Plus que ce que possèdent des nations entières
Arrêtons-nous sur un seul chiffre : 61 systèmes d’artillerie détruits en une seule journée. Pour mettre cette destruction en perspective, l’armée belge possède environ 46 pièces d’artillerie. L’armée danoise, une soixantaine. En une journée, l’Ukraine a détruit l’équivalent de la totalité du parc d’artillerie de plusieurs nations membres de l’OTAN. Et ce n’est pas un jour exceptionnel — la veille, c’était 73 systèmes. L’artillerie russe, cette « dieu de la guerre » selon la doctrine soviétique, est en train de disparaître tube par tube, affût par affût, dans les champs de boue de l’Ukraine orientale.
La Russie se présentait comme la première puissance d’artillerie du monde. Elle l’était peut-être en février 2022. Trois ans plus tard, elle a perdu 38 263 systèmes — un chiffre si grotesque qu’il semble inventé. Il ne l’est pas. Et chaque jour qui passe en ajoute 50, 60, 70 de plus à la pile de ferraille.
La saignée qui ne s’arrête pas
Au total, depuis le 24 février 2022, la Russie a perdu 38 263 systèmes d’artillerie selon les données cumulatives de l’état-major ukrainien. Ce chiffre inclut les obusiers, les canons automoteurs, les mortiers lourds et les pièces tractées. Pour compenser, Moscou puise dans ses stocks soviétiques — des pièces stockées depuis les années 1970 et 1980, souvent en mauvais état, parfois dangereuses pour leurs propres servants. La Russie ne remplace pas ses pertes. Elle les maquille en sortant de la naphtaline des reliques d’un autre siècle.
2 157 drones en un jour — la guerre invisible qui dévore le ciel
L’explosion de la guerre des drones
2 157 drones détruits en 24 heures. Ce chiffre est peut-être le plus révélateur de la transformation radicale qu’a subie ce conflit. Il y a un an, les bilans quotidiens comptaient quelques dizaines de drones. Aujourd’hui, on en détruit plus de deux mille par jour. Le ciel ukrainien est devenu un océan de machines volantes — des drones FPV kamikazes à 500 dollars, des Shahed iraniens à 20 000 dollars, des drones de reconnaissance, des drones-mères transportant des sous-munitions. Et pourtant, l’Ukraine les abat par milliers, jour après jour, avec une efficacité qui force l’admiration et qui terrorise les planificateurs russes.
2 157 drones en un jour. Répétons ce chiffre jusqu’à ce qu’il cesse d’être abstrait. C’est 90 drones par heure. Un drone et demi par minute. Chaque minute de chaque heure de chaque jour, quelque part au-dessus de l’Ukraine, un drone russe est transformé en débris. C’est la plus grande bataille aérienne de l’histoire — et elle se déroule sans pilotes, sans cockpits, sans parachutes.
Le total cumulé qui donne le vertige
Le compteur cumulatif affiche désormais 170 966 drones opérationnels et tactiques détruits depuis le début de l’invasion. Cent soixante-dix mille. C’est un chiffre de production industrielle, pas un chiffre de guerre. Il révèle l’ampleur de la chaîne logistique que la Russie a dû construire — avec l’aide de l’Iran, de la Chine et de la Corée du Nord — pour alimenter un front qui consume les drones plus vite que les usines ne peuvent les produire. Chaque drone abattu est une victoire tactique ukrainienne. Mais c’est aussi un rappel que l’adversaire en envoie toujours plus.
11 763 chars — le cimetière blindé de Poutine
L’armée de chars qui n’existe plus
Les 5 chars détruits le 10 mars ne sont qu’une goutte dans un océan de métal tordu. Le total cumulé atteint désormais 11 763 chars russes détruits, capturés ou abandonnés. Pour contextualiser : avant l’invasion, les estimations les plus généreuses créditaient la Russie d’environ 12 000 à 13 000 chars en service actif et en réserve. La Russie a donc perdu l’équivalent de la quasi-totalité de son parc blindé d’avant-guerre. Ce qui roule encore sur le front, ce sont des T-62 des années 1960, des T-72 sans blindage réactif, des reliques que n’importe quel missile antichar Javelin ou drone FPV à 500 dollars peut transformer en cercueil d’acier.
L’armée russe était censée rouler sur Kyiv en trois jours avec la plus grande force blindée d’Europe. Trois ans plus tard, elle a perdu plus de chars que la plupart des pays n’en ont jamais possédé. Le « dieu de la guerre blindée » russe n’est plus qu’un fantôme mécanique, un musée roulant de la Guerre froide envoyé mourir dans des champs minés du Donbass.
La production qui ne suit pas
La Russie produit environ 200 chars neufs par an dans ses usines, principalement à l’Ouralvagonzavod de Nizhny Tagil. Elle en perd en moyenne 10 à 15 par jour. L’arithmétique est implacable : la production annuelle est consumée en deux à trois semaines de combat. Le reste provient des stocks soviétiques — des milliers de chars entreposés en plein air depuis des décennies, rongés par la rouille, pillés pour leurs pièces, remis en état à la hâte avec des résultats que les équipages découvrent au front, souvent fatalement.
La logistique en flammes — 281 véhicules en une journée
Le sang de l’armée qui coule
281 véhicules et camions-citernes détruits en un seul jour. La logistique est le système circulatoire d’une armée — sans carburant, sans munitions, sans ravitaillement, les chars ne sont que de la ferraille et les soldats ne sont que des cibles. L’Ukraine l’a compris mieux que quiconque et frappe systématiquement les lignes d’approvisionnement russes avec des drones longue portée, de l’artillerie guidée par satellite et des frappes profondes sur les dépôts. Le total cumulé de 82 791 véhicules détruits raconte l’histoire d’une armée qui se vide de son sang logistique.
On parle beaucoup des chars et des avions. On parle moins des camions. Et pourtant, c’est dans la destruction méthodique, invisible, quotidienne de milliers de camions-citernes et de véhicules de ravitaillement que se joue le vrai destin de cette guerre. Une armée sans carburant est une armée morte. Et la Russie perd 281 véhicules par jour.
Le cercle vicieux de l’attrition logistique
Chaque véhicule logistique détruit crée un effet cascade. Le camion de munitions qui n’arrive pas signifie que le canon se tait. Le canon qui se tait signifie que l’infanterie avance sans couverture. L’infanterie sans couverture meurt plus vite. Et les renforts envoyés pour combler les pertes ont besoin de plus de camions pour transporter plus de munitions — camions qui sont eux-mêmes des cibles. La Russie est prise dans une spirale logistique descendante que ses commandants ne peuvent briser sans une refonte complète de leur doctrine — refonte qu’ils sont incapables d’effectuer en plein combat.
Le front en chiffres — 137 affrontements en 24 heures
Pokrovsk, Huliaipole, Kostiantynivka — les axes brûlants
Les pertes russes ne sont pas abstraites. Elles sont le produit de 137 affrontements répartis sur une ligne de front de plus de 1 200 kilomètres. Selon le dernier rapport de situation de l’état-major ukrainien, les axes les plus chauds restent Pokrovsk, Huliaipole et Kostiantynivka. Sur chacun de ces axes, la Russie lance des vagues d’assaut quotidiennes — des groupes de 10 à 30 soldats, parfois appuyés par un ou deux blindés, qui avancent vers des positions ukrainiennes fortifiées. La plupart de ces assauts échouent. Les survivants reculent. Et le lendemain, d’autres vagues arrivent.
137 affrontements en un jour. Ce n’est pas une bataille — c’est un front entier qui brûle simultanément, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Et dans chacun de ces 137 affrontements, des hommes meurent pour des centaines de mètres que leurs commandants oublieront dans le briefing du lendemain.
La doctrine des vagues humaines
La tactique russe des vagues d’assaut — parfois appelée « viande storm » par les soldats ukrainiens eux-mêmes — consiste à submerger les défenses par le nombre plutôt que par la manœuvre. Les premières vagues servent de détecteurs de mines humains. Les deuxièmes vagues tentent de progresser sur les corps des premières. Les troisièmes vagues sont censées consolider les gains — s’il y en a. Cette doctrine n’est pas née de l’incompétence. Elle est née de l’incapacité structurelle de l’armée russe à conduire des opérations interarmes complexes après avoir perdu ses officiers expérimentés et ses unités d’élite dans les premiers mois de la guerre.
Le cumul qui condamne — 1 275 980 pertes totales
Le mur des chiffres
Le bilan cumulatif au 11 mars 2026 dresse un inventaire de destruction qui défie l’entendement. 1 275 980 personnels éliminés. 11 763 chars. 24 177 véhicules blindés. 38 263 systèmes d’artillerie. 1 680 lance-roquettes multiples. 1 328 systèmes de défense antiaérienne. 435 avions. 349 hélicoptères. 4 403 missiles de croisière interceptés. 31 navires de guerre. 2 sous-marins. Chaque ligne de ce bilan est une catastrophe militaire en soi. L’ensemble forme le portrait de la plus grande destruction militaire infligée à une seule armée depuis la Seconde Guerre mondiale.
Je recopie ces chiffres et je me demande : existe-t-il un seuil au-delà duquel la destruction d’une armée cesse d’être une statistique pour devenir un crime contre l’humanité ? Quand on envoie consciemment des hommes se faire tuer par milliers chaque jour, en sachant pertinemment que les gains sont nuls, on ne fait plus la guerre. On administre un massacre.
Ce que les chiffres ne disent pas
Derrière chaque char détruit, il y a un équipage de trois ou quatre hommes. Derrière chaque système d’artillerie, une batterie de six à huit servants. Derrière chaque hélicoptère, un pilote formé pendant des années. Les chiffres d’équipement sont des multiplicateurs de pertes humaines que les bilans officiels ne capturent qu’imparfaitement. Les 1 275 980 pertes de personnels sont probablement un plancher, pas un plafond — les propres documents classifiés du Kremlin, récemment obtenus par le renseignement ukrainien, estiment les pertes irréversibles russes à 1 315 000.
La défense antiaérienne en péril — 1 328 systèmes perdus
Le bouclier qui se fissure
La perte de 1 328 systèmes de défense antiaérienne est peut-être le chiffre le plus stratégiquement significatif du bilan. La défense antiaérienne était le joyau de la doctrine militaire russe — les systèmes S-300, S-400, Pantsir, Buk formaient un réseau censé rendre le ciel russe impénétrable. Ce réseau est en train de s’effriter. Les Forces spéciales ukrainiennes ont détruit quatre radars stratégiques en Crimée dans la seule nuit du 8-9 mars. Les frappes de drones longue portée atteignent des systèmes Pantsir jusque dans la région de Melitopol. Le ciel russe n’est plus impénétrable. Il est percé de trous que Moscou ne peut plus colmater.
La Russie vendait ses systèmes de défense antiaérienne comme les meilleurs au monde. Des pays entiers ont acheté des S-400 sur cette promesse. Aujourd’hui, 1 328 de ces systèmes sont des débris dans les champs ukrainiens. Le meilleur argument de vente de l’industrie d’armement russe gît en pièces sur un front que la Russie est en train de perdre. Quel client voudra encore acheter ?
Les conséquences stratégiques
Et pourtant, la dégradation de la défense antiaérienne russe a des conséquences qui dépassent le champ de bataille ukrainien. Chaque S-300 détruit en Ukraine est un S-300 qui ne protège plus Moscou, Saint-Pétersbourg ou les sites nucléaires russes. La Russie dégarnit sa propre défense territoriale pour alimenter un front qui dévore les systèmes plus vite qu’ils ne peuvent être produits. C’est le dilemme ultime de l’attrition : protéger le front ou protéger la patrie. Moscou a choisi le front. Et le front les détruit quand même.
435 avions, 349 hélicoptères — la suprématie aérienne fantôme
L’aviation russe clouée au sol
La Russie disposait d’environ 1 500 avions de combat et 800 hélicoptères au début de l’invasion. Elle en a perdu 435 et 349 respectivement — soit environ un tiers de sa flotte aérienne totale. Et ces chiffres sous-estiment probablement la réalité, car ils ne comptent pas les appareils endommagés au-delà de toute réparation qui ne sont pas officiellement « détruits ». L’armée de l’air russe, censée établir la suprématie aérienne en quelques heures, opère désormais à distance de sécurité — ses avions tirent des bombes planantes depuis l’espace aérien russe, incapables de s’approcher du front sans risquer d’être abattus par les défenses antiaériennes ukrainiennes.
La suprématie aérienne russe était un mythe. Elle l’a toujours été. Mais ce mythe a survécu pendant des décennies dans les rapports du Pentagone, les analyses des think tanks, les budgets de défense occidentaux. Il a fallu une guerre réelle, avec de vrais missiles et de vrais débris, pour que le monde réalise que le roi était nu depuis le début.
Le coût de formation irremplaçable
Chaque pilote abattu représente un investissement de formation de 5 à 10 ans et de plusieurs millions de dollars. La Russie ne peut pas remplacer ses pilotes expérimentés au rythme où elle les perd. Les écoles de pilotage russes, déjà sous-financées avant la guerre, ne produisent pas assez de diplômés. Le résultat : des pilotes moins expérimentés, plus d’erreurs, plus de pertes, moins de missions efficaces. C’est un cercle vicieux que l’argent seul ne peut briser — parce que le temps de formation ne se compresse pas, même quand le Kremlin l’ordonne.
31 navires et 2 sous-marins — la flotte de la mer Noire décimée
La marine russe humiliée
La perte de 31 navires de guerre et de 2 sous-marins mérite une mention particulière. La flotte russe de la mer Noire, autrefois maîtresse incontestée de ces eaux, a été chassée de son propre port d’attache de Sébastopol par un pays qui ne possédait aucun navire de guerre majeur. L’Ukraine a accompli cet exploit avec des drones navals, des missiles antinavires Neptune et une ingéniosité tactique qui fera l’objet de manuels militaires pendant des générations. Le croiseur Moskva, navire amiral de la flotte, repose au fond de la mer depuis avril 2022 — symbole parfait de l’arrogance russe coulée par l’audace ukrainienne.
Un pays sans marine a coulé la flotte d’un pays qui se disait puissance maritime. Si cette phrase ne résume pas toute l’absurdité de l’aventure militaire russe en Ukraine, rien ne le fera. La mer Noire russe est devenue la mer Noire ukrainienne — et le Kremlin n’y peut plus rien.
Les conséquences pour la projection de puissance
Et pourtant, les pertes navales ont des implications qui dépassent la mer Noire. La Russie ne peut pas remplacer ses navires de guerre au rythme des pertes. Les chantiers navals russes, déjà engorgés avant la guerre, font face aux mêmes sanctions qui étranglent le reste de l’industrie de défense. Chaque navire coulé réduit la capacité de la Russie à projeter sa puissance au-delà de ses propres côtes — en Méditerranée, dans l’Arctique, dans l’océan Indien. La guerre d’Ukraine est en train de transformer la Russie d’une puissance navale régionale en une puissance côtière à peine capable de défendre ses propres ports.
4 403 missiles de croisière — l'arsenal qui fond
Les missiles Kalibr et Iskander au compte-gouttes
L’interception ou la destruction de 4 403 missiles de croisière illustre une autre dimension de l’épuisement russe. Les missiles Kalibr, Iskander et Kh-101 sont des armes de précision coûteuses — entre 1 et 13 millions de dollars l’unité selon le modèle. La Russie ne peut en produire qu’une quantité limitée par mois, notamment à cause des sanctions sur les composants électroniques occidentaux. Chaque salve massive de missiles lancée contre les infrastructures ukrainiennes rapproche la Russie du moment où ses stocks seront insuffisants pour mener des campagnes de bombardement stratégique.
La Russie a lancé ses missiles de croisière contre des maternités, des centres commerciaux, des immeubles résidentiels, des centrales électriques. Et l’Ukraine les a abattus — 4 403 d’entre eux. Chaque missile intercepté est une ville épargnée, une famille sauvée, un crime empêché. Le bouclier antimissile ukrainien n’est pas une prouesse technique — c’est un acte de résistance civilisationnelle.
La dépendance aux composants occidentaux
Les enquêtes indépendantes sur les débris de missiles russes ont révélé que la majorité contiennent des microprocesseurs, des semi-conducteurs et des composants électroniques fabriqués en Occident — par des entreprises américaines, européennes, japonaises. Ces composants arrivent en Russie via des réseaux de contournement passant par la Turquie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan et la Chine. Les sanctions ralentissent l’approvisionnement mais ne l’arrêtent pas complètement. La Russie a cependant été forcée de réduire la sophistication de certains missiles, utilisant des composants de machine à laver dans des systèmes de guidage — un fait qui serait comique s’il ne tuait pas des civils ukrainiens.
La comparaison qui fait mal — l'OTAN et la Russie face à face
Ce que l’OTAN perdrait en un an, la Russie le perd en une semaine
Pour comprendre la magnitude de ces pertes quotidiennes, comparons. L’ensemble des forces armées françaises compte environ 200 000 militaires actifs. La Russie perd l’équivalent de l’armée française entière en environ 7 mois de combat en Ukraine. L’armée britannique, environ 80 000 soldats, serait théoriquement éliminée en 80 jours au rythme des pertes russes. La Bundeswehr allemande, avec ses 180 000 militaires, tiendrait 6 mois. Aucune armée européenne ne survivrait un an au régime de pertes que la Russie s’impose en Ukraine.
Ces comparaisons ne sont pas un exercice académique. Elles sont un miroir tendu à l’Europe. Si la Russie, avec toutes ses ressources, perd mille hommes par jour en Ukraine, imaginez ce qui se passerait si cette même armée — même affaiblie — se tournait demain vers un pays balte, vers la Finlande, vers la Pologne. L’Ukraine n’est pas seulement en train de se défendre. Elle est en train de démontrer, au prix de son propre sang, ce que coûte une guerre contre un adversaire déterminé.
Le signal d’alarme pour l’Europe
Les pertes quotidiennes russes sont aussi un avertissement pour les planificateurs de défense européens. Si l’OTAN devait un jour affronter la Russie directement, les stocks d’armes et de munitions européens seraient consumés en quelques semaines. La guerre d’Ukraine a révélé que les armées occidentales ne sont pas dimensionnées pour un conflit de haute intensité prolongé. Les 61 systèmes d’artillerie détruits en un jour en Ukraine représentent plus que ce que la plupart des pays européens pourraient perdre avant d’être à court.
Le facteur drone — la révolution qui change tout
170 966 drones et la naissance d’une nouvelle ère
Le chiffre cumulatif de 170 966 drones détruits est un marqueur historique. Il confirme que la guerre russo-ukrainienne est le premier conflit où les drones sont devenus l’arme dominante du champ de bataille — plus que l’artillerie, plus que les chars, plus que l’aviation. Les drones FPV à quelques centaines de dollars détruisent des chars à plusieurs millions. Les drones de reconnaissance rendent l’élément de surprise quasi impossible. Les drones longue portée frappent des cibles à des centaines de kilomètres derrière les lignes. Chaque armée du monde observe ce conflit et en tire la même conclusion : l’avenir de la guerre est dans les airs, il est petit, il est bon marché, et il est létal.
La guerre des drones en Ukraine est le laboratoire grandeur nature que chaque état-major du monde étudie avec une attention obsessionnelle. Et le verdict est sans appel : les armées qui n’investissent pas massivement dans les drones et les systèmes anti-drones aujourd’hui seront les armées qui perdront les guerres de demain. L’Ukraine ne se bat pas seulement pour sa survie — elle réécrit le manuel de la guerre moderne.
L’asymétrie économique qui favorise l’Ukraine
L’une des ironies les plus cruelles de cette guerre est que l’Ukraine, le pays le plus pauvre du conflit, a trouvé dans les drones un égalisateur stratégique. Un drone FPV ukrainien coûte entre 300 et 2 500 dollars. Le char russe qu’il détruit vaut entre 2 et 5 millions. Le système Pantsir qu’il neutralise vaut 15 millions. Le rapport coût-efficacité est de l’ordre de 1:1000 dans les cas les plus extrêmes. La Russie est prise dans un piège économique : elle dépense des fortunes en équipements lourds que l’Ukraine détruit avec des armes qui coûtent le prix d’un vélo.
La production de guerre russe — le mythe de l'infini
Les usines qui ne suffisent plus
Le Kremlin a consacré environ 40 % de son budget fédéral à la défense et à la sécurité en 2025 — un niveau jamais vu depuis l’Union soviétique. Les usines d’armement tournent en trois équipes, 24 heures sur 24. Et pourtant, la production ne compense pas les pertes. La Russie produit environ 200 chars par an et en perd 3 000 à 4 000. Elle produit quelques dizaines de systèmes d’artillerie neufs et en perd plus de 10 000 par an. Le déficit est comblé par les stocks soviétiques — mais ces stocks, aussi vastes soient-ils, sont finis.
Le mythe de l’arsenal russe infini est le dernier mensonge qui tient encore debout à Moscou. Et il ne tient que parce que personne ne fait le calcul. Le calcul est simple : ce qui sort des usines est un dixième de ce qui disparaît sur le front. Le reste vient de la naphtaline. Et la naphtaline, un jour, sera vide.
Les sanctions qui mordent en silence
Les sanctions occidentales n’ont pas arrêté la machine de guerre russe — mais elles l’ont significativement dégradée. Les composants électroniques manquent. Les roulements à billes de précision sont introuvables. Les machines-outils importées ne sont plus entretenues. Les alliages spéciaux pour les turbines de missiles sont rationnés. Le résultat : des armes moins précises, moins fiables, moins nombreuses. Les 61 systèmes d’artillerie détruits aujourd’hui seront remplacés par des systèmes moins performants. Et les soldats qui les servent seront moins bien formés que ceux qu’ils remplacent.
Ce que ces chiffres quotidiens signifient pour l'avenir
L’horloge de l’attrition
Chaque bilan quotidien de l’état-major ukrainien est une page arrachée au calendrier de survie de l’armée russe. Au rythme actuel — ~1 000 soldats/jour, ~60 systèmes d’artillerie/jour, ~10 chars/jour, ~2 000 drones/jour — la Russie approche inexorablement de son point de culmination : le moment où les pertes cumulées dégradent les capacités combattantes au-delà de toute récupération. Certains analystes estiment que ce point est déjà atteint dans certains secteurs du front. D’autres estiment qu’il reste des mois, voire un an, de marge. Mais personne — absolument personne — ne prétend que la trajectoire est soutenable indéfiniment.
La question n’est plus de savoir SI la Russie atteindra son point de rupture. La question est QUAND. Et la réponse se trouve dans ces bilans quotidiens que l’état-major ukrainien publie chaque matin avec la régularité d’une horloge. 990 aujourd’hui. 950 hier. 1 100 demain peut-être. Le compte à rebours est en cours. Le Kremlin le sait. Il a juste décidé de ne pas regarder l’horloge.
Le choix de l’Occident
Et pourtant, malgré ces chiffres accablants, le débat occidental reste prisonnier d’une fausse symétrie. « Les deux camps souffrent. » « La guerre est dans l’impasse. » « Il faut négocier. » Ces phrases, répétées dans les chancelleries et les éditoriaux, ignorent délibérément ce que les bilans quotidiens hurlent : la Russie est en train de perdre cette guerre en termes militaires bruts. Elle perd plus d’hommes, plus d’équipement, plus de terrain relatif, et plus de capacité industrielle que l’Ukraine. La seule question est : l’Occident donnera-t-il à l’Ukraine les moyens de transformer cette attrition en victoire décisive, ou la laissera-t-il lentement s’épuiser dans une guerre d’usure que le temps finira par trancher ?
Conclusion : Le bulletin quotidien de la vérité
L’état-major comme chroniqueur du désastre
Chaque matin, l’état-major ukrainien publie un bulletin. Des chiffres. Des lignes. Des catégories. 990 soldats. 61 canons. 5 chars. 2 157 drones. 281 véhicules. On peut les lire comme des statistiques. On peut les lire comme de la propagande de guerre. Ou on peut les lire pour ce qu’ils sont réellement : le bulletin quotidien de la vérité sur la plus grande catastrophe militaire du XXIe siècle. Une catastrophe qui se mesure non pas en batailles perdues ou en villes tombées, mais en vies humaines gaspillées, en équipements consumés et en capacités irrémédiablement détruites.
990 morts. Demain, il y en aura d’autres. Et après-demain encore. Et chaque jour, quelque part en Russie, des mères qui ne savent pas encore qu’elles ne reverront plus jamais leurs fils recevront un coup de téléphone, une visite, ou pire — rien du tout. Et chaque jour, je me demanderai combien de temps le monde peut regarder ce compteur tourner avant de décider que c’est assez.
Les chiffres comme acte de résistance
Le fait même que l’Ukraine publie ces chiffres chaque jour est un acte de résistance. Contre le silence du Kremlin. Contre l’indifférence du monde. Contre la banalisation de la mort. Chaque bilan quotidien dit au monde : nous comptons. Nous comptons les chars. Nous comptons les avions. Nous comptons les morts. Parce que si nous ne les comptons pas, personne ne le fera. Et si personne ne les compte, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé. 990 soldats russes sont morts aujourd’hui. Ils ont existé. Et l’Ukraine refuse de les laisser disparaître dans le silence.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Russian army loses 990 troops, 61 artillery systems in past day — Ukrinform, 11 mars 2026