CHRONIQUE : Les derniers jours avant la frappe sur l’Iran, ou comment on décide de bombarder un pays
Janvier 2026 : les promesses aux manifestants
Pour comprendre ce qui s’est joué dans les derniers jours de février, il faut rembobiner. Janvier 2026. L’Iran brûle. Des manifestations massives secouent les trente-et-une provinces du pays. Des millions d’Iraniens dans les rues. Des femmes sans voile. Des étudiants qui scandent des slogans contre le régime. Et le régime qui répond comme il a toujours répondu : par les balles. Les organisations de défense des droits humains parlent de 2 500 morts. Deux mille cinq cents personnes tuées pour avoir osé réclamer la liberté.
Trump, depuis Washington, regarde. Et tweete. Le 5 janvier, il écrit aux manifestants iraniens : « Continuez à protester. L’aide est en route. » Sept mots. Sept mots qui engagent la première puissance militaire du monde. Sept mots qui ne veulent rien dire de précis mais qui promettent tout. Les manifestants les lisent sur leurs téléphones, entre deux tirs de gaz lacrymogène. Ils y croient. Certains mourront en y croyant.
Promettre l’aide à des gens qui se font tirer dessus depuis un bureau climatisé à sept mille kilomètres de distance, c’est soit du courage, soit de l’inconscience. Quand on sait ce qui a suivi — non pas un sauvetage mais un bombardement qui a tué des centaines de civils innocents — on penche dangereusement vers la seconde option.
Le silence de février
Puis, plus rien. Les manifestations sont écrasées. Le régime iranien reprend le contrôle. Les rues se vident. Les prisons se remplissent. Et Trump ne dit plus un mot sur les manifestants. Ce silence n’est pas un oubli. C’est une transition. Pendant que le monde regarde ailleurs, le Pentagone déploie la plus grande concentration de forces militaires américaines au Moyen-Orient depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Des porte-avions. Des destroyers. Des sous-marins nucléaires. Des escadrons de F-35. Tout converge vers le golfe Persique. L’aide promise aux manifestants n’était pas humanitaire. Elle était balistique.
Les trois rounds de Genève
Oman, 6 février : le premier contact
Le premier round de négociations a lieu le 6 février à Oman, sous la médiation du sultan. Witkoff et Kushner d’un côté. Des émissaires iraniens de l’autre. L’atmosphère est tendue mais polie. Les Américains posent leurs conditions : l’Iran doit s’engager à ne jamais développer l’arme nucléaire. Les Iraniens répondent qu’ils sont prêts à discuter d’un gel de l’enrichissement. Sur le papier, c’est un début. Dans les faits, les deux parties parlent deux langues différentes. Les Américains veulent une capitulation. Les Iraniens proposent un compromis. Entre les deux, un gouffre.
La diplomatie, la vraie, celle qui empêche les guerres, exige du temps, de la patience et des experts qui connaissent les dossiers. Envoyer un promoteur immobilier négocier un accord nucléaire, c’est comme envoyer un plombier faire une chirurgie cardiaque. Il peut être brillant dans son domaine. Mais ce n’est pas son domaine.
Genève, 17 février : le fossé se creuse
Le deuxième round, le 17 février à Genève, confirme l’impasse. Les Américains exigent un arrêt total de l’enrichissement d’uranium pour dix ans. Les Iraniens proposent un cadre qui leur permettrait d’enrichir à cinq fois le niveau autorisé par le JCPOA de 2015 — l’accord qu’Obama avait négocié et que Trump avait déchiré lors de son premier mandat. Witkoff et Kushner ont pris une décision qui fera frémir les experts en nonprolifération du monde entier : ils n’ont amené aucun expert technique nucléaire à la table des négociations. Pas un seul physicien. Pas un seul spécialiste de l’enrichissement. Deux hommes d’affaires face à des ingénieurs nucléaires.
La réunion qui a tout changé
26 février : la dernière chance
Le troisième et dernier round se tient le 26 février à Genève. Les Omanais ont tout fait pour organiser cette réunion. Le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr bin Hamad Al Busaidi, annoncera plus tard que les parties avaient fait des « progrès substantiels » et qu’une réunion technique était prévue pour le 2 mars. Mais à l’intérieur de la salle, la réalité est différente. Araghchi arrive avec un document de six pages. Des propositions concrètes. Des concessions réelles — mais pas celles que Washington exige. Witkoff réplique que les États-Unis ont un « droit inaliénable » d’empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire.
C’est alors que la réunion bascule. Selon plusieurs sources proches des négociations, les Américains proposent de fournir du combustible nucléaire gratuitement à l’Iran — en échange de l’abandon total du programme d’enrichissement. Araghchi se lève. « Nous n’avons besoin d’aucune faveur de votre part. » Il crie. Dans une salle de négociations diplomatiques, un ministre crie. Ce n’est pas de la colère. C’est de la dignité blessée. La dignité d’un pays qu’on traite en vassal alors qu’il négocie en souverain.
Quand un diplomate de carrière se met à crier dans une salle de négociations, ce n’est pas un échec de protocole. C’est le son d’une porte qui se ferme. Araghchi savait probablement, à cet instant précis, que les bombes allaient tomber. Que tout ceci n’était qu’un théâtre. Que les porte-avions étaient déjà en position.
Le verdict de Trump
Le lendemain, 27 février, Trump prononce un discours à Corpus Christi, au Texas. Devant une foule de partisans, il lâche : « Nous avons une grande décision à prendre. » Puis, plus tard dans la journée, en privé : « Ils n’étaient pas prêts à dire qu’ils ne développeraient pas l’arme nucléaire. Très simple. » Très simple. Deux mots pour résumer des semaines de négociations avortées, des mois de préparation militaire, et la décision de bombarder un pays de 88 millions d’habitants. Trump n’avait pas la patience d’un diplomate. Il avait l’impatience d’un homme qui fixe des deadlines et qui s’énerve quand le monde ne s’y plie pas.
Les voix dans l'oreille du président
Netanyahu et MBS : le duo improbable
Pendant que Witkoff et Kushner jouaient à la diplomatie à Genève, d’autres voix murmuraient à l’oreille de Trump. Selon le Washington Post, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a passé plusieurs appels privés au président américain au cours du mois de février, l’encourageant à frapper. En public, Riyad prônait la diplomatie. En privé, MBS disait que l’Iran deviendrait « plus dangereux » si les États-Unis n’utilisaient pas les forces militaires massives déjà déployées. Benjamin Netanyahu, de son côté, n’avait même pas besoin de murmurer. Depuis des décennies, le Premier ministre israélien répète que l’Iran est une menace existentielle. Pour Israël, cette frappe était un rêve devenu réalité.
Il y a un mot pour décrire ce qui s’est passé dans les coulisses : orchestration. Pendant que le monde regardait les négociations de Genève comme un spectacle de bonne volonté, les vrais architectes de la guerre — Riyad et Tel-Aviv — travaillaient directement sur la partition que Trump allait jouer. La diplomatie était la première partie. Le bombardement était le final.
Les renseignements qui manquaient
Détail que le Washington Post a révélé et qui devrait glacer le sang de quiconque croit encore que cette guerre était nécessaire : les évaluations du renseignement américain ne voyaient aucune menace imminente. Aucune. L’Iran n’était pas sur le point de fabriquer une bombe. Le réacteur nucléaire que Witkoff brandissait comme preuve de danger imminent a été démonté par les experts en nonprolifération dans les jours suivants. PolitiFact a vérifié l’affirmation de Witkoff selon laquelle l’Iran était « à une semaine » de posséder le matériau nécessaire pour fabriquer une bombe. Verdict : les experts sont sceptiques. On n’est pas à une semaine. On est à des mois, peut-être des années. Et pourtant, les bombes sont tombées.
La Situation Room
Les questions sans réponses
Dans les semaines précédant la frappe, Trump a tenu plusieurs réunions dans la Situation Room de la Maison-Blanche. Autour de la table : le secrétaire à la Défense, le directeur de la CIA, le général Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major interarmées. Trump et ses conseillers posaient des questions aux généraux sur chaque option. Quelles sont les chances de succès ? Quelles seront les représailles ? Combien de soldats américains pourraient mourir ? Les réponses étaient souvent inconclusives. Pas de certitudes. Pas de garanties. Juste des probabilités et des scénarios. La guerre n’est jamais une science exacte. C’est un pari. Et le 28 février, Trump a parié.
Quand les généraux eux-mêmes ne peuvent pas garantir l’issue d’une opération, quand les réponses aux questions les plus fondamentales sont « inconclusives », il y a un mot pour ce qui suit : témérité. Pas du courage. De la témérité. La différence entre les deux, ce sont les civils qui la paient.
Les doutes privés du président
Ce que CNN a rapporté et qui ne colle pas avec l’image du commandant en chef résolu que la Maison-Blanche a voulu projeter : Trump avait ses propres doutes. En privé, il apparaissait à son entourage comme « réticent à entraîner le pays dans une guerre ». Il préférait un accord diplomatique qu’il pourrait brandir comme plus fort que celui d’Obama. Quelque chose qu’il pourrait montrer aux caméras. Un trophée géopolitique. Mais la patience de Trump a une durée de vie limitée. Elle se mesure en jours, pas en mois. Les négociateurs iraniens n’avançaient pas assez vite. Les alliés régionaux poussaient vers l’action. Et la plus grande armada militaire déployée au Moyen-Orient depuis deux décennies attendait des ordres. On ne gare pas des porte-avions dans le golfe Persique pour qu’ils prennent le soleil.
28 février, 6 heures du matin
L’opération Epic Fury
Le 28 février 2026, à l’aube, l’opération Epic Fury commence. Le Pentagone l’appelle ainsi — « Fureur épique ». Les Israéliens l’ont baptisée « Roaring Lion » — le Lion rugissant. Les noms sont choisis pour impressionner. La réalité est plus simple et plus terrifiante : des centaines de missiles et de bombes frappent simultanément des cibles dans vingt-quatre des trente-et-une provinces iraniennes. Des installations militaires. Des sites nucléaires. Des centres de commandement. Des rampes de lancement de missiles balistiques. Le quartier général des Gardiens de la Révolution. Plus de 1 700 cibles frappées en soixante-douze heures.
La première cible est la Leadership House — la résidence du Guide suprême. L’ayatollah Ali Khamenei, 86 ans, est tué dans les premières minutes de l’opération. Avec lui meurent le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, le commandant des Gardiens de la Révolution Mohammad Pakpour, le secrétaire du Conseil de sécurité nationale. La tête du régime iranien, décapitée en un instant. Trump publiera quelques heures plus tard : « Khamenei, l’une des personnes les plus mauvaises de l’Histoire, est mort. »
On peut tuer un homme de 86 ans dans son sommeil avec un missile de croisière et appeler ça de la justice. On peut décapiter un régime et appeler ça de la libération. Mais la question que personne ne pose est celle qui devrait hanter chaque conscience : combien de personnes innocentes dormaient dans les maisons voisines ?
Le prix humain des premières heures
Les chiffres commencent à tomber dans les heures qui suivent. Plus de 200 personnes tuées dans les premières frappes. Le Croissant-Rouge iranien rapporte 747 blessés. Les hôpitaux de Téhéran sont submergés. Les images qui filtrent montrent des bâtiments effondrés, des rues éventrées, des civils couverts de poussière qui cherchent des survivants sous les décombres. Le 2 mars, des images diffusées par Iran International montrent le bâtiment Malek-Ashtar des Gardiens de la Révolution à Téhéran complètement détruit. Le 3 mars, Israël frappe le complexe de la télévision d’État iranienne. Le même jour, une bombe tombe sur l’Assemblée des Experts — les 84 religieux réunis en session préliminaire pour élire le prochain Guide suprême.
La riposte iranienne
Des missiles dans toutes les directions
L’Iran riposte en quelques heures. Les Forces aérospatiales des Gardiens de la Révolution déclenchent leur plan de représailles préprogrammé. Des centaines de missiles balistiques et de drones sont lancés vers Israël, vers les bases américaines au Moyen-Orient, vers les pays du Golfe alliés de Washington. Les sirènes hurlent à Tel-Aviv. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, le Koweït rapportent des frappes iraniennes sur leur sol. La guerre n’est plus un duel entre deux pays. C’est un incendie régional.
Ceux qui croyaient qu’on pouvait bombarder un pays de 88 millions d’habitants et que rien ne se passerait vivaient dans un monde qui n’existe pas. Le Moyen-Orient n’est pas un jeu vidéo où l’on peut frapper « reset » quand les conséquences deviennent trop lourdes. Chaque missile lancé sur Téhéran a généré dix missiles en retour. C’est la mathématique impitoyable de la guerre.
Le bilan s’alourdit
En quelques jours, le bilan devient vertigineux. Plus de 1 200 personnes tuées en Iran. 570 au Liban. 12 en Israël. Des dizaines de soldats américains blessés, certains nécessitant des amputations. Et le chiffre le plus insoutenable de tous : plus de 100 enfants tués dans la frappe d’une école primaire dans le sud de l’Iran. Cent enfants. Dans une école. Pendant les heures de classe. Trump n’a jamais véritablement expliqué comment une école primaire s’est retrouvée sur la liste des cibles d’une opération baptisée « Fureur épique ».
Kushner, l'architecte dans l'ombre
Le gendre qui a convaincu le président
Trump lui-même l’a admis publiquement : c’est Jared Kushner qui l’a aidé à se décider. Son propre gendre. L’homme qui n’a aucune formation militaire, aucune expertise en géopolitique, aucune expérience diplomatique formelle avant d’être propulsé au cœur du pouvoir par un lien familial. Kushner est passé des négociations de Genève — où il était censé trouver la paix — au Bureau ovale, où il a poussé pour la guerre. La même personne. Le même mois. Le négociateur de la veille est devenu le faucon du lendemain.
Dans n’importe quel autre pays démocratique, confier simultanément les négociations de paix et les recommandations de guerre au gendre du président déclencherait un scandale constitutionnel. Aux États-Unis de Trump, c’est devenu un épisode de plus dans une série que plus personne n’a la force de regarder.
Les incompétences techniques révélées
L’Arms Control Association a publié une analyse dévastatrice des négociations. Witkoff, lors de deux briefings avec des journalistes les 28 février et 3 mars, a révélé une méconnaissance profonde du programme nucléaire iranien. Il a déformé les positions de l’Iran. Il a exagéré la menace. Il a utilisé des termes techniques de manière incorrecte. Son manque de connaissances et sa caractérisation erronée du programme iranien ont probablement nourri la conviction de Trump que les négociations ne progressaient pas et que l’Iran ne négociait pas sérieusement. En d’autres termes : l’incompétence du négociateur a alimenté la décision de bombarder.
Les fantômes de l'Irak
2003, le même scénario
Pour quiconque a vécu la marche vers la guerre en Irak en 2003, le parallèle est saisissant et douloureux. Des renseignements contestés présentés comme des certitudes. Des armes de destruction massive brandies comme justification. Des négociations diplomatiques sabotées de l’intérieur. Un président entouré de faucons qui poussent vers l’action. Et cette même certitude arrogante que la puissance militaire américaine peut remodeler le Moyen-Orient selon sa volonté. L’Irak a coûté des centaines de milliers de vies, des milliers de milliards de dollars, et vingt ans de chaos régional. Et pourtant, la leçon n’a pas été retenue.
George Santayana avait prévenu : ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. L’Amérique ne se souvient pas de l’Irak. Elle ne se souvient pas des armes de destruction massive qui n’existaient pas. Elle ne se souvient pas de Colin Powell brandissant un tube à essai aux Nations Unies. Et vingt-trois ans plus tard, le même film repasse. Avec de nouveaux acteurs et les mêmes conséquences.
Les voix ignorées
Des experts en nonprolifération avaient prévenu. Des diplomates de carrière avaient averti que les négociations avaient besoin de temps. Des analystes du renseignement avaient noté l’absence de menace imminente. Le vice-président JD Vance lui-même exprimait des réserves, affichant un scepticisme qui tranchait avec l’enthousiasme belliciste de l’entourage présidentiel. Les briefings classifiés au Congrès ont laissé les Démocrates « furieux » — le mot est du magazine Time. Pas d’objectifs clairs. Pas de stratégie de sortie. Pas de plan pour l’après. « C’est bien pire que ce que vous pensiez », a confié un élu après le briefing. Un écho sinistre de l’Irak.
Le détroit d'Ormuz et le coût de l'impatience
L’artère du monde en flammes
Le Pentagone et le Conseil de sécurité nationale ont sous-estimé l’impact de la guerre sur le détroit d’Ormuz. C’est CNN qui l’a révélé, et l’information est stupéfiante. Le détroit d’Ormuz est l’artère par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial. Un goulot d’étranglement de 55 kilomètres de large entre l’Iran et Oman. Bloquer ce passage, c’est couper l’oxygène de l’économie mondiale. Les planificateurs militaires américains savaient que l’Iran pouvait perturber le trafic maritime. Ils ont sous-estimé à quel point. Le prix du pétrole a bondi. Les marchés ont tremblé. Les chaînes d’approvisionnement mondiales ont été ébranlées.
Sous-estimer le détroit d’Ormuz quand on planifie une guerre contre l’Iran, c’est comme oublier que le feu brûle quand on joue avec des allumettes. C’est tellement fondamental, tellement évident, tellement central dans toute réflexion stratégique sur le Moyen-Orient que le fait de l’avoir sous-estimé devrait, à lui seul, disqualifier les planificateurs de cette guerre.
L’économie mondiale en otage
La guerre n’a pas seulement tué des gens. Elle a fait trembler l’économie planétaire. Les prix de l’énergie ont explosé. L’inflation déjà tenace s’est aggravée. Les pays européens, dépendants du pétrole du Golfe, ont vu leurs factures énergétiques s’envoler. Les pays en développement, déjà fragilisés, ont basculé un peu plus dans la précarité. Chaque missile tiré sur l’Iran avait un écho dans le portefeuille de chaque famille sur la planète. Mais cette réalité-là, personne n’en a parlé dans les briefings de la Situation Room. Les généraux comptent les cibles détruites. Pas les familles appauvries.
Les messages contradictoires
Déjà gagné ou encore à finir
Dans les jours suivant les frappes, l’administration Trump a envoyé des messages si contradictoires qu’ils en devenaient absurdes. NBC News a compilé les déclarations : un jour, la guerre était « déjà gagnée ». Le lendemain, il fallait « finir le travail ». Un responsable parlait de changement de régime. Un autre niait toute intention de renverser le gouvernement iranien. Trump lui-même changeait de justification d’un discours à l’autre — tantôt le nucléaire, tantôt les protestations, tantôt la sécurité régionale, tantôt la protection d’Israël. Onze jours après le début des frappes, les Démocrates au Congrès déclaraient que la Maison-Blanche n’offrait « aucune clarté sur les objectifs de guerre ».
Quand ceux qui ont déclenché une guerre ne peuvent pas expliquer pourquoi ils l’ont déclenchée, ce n’est pas un problème de communication. C’est un aveu. L’aveu que la décision n’a jamais été rationnelle. Qu’elle a été émotionnelle, opportuniste, poussée par des alliés étrangers et par l’impatience d’un président qui voulait « sa » guerre plus grande que celle d’Obama.
Le spectre du changement de régime
Le 28 février, dans son message aux Iraniens, Trump les a exhortés à « prendre le contrôle de votre gouvernement ». C’est un appel au renversement du régime. Mais quand les journalistes ont posé la question directement, l’administration a nié. Le ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi a déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi les États-Unis avaient attaqué pendant des négociations nucléaires. Sa confusion était soit sincère, soit calculée. Dans les deux cas, elle posait la bonne question : pourquoi attaquer un pays avec lequel on négocie encore, sauf si l’on n’a jamais eu l’intention de négocier ?
Une diplomatie assassinée
Les négociations de Genève n’ont pas échoué. Elles ont été assassinées. Le médiateur omanais avait annoncé des « progrès substantiels ». Une réunion technique était prévue pour le 2 mars. Moins de quarante-huit heures après la dernière session de négociations, les bombes tombaient. Pas parce que la diplomatie avait atteint ses limites. Mais parce que la patience du président avait atteint les siennes. Trump fixait des délais courts. Les Iraniens négociaient comme des Iraniens — lentement, méthodiquement, avec une conscience aiguë de l’histoire et du temps long. Ce décalage temporel entre l’impatience américaine et la patience persane a coûté des vies. Des centaines de vies. Peut-être des milliers.
Et pourtant, la vraie question n’est même pas celle de la patience. C’est celle de la sincérité. Quand on déploie la plus grande armada militaire depuis l’Irak dans le golfe Persique, quand on reçoit des appels quotidiens du prince héritier saoudien qui pousse à frapper, quand le gendre du président passe des négociations de paix aux recommandations de guerre en quarante-huit heures — on n’est plus dans la diplomatie. On est dans la mise en scène. Et les acteurs n’étaient même pas bons.
Les 11 milliards de dollars
Le coût des premières opérations a été estimé à 11 milliards de dollars. Onze milliards. Pour une guerre sans objectifs définis, sans plan de sortie, sans stratégie pour l’après. Onze milliards qui auraient pu financer des hôpitaux, des écoles, des infrastructures, de la recherche. Mais l’Amérique a toujours de l’argent pour la guerre. Jamais pour la paix. C’est un choix budgétaire qui dit tout sur les priorités d’une nation. Les missiles Patriot tirés sur l’Iran représentent deux ans de production. Deux ans de fabrication épuisés en quelques jours. Et quand les stocks seront vides, que restera-t-il pour se défendre ?
L'école de Shiraz
168 sourires effacés
De toutes les images qui resteront de cette guerre, celle de l’école de Shiraz est la plus insupportable. Une école primaire. Des enfants de six à onze ans. En classe. En train d’apprendre à lire, à compter, à rêver. Et puis une bombe. Plus de cent enfants tués. Cent sourires effacés. Cent cartables qui ne seront plus portés. Cent chaises vides dans des salles de classe éventrées. L’administration Trump n’a jamais fourni d’explication satisfaisante. Comment une école se retrouve-t-elle dans la liste des cibles d’une opération « chirurgicale » ? La question reste sans réponse. Le silence est assourdissant.
Farah, 8 ans, voulait être médecin. Darius, 10 ans, aimait le football. Yasmin, 7 ans, dessinait des fleurs sur ses cahiers. Leurs noms ne figureront jamais dans les briefings du Pentagone. Ils ne sont pas des « cibles neutralisées ». Ils ne sont pas des « dommages collatéraux ». Ils sont des enfants. Et ils sont morts parce que quelqu’un, quelque part dans une salle de commandement climatisée, a validé une coordonnée GPS sans vérifier ce qu’il y avait en dessous.
Quand un pays bombarde une école et que le monde ne s’arrête pas, quand cent enfants meurent et que la bourse ne bronche pas, quand des cartables restent sur des chaises vides et que les stratèges comptent leurs cibles neutralisées — on a dépassé le stade de la tragédie. On est entré dans celui de la normalisation de l’horreur. Et c’est peut-être ça, le vrai dommage collatéral de cette guerre : notre humanité, lentement asphyxiée sous le poids de notre indifférence.
Le monde regarde et se tait
La communauté internationale a réagi comme elle réagit toujours. Par des déclarations. Par des « préoccupations ». Par des appels au « calme et à la retenue » — adressés, bien sûr, aux deux parties, comme si le pays qui bombarde et le pays bombardé avaient la même responsabilité. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni. La Russie et la Chine ont condamné. Les États-Unis ont posé leur veto. Le cycle se répète. Il se répètera encore. Jusqu’à ce que quelqu’un décide que les enfants de Shiraz comptent autant que les enfants de New York. Et pourtant, ce jour n’est pas encore venu.
Conclusion : Ce que cette guerre dit de nous
La démocratie en pilote automatique
L’Amérique est entrée en guerre sans vote du Congrès. Sans débat public. Sans mandat démocratique. Un président a décidé seul, poussé par son gendre, par des alliés étrangers, par son impatience et par la masse critique de forces militaires déjà déployées. La Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Ce pouvoir est devenu une fiction. Un vestige d’une époque où l’on croyait encore que les démocraties ne devaient pas partir en guerre sur un coup de tête. Les pères fondateurs avaient conçu ce garde-fou précisément pour empêcher ce qui s’est passé le 28 février 2026. Le garde-fou n’a pas fonctionné.
La plus grande puissance militaire de l’histoire de l’humanité vient de déclencher une guerre sur la base de renseignements contestés, de négociations sabotées et des recommandations du gendre du président. Si cette phrase ne donne pas le vertige, rien ne le donnera jamais.
L’avenir sans carte routière
Deux semaines après les premières frappes, personne ne sait où va cette guerre. Les objectifs changent au gré des conférences de presse. Le changement de régime est-il le but ? Personne ne le confirme ni ne le nie. L’Iran sans Khamenei est un pays décapité mais pas soumis. Les Gardiens de la Révolution, même affaiblis, restent une force de 190 000 hommes. Le programme nucléaire, même endommagé, repose sur des connaissances que les bombes ne peuvent pas détruire. Et la population iranienne — ces mêmes manifestants à qui Trump avait promis « l’aide » — se retrouve bombardée par ceux qui devaient la sauver. L’ironie serait délicieuse si elle n’était pas mortelle.
Le moment où tout bascule
Il y a eu un moment, quelque part entre le 26 et le 28 février, où tout aurait pu être différent. Un moment où la diplomatie aurait pu prendre le pas sur les missiles. Où la patience aurait pu l’emporter sur l’impatience. Où les voix de la raison auraient pu être entendues au-dessus du vacarme des faucons. Ce moment est passé. Il ne reviendra pas. Les morts ne ressusciteront pas. Les enfants de Shiraz ne retourneront pas à l’école. L’ayatollah ne sortira pas de sa tombe pour reprendre les négociations. Ce qui est fait est fait. Ce qui est détruit est détruit. Et ce qui reste, c’est cette question qui hante et qui hantera longtemps : est-ce que ça valait le coup ?
L’histoire des derniers jours avant la frappe sur l’Iran n’est pas une histoire de stratégie militaire. C’est une histoire d’impatience, d’incompétence diplomatique, de pressions étrangères et d’arrogance. C’est l’histoire d’un président qui voulait un accord plus grand que celui d’Obama et qui, ne l’obtenant pas assez vite, a choisi les bombes. C’est l’histoire d’un monde qui a regardé un promoteur immobilier et un gendre négocier le sort d’un pays de 88 millions d’âmes sans que personne n’arrête la machine. C’est notre histoire. Et elle ne fait que commencer.
Les guerres commencent toujours de la même manière. Par des hommes convaincus d’avoir raison. Par des renseignements manipulés pour justifier ce qui a déjà été décidé. Par des négociations qu’on sabote pour pouvoir dire qu’elles ont échoué. Et par des peuples entiers qui paient le prix de la vanité de leurs dirigeants. Le 28 février 2026, l’histoire s’est répétée. Et personne ne s’en souviendra dans vingt ans. Sauf les familles de Shiraz.
Le prix de l’oubli
Les guerres finissent par devenir des chapitres dans les manuels d’histoire. Des paragraphes dans les encyclopédies. Des dates qu’on apprend à l’école et qu’on oublie après l’examen. Mais pour les familles de Shiraz, pour les blessés des hôpitaux de Téhéran, pour les soldats américains qui ont perdu des membres, pour les Iraniens qui avaient cru à la promesse d’aide de Trump, cette guerre ne sera jamais un paragraphe. Ce sera toute leur vie. Chaque jour. Chaque nuit. Chaque matin où ils se réveilleront dans un monde qui a décidé que leur souffrance était un prix acceptable à payer pour les ambitions géopolitiques d’hommes qui ne connaîtront jamais leur nom.
Signé Maxime Marquette
Sources primaires
Médias d’investigation
Couverture terrain
NBC News — How Trump decided to strike Iran: What led up to his attack — 28 février 2026
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