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ESSAI : L’Europe redécouvre la bombe et ce que cela dit de notre époque
Crédit: Adobe Stock

Quand un continent oublie puis se souvient

Il y a quelque chose de vertigineux à regarder l’Europe redécouvrir la bombe. Pas comme concept abstrait. Comme réalité physique — un objet que des pilotes s’entraînent à larguer sur des villes habitées. L’Europe avait fait de son amnésie nucléaire une vertu. Elle appelait cela la maturité. La preuve que le droit international et le commerce pouvaient remplacer les canons. Pendant trente ans, cette illusion a tenu — parce que les Américains maintenaient le parapluie au-dessus de nos têtes. Maintenant que le jardinier en chef menace de rentrer chez lui, le jardin tremble.

La France possède environ 290 têtes nucléaires, selon le SIPRI. Quatrième arsenal mondial, derrière la Russie (5 580), les États-Unis (5 044) et la Chine (plus de 500). En puissance de feu brute, la France ne joue pas dans la même catégorie. Mais la dissuasion n’a jamais été une question de quantité. Elle est une question de certitude. La certitude que toute agression entraînerait des dommages irréparables. Macron l’a dit sans ambiguïté : « Aucun adversaire ne devrait pouvoir envisager une frappe contre la France sans la certitude de subir des dommages dont il ne se remettrait pas. »


Il y a dans cette phrase une beauté terrible. La beauté de la lucidité qui refuse le mensonge. Nous vivons dans un monde où la paix ne s’obtient qu’en démontrant sa capacité à détruire. Et le fait que cette vérité nous choque encore prouve à quel point nous avions réussi à nous mentir.

Le prix de l’oubli stratégique

L’Europe paie aujourd’hui le prix de trois décennies d’oubli stratégique. Après la chute du mur de Berlin, le continent a jeté son extincteur à la poubelle en se disant que le feu ne reviendrait jamais. Les budgets de défense ont fondu. Les industries d’armement ont été démantelées. Le mot « dissuasion » est devenu presque vulgaire. On préférait parler de « sécurité coopérative », de « dividendes de la paix ». Et pourtant. La Russie n’a jamais cessé de moderniser ses missiles. La Chine n’a jamais cessé de construire des silos. Le monde réel continuait de s’armer pendant que l’Europe se désarmait — moralement d’abord, matériellement ensuite.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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