Abu Dhabi, la promesse avortée
On avait presque osé y croire. Presque. Ce mot qui résume toute l’histoire diplomatique de ce conflit.
La réunion d’Abu Dhabi n’était pas un round de négociations comme les autres. Pour la première fois depuis le début des pourparlers brokered par Washington, l’agenda incluait le sujet que tout le monde évitait : les territoires. La Crimée. Le Donbass. Zaporijjia. Kherson. Ces noms que la Russie considère comme définitivement siens et que l’Ukraine refuse de céder. La question qui, si elle trouve une réponse, ouvre la porte à tout le reste. Et si elle n’en trouve pas, referme tout. C’était la réunion de la dernière chance. Celle où les lignes rouges allaient enfin être posées sur la table, noir sur blanc, avec des cartes et des tracés.
Les Émirats arabes unis avaient été choisis pour leur neutralité relative. Un pays qui parle à Moscou sans déplaire à Washington. Un terrain neutre dans un monde où la neutralité est devenue un luxe. Les équipes de négociation étaient prêtes. Les documents préparatoires avaient été échangés. Le format était défini : d’abord les questions territoriales, ensuite les garanties de sécurité, puis le calendrier d’une éventuelle rencontre au sommet. Et pourtant, quelques jours avant la date prévue, un seul coup de téléphone a suffi. Reporté. Les bombes tombaient déjà sur Téhéran.
Ce que les dossiers contenaient
Les documents qui devaient être discutés à Abu Dhabi représentaient des mois de travail diplomatique. Des compromis arrachés phrase par phrase, mot par mot. Des formulations calibrées pour que Moscou ne claque pas la porte et que Kiev ne perde pas la face. Le travail invisible de dizaines de diplomates qui croient encore que les mots peuvent arrêter les armes. Et tout ça est resté dans des mallettes. Fermées. En attente d’une date qui ne vient pas. Parce que le monde a décidé que l’Iran était plus urgent. Parce que le pétrole à plus de 100 dollars le baril pèse plus lourd que des vies ukrainiennes dans la balance de la realpolitik.
La question territoriale était le noeud. Le Kremlin exige la reconnaissance de ses annexions. Kiev exige le retour à ses frontières de 1991. Entre les deux, un gouffre que seule une volonté politique massive peut combler. Cette volonté existait peut-être en février. Elle s’est évaporée en mars. Comme la rosée du matin sur un champ de bataille. On peut toujours dire qu’elle reviendra. On peut toujours promettre que ce n’est que partie remise. Mais chaque jour qui passe sans négociation est un jour où la Russie consolide ses positions. Chaque semaine de silence est une semaine où le statu quo se durcit un peu plus.
L'appel du 9 mars et ce qu'il révèle
Trump et Poutine parlent, mais pas d’Ukraine
Quand le président des États-Unis appelle le président de la Russie et que l’Ukraine n’est même pas le sujet principal, on a compris dans quel monde on vit.
Le 9 mars 2026, Donald Trump a décroché son téléphone pour appeler Vladimir Poutine. Le premier appel de l’année entre les deux hommes. Un événement en soi. Mais ce qui est remarquable, ce n’est pas qu’ils se soient parlé. C’est de quoi ils ont parlé. L’Iran. Le Moyen-Orient. La situation sécuritaire régionale. L’Ukraine, mentionnée en passant. Comme un post-scriptum. Comme un sujet qu’on aborde par politesse avant de raccrocher. Le pays qui brûle depuis plus de trois ans traité comme une note de bas de page dans une conversation entre les deux hommes les plus puissants du monde.
Et pourtant, c’est cet appel qui devait relancer les négociations. C’est ce canal Trump-Poutine qui était censé être le levier. L’administration américaine avait vendu cette relation comme un atout. Trump le dealmaker. Trump qui parle à tout le monde. Trump qui va régler ça. Sauf que quand Trump parle à Poutine, il parle d’Iran, de pétrole, de sanctions qu’il envisage de réduire parce que le baril dépasse les 100 dollars. L’Ukraine attend son tour. L’Ukraine attend toujours son tour.
Les sanctions comme monnaie d’échange
Il y a quelque chose de vertigineux dans le fait que Trump envisage de réduire les sanctions pétrolières contre la Russie au moment même où les négociations de paix sont au point mort. Les sanctions étaient le principal levier de pression sur Moscou. Le principal argument pour forcer Poutine à négocier sérieusement. Et voilà qu’on parle de les alléger. Pas parce que la Russie a fait des concessions. Pas parce que la paix approche. Mais parce que le prix du pétrole fait mal aux consommateurs américains. Parce que les élections de mi-mandat approchent. Parce que la politique intérieure dicte la politique étrangère, comme toujours.
Réduire les sanctions maintenant, c’est dire à Poutine : tu peux attendre. Le temps joue pour toi. Les Occidentaux vont se fatiguer avant toi. Et c’est exactement ce qui se passe. La fatigue de la guerre n’est pas ukrainienne. Elle est occidentale. C’est nous qui nous lassons. C’est nous qui changeons de chaîne. C’est nous qui passons à la crise suivante pendant que des gens continuent de mourir dans des tranchées qui ressemblent à celles de 1916. La mémoire courte des démocraties est l’arme la plus puissante des autocraties. Poutine le sait. Il a toujours compté dessus.
L'Iran comme prétexte parfait
Comment une guerre en chasse une autre
La guerre en Iran n’a pas causé l’abandon de l’Ukraine. Elle a simplement fourni une excuse respectable pour un abandon qui se préparait depuis longtemps.
Soyons honnêtes. La guerre en Iran n’est pas la raison pour laquelle les négociations ukrainiennes sont au point mort. Elle en est le prétexte. La raison, elle est plus ancienne, plus profonde, plus dérangeante. La raison, c’est que la paix en Ukraine n’a jamais été une priorité réelle. Elle a été un slogan. Un élément de communication. Une promesse de campagne. Mais pas un objectif stratégique concret avec un calendrier, des moyens et une volonté. La guerre en Iran a simplement rendu visible ce qui était déjà vrai : quand quelque chose de plus bruyant arrive, l’Ukraine passe à la trappe.
Les frappes américano-israéliennes ont déstabilisé toute la région du Golfe. Le trafic aérien perturbé rend les déplacements diplomatiques plus complexes. Les États du Golfe, dont les Émirats arabes unis qui devaient accueillir les pourparlers, sont désormais focalisés sur leur propre sécurité nationale. Les ressources diplomatiques américaines sont mobilisées sur le nouveau front. Et l’attention politique internationale, cette denrée rare et volatile, s’est entièrement détournée du conflit ukrainien. Pas parce que l’Ukraine compte moins. Mais parce que l’Iran fait plus de bruit. Et dans le monde médiatique et politique, le bruit gagne toujours.
Le piège de l’actualité perpétuelle
C’est le piège dans lequel tombent toutes les crises prolongées. Au bout d’un moment, elles ne sont plus des crises. Elles deviennent le décor. Le bruit de fond. La normalité terrible contre laquelle plus personne ne se révolte. La guerre en Ukraine dure depuis février 2022. Plus de trois ans. Trois ans de bombardements, de déplacements de population, de crimes de guerre documentés, de villes rasées. Mais trois ans, c’est trop long pour la capacité d’attention du monde. Le cycle médiatique a besoin de neuf. De frais. De spectaculaire. L’Iran offre tout ça. L’Ukraine, non.
Et pourtant, les missiles russes continuent de tomber. Chaque nuit. Sur Kharkiv. Sur Odessa. Sur Dnipro. Les centrales électriques sont ciblées systématiquement. Les civils meurent dans des abris qui ne protègent plus de rien. Les enfants grandissent dans des sous-sols. Mais tout ça est devenu banal. Ordinaire. Une ligne dans un ticker d’information. Trois secondes entre une pub et la météo. L’Ukraine est devenue le conflit que tout le monde connaît et que plus personne ne regarde.
Kiev face à la peur de l'oubli
Le cauchemar ukrainien n’est pas les bombes
Le pire ennemi de l’Ukraine n’est pas l’armée russe. C’est l’indifférence de ceux qui avaient promis de ne jamais détourner le regard.
À Kiev, les responsables le disent en privé avec une franchise qui glace. La plus grande peur n’est pas une offensive russe massive. La plus grande peur, c’est d’être oubliés. De devenir la guerre dont on ne parle plus. Le conflit gelé que les manuels de géopolitique mentionneront dans un encadré, entre deux chapitres sur le Moyen-Orient. L’Ukraine craint de devenir ce que la Syrie est devenue. Ce que le Yémen est devenu. Ce que l’Afghanistan est devenu. Un drame humain massif que le monde a cessé de regarder bien avant qu’il ne cesse de se produire.
Et cette peur est rationnelle. Parce que chaque jour sans négociations est un jour où la Russie renforce ses défenses dans les territoires occupés. Chaque semaine sans pression diplomatique est une semaine où Poutine peut prétendre que le temps lui donne raison. Chaque mois sans avancée est un mois où les alliés occidentaux de l’Ukraine trouvent de nouvelles raisons de réduire leur soutien. L’oubli n’est pas passif. L’oubli est une arme. Et en ce moment, c’est la Russie qui la manie le mieux.
Les signaux qui ne trompent pas
Les signaux d’alarme sont partout pour qui veut les voir. La couverture médiatique de l’Ukraine a chuté de manière drastique depuis le début des opérations en Iran. Les déclarations politiques de soutien se font plus rares, plus vagues, plus conditionnelles. Les livraisons d’armes continuent mais les discussions sur leur ampleur deviennent plus tendues. Et surtout, le calendrier diplomatique est vide. Aucune date. Aucun lieu. Aucun agenda. Juste un silence qui ressemble de plus en plus à un abandon.
Zelensky le sait. Il multiplie les apparitions médiatiques, les appels téléphoniques, les visites dans les capitales européennes. Il fait ce que font tous les dirigeants dont le pays est en train de disparaître des radars : il crie. Mais crier quand personne n’écoute, c’est hurler dans le vide. La diplomatie ukrainienne est devenue une course contre la montre. Pas contre la Russie. Contre l’oubli. Contre la lassitude des démocraties. Contre cette terrible capacité humaine à s’habituer à tout, y compris à l’inacceptable.
La Russie, grande gagnante du chaos
Quand l’immobilisme profite à l’agresseur
Chaque jour sans négociations est un cadeau fait à Moscou. Et nous continuons d’offrir ces cadeaux avec une générosité qui confine à la complicité.
Moscou observe. Moscou attend. Et Moscou sourit. Parce que le report indéfini des négociations est exactement ce que le Kremlin voulait sans jamais oser le demander. La stratégie russe n’a jamais été de négocier de bonne foi. Elle a toujours été de gagner du temps. De laisser la fatigue faire son travail. De regarder les coalitions occidentales se fissurer sous le poids de leurs propres contradictions. Et la guerre en Iran lui offre tout ça sur un plateau d’argent. Sans que la Russie ait eu à lever le petit doigt.
Pendant que les diplomates attendent une nouvelle date, l’armée russe ne dort pas. Les fortifications dans les territoires occupés se renforcent chaque jour. Les populations locales sont soumises à une russification accélérée. Les passeports russes remplacent les documents ukrainiens. Les programmes scolaires sont réécrits. Les élections factices sont organisées. Chaque jour sans négociation est un jour où l’occupation devient un peu plus irréversible. Un jour où le retour en arrière devient un peu plus impossible. C’est une annexion au ralenti, et le monde regarde ailleurs.
La stratégie du temps long
Poutine joue un jeu qu’il connaît par coeur. Le jeu du temps long. Celui où l’autocratie bat toujours la démocratie. Parce que l’autocrate n’a pas d’élections à gagner. Pas d’opinion publique à ménager. Pas de médias libres qui réclament des comptes. Il peut attendre. Cinq ans. Dix ans. Vingt ans. Les territoires occupés deviendront des faits accomplis. Les frontières redessinées deviendront la nouvelle norme. Et un jour, un futur président américain proposera de reconnaître la réalité du terrain en échange de quelque chose d’autre. C’est comme ça que ça se termine toujours. Pas dans un traité de paix. Dans un haussement d’épaules collectif.
Et pourtant, cette stratégie a une faiblesse. Elle ne fonctionne que si l’adversaire accepte de jouer le jeu. Que si l’Occident accepte sa propre fatigue comme une fatalité. Que si les citoyens des démocraties acceptent de normaliser l’agression territoriale au vingt-et-unième siècle. Le temps long de Poutine mise sur notre lâcheté. Sur notre confort. Sur notre capacité à transformer n’importe quelle horreur en bruit de fond. Et jusqu’ici, force est de constater que le pari est en train de payer.
Les territoires occupés, la blessure ouverte
Ce qui se passe quand personne ne regarde
Dans les territoires occupés, chaque jour qui passe sans négociations grave un peu plus profondément la marque de la Russie sur une terre qui ne lui appartient pas.
Pendant que les diplomates reportent leurs réunions, la vie continue dans les territoires occupés. Mais quelle vie. En Crimée, annexée depuis 2014, le processus est presque achevé. La langue ukrainienne a quasiment disparu de l’espace public. Les Tatars de Crimée sont persécutés. Les dissidents sont emprisonnés ou ont fui. C’est le modèle. Le prototype de ce qui attend le Donbass, Zaporijjia et Kherson si les négociations ne reprennent jamais.
Dans les régions nouvellement occupées, la russification est en cours. Les enseignants ukrainiens ont été remplacés. Les manuels scolaires ont été réécrits. Les enfants apprennent une version de l’histoire où l’Ukraine n’existe pas en tant que nation. Les administrations locales sont dirigées par des responsables nommés par Moscou. Les commerces fonctionnent en roubles. Les lignes téléphoniques ont été redirigées vers les opérateurs russes. C’est méthodique. C’est systématique. Et c’est en train de réussir parce que personne ne négocie pour que ça s’arrête.
Le point de non-retour approche
Il y a un moment, dans toute occupation territoriale, où le retour en arrière devient pratiquement impossible. Pas légalement. Pas militairement. Mais humainement. Quand une génération entière d’enfants a grandi sous une administration étrangère. Quand les infrastructures ont été reconstruites selon les normes de l’occupant. Quand les liens économiques ont été réorientés. Quand les gens se sont adaptés, non par choix mais par survie. Ce point de non-retour approche dans les territoires ukrainiens occupés. Et chaque mois sans négociations le rapproche encore un peu plus.
C’est pour ça que la réunion d’Abu Dhabi était si importante. Pas parce qu’elle allait résoudre la question territoriale en une session. Mais parce qu’elle allait poser les bases d’un processus. Établir des principes. Définir des lignes rouges. Montrer que le monde n’avait pas accepté le fait accompli. Son report indéfini envoie le message inverse. Il dit à Moscou : continuez. Il dit à Kiev : débrouillez-vous. Il dit au monde : on a d’autres chats à fouetter. Le droit international s’en remettra. Ou pas. Mais en attendant, on a une guerre en Iran à gérer.
Le pétrole contre la paix
Quand le baril dicte la diplomatie
Le prix du pétrole n’a pas de conscience. Mais ceux qui laissent ce prix dicter leur politique étrangère en ont une. Ou devraient en avoir une.
Le pétrole au-dessus de 100 dollars le baril. C’est le chiffre qui explique presque tout. Pourquoi Trump envisage de réduire les sanctions contre la Russie. Pourquoi les négociations ne sont pas une urgence. Pourquoi le confort énergétique de l’Occident pèse plus lourd que la souveraineté d’un pays de 44 millions d’habitants. Le pétrole est le sang du monde moderne. Et quand son prix monte, la morale descend. C’est une équation simple. Cynique. Mais vraie.
Les sanctions pétrolières contre la Russie étaient le principal outil de pression économique. Le plafonnement du prix du pétrole russe, les restrictions sur les exportations énergétiques, les sanctions sur les tankers qui transportent le brut russe. Tout ça formait un réseau de contraintes qui rendait la guerre plus coûteuse pour Moscou. Pas assez pour l’arrêter, mais assez pour la rendre difficile. Et maintenant, parce que le marché pétrolier mondial est sous tension à cause de la guerre en Iran, on parle de relâcher ces contraintes. Pas pour la paix. Pour le prix à la pompe.
Le calcul froid des démocraties
Il faut regarder ce calcul en face. D’un côté de la balance : des millions d’Ukrainiens sous occupation, sous bombardement, sous la menace d’une annexion définitive. De l’autre côté : quelques dollars de moins à la station-service. Et la balance penche du mauvais côté. Parce que les Ukrainiens ne votent pas aux élections américaines. Parce que les automobilistes du Midwest, eux, votent. C’est la démocratie dans sa version la plus crue. La plus laide. Celle où les intérêts immédiats écrasent les principes éternels.
Et ne croyons pas que les Européens soient meilleurs. L’Europe a réduit sa dépendance au gaz russe, c’est vrai. Mais elle l’a fait en se tournant vers le gaz naturel liquéfié américain, dont le prix flambe aussi avec la crise iranienne. La facture énergétique des ménages européens augmente. L’inflation reste tenace. Et la tentation de normaliser les relations avec Moscou grandit dans les couloirs des chancelleries. Pas ouvertement. Pas encore. Mais les conversations ont lieu. Les phrases commencent par il faudra bien et finissent par être réalistes. C’est le vocabulaire de la capitulation qui ne dit pas son nom.
La rencontre Zelensky-Poutine, le mirage
Le sommet qui n’aura peut-être jamais lieu
Parler de rencontre Zelensky-Poutine en ce moment, c’est parler de la couleur des rideaux dans une maison qui brûle.
Parmi les objectifs de la réunion d’Abu Dhabi figurait la préparation d’une rencontre directe entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine. Un sommet qui aurait été historique. Le premier face-à-face entre les deux dirigeants depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022. Un moment qui aurait pu marquer un tournant. Ou au moins créer l’illusion d’un tournant. Mais pour qu’un sommet ait lieu, il faut un contexte. Un cadre. Des conditions préalables. Et tout ça s’est évaporé avec le report des négociations.
Zelensky a toujours dit qu’il était prêt à rencontrer Poutine. Sous conditions. Poutine a toujours dit qu’il était ouvert au dialogue. Sans conditions. Les deux positions sont irréconciliables en l’état. Et sans le travail préparatoire qui devait se faire à Abu Dhabi, elles le resteront. Un sommet sans préparation serait un désastre diplomatique. Une photo sans substance. Un spectacle qui donnerait l’illusion de la paix sans en contenir la moindre trace. Et c’est peut-être exactement ce que certains voulaient éviter en laissant les négociations mourir de leur belle mort.
Ce que Poutine attend vraiment
Poutine n’a aucun intérêt à négocier maintenant. Pas quand le temps joue pour lui. Pas quand les sanctions risquent d’être allégées. Pas quand l’attention mondiale est tournée vers l’Iran. Pas quand les territoires occupés se russifient jour après jour. Pourquoi négocierait-il un compromis quand l’immobilisme lui donne tout ce qu’il veut? La réponse est simple : il ne négociera pas. Pas tant que la pression n’est pas suffisante. Et la pression, en ce moment, est au plus bas.
Ce que Poutine attend, c’est un changement de rapport de forces. Un moment où les Occidentaux viendront lui proposer un accord qui reconnaît de facto ses conquêtes. Un moment où Kiev sera tellement affaibli, tellement isolé, tellement fatigué qu’il acceptera ce qu’il refuse aujourd’hui. Ce moment approche. Pas parce que la Russie est forte. Mais parce que la volonté occidentale est faible. Et cette faiblesse est notre choix. Notre responsabilité. Notre honte.
L'Europe entre deux guerres
Le continent qui ne sait plus où regarder
L’Europe se retrouve coincée entre deux guerres qu’elle n’a pas choisies, dans un monde qu’elle ne contrôle plus, avec des outils qu’elle n’a jamais appris à utiliser.
L’Europe est prise en étau. À l’est, la guerre en Ukraine. Au sud-est, la guerre en Iran et ses répercussions sur tout le Moyen-Orient. Deux crises majeures simultanées qui testent une Union européenne déjà fragile. Les budgets de défense augmentent mais pas assez vite. Les stocks d’armes s’épuisent. Les opinions publiques se divisent entre ceux qui veulent en faire plus pour l’Ukraine et ceux qui estiment qu’on en a déjà trop fait. Et au milieu de tout ça, une absence criante de leadership.
Le couple franco-allemand est en panne. L’Allemagne se débat avec sa propre transformation militaire. La France regarde vers l’Afrique et le Pacifique. Les pays de l’Est, les Baltes, la Pologne, la Finlande, ceux qui comprennent viscéralement la menace russe, n’ont pas le poids suffisant pour imposer leur vision. Et les États-Unis, le garant ultime de la sécurité européenne, sont désormais focalisés sur l’Iran et le pétrole. L’Europe se retrouve seule avec sa conscience et ses bonnes intentions. Ce qui, face à des missiles, ne vaut pas grand-chose.
Le risque de la normalisation
Le plus grand danger n’est pas une défaite militaire de l’Ukraine. C’est la normalisation. C’est le moment où les capitales européennes commenceront à parler de pragmatisme et de réalisme. Où les premiers think tanks publieront des rapports sur la nécessité d’accepter les nouvelles réalités territoriales. Où les premiers éditorialistes écriront que la paix vaut bien quelques concessions. Que les frontières ont changé et qu’il faut vivre avec. Ce moment n’est plus une hypothèse lointaine. Il est aux portes.
Et quand ce moment arrivera, il faudra se souvenir de ce que ça signifie. Accepter les conquêtes russes, c’est dire que la force prime sur le droit. Que n’importe quel pays armé de missiles nucléaires peut redessiner les frontières de son voisin. Que le droit international n’est qu’un décor de théâtre qu’on retire quand il gêne. Que les petits pays n’ont aucune protection. Que les promesses de sécurité ne valent rien. C’est le monde dans lequel nous sommes en train d’entrer. Et nous y entrons les yeux ouverts, en regardant nos téléphones.
Le précédent que nous sommes en train de créer
Ce que le monde apprend de notre inaction
Nous ne sommes pas en train de perdre l’Ukraine. Nous sommes en train de perdre le principe même qui empêche les guerres de conquête.
Ce qui se joue avec l’Ukraine dépasse l’Ukraine. Chaque jour sans négociations, chaque report, chaque haussement d’épaules collectif envoie un message clair au reste du monde. Ce message, c’est : la conquête territoriale marche. Si vous êtes assez patient. Si vous avez assez de pétrole. Si vous choisissez le bon moment. Si l’attention mondiale est occupée ailleurs. Alors vous pouvez prendre un morceau du pays voisin et le garder. La communauté internationale protestera. Puis elle se fatiguera. Puis elle acceptera.
Ce précédent est regardé de près par toutes les puissances qui ont des ambitions territoriales. La Chine et Taïwan. L’Inde et le Pakistan. La Turquie et ses voisins. L’Azerbaïdjan et l’Arménie. Tous observent comment le monde traite l’agression russe. Et ce qu’ils voient les encourage. Pas de conséquences durables. Des sanctions qui s’effritent. Des négociations qui s’enlisent. Et une communauté internationale qui finit toujours par passer à autre chose. C’est la leçon de 2026. Et c’est une leçon terrifiante.
L’ordre international en lambeaux
L’ordre international qui a émergé après 1945 reposait sur un principe simple : on ne change pas les frontières par la force. Ce principe a été violé, bien sûr. Mais il a été maintenu comme norme. Comme idéal. Comme référence. Et cet idéal est en train de mourir. Pas dans une explosion spectaculaire. Dans un murmure. Dans un report de réunion. Dans un coup de téléphone entre deux présidents qui parlent de pétrole au lieu de paix. Dans la fatigue d’un monde qui n’a plus l’énergie de défendre ses propres principes.
Et le plus terrible, c’est que nous le savons. Nous savons que nous sommes en train de créer un précédent catastrophique. Nous savons que l’abandon de l’Ukraine aura des conséquences qui nous dépassent. Nous savons que le monde sera plus dangereux, plus instable, plus violent. Mais nous le faisons quand même. Parce que le pétrole est cher. Parce que l’Iran est plus excitant. Parce que l’Ukraine est loin. Parce que c’est plus facile de détourner le regard que de faire ce qui est juste. C’est notre lâcheté. Et l’histoire la jugera.
Le facteur Trump, entre promesse et trahison
Le dealmaker qui n’a pas de deal
Trump avait promis de régler la guerre en Ukraine en 24 heures. On en est à des mois. Et les heures continuent de s’écouler dans les abris de Kharkiv.
Souvenez-vous des promesses. Donald Trump, pendant sa campagne, avait juré qu’il réglerait le conflit ukrainien en 24 heures. C’était son argument de vente. Sa marque de fabrique. Le dealmaker suprême. L’homme qui parle à tout le monde et que tout le monde écoute. Celui qui allait décrocher son téléphone et dire à Poutine : on arrête. Nous sommes en mars 2026. Les 24 heures sont devenues des mois. Et les seuls coups de téléphone qu’il passe à Poutine parlent d’Iran et de pétrole.
Ce n’est pas que Trump ne s’intéresse pas à l’Ukraine. C’est que l’Ukraine n’a jamais été une priorité stratégique pour lui. C’était un argument électoral. Un slogan de campagne. Une promesse parmi d’autres, faite pour être oubliée une fois au pouvoir. Et maintenant qu’il est au pouvoir, les priorités sont ailleurs. L’Iran. Le pétrole. Les élections de mi-mandat. L’économie domestique. L’Ukraine est quelque part dans la liste, entre la réforme de l’immigration et la renégociation des accords commerciaux. Pas en haut. Pas en bas. Au milieu. Là où meurent toutes les causes qui ne rapportent pas de votes.
La diplomatie américaine en mode multitâche
La diplomatie américaine est une machine puissante mais elle ne peut gérer qu’un nombre limité de crises simultanées. Et en ce moment, la crise prioritaire est l’Iran. Les meilleurs diplomates sont à Riyad, à Doha, à Tel-Aviv. Les ressources sont mobilisées sur le Golfe. Les réunions du Conseil de sécurité nationale portent sur le Moyen-Orient. L’Ukraine est gérée par des fonctionnaires compétents mais qui n’ont ni le poids politique ni l’accès au Bureau ovale nécessaires pour relancer les négociations.
Le résultat est une politique étrangère à deux vitesses. L’Iran au premier plan, avec des décisions rapides, des frappes militaires, des sommets d’urgence, des communications présidentielles. L’Ukraine en arrière-plan, avec des communiqués de routine, des déclarations de soutien générique et un calendrier diplomatique vide. Deux guerres. Un seul président. Et un choix qui a été fait. Pas explicitement. Pas publiquement. Mais clairement. L’Ukraine peut attendre. L’Iran, non. C’est le calcul. Et c’est un calcul qui coûtera des vies.
Ce que l'Ukraine nous dit sur nous-mêmes
Le miroir que personne ne veut regarder
L’Ukraine n’est pas un test pour la Russie. C’est un test pour nous. Et nous sommes en train de le rater.
L’Ukraine est un miroir. Un miroir impitoyable qui nous renvoie l’image de ce que nous sommes vraiment. Pas ce que nous prétendons être dans nos discours solennels. Pas ce que nous écrivons dans nos chartes et nos traités. Ce que nous sommes quand ça compte. Quand il faut choisir entre le confort et le courage. Entre le pétrole bon marché et la justice. Entre la facilité et le droit. Et ce que nous sommes, en ce moment, n’est pas beau à voir.
Nous sommes des sociétés qui proclament le droit des peuples mais qui détournent le regard quand ce droit est piétiné. Qui signent des conventions sur les crimes de guerre mais qui normalisent l’occupation militaire quand elle dure assez longtemps. Qui promettent jamais plus devant les monuments aux morts et qui disent il faut être réaliste devant les bombardements. L’Ukraine nous montre qui nous sommes. Et nous préférons regarder l’Iran. Parce que c’est plus récent. Plus spectaculaire. Et parce que ça nous évite de nous regarder nous-mêmes.
La question qui restera
Dans dix ans, dans vingt ans, quand les historiens écriront sur cette période, ils poseront une question simple. Comment le monde a-t-il pu laisser une guerre d’agression se transformer en fait accompli? Comment des démocraties qui se disaient gardiennes du droit international ont-elles pu détourner le regard? Comment le report d’une simple réunion de négociation a-t-il pu contribuer à la perte de souveraineté d’un pays entier? Et nous n’aurons pas de bonne réponse. Parce qu’il n’y en a pas.
La seule réponse honnête sera celle-ci : nous avions d’autres choses à faire. L’Iran. Le pétrole. Les élections. Le quotidien. Les factures. La vie. Et pendant que nous vivions la nôtre, des millions de personnes ont perdu la leur. Pas en une fois. Lentement. Dans l’indifférence polie d’un monde qui avait promis de faire mieux. C’est l’histoire qui se répète. C’est nous qui n’apprenons jamais. Et c’est l’Ukraine qui paie le prix de notre amnésie.
Conclusion : Le prix du silence
Ce qui reste quand les caméras s’éteignent
Le silence qui entoure les négociations de paix ukrainiennes n’est pas un accident. C’est un choix. Notre choix. Et il a un prix que nous ne sommes pas prêts à payer.
Les négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie sont au point mort. Reportées indéfiniment. Victimes collatérales d’une guerre en Iran qui a aspiré toute l’attention, toute l’énergie, toutes les ressources diplomatiques d’un monde qui ne sait gérer qu’une crise à la fois. Et pendant ce temps, la Russie consolide. L’Ukraine souffre. Et nous, nous passons à autre chose. Comme si c’était normal. Comme si c’était acceptable. Comme si des millions de vies suspendues à un processus diplomatique pouvaient attendre que le monde ait fini de s’occuper de ses autres problèmes.
Mais les vies n’attendent pas. Les missiles ne font pas de pause. Les territoires occupés se transforment un peu plus chaque jour. Et le moment où la paix était possible s’éloigne avec chaque report, chaque haussement d’épaules, chaque coup de téléphone qui parle d’autre chose. Nous sommes en train de perdre l’Ukraine. Pas sur le champ de bataille. Dans les salles de réunion vides. Dans les agendas diplomatiques sans dates. Dans le silence assourdissant d’un monde qui a décidé de regarder ailleurs. Et quand nous nous retournerons enfin, il sera peut-être trop tard.
Le monde d’après l’indifférence
Il y aura un monde d’après. Un monde où nous devrons vivre avec les conséquences de notre inaction. Un monde où les frontières auront été redessinées par la force. Où le droit international ne sera plus qu’un souvenir. Où les petits pays sauront qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ce monde sera plus dangereux. Plus instable. Plus violent. Et nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Parce que nous savions. Nous avons toujours su. Nous avons simplement choisi de ne rien faire.
Et c’est peut-être ça, la vérité la plus douloureuse de toute cette histoire. Pas que les négociations soient au point mort. Pas que l’Iran ait tout éclipsé. Pas que Trump préfère parler pétrole que paix. Mais que nous, collectivement, avons accepté tout ça. Que nous l’avons normalisé. Que nous avons transformé l’abandon d’un peuple en une simple réalité géopolitique parmi d’autres. L’Ukraine attend. L’Ukraine espère encore. Mais l’espoir, quand il n’est nourri par rien, finit par s’éteindre. Et ce jour-là, ce n’est pas l’Ukraine qui aura perdu. C’est nous tous.
Signé Maxime Marquette
Sources
Les sources ci-dessous ont nourri cette analyse et permettent au lecteur de vérifier chaque fait présenté dans ce billet
Sources primaires
Kyiv Independent — Ukraine peace talks with Russia face uncertain future — mars 2026
Sources secondaires
Foreign Policy — Iran war impact on Russia-Ukraine negotiations — 5 mars 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.