L’arme de destruction économique massive
Le détroit d’Ormuz est un goulet de 34 kilomètres de large entre l’Iran et Oman. Chaque jour, environ 21 millions de barils de pétrole y transitent. C’est le point de passage énergétique le plus critique de la planète. Quand l’Iran a décidé de bloquer ce passage en représailles aux frappes américano-israéliennes, ce n’est pas un acte symbolique qui s’est produit. C’est l’équivalent d’une crise cardiaque pour l’économie mondiale. Les pétroliers géants ne passent plus. L’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït ont réduit leur production parce que leurs tankers ne peuvent plus sortir. Et les marchés financiers ont réagi avec la violence d’un tremblement de terre.
On a passé des décennies à avertir que le détroit d’Ormuz était le talon d’Achille de l’économie mondiale. Maintenant que le scénario cauchemar se réalise, tout le monde agit comme s’il n’avait rien vu venir. Les think tanks avaient publié des centaines de rapports. Les stratèges militaires avaient modélisé le scénario. Personne n’avait préparé la riposte économique.
Le chaos des marchés asiatiques
L’onde de choc a frappé l’Asie en premier. Le Nikkei 225 japonais a chuté de plus de 5 pour cent, après avoir plongé de 7 pour cent en séance. Le KOSPI sud-coréen a perdu 6 pour cent, avec un creux intrajournalier de 8 pour cent. Le Hang Seng de Hong Kong a reculé de 1,35 pour cent. Les contrats à terme du S&P 500 ont glissé de 1,7 pour cent. Ceux du Nasdaq de 1,9 pour cent. Ce n’est pas une correction. C’est la panique.
Moscou : le grand gagnant d'une guerre qu'il n'a pas déclarée
La meilleure semaine pétrolière de Poutine en trois ans
Avant les frappes sur l’Iran, la Russie vendait son pétrole avec une décote de 10 à 13 dollars par rapport au Brent. Les sanctions occidentales fonctionnaient — partiellement. Les revenus pétroliers de Moscou avaient chuté. En janvier 2026, les recettes fiscales tirées du pétrole brut étaient tombées à environ 380 milliards de roubles, le niveau mensuel le plus bas depuis fin 2022, en baisse de 16 pour cent par rapport à décembre et en chute de plus de 50 pour cent par rapport à janvier 2025. Le budget fédéral russe souffrait. Les revenus pétroliers et gaziers ne représentaient plus que 20 pour cent du budget fédéral, contre 45 pour cent en 2021.
Et pourtant. En dix jours, tout a basculé. Le même pétrole russe que personne ne voulait acheter au prix fort se vend maintenant avec une prime. Le même Kremlin qui comptait ses kopecks compte désormais ses milliards. Il a suffi d’une guerre que la Russie n’a même pas eu besoin de déclencher.
La prime qui remplace la décote
Le retournement est stupéfiant. Le brut Oural, qui se vendait avec une décote de 10 à 13 dollars par rapport au Brent, se négocie maintenant avec une prime de 4 à 5 dollars par baril dans les ports indiens, selon les données de marché rapportées par Reuters. La Russie vend donc son pétrole plus cher que le Brent. Le plafonnement des prix, cette arme que l’Occident avait forgée pendant deux ans pour étrangler les revenus russes, est devenu une relique. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré constater une augmentation significative de la demande pour les produits énergétiques russes en lien avec la guerre en Iran. Il n’a même pas essayé de cacher sa satisfaction.
Le plafonnement des prix : autopsie d'un échec occidental
De 60 à 44 dollars, puis à néant
L’histoire du price cap sur le pétrole russe est celle d’un édifice construit sur du sable. En décembre 2022, le G7 et l’Union européenne avaient imposé un plafond de 60 dollars par baril sur le brut russe transporté par des navires occidentaux. L’idée était élégante : laisser le pétrole russe couler vers les marchés mondiaux pour éviter une flambée des prix, mais en limitant les revenus du Kremlin. En janvier 2026, l’UE a abaissé ce plafond à 44,10 dollars grâce à un nouveau mécanisme dynamique qui ajuste automatiquement le cap à 15 pour cent en dessous du prix moyen de l’Oural sur une période de référence de 22 semaines. Sur le papier, c’était redoutable. Dans la réalité, c’est un échec total.
On peut écrire autant de règlements qu’on veut dans les bureaux climatisés de Bruxelles. Quand 68 pour cent des exportations russes voyagent sur des pétroliers fantômes que personne ne contrôle, les règlements deviennent de la fiction. L’Occident a construit un mur de papier contre un fleuve de pétrole.
La flotte fantôme qui a tout rendu obsolète
La Russie a construit une immense flotte fantôme de pétroliers. En janvier 2026, seulement 24 pour cent des exportations de brut russe étaient transportées par des navires du G7, soumis au plafonnement. Les 68 pour cent restants naviguaient sur des navires sanctionnés, des vieux tankers rachetés par des entités opaques, immatriculés sous des pavillons de complaisance, assurés par des compagnies inconnues. Ces navires transportent le pétrole russe vers l’Inde, la Chine, la Turquie, sans aucun contrôle occidental. Le price cap n’a ni contraint les volumes d’exportation, ni empêché la Russie de vendre au-dessus du plafond grâce à des circuits logistiques alternatifs.
L'Inde : le pivot silencieux de l'échiquier pétrolier
Du pétrole russe plus cher que le Brent
Le fait le plus révélateur de cette crise se cache dans les ports indiens. Les importateurs indiens payaient, vendredi dernier, un prix livré de 4 à 5 dollars de plus par baril pour le brut Oural russe que pour le Brent. Ce renversement est historique. Depuis le début des sanctions, l’Inde était devenue le principal acheteur de pétrole russe à prix cassé. New Delhi avait profité de la décote pour alimenter ses raffineries à moindre coût, tout en revendant des produits raffinés à l’Europe. Un circuit que les diplomates occidentaux toléraient en fermant les yeux.
Et pourtant. L’Inde continue d’acheter. Même plus cher. Parce que quand le détroit d’Ormuz est fermé, les alternatives se comptent sur les doigts d’une main. La Russie n’a même pas besoin de négocier. Elle attend que les acheteurs fassent la queue.
Le cadeau empoisonné de Washington à New Delhi
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a accordé une dérogation de 30 jours sur les tarifs imposés à l’Inde pour ses achats de pétrole russe. Sa déclaration est un aveu d’impuissance : le Trésor a accepté de laisser nos alliés indiens acheter du pétrole russe déjà en mer. Traduction : les États-Unis savent que l’Inde achète du pétrole russe au-dessus du plafond, et non seulement ils ne peuvent rien y faire, mais ils l’autorisent officiellement. Parce que la seule alternative serait de voir l’Inde basculer complètement dans le camp de Moscou.
Les 288 missiles : ce que le pétrole finance vraiment
Février 2026, le mois le plus meurtrier
Pendant que les cours du pétrole s’envolaient, la Russie a lancé 288 missiles sur l’Ukraine en février 2026. C’est une augmentation de 113 pour cent par rapport aux 135 missiles de janvier. Des infrastructures civiles. Des centrales électriques. Des immeubles résidentiels. Chaque missile coûte des centaines de milliers de dollars. Chaque dollar supplémentaire sur le baril de Brent génère des centaines de millions de revenus annuels pour le trésor russe. L’équation est brutale dans sa simplicité : le pétrole achète les missiles, les missiles tuent les civils ukrainiens.
Deux cent quatre-vingt-huit missiles en un mois. Cent treize pour cent d’augmentation. Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des immeubles qui s’écroulent à trois heures du matin. Des familles qui ne se réveilleront pas. Et chaque baril vendu au-dessus du plafond est un missile de plus dans l’arsenal de Moscou.
Les Patriot détournés vers le Golfe
L’ironie est glaciale. Les missiles Patriot, à 4 millions de dollars l’unité, que les États-Unis fournissent pour défendre l’Ukraine contre les missiles russes, sont maintenant nécessaires pour la guerre en Iran. La commissaire européenne à la Défense a averti que les perspectives pour l’Ukraine étaient critiques. Chaque batterie Patriot déployée au Moyen-Orient est une batterie en moins pour Kyiv. Washington combat deux guerres avec les ressources d’une seule. Et c’est l’Ukraine qui paie la différence.
Le calcul de Poutine : une guerre qui sert trois fois
L’analyse de Robert Person
Robert Person, chercheur principal au Foreign Policy Research Institute, a identifié le calcul stratégique de Poutine avec une clarté chirurgicale. La guerre en Iran sert les intérêts de la Russie à court terme sur trois fronts : des prix de l’énergie plus élevés, une distraction mondiale par rapport à une guerre en Ukraine que Poutine n’est pas prêt à régler, et le risque pour l’Amérique de s’enliser dans un nouveau bourbier au Moyen-Orient. Trois bénéfices. Zéro coût. La Russie n’a pas tiré un seul missile sur l’Iran. Elle n’a pas déployé un seul soldat au Moyen-Orient. Elle récolte les dividendes d’une guerre que d’autres mènent.
Trois guerres. Un seul gagnant. Pendant que Washington s’enfonce dans un deuxième théâtre d’opérations, pendant que Téhéran brûle, pendant que Kyiv encaisse 288 missiles par mois, Moscou encaisse les dividendes pétroliers. Poutine n’a jamais été aussi bien servi par ses ennemis.
Le renseignement partagé avec Téhéran
Plusieurs médias ont rapporté que la Russie aurait fourni des renseignements de ciblage à l’Iran, incluant les positions de navires de guerre et d’aéronefs américains. Si ces informations se confirment, cela signifie que Moscou ne se contente pas de profiter passivement de la guerre en Iran. Elle contribue activement à prolonger le conflit, parce que chaque jour supplémentaire de guerre au Moyen-Orient est un jour de plus avec le pétrole au-dessus de 100 dollars. Un jour de plus de revenus records. Un jour de plus de distraction pour l’Occident.
Le spectre des 150 dollars : les scénarios qui terrifient les marchés
Les prévisions des analystes
Le ministre qatari de l’Énergie, Saad al-Kaabi, a averti que le pétrole pourrait atteindre 150 dollars le baril si les perturbations se prolongent, avec tous les producteurs du Golfe potentiellement contraints de déclarer la force majeure en quelques jours. JP Morgan a publié des prévisions situant le Brent à 130 dollars si les conditions actuelles persistent deux mois. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé de faire monter le pétrole à 200 dollars si l’escalade américano-israélienne se poursuivait. Ce ne sont plus des hypothèses académiques. Ce sont des scénarios de marché avec des probabilités croissantes.
Cent cinquante dollars. Deux cents dollars. On récite ces chiffres comme des incantations, en espérant qu’ils resteront théoriques. Mais le détroit d’Ormuz est fermé. Les tankers ne passent plus. Et chaque jour qui passe sans résolution rapproche le monde d’un choc pétrolier qui ferait passer 2008 pour une turbulence légère.
L’impact macroéconomique selon le FMI
Le Fonds monétaire international estime que chaque hausse soutenue de 10 pour cent du prix du pétrole entraîne une augmentation de 0,4 pour cent de l’inflation et une réduction de 0,15 pour cent de la croissance mondiale. Avec une hausse de 50 pour cent en dix jours, l’arithmétique est dévastatrice. C’est 2 pour cent d’inflation supplémentaire et 0,75 pour cent de croissance en moins si les prix se maintiennent. Pour les économies émergentes, qui importent massivement leur énergie, c’est un arrêt de mort économique au ralenti. Le Pakistan, le Bangladesh, l’Égypte — des pays déjà au bord du gouffre financier — regardent le baril monter avec la terreur d’un condamné qui voit la corde se resserrer.
La question que personne ne pose : qui a calculé ça
Le timing suspect des frappes
Les frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont débuté le 28 février 2026. À cette date, le Brent était autour de 70 dollars. Quelqu’un, quelque part dans les salles de crise du Pentagone et du Département d’État, a nécessairement modélisé les conséquences sur les marchés pétroliers. Quelqu’un savait que frapper l’Iran signifiait fermer Ormuz. Que fermer Ormuz signifiait pétrole à 100 dollars. Que pétrole à 100 dollars signifiait financer la machine de guerre russe. Et on a frappé quand même.
C’est la question qui devrait hanter chaque décideur occidental. Pas celle de savoir si la guerre en Iran était justifiée sur le plan militaire. Mais celle de savoir si quelqu’un a pris en compte le fait que chaque bombe sur Téhéran enrichirait Moscou. Et si oui, pourquoi avoir frappé quand même.
Les intérêts convergents que personne ne nomme
Il existe des acteurs économiques qui bénéficient massivement de la hausse des prix du pétrole. Les compagnies pétrolières américaines. Les producteurs de schiste du Texas et du Dakota du Nord. Les traders de matières premières qui avaient pris des positions longues. L’Arabie saoudite, qui voit ses revenus exploser sans avoir besoin d’augmenter sa production. Et la Russie. Tous ces acteurs partagent un intérêt commun : que le pétrole reste cher. Et pourtant, personne dans les capitales occidentales ne semble faire le lien entre la décision de frapper l’Iran et les bénéficiaires réels de cette décision.
L'Europe prise au piège : entre solidarité atlantique et survie économique
Le continent qui paie la facture
L’Europe est la grande perdante de cette équation. Elle a soutenu les sanctions contre la Russie. Elle a réduit sa dépendance au gaz russe au prix d’une désindustrialisation partielle de l’Allemagne. Elle a investi des milliards dans la transition énergétique. Et maintenant, elle subit un choc pétrolier provoqué par une guerre que ses alliés américains ont déclenchée sans la consulter. Les prix de l’énergie flambent à nouveau. L’inflation qui commençait à reculer repart à la hausse. Et les revenus de la Russie, que les sanctions européennes étaient censées étrangler, explosent grâce à la guerre américaine en Iran.
L’Europe se retrouve dans la position absurde de financer indirectement, par la hausse des prix du pétrole, le même ennemi qu’elle combat directement par ses sanctions. Bruxelles sanctionne Moscou d’une main et lui remplit les poches de l’autre. Le tragique, c’est que personne à Bruxelles n’a son mot à dire sur la guerre qui cause tout cela.
La double peine des économies européennes
Les consommateurs européens paient déjà le prix. Le diesel, le kérosène, le fioul de chauffage — tout remonte. Les transporteurs routiers répercutent la hausse sur les prix des marchandises. Les compagnies aériennes ajoutent des surcharges carburant. Les agriculteurs, qui dépendent du diesel pour leurs tracteurs et du gaz pour leurs serres, voient leurs coûts de production exploser. La Banque centrale européenne, qui envisageait de continuer à baisser ses taux directeurs, se retrouve face à un dilemme impossible : soutenir la croissance ou combattre l’inflation importée.
La flotte fantôme : l'armée invisible de Poutine
Six cents navires hors de tout contrôle
La flotte fantôme russe est devenue la plus grande force navale marchande non régulée du monde. Des centaines de pétroliers vieillissants, rachetés par des sociétés-écrans enregistrées aux Émirats, en Inde, à Hong Kong, naviguent sous des pavillons de complaisance — Cameroun, Gabon, Palau. Ils désactivent leurs transpondeurs en pleine mer, transfèrent leur cargaison de navire à navire dans les eaux internationales, et livrent le brut russe sans aucune trace comptable. En janvier 2026, ces navires sanctionnés transportaient 68 pour cent des exportations russes de brut. Les 24 pour cent restants, transportés par des navires du G7, respectaient théoriquement le plafond. Théoriquement.
Soixante-huit pour cent. Plus des deux tiers du pétrole russe voyage sur des navires fantômes. L’Occident a déployé des sanctions comme on déploie un filet de pêche — sauf que les mailles sont assez larges pour y faire passer un supertanker. Le plafonnement des prix est devenu une fiction juridique que tout le monde fait semblant de respecter.
Le risque environnemental ignoré
Ces pétroliers fantômes ne sont pas seulement un problème géopolitique. Ce sont des bombes environnementales flottantes. Beaucoup ont plus de 20 ans. Leurs assurances sont douteuses ou inexistantes. Leurs équipages sont sous-payés et sous-formés. Ils naviguent dans certaines des voies maritimes les plus fréquentées du monde — la mer Baltique, le détroit du Danemark, le canal de Suez, le détroit de Malacca. Un seul accident majeur pourrait provoquer une marée noire catastrophique. Mais personne ne veut en parler, parce que parler de la flotte fantôme, c’est admettre que les sanctions ne fonctionnent pas.
Le budget de guerre russe : l'oxygène du pétrole
De la disette à l’abondance en dix jours
En janvier 2026, les recettes pétrolières russes avaient touché leur point le plus bas depuis fin 2022. 380 milliards de roubles. Une chute de plus de 50 pour cent par rapport à janvier 2025. Le rouble fort et les prix bas du brut comprimaient les revenus fiscaux. Le budget fédéral affichait un déficit croissant. Les analystes commençaient à évoquer des coupes budgétaires, y compris dans les dépenses militaires. Et puis le 28 février est arrivé. Les bombes sont tombées sur l’Iran. Et le pétrole a commencé à monter.
Il y a une cruauté particulière dans ce calendrier. Au moment exact où les sanctions commençaient enfin à mordre, au moment où le budget de guerre russe montrait des signes de faiblesse, une guerre au Moyen-Orient est venue tout effacer. Trois ans de pression économique occidentale, annulés en dix jours par des frappes américaines.
Les projections de Bloomberg
Bloomberg a rapporté que la Russie est en passe de connaître un bond de ses revenus pétroliers dans les semaines à venir. Si le Brent se maintient au-dessus de 100 dollars et que l’Oural reste autour de 91 dollars, les recettes fiscales russes pourraient doubler par rapport à janvier. Cet afflux de devises arrive au moment précis où Moscou en a le plus besoin pour financer son effort de guerre en Ukraine, remplacer les équipements militaires détruits, et payer les primes de combat qui attirent les nouvelles recrues. Le pétrole cher ne finance pas seulement le budget russe. Il finance la guerre.
Le piège stratégique : l'Amérique combat deux guerres avec les ressources d'une seule
L’enlisement que Poutine espérait
Les États-Unis se retrouvent exactement dans la position que Poutine espérait. Engagés dans un conflit militaire majeur au Moyen-Orient tout en essayant de maintenir leur soutien à l’Ukraine. Les stocks de munitions sont sous pression. Les systèmes de défense antimissile sont sollicités sur deux théâtres. L’attention politique de Washington est divisée. Et le Congrès, déjà réticent à voter de nouvelles aides à l’Ukraine, a maintenant un argument supplémentaire pour refuser : les ressources sont nécessaires ailleurs.
Et pourtant. Washington continue de prétendre que ces deux guerres sont compatibles. Que les États-Unis peuvent bombarder l’Iran et protéger l’Ukraine. Que les Patriot suffisent pour les deux fronts. Que le budget militaire peut absorber les deux conflits. L’histoire militaire américaine enseigne pourtant une leçon cruelle : chaque guerre supplémentaire dilue les précédentes.
La diversion parfaite pour Moscou
Pendant que les médias mondiaux couvrent la guerre en Iran, les frappes russes sur l’Ukraine reçoivent moins d’attention. Les 288 missiles de février ont à peine fait les gros titres. La fatigue informationnelle joue en faveur de Moscou. Le public occidental, saturé de crises, se désintéresse progressivement du conflit ukrainien. Les manifestations de soutien à l’Ukraine se raréfient. Les drapeaux ukrainiens disparaissent des fenêtres européennes. Et Poutine avance ses pions dans un silence médiatique croissant.
Ce que l'histoire retiendra de cette semaine de mars 2026
Les perdants et les gagnants de l’équation pétrolière
Les perdants de cette équation sont faciles à identifier. Les civils ukrainiens, qui subissent des bombardements financés par le pétrole cher. Les consommateurs du monde entier, qui paient leur essence et leur chauffage plus cher. Les économies émergentes, étranglées par l’inflation énergétique. Les contribuables européens, dont les sanctions sont rendues caduques par la flambée des cours. Et les civils iraniens, pris entre les frappes américano-israéliennes et la répression de leur propre régime. Le sang coule des deux côtés. L’argent coule dans une seule direction : vers Moscou. Les gagnants sont moins nombreux, mais infiniment plus puissants. Le Kremlin, dont les revenus explosent. Les compagnies pétrolières mondiales, dont les profits atteignent des sommets. Les traders de matières premières, qui ont parié sur la hausse. L’Arabie saoudite, qui voit ses revenus augmenter sans effort. Et les fabricants d’armes, qui fournissent les deux côtés de chaque conflit. La guerre est le business le plus rentable de l’histoire humaine. Et le pétrole en est la monnaie.
Dans cette guerre de l’énergie, il n’y a pas de front défini. Pas de tranchées. Pas de ligne de démarcation. Il y a des peuples qui souffrent et des coffres qui se remplissent. Il y a des enfants qui grelottent dans des abris ukrainiens et des oligarques qui trinquent dans leurs dachas. Le pétrole ne connaît pas la morale. Il connaît le prix.
Le moment où tout a convergé
L’histoire retiendra que la semaine du 9 mars 2026 est celle où trois crises ont fusionné en une seule. La guerre en Ukraine, qui dure depuis quatre ans. La guerre en Iran, déclenchée dix jours plus tôt. Et la crise énergétique mondiale, que l’on croyait maîtrisée depuis 2023. Trois crises qui s’alimentent mutuellement dans un cercle vicieux dont personne ne contrôle la sortie. Le pétrole est le fil qui les relie. Et ce fil est entre les mains de Vladimir Poutine.
La leçon que personne ne veut apprendre
La leçon est simple, brutale, et personne ne veut l’entendre. Dans un monde interconnecté, chaque action militaire a des conséquences économiques qui dépassent infiniment le théâtre d’opérations. Chaque bombe a un coût énergétique. Chaque guerre a un prix pétrolier. Et ce prix, ce ne sont jamais les décideurs qui le paient. Ce sont les peuples. À Kyiv. À Téhéran. À Berlin. À Islamabad. Partout où un litre d’essence représente la différence entre manger et ne pas manger.
Le verdict : Moscou a gagné cette manche sans tirer un seul coup de feu
Le cynisme comme stratégie d’État
La Russie n’a pas déclenché la guerre en Iran. Elle n’a pas fermé le détroit d’Ormuz. Elle n’a pas fait monter le prix du pétrole. Elle a simplement attendu. Attendu que ses adversaires commettent l’erreur stratégique qu’elle espérait. Attendu que le Brent franchisse les 100 dollars. Attendu que l’Oural atteigne 91 dollars. Attendu que les acheteurs indiens fassent la queue pour son pétrole. Et maintenant, elle encaisse. Sans un coup de feu. Sans un soldat déployé au Moyen-Orient. Le cynisme élevé au rang de stratégie d’État.
Il y a dans cette situation quelque chose qui dépasse le simple calcul géopolitique. C’est la démonstration vivante que dans ce monde, les plus grands vainqueurs ne sont pas ceux qui combattent. Ce sont ceux qui regardent les autres se battre. Poutine n’a pas gagné une bataille. Il a gagné une rente. Et cette rente se mesure en barils, en milliards, et en vies ukrainiennes perdues.
Ce qui vient ensuite
Si le détroit d’Ormuz reste fermé trois mois, les revenus pétroliers russes pourraient atteindre des niveaux jamais vus depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Le budget militaire de Moscou serait entièrement financé par le chaos énergétique mondial. Les sanctions occidentales deviendraient non seulement inefficaces, mais contre-productives — en limitant l’offre mondiale de pétrole, elles contribueraient à maintenir les prix élevés dont la Russie profite. Le serpent se mord la queue. Et il n’y a personne dans les capitales occidentales qui semble capable de briser ce cercle.
Signé Maxime Marquette
Sources
Les sources ci-dessous permettent au lecteur de vérifier chaque fait, chaque chiffre, chaque affirmation contenue dans cet éditorial. La transparence n’est pas une option. C’est une obligation envers ceux qui nous lisent.
Sources primaires
Al Jazeera — Oil soars past $100 a barrel, stocks plunge as US-Israel war on Iran rages, 9 mars 2026
Axios — Oil tops $100 a barrel as Iran war escalates, 8 mars 2026
CNBC — Oil prices: Analysts raise the alarm as crude soars over Iran war, 9 mars 2026
NPR — Crude oil prices swing wildly as the Iran war stretches on, 8 mars 2026
Sources secondaires
TIME — How Russia Emerged as an Early Winner of the Iran War, 10 mars 2026
CNBC — As the Iran war upends energy flows, Russia is emerging as the real winner, 10 mars 2026
Bloomberg — Russia Set for Oil-Revenue Surge in Coming Weeks on Iran War, 10 mars 2026
OilPrice.com — Russia Faces Sharp Drop in Oil Tax Revenue at Start of 2026
Euronews — Russia’s oil revenues dwindle as sanctions bite, hitting economy, 10 février 2026
The Moscow Times — Low Oil Prices, Strong Ruble Squeezed Russia’s Budget in February, 9 mars 2026