir les intérêts de qui il défend exactement. Un homme qui préfère les briefings d’un service de renseignement étranger à ceux de son propre gouvernement, qui « coache » le Premier ministre d’un autre pays pour influencer la politique de son propre président — cet homme ne représente plus ses électeurs. Il représente une politique étrangère qui n’est pas la sienne.
Netanyahu et Graham, l’alliance qui a déclenché la guerre
Selon le Wall Street Journal, Graham a joué un rôle actif dans la préparation diplomatique de l’attaque. Il aurait conseillé Netanyahu sur la manière de convaincre Trump. Le Premier ministre israélien s’était longtemps opposé à l’accord nucléaire iranien de 2015. Il avait milité pour son abandon. Trump l’avait écouté en 2018 en se retirant de l’accord. Et maintenant, la boucle est bouclée. L’accord est mort. Le programme nucléaire iranien a repris sans contrôle international. Et cette reprise sert de justification aux frappes. Un cercle vicieux parfait. On détruit la solution diplomatique. On laisse le problème empirer. Puis on utilise le problème pour justifier la guerre qu’on voulait depuis le début.
L'école de filles et le Grand Bazar
Ce que Graham ne mentionne jamais
Entre 165 et 180 personnes tuées dans une école primaire de filles du sud-est iranien. Des sénateurs démocrates se sont dits horrifiés. Le Grand Bazar de Téhéran, coeur battant de la vie commerciale iranienne depuis des siècles, endommagé. Le palais du Golestan, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, touché par les bombardements. Des hôpitaux. Des infrastructures civiles. Plus de mille morts. Mais dans l’univers mental de Lindsey Graham, ces réalités n’existent pas. Il n’y a que des régimes qui tombent, des partenariats pétroliers qui s’ouvrent, et des tonnes d’argent qui s’accumulent. Le mot « blow the hell out of these people » qu’il a lâché pendant l’interview dit tout. « These people. » Ces gens. Pas des Iraniens. Pas des êtres humains. Pas des familles. Ces gens. La déshumanisation commence toujours par le langage.
Quand on cesse de nommer les victimes, on cesse de les voir. Quand on cesse de les voir, on cesse de les compter. Et quand on cesse de les compter, on peut parler de tonnes d’argent sans que la conscience ne frémisse. C’est le mécanisme le plus ancien du monde. Transformer l’autre en abstraction pour rendre sa destruction acceptable. Graham ne l’a pas inventé. Il l’a simplement pratiqué, en direct, devant des millions de téléspectateurs.
Le vocabulaire qui efface les victimes
« Blow the hell out of these people. » Exploser ces gens. « This regime is in a death throe now. » Ce régime est en agonie. « It’s going to fall, and when it falls we’re going to have peace. » Il va tomber, et quand il tombera, on aura la paix. La paix selon Graham, c’est le silence des vaincus. C’est un pays dont on a détruit les dirigeants, les infrastructures, les écoles, les monuments historiques, et dont on contrôle le pétrole. Ce n’est pas la paix. C’est l’occupation. C’est le pillage. C’est exactement ce que les États-Unis ont fait en Irak pendant vingt ans. Et Graham, qui dit avoir « tout raté » en Irak, propose exactement la même chose pour l’Iran. Avec le même sourire. Avec la même casquette.
Le peuple américain face au miroir
Une guerre que personne n’a votée
Les sondages sont clairs. La majorité des Américains s’oppose à l’escalade militaire au Moyen-Orient. Il n’y a pas eu de vote du Congrès pour autoriser les frappes. Les experts en droit international contestent la légalité de l’opération. Quand Graham dit « we are going to make a tonne of money », qui est ce « we »? Certainement pas le contribuable qui va payer la facture militaire. Certainement pas le vétéran qui va porter les cicatrices de cette guerre pour le reste de sa vie. Certainement pas la mère qui va enterrer son fils. Le « we » de Graham, c’est une classe politique et économique qui transforme le sang en or depuis des générations. Le complexe militaro-industriel qu’Eisenhower avait dénoncé en 1961 n’a pas disparu. Il a muté. Il s’est fusionné avec le complexe pétrolier et le complexe médiatique. Et quand un sénateur va sur Fox News pour vendre une guerre comme on vend des actions en bourse, le cycle est complet.
On dit souvent que la démocratie américaine est la plus grande du monde. Mais quelle démocratie permet à un sénateur d’annoncer en direct qu’il va profiter financièrement d’une guerre que le peuple n’a pas voulue, que le Congrès n’a pas votée, et dont la légalité est contestée par la communauté internationale? La réponse est simple. Ce n’est plus une démocratie qui fonctionne. C’est un système qui protège ceux qui profitent de la guerre contre ceux qui la subissent.
Le test moral que l’Occident est en train d’échouer
La communauté internationale regarde. Elle voit un sénateur américain promettre des profits sur une guerre. Elle voit des écoles bombardées. Elle voit des monuments historiques détruits. Elle voit un pays qui brandit des casquettes pour annoncer les prochaines invasions. Et elle se demande : est-ce là le leadership moral que les États-Unis prétendent incarner? Quand le même pays qui sanctionne la Russie pour l’invasion de l’Ukraine envahit l’Iran pour son pétrole, la notion même de règles internationales s’effondre. Quand le même pays qui prêche les droits de l’homme bombarde une école de filles et parle de tonnes d’argent, le mot « hypocrisie » devient insuffisant. Il faut inventer un nouveau mot pour décrire ce niveau de dissociation morale.
Le verdict de l'histoire sera sans appel
Ce que les livres retiendront
Dans vingt ans, quand les historiens étudieront cette guerre, ils tomberont sur cette citation. « We are going to make a tonne of money. » Ils la placeront à côté des armes de destruction massive qui n’existaient pas en Irak. À côté des fioles de Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l’ONU. À côté de toutes ces phrases qui ont servi de justification à des guerres dont le véritable motif était le contrôle des ressources et la projection de puissance. Graham n’a rien inventé. Il a simplement dit tout haut ce que ses prédécesseurs murmuraient dans les couloirs du Congrès. Et c’est peut-être ça, le seul legs de cette interview. Pas la vérité sur l’Iran. La vérité sur l’Amérique.
L’histoire jugera. Elle juge toujours. Elle a jugé ceux qui ont menti sur l’Irak. Elle a jugé ceux qui ont abandonné l’Afghanistan. Elle jugera ceux qui ont bombardé l’Iran pour son pétrole et qui ont eu le cynisme de s’en vanter à la télévision. La seule question est de savoir si nous aurons le courage de juger maintenant, ou si nous attendrons, une fois de plus, que les ruines soient assez hautes pour cacher notre lâcheté.
Le mot que Graham n’a jamais prononcé
Il y a un mot que Lindsey Graham n’a pas prononcé dimanche matin. Un mot absent de tout son discours. Un mot qu’il n’a utilisé ni pour l’Iran, ni pour Cuba, ni pour le Venezuela. Ce mot, c’est « paix ». Dans tout son monologue triomphant sur les profits, les investissements et les régimes à renverser, la paix n’apparaît nulle part. Parce que la paix ne rapporte pas de tonnes d’argent. La paix ne fait pas monter le cours du baril. La paix ne remplit pas les carnets de commandes des fabricants de missiles. La paix est l’ennemie de ceux qui ont bâti leur carrière et leur fortune sur la guerre. Et c’est peut-être ça, la vérité la plus terrifiante de toutes : pour Lindsey Graham et ceux qu’il représente, la paix n’est pas un objectif. C’est un obstacle.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — ‘We are going to make a tonne of money’: US Senator Graham on US war on Iran — 9 mars 2026
NPR — The U.S. names its 7th dead soldier and oil prices spike on Day 10 of the Iran war — 9 mars 2026
CNBC — How the attack on Iran could impact the global oil market and economy — 28 février 2026
NPR — How could the U.S. strikes in Iran affect global oil supply? — 28 février 2026
Middle East Eye — Lindsey Graham criticises Israel over targeting Iranian oil facilities — mars 2026
The Hill — Lindsey Graham presses Saudi Arabia to join US fight against Iran — mars 2026
Sources secondaires
Salon — « Stay tuned »: Graham promises « Cuba is next » in a global war against « bad guys » — 8 mars 2026
ABC News 4 — ‘We’re marching through the world;’ Graham continues push for more US intervention abroad — mars 2026
The New Arab — Lindsey Graham: Iran war will make US ‘a tonne of money’ — mars 2026
Reason — Lindsey Graham on regime change in Cuba: ‘Just a matter of time’ — 9 mars 2026
Encyclopaedia Britannica — 2026 Iran conflict — mars 2026
UK House of Commons Library — US-Israel strikes on Iran: February/March 2026 — mars 2026
Foreign Policy — Lindsey Graham: Wrong on Everything — 27 janvier 2015
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