Skip to content
CHRONIQUE : Quand la Russie imprime des mines antipersonnel pour mutiler les civils de Kherson
Crédit: Adobe Stock

Un boîtier en plastique qui contient l’horreur

La mine Pryanyk est composée d’une coque en deux parties imprimée en PLA ou un plastique similaire sur une imprimante 3D grand public. Les deux moitiés se vissent l’une dans l’autre. Dans la partie inférieure : environ trente grammes d’explosif plastique et un initiateur à percussion. Dans la partie supérieure : une petite vis métallique cruciforme qui traverse le couvercle et sert de percuteur. Le poids total de l’engin avoisine les cinquante-cinq grammes. Moins lourd qu’un œuf de poule. Plus léger qu’un téléphone portable. Assez puissant pour transformer un pied humain en bouillie d’os et de chair.

L’enveloppe extérieure est recouverte de ruban adhésif de camouflage — un tissu qui absorbe la lumière du soleil au lieu de la refléter, rendant la mine pratiquement invisible dans la végétation. Les enquêteurs ukrainiens les décrivent comme ressemblant à de petits bonbons posés dans l’herbe. Des bonbons qui arrachent des pieds. La Russie a littéralement fabriqué un piège qui ressemble à une friandise et l’a nommé pain d’épices. Le cynisme a trouvé son vocabulaire.

Cinquante-cinq grammes. Le poids d’un rien. Le poids de ce qui sépare un enfant de Kherson qui marche dans l’herbe d’un enfant de Kherson qui ne marchera plus jamais. Quelqu’un, quelque part, a conçu le fichier numérique, calibré l’épaisseur du plastique, mesuré la charge explosive pour qu’elle soit suffisante — pas pour tuer, mais pour mutiler. Ce n’est pas un acte de guerre. C’est un acte d’ingénierie de la souffrance.

L’absence de mécanisme d’autodestruction

Les mines Pryanyk ne possèdent aucun mécanisme d’autodestruction. Ce détail technique est fondamental. Les mines conventionnelles modernes — celles que le droit international humanitaire tolère encore dans certains cadres — sont censées s’autodétruire ou se désactiver après une période déterminée. Les Pryanyk n’ont rien de tout cela. Une fois larguées dans l’herbe de Kherson, elles restent actives indéfiniment. Pendant des mois. Des années. Des décennies. Longtemps après la fin de cette guerre, longtemps après que les négociateurs auront signé leurs accords et que les caméras seront parties, ces petits objets en plastique attendront dans le sol. Patients. Éternels. Prêts à arracher le pied du premier passant.

Les démineurs ukrainiens estiment que le nettoyage de la seule région de Kherson pourrait prendre des décennies. Et chaque jour, de nouvelles mines tombent du ciel. Les drones russes en larguent des dizaines, des centaines, avec la régularité d’un semeur qui plante une récolte dont la moisson sera faite de membres arrachés et de vies brisées.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu