Lockheed Martin, le roi incontesté
Avec 68,4 milliards de dollars de revenus en 2024 et un carnet de commandes de 194 milliards, Lockheed Martin est le plus grand fabricant d’armes de la planète. Ce n’est pas un titre honorifique. C’est un empire bâti sur des décennies de lobbying, de contrats gouvernementaux, et de portes tournantes entre le Pentagone et les conseils d’administration. Le F-35 Lightning II, le chasseur le plus coûteux de l’histoire militaire, c’est eux. Le système de défense antimissile THAAD, déployé pour protéger les bases américaines au Moyen-Orient, c’est encore eux. Les missiles de précision PrSM qui frappent l’Iran en ce moment même, c’est toujours eux. Vingt-trois années consécutives de hausse des dividendes. Un quart de siècle à enrichir ses actionnaires pendant que le monde brûle.
Quand une entreprise déclare 194 milliards de dollars de commandes en attente, ce ne sont pas des contrats commerciaux ordinaires. Ce sont des promesses de destruction future. Des guerres pas encore livrées. Des vies pas encore prises. Mais déjà comptabilisées.
RTX, Northrop Grumman, General Dynamics et Boeing
RTX Corporation, le nouveau nom de Raytheon, affiche 43,6 milliards de revenus en défense pour 2024. Son action a bondi de 110 % entre mars 2023 et mars 2026. Les missiles Tomahawk qui frappent les installations nucléaires iraniennes, les batteries Patriot qui interceptent les ripostes balistiques, les systèmes Aegis sur les destroyers américains en mer d’Arabie, tout porte la signature RTX. Northrop Grumman, avec 37,9 milliards de revenus et un carnet de commandes record de 96 milliards, fournit les bombardiers B-2 qui ont frappé l’Iran dans les premières heures de l’opération. Son action a grimpé de 60 % en trois ans. General Dynamics, à 33,6 milliards, voit ses parts monter de 57 %. Et Boeing, malgré ses déboires civils, engrange 30,6 milliards de revenus militaires grâce aux B-1 et aux F-15. Cinq entreprises. 214 milliards de dollars de revenus combinés. Un empire de la mort qui dépasse le PIB de la plupart des pays du monde.
Le trio israélien qui arme les frappes
Elbit Systems, devenue la plus grande entreprise d’Israël
Elbit Systems est devenue l’entreprise la plus valorisée d’Israël. Sa capitalisation boursière a atteint 40 milliards de dollars à la bourse de Tel-Aviv, propulsée par une croissance de 45 % de la valeur de son action. Son carnet de commandes a explosé à 21 milliards de dollars, un record absolu. Ses revenus au deuxième trimestre 2024 ont bondi de 12 % pour atteindre 1,162 milliard. Mais le chiffre le plus révélateur, c’est la transformation de son marché intérieur. Les ventes domestiques ont grimpé de 80 % en un an, avec 4,5 milliards de shekels de contrats signés avec le ministère israélien de la Défense. La guerre n’est pas un risque pour Elbit. C’est son modèle d’affaires.
Quand Elbit devient la plus grande entreprise d’un pays, cela en dit plus long sur ce pays que n’importe quel discours politique. La valeur d’une nation se mesure à ce qu’elle valorise le plus. Israël a choisi.
Rafael et Israel Aerospace Industries dans la course
Rafael Advanced Defense Systems a vu ses ventes du premier trimestre bondir de 31 %, atteignant près de 4 milliards de shekels. Son bénéfice net a explosé de 83 %, à 232 millions de shekels. Israel Aerospace Industries (IAI) affiche 2,85 milliards de dollars de revenus, en hausse de 12 %, et un carnet de commandes record de 22,2 milliards. Son bénéfice net a bondi de 80 %, à 296 millions de dollars. À eux trois, Elbit, Rafael et IAI ont cumulé 16,2 milliards de dollars de revenus en armement, en hausse de 16 % par rapport à 2023. Et les contrats s’accumulent. Les Pays-Bas ont signé pour 1,1 milliard de shekels en roquettes de précision. Le Danemark a commandé pour 260 millions de dollars en roquettes et canons. Un pays anonyme a passé commande pour 270 millions de dollars de roquettes. Le Maroc a acquis un satellite espion pour environ 1 milliard de dollars. La guerre contre l’Iran est la meilleure vitrine commerciale que l’industrie militaire israélienne n’ait jamais eue.
Les armes qui frappent l'Iran en ce moment
L’arsenal offensif déployé
La liste des systèmes d’armes utilisés dans l’opération Epic Fury ressemble au catalogue complet de l’industrie de défense américaine. Les missiles Tomahawk de RTX, tirés depuis les destroyers et les sous-marins. Les missiles PrSM de Lockheed Martin, la nouvelle génération de frappe de précision. Les chasseurs F-35 Lightning II et les F-22 Raptor de Lockheed Martin, les avions les plus avancés jamais construits. Les bombardiers B-1 de Boeing et les B-2 Spirit de Northrop Grumman, capables de larguer des bombes pénétrantes sur les installations souterraines de Fordow et Natanz. Les drones MQ-9 Reaper de General Atomics, à 40 millions de dollars pièce. Et les drones LUCAS de SpektreWorks, à 35 000 dollars l’unité, les fantassins jetables de cette guerre technologique.
Chaque missile a un prix. Chaque bombe a un fabricant. Chaque fabricant a des actionnaires. Et chaque actionnaire touche un dividende. La chaîne est parfaitement traçable. Du conseil d’administration au cratère dans le sol iranien, il n’y a que des signatures et des virements bancaires.
Le bouclier défensif, aussi lucratif que l’épée
La défense rapporte autant que l’attaque. Les batteries Patriot de RTX, déployées dans tout le Golfe persique, interceptent les missiles balistiques iraniens. Les systèmes THAAD de Lockheed Martin, positionnés en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, forment le dernier rempart contre les missiles à moyenne portée. Les systèmes Aegis de RTX protègent la flotte américaine en mer. Du côté israélien, le Dôme de fer de Rafael, le système Barak MX et le Spyder constituent le bouclier antimissile multicouche qui protège le territoire. Chaque missile intercepteur coûte entre 50 000 et plusieurs millions de dollars. Chaque interception est un achat de remplacement. La guerre crée la demande. La défense crée la demande. Le cycle est parfait.
Le sommet de la Maison-Blanche qui a tout accéléré
Quand les PDG dictent la politique étrangère
Avant les premières frappes, il y a eu une réunion. À la Maison-Blanche. Autour de la table, les dirigeants de RTX, de Lockheed Martin, de Boeing, de Northrop Grumman, de BAE Systems, de L3Harris Missile Solutions et de Honeywell Aerospace. Le résultat de cette réunion a été un engagement collectif à quadrupler la production d’armements de classe supérieure. Quadrupler. Pas doubler. Pas augmenter de 50 %. Quadrupler. Et pourtant, personne dans les grands médias n’a posé la question évidente. Quand les PDG des plus grandes entreprises d’armement du monde se réunissent à la Maison-Blanche quelques jours avant une guerre majeure, qui décide quoi? Le président décide de la guerre et les industriels suivent? Ou les industriels préparent la guerre et le président suit?
Quadrupler la production. Quatre fois plus de missiles. Quatre fois plus de bombes. Quatre fois plus de drones. Ce n’est pas une réponse à une menace. C’est un plan d’affaires. La différence entre les deux a disparu quelque part entre le Pentagone et Wall Street.
Le complexe militaro-industriel en pleine lumière
En 1961, le président Eisenhower avait averti le peuple américain contre l’influence grandissante du complexe militaro-industriel. Soixante-cinq ans plus tard, cet avertissement ressemble à une prophétie réalisée. Ben Freeman, directeur du programme Démocratisation de la politique étrangère à l’Institut Quincy et auteur de The Trillion Dollar War Machine, documente comment les grands contractants du Pentagone ont vu des milliards ajoutés à leur capitalisation boursière grâce aux actions de l’administration Trump envers l’Iran. Les portes tournantes entre le Pentagone et les conseils d’administration des entreprises militaires ne sont plus un secret. Elles sont un système. Un général qui prend sa retraite rejoint le conseil de Lockheed. Un lobbyiste de RTX devient sous-secrétaire à la Défense. La boucle est fermée. L’argent public finance les armes. Les armes créent les guerres. Les guerres justifient plus d’argent public.
Le marché européen, nouveau terrain de chasse
L’Europe qui s’arme comme jamais
L’Europe est devenue le marché le plus dynamique au monde pour l’industrie de défense. Ses dépenses militaires ont bondi de 12,6 % en 2025, bien au-dessus de la moyenne mondiale. L’Allemagne mène la charge avec 72,6 milliards de dollars, le Royaume-Uni suit à 80,5 milliards, la France à 58,7 milliards. Et pourtant, les plus grands bénéficiaires de cette course aux armements européenne ne sont pas les entreprises européennes. Ce sont les géants américains. Le F-35 de Lockheed Martin est désormais l’avion de combat standard de la plupart des forces aériennes européennes. Les systèmes Patriot de RTX protègent le flanc est de l’OTAN. Et les entreprises israéliennes ne sont pas en reste. La Grèce examine plusieurs systèmes israéliens, dont le Spyder de Rafael et le Barak MX récemment vendu à la Thaïlande. Chaque crise géopolitique est un argument de vente. La guerre en Ukraine a ouvert la porte. La guerre contre l’Iran l’enfonce.
L’Europe s’arme en achetant américain et israélien. Elle finance sa propre dépendance stratégique. Elle paie pour protéger un flanc est menacé par la Russie avec des armes conçues pour attaquer l’Iran. Et personne ne voit la contradiction.
L’Asie, le prochain front commercial
Les budgets de défense asiatiques ont atteint 573 milliards de dollars en 2025, en hausse de 5,7 %. La Chine représente à elle seule 44 % du total régional avec 245 milliards. Le Japon investit 58 milliards, l’Inde 60 milliards. Pour les trois grands israéliens, l’Asie est désormais la troisième frontière après l’Europe et les États-Unis. Les systèmes de défense aérienne sont le produit vedette. Le Dôme de fer, éprouvé en combat contre les missiles iraniens, est un argument commercial que Boeing et RTX ne pourront jamais répliquer. L’Asie du Sud-Est observe la guerre contre l’Iran et prend des notes. La Corée du Sud, le Japon, Taïwan, tous recalculent leurs besoins en défense antimissile. Et les carnets de commandes se remplissent.
L'énergie, l'autre face du profit de guerre
Les pétrolières qui trinquent à Téhéran
ExxonMobil a atteint un nouveau sommet historique, en hausse de 4 % le jour des premières frappes. Chevron, Occidental Petroleum et ConocoPhillips ont tous affiché des gains comparables. Le baril de Brent a dépassé les 85 dollars, son plus haut niveau depuis 2024. Le West Texas Intermediate flirtait avec les 76 dollars. Et puis il y a eu les frappes sur les installations GNL du Qatar. Le prix de référence européen du gaz, le TTF, a bondi de plus de 50 % pour atteindre 62 euros le mégawattheure. Cheniere Energy, Venture Global, l’australienne Woodside Energy, toutes ont vu leur valorisation grimper. Shell et TotalEnergies ont avancé au rythme de la hausse mondiale. De l’autre côté, les consommateurs européens, déjà frappés par la crise énergétique post-Ukraine, se préparent à un nouvel hiver de factures insoutenables.
Le pétrole monte. Le gaz monte. Les actions montent. Tout monte sauf le niveau de vie des gens ordinaires. Voilà la mécanique parfaite du profit de guerre. Les actionnaires encaissent. Les citoyens paient. Et on appelle ça le marché libre.
Le détroit d’Ormuz, la jugulaire du monde
Le détroit d’Ormuz reste la variable terrifiante de cette guerre. Environ 20 % du pétrole mondial transite par ce goulet de 34 kilomètres de large. Si l’Iran décide de le fermer, même partiellement, même temporairement, le baril de pétrole pourrait dépasser les 150 dollars. Les compagnies pétrolières le savent. Les traders le savent. Et ils parient dessus. Chaque escalade militaire est un multiplicateur de profit. Chaque menace iranienne est un catalyseur boursier. La géographie transforme une guerre en jackpot énergétique pour ceux qui contrôlent les pipelines, les raffineries et les routes maritimes. Et pourtant, dans les discours officiels, cette guerre est menée pour la sécurité nationale. Pour la non-prolifération. Pour la paix.
La mécanique du profit perpétuel
Le cycle qui s’auto-alimente
Voici comment le cycle fonctionne, et il fonctionne depuis des décennies. Les entreprises d’armement financent les campagnes électorales. Les élus financent les budgets militaires. Les budgets financent les contrats d’armement. Les contrats financent les guerres. Les guerres justifient plus de budgets. Plus de budgets, plus de contrats. Plus de contrats, plus de profits. Plus de profits, plus de financement de campagnes. Le cercle est fermé. Il est hermétique. Il est parfait. En 2025, les dépenses militaires américaines ont frôlé le billion de dollars. 860 milliards. C’est plus que les neuf pays suivants combinés. C’est plus que le budget de santé, le budget d’éducation et le budget d’infrastructures réunis. Et chaque dollar dépensé crée de l’emploi dans un district électoral. Chaque base militaire génère des votes. Le système n’est pas un dysfonctionnement. Il fonctionne exactement comme il a été conçu.
Le complexe militaro-industriel n’est pas un complot. C’est un modèle économique. Documenté. Chiffré. Légal. Les preuves sont dans les rapports annuels. Les noms sont sur les contrats. Les montants sont dans les déclarations boursières. Tout est sous nos yeux. Et c’est peut-être ça, le plus terrifiant.
Les portes tournantes entre Pentagone et industrie
Le Projet sur la surveillance gouvernementale (POGO) documente depuis des années le phénomène des portes tournantes. Des centaines d’anciens officiers supérieurs et de hauts fonctionnaires du Pentagone rejoignent les entreprises d’armement après leur service. Des lobbyistes de l’industrie intègrent les postes de décision au département de la Défense. Janet Abou-Elias, co-fondatrice de Women for Weapons Trade Transparency, et Ben Freeman, auteur de The Trillion Dollar War Machine, ont documenté cette réalité avec une précision chirurgicale. Le livre de Freeman, publié en 2025, démontre comment les dépenses militaires incontrôlées poussent l’Amérique vers les guerres étrangères et la ruinent financièrement. Le titre du livre dit tout. Un billion de dollars. Une machine de guerre. Ce n’est pas une métaphore. C’est un bilan comptable.
Les victimes invisibles du bilan financier
Derrière chaque chiffre, un visage effacé
Les rapports trimestriels de ces entreprises parlent de croissance, de backlog, de marge opérationnelle, de dividendes. Ils ne parlent jamais de Reza, 42 ans, ingénieur à Ispahan, dont l’immeuble a été soufflé par un missile de précision de Lockheed Martin qui visait une installation militaire à trois cents mètres de chez lui. Ils ne parlent pas des travailleurs civils des installations nucléaires qui n’étaient pas des scientifiques militaires mais des techniciens, des gardiens, des pères et des mères qui faisaient leur travail. Dans le vocabulaire corporatif, ces gens n’existent pas. Ils sont des externalités. Des dommages collatéraux comptabilisés nulle part, sinon dans la mémoire de ceux qui les aimaient.
À quel moment un être humain devient-il une externalité? À quel moment sa vie disparaît-elle dans une note de bas de page d’un rapport annuel? Ce n’est pas une question rhétorique. C’est une question qui devrait hanter chaque actionnaire de Lockheed Martin, de RTX, de Northrop Grumman.
Le coût humain que personne ne comptabilise
Les opérations militaires contre l’Iran sont présentées comme des frappes chirurgicales. Le mot chirurgical est un chef-d’oeuvre de propagande linguistique. Il évoque la précision. La propreté. Le contrôle. Et pourtant, chaque guerre de l’histoire récente menée avec des armes dites chirurgicales a produit des victimes civiles par milliers. L’Irak. L’Afghanistan. La Libye. La Syrie. Le Yémen. Gaza. À chaque fois, la promesse de précision. À chaque fois, des hôpitaux détruits, des marchés bombardés, des convois humanitaires frappés. Les armes sont peut-être précises. Les renseignements sur lesquels elles se basent ne le sont pas toujours. Et c’est dans cet écart entre la précision mécanique et l’imprécision humaine que les civils meurent.
L'approbation de 20 milliards qui dit tout
50 F-15 et le prix de l’alliance
L’administration américaine a approuvé une vente d’armes de 20 milliards de dollars à Israël, incluant 50 chasseurs F-15 équipés de systèmes d’intelligence artificielle. Vingt milliards. Pour un pays de 9 millions d’habitants. C’est 2 222 dollars d’armement par habitant, payé par le contribuable américain. En parallèle, un package d’aide de 14 milliards de dollars a été approuvé spécifiquement pour les systèmes de défense aérienne. Le Dôme de fer, le David’s Sling, le Arrow. Des noms qui sonnent comme des marques commerciales. Sauf que ces produits ne transportent personne. Ils détruisent. Et la facture atterrit sur le bureau du contribuable moyen à Détroit, à Cleveland, à Memphis, dans des villes où les ponts s’effondrent et les écoles ferment.
Vingt milliards de dollars. Avec cette somme, on pourrait reconstruire toutes les infrastructures défaillantes de Flint, Michigan. On pourrait financer dix ans de recherche contre le cancer. On pourrait loger chaque sans-abri d’Amérique. Mais on achète des F-15 pour un autre pays. Les priorités sont limpides.
Le contribuable américain, investisseur involontaire
Le citoyen américain moyen ne possède pas d’actions Lockheed Martin. Il ne touche pas de dividendes de RTX. Il ne bénéficie pas des contrats de Northrop Grumman. Mais il les finance. Avec ses impôts. Avec ses services publics sacrifiés. Avec ses routes défoncées. Avec ses hôpitaux sous-équipés. Le budget militaire américain de 860 milliards vient de quelque part. Il vient des coupes dans Medicare. Il vient des coupes dans l’éducation. Il vient des coupes dans les infrastructures. Chaque missile Tomahawk tiré sur l’Iran coûte environ 2 millions de dollars. Chaque sortie de B-2 coûte des dizaines de millions. Chaque jour d’opération Epic Fury coûte des centaines de millions. Et ce sont les citoyens ordinaires qui paient.
La vitrine commerciale de la guerre
Quand le champ de bataille devient un salon d’exposition
Chaque guerre est un salon commercial grandeur nature. Les acheteurs potentiels du monde entier observent les performances des systèmes d’armes en conditions réelles. Le Dôme de fer qui intercepte un missile balistique iranien en direct à la télévision, c’est la meilleure publicité qu’aucun budget marketing ne pourrait acheter. Un F-35 qui pénètre l’espace aérien iranien sans être détecté, c’est une démonstration qui vaut des milliards de contrats futurs. Les Pays-Bas commandent pour 1,1 milliard de shekels de roquettes de précision israéliennes. Le Danemark pour 260 millions. La Thaïlande achète le Barak MX. Le Maroc un satellite espion d’un milliard. Les guerres passées vendent les armes futures. C’est le principe fondamental de l’industrie militaire. Et la guerre contre l’Iran est la plus grande démonstration en direct depuis l’invasion de l’Irak en 2003.
En 2003, les missiles Tomahawk sur Bagdad ont généré des commandes pour une décennie. En 2026, les frappes sur l’Iran font la même chose. L’histoire ne se répète pas. Elle se monétise.
La course aux drones, nouveau Klondike
Les drones sont le segment qui explose. Le MQ-9 Reaper de General Atomics, à 40 millions de dollars l’unité, reste le haut de gamme. Mais c’est dans le bas de gamme que la révolution se produit. Les drones LUCAS de SpektreWorks, à seulement 35 000 dollars, représentent un nouveau paradigme. Jetables, produits en masse, déployés par dizaines. La guerre des drones est devenue une guerre d’attrition industrielle. Celui qui produit le plus vite, le moins cher, gagne. Et les entreprises américaines et israéliennes mènent cette course. Elbit Systems, IAI et des dizaines de start-ups israéliennes développent des systèmes autonomes qui transforment le champ de bataille. La guerre contre l’Iran est leur laboratoire. Chaque engagement est un test grandeur nature financé par le contribuable.
Le silence des institutions
Des régulateurs qui regardent ailleurs
La Securities and Exchange Commission (SEC) régule les marchés financiers américains. Elle est censée protéger les investisseurs et maintenir l’intégrité du marché. Mais quand les actions d’entreprises d’armement bondissent de 5 à 6 % en une journée sur la base d’une guerre, personne ne pose de questions. Quand les PDG de ces entreprises sont convoqués à la Maison-Blanche quelques jours avant le début des hostilités et que leurs actions explosent immédiatement après, personne n’enquête sur le délit d’initié. Quand les mêmes entreprises qui financent les campagnes électorales des législateurs qui votent les budgets militaires voient leurs profits exploser grâce à ces mêmes budgets, personne ne parle de conflit d’intérêts. Le système fonctionne parce que les gardiens du système en sont les bénéficiaires.
Imaginez qu’un médecin prescrive un médicament fabriqué par une entreprise dont il est actionnaire, pour traiter une maladie qu’il a lui-même diagnostiquée. On appellerait ça un scandale médical. Quand des législateurs votent des budgets militaires qui enrichissent les entreprises qui financent leurs campagnes, on appelle ça la démocratie.
Le Congrès, chambre d’enregistrement de l’industrie
Le Congrès américain vote les budgets de défense. Le même Congrès qui reçoit des millions de dollars en contributions de campagne de la part des entreprises d’armement. Les districts électoraux où sont implantées les usines d’armement sont représentés par des élus qui ne voteront jamais contre un contrat militaire. Le F-35 de Lockheed Martin est fabriqué dans des composantes réparties dans 45 des 50 États américains. Ce n’est pas un accident logistique. C’est une stratégie politique. Chaque État a un intérêt financier dans le programme. Chaque élu a des emplois en jeu dans son district. Voter contre le F-35, c’est voter contre des emplois locaux. Et pourtant, ce même F-35 coûte 1,7 billion de dollars sur sa durée de vie, le programme militaire le plus cher de l’histoire humaine.
Ce que cette guerre révèle sur nous
Le miroir que personne ne veut regarder
Cette guerre contre l’Iran n’est pas seulement une opération militaire. C’est un révélateur. Elle révèle un système économique mondial dans lequel la destruction est plus rentable que la construction. Dans lequel la mort est plus profitable que la vie. Dans lequel les marchés financiers récompensent la violence et punissent la paix. Quand les tensions montent, les actions montent. Quand la diplomatie progresse, les actions baissent. Le marché a fait son choix. Il préfère la guerre. Et comme le marché gouverne, la guerre gouverne. Les 2,63 billions de dollars de dépenses militaires mondiales en 2025 ne sont pas une anomalie. C’est le résultat logique d’un système qui mesure le succès en rendement sur investissement.
Nous vivons dans un monde où la paix fait baisser la bourse. Où la diplomatie est mauvaise pour les affaires. Où un cessez-le-feu est une menace pour les profits trimestriels. Et nous avons le culot d’appeler ça la civilisation.
La question que personne ne pose
La question fondamentale n’est pas de savoir si l’Iran développait l’arme nucléaire. La question n’est pas de savoir si les frappes étaient justifiées. La question n’est pas de savoir combien de temps durera l’opération Epic Fury. La question fondamentale est celle-ci: dans un monde où les entreprises qui fabriquent les armes financent les politiciens qui décident des guerres qui consomment ces armes, peut-on encore prétendre que les décisions de guerre sont prises dans l’intérêt public? Peut-on encore croire que le sénateur qui reçoit 500 000 dollars de Lockheed Martin vote la guerre pour protéger le peuple américain? Peut-on encore accepter que les mêmes personnes qui profitent de la guerre soient celles qui la décident?
Quand les bombes se taisent, les bilans parlent
Ce qui reste quand la fumée se dissipe
Les opérations militaires contre l’Iran dureront, selon les déclarations officielles, de quatre à cinq semaines. Peut-être plus. Et quand elles seront terminées, les rapports trimestriels de Lockheed Martin, de RTX, de Northrop Grumman, d’Elbit, de Rafael et d’IAI montreront des records de profits. Les PDG célébreront devant leurs actionnaires. Les analystes de Wall Street relèveront leurs objectifs de cours. Les fonds de pension se féliciteront de leurs rendements. Et dans les rues d’Ispahan, de Téhéran, de Chiraz, des gens reconstruiront. Avec leurs mains. Sans actionnaires. Sans dividendes. Sans personne pour comptabiliser leur souffrance dans une colonne de pertes et profits.
Et c’est peut-être ça, la vérité la plus dérangeante de cette guerre. Pas les bombes. Pas les missiles. Pas les drones. Mais le fait que tout cela fonctionne exactement comme prévu. Que la machine fait exactement ce pour quoi elle a été construite. Qu’elle enrichit exactement ceux qu’elle devait enrichir. Et qu’elle détruit exactement ceux qu’elle devait détruire.
Le monde d’après, déjà en commande
Les carnets de commandes ne mentent pas. 194 milliards chez Lockheed Martin. 96 milliards chez Northrop Grumman. 22,2 milliards chez IAI. 21 milliards chez Elbit. Ces chiffres représentent des années de production future. Des années de guerres à venir. Des années de profits garantis. La guerre contre l’Iran n’est pas la fin. C’est le début d’un cycle. Les armes utilisées aujourd’hui doivent être remplacées demain. Les stocks épuisés doivent être reconstitués. Les nouvelles menaces identifiées justifient de nouveaux systèmes. Le cycle est perpétuel. Il est conçu pour l’être. Et quelque part, dans un bureau climatisé de Bethesda, de Waltham ou de Haïfa, quelqu’un calcule déjà les marges du prochain conflit.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Al Jazeera – Which US and Israeli military companies are profiting from the Iran war? (9 mars 2026)
CNBC – Defense stocks jump as U.S., Iran exchange attacks (2 mars 2026)
IISS – Global defence spending continues to grow amid geopolitical uncertainty (février 2026)
Euronews – The market winners: Which stocks are boosted by the Iran war so far? (3 mars 2026)
Responsible Statecraft – Weapons makers cash in on Trump’s Iran war (3 mars 2026)
Sources secondaires
Calcalist Tech – Israel’s arms industry profits soar as wars fuel billion-dollar contracts (2024)
Breaking Defense – Israeli defense industry looks to capitalize on hard-won combat lessons: 2026 preview (janvier 2026)
The Times of Israel – Defense giant Elbit becomes Israel’s most valuable company, after 45% surge this year (2025)
The Motley Fool – Why Lockheed Martin, Northrop Grumman, and Other Defense Stocks Gained Today (2 mars 2026)
Air and Space Forces Magazine – Iran War Boosts Defense Stocks, at Least for Now (mars 2026)
National Defense Magazine – Global Defense Spending to Top $2.6 Trillion in 2026 (29 janvier 2026)
GovCon Executive – Global Defense Spending Hits $2.63T in 2025 as Europe Drives Growth (février 2026)
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