Une guerre qui en annule une autre
Le 3 mars 2026, l’Iran a frappé Abu Dhabi. La ville même où devaient se tenir les négociations trilatérales. En une salve de missiles, le lieu de rencontre est devenu une zone de conflit. Les Émirats arabes unis, ce hub diplomatique neutre, se sont retrouvés sur la ligne de front d’une guerre qui ne les concernait pas. La sécurité aérienne dans le Golfe est compromise. Les vols commerciaux sont perturbés. Les délégations diplomatiques ne peuvent plus se déplacer sans escorte militaire.
Et pourtant, une semaine avant les frappes iraniennes, les négociations étaient sur les rails. Les trois parties avaient accepté le format. Les sujets étaient définis. Les délégations étaient constituées. Trois rounds précédents avaient posé les bases — questions territoriales, garanties de sécurité, mécanismes de cessez-le-feu. Ce n’était pas la paix, mais c’était le chemin vers la paix. Un chemin que les bombes américaines sur l’Iran ont dynamité aussi sûrement que les missiles russes sur Kharkiv.
On ne construit pas la paix en multipliant les guerres. C’est une vérité si élémentaire qu’on a honte de devoir l’écrire. Mais apparemment, personne à Washington ne l’a apprise.
La Turquie comme plan B — et ce que ça révèle
Les négociations ont été reportées à la semaine du 16 au 22 mars, cette fois en Turquie. Le changement de lieu n’est pas anodin. Abu Dhabi représentait la neutralité du Golfe, l’argent du pétrole, la discrétion des monarchies. La Turquie d’Erdogan, c’est autre chose. C’est un pays de l’OTAN qui entretient des relations avec Moscou. C’est un intermédiaire intéressé, pas un arbitre désintéressé. Le fait que ce soit le seul endroit disponible en dit long sur l’état du paysage diplomatique mondial.
Mais même cette relocalisation reste fragile. Qui garantit que les responsables américains pourront s’y rendre ? L’envoyé spécial Witkoff a noté que « les deux côtés sont fatigués et épuisés », suggérant qu’un accord est possible. Possible, oui. Mais avec quels interlocuteurs ? Le Département d’État gère la crise iranienne. Le Pentagone déploie des systèmes de défense antiaérienne dans le golfe Persique. Et les conseillers de sécurité nationale dorment quatre heures par nuit en mode gestion de crise. L’Ukraine est passée de priorité à dossier secondaire en moins de dix jours.
Zelensky parle : la colère froide d'un président trahi par ses alliés
Des mots choisis comme des armes
Zelensky ne mâche plus ses mots. Le président ukrainien a déclaré que « la priorité et toute l’attention des partenaires sont concentrées sur la situation autour de l’Iran ». Ce n’est pas un constat. C’est une accusation. Enveloppée de diplomatie, certes, mais une accusation quand même. L’homme qui tient son pays debout depuis février 2022 regarde ses alliés occidentaux se détourner, happés par un conflit au Moyen-Orient qu’ils ont eux-mêmes déclenché.
Plus révélateur encore, Zelensky a accusé la Russie d’essayer de manipuler le conflit iranien pour en faire « un deuxième front de la guerre russe ». Poutine a téléphoné à Trump pour discuter à la fois du Moyen-Orient et de l’Ukraine. Il a félicité le nouveau guide suprême iranien et lui a promis un « soutien indéfectible ». Le sénateur Mitch McConnell du Kentucky a martelé : « Les drones iraniens dans le ciel ukrainien ont déjà rendu cristallines les connexions entre les adversaires de l’Amérique. »
Zelensky joue aux échecs pendant que Trump joue aux dés. L’un calcule chaque mot, chaque geste, chaque alliance. L’autre lance des Tomahawk et espère que ça passera. Ce n’est pas une stratégie. C’est du gambling avec la vie des peuples.
L’injustice de la pression asymétrique
Ce qui révolte Zelensky par-dessus tout, c’est l’asymétrie. Washington presse l’Ukraine de faire des compromis. De céder du territoire. D’accepter des concessions douloureuses. Mais exige-t-on la même chose de Poutine ? Zelensky a qualifié cette approche de « pas juste ». Trump a comparé Zelensky à « P.T. Barnum » et déclaré que l’Ukraine « doit conclure un accord ». La victime sommée de se dépêcher de capituler pendant que l’agresseur prend son temps. L’histoire a un mot pour ça. Et ce n’est pas « diplomatie ».
L’Ukraine a pourtant multiplié les gestes de bonne volonté. Un accord sur les minéraux critiques avec des entreprises américaines. Des contrats d’achat de GNL via la Grèce. Un petit-déjeuner de prière avec des responsables de l’administration Trump. La première dame Melania Trump engagée sur la question des enfants ukrainiens kidnappés. Kyiv fait tout ce qu’un allié loyal peut faire. Et en retour, on lui dit d’attendre. D’être patient. Pendant que des soldats meurent chaque jour sur le front du Donbass.
Le grand gagnant s'appelle Poutine : anatomie d'un cadeau géopolitique
Quand vos ennemis se battent entre eux
Il y a un principe vieux comme la guerre elle-même : quand vos adversaires se divisent, vous gagnez sans combattre. Vladimir Poutine n’a pas eu besoin de stratégie brillante. Il a juste eu besoin de patience. L’Amérique s’est chargée de lui offrir exactement ce qu’il voulait — du temps. Du temps pendant lequel les sanctions occidentales s’effritent. Du temps pendant lequel les stocks de missiles Patriot fondent dans le ciel du Golfe au lieu de protéger Odessa ou Kharkiv. Du temps pendant lequel l’attention mondiale se détourne de l’Ukraine.
Les systèmes de défense antiaérienne américains sont en train d’être redéployés vers le golfe Persique. Ces mêmes systèmes que l’Ukraine réclame depuis des mois pour protéger ses civils, ses hôpitaux, ses écoles. La production annuelle de missiles Patriot se compte « dans les centaines basses », selon les analystes. Trump prétend que les États-Unis ont « des munitions illimitées de niveau moyen et supérieur ». Les experts en défense contestent cette affirmation. Et chaque Patriot tiré sur un drone iranien à 50 000 dollars est un Patriot qui ne protégera pas un enfant ukrainien.
Poutine regarde l’Amérique brûler ses missiles, ses alliances et sa crédibilité dans le désert iranien. Il n’a qu’à attendre. C’est la première fois dans l’histoire qu’un pays offre une victoire stratégique à son ennemi en se battant contre quelqu’un d’autre.
Les sanctions qui fondent comme neige au soleil
Le pétrole russe. Voilà le nerf de la guerre. Les sanctions imposées à la Russie après l’invasion de 2022 étaient censées étrangler l’économie de guerre de Moscou. Elles fonctionnaient, imparfaitement, mais elles fonctionnaient. Et maintenant ? L’administration Trump émet une dérogation de 30 jours pour que l’Inde puisse acheter du pétrole russe déjà en mer. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent évoque publiquement la possibilité de « dé-sanctionner d’autres pétroles russes ». Trump lui-même a déclaré : « On va lever ces sanctions jusqu’à ce que les choses se calment. »
Et pourtant, ces sanctions étaient le principal levier de pression sur Poutine. Le seul outil non militaire qui forçait le Kremlin à considérer la négociation comme une option viable. Les lever pour stabiliser le prix du pétrole — gonflé précisément par la guerre contre l’Iran que Washington a lancée — c’est résoudre un problème en en créant un pire. C’est éteindre un incendie en arrosant la maison voisine d’essence.
L'ironie des drones : quand l'Ukraine devient experte de ce qui la tue
Le paradoxe Shahed
Il y a quelque chose de cruellement ironique dans cette situation. L’Iran produit des drones Shahed à moins de 50 000 dollars pièce. Ces mêmes drones ont terrorisé les villes ukrainiennes pendant des mois, lancés par la Russie grâce à la technologie iranienne. L’Ukraine a appris à les abattre. Elle a développé des méthodes d’interception économiques, efficaces, adaptées. Et maintenant, pendant que les États du Golfe gaspillent des missiles Patriot à plusieurs millions de dollars pour détruire des drones à 50 000 dollars, l’Ukraine propose son expertise.
Zelensky l’a formulé avec une précision diplomatique redoutable : « L’Ukraine aide les partenaires qui aident à assurer notre sécurité et à protéger la vie de notre peuple. » Derrière la formule polie, le message est limpide. Vous avez besoin de nous pour abattre les drones iraniens. Nous avons besoin de vous pour arrêter les bombes russes. Mais l’échange ne fonctionne que si les deux parties tiennent leurs engagements. Et pour l’instant, une seule partie tient les siens.
L’Ukraine est devenue experte en survie face aux armes iraniennes. Et maintenant, ses alliés qui n’ont pas su la protéger lui demandent de les protéger eux. Le monde tourne à l’envers. Et personne ne semble remarquer l’absurdité.
John Herbst et la vérité qui dérange
John Herbst, ancien ambassadeur américain en Ukraine et membre de l’Atlantic Council, a mis le doigt sur le problème central : « Il a ce truc avec Poutine, qui empêche une analyse saine. » « Il », c’est Trump. Le président des États-Unis entretient avec le président russe une relation que les analystes peinent à qualifier — fascination, admiration, transaction, connivence. Cette relation paralyse la politique étrangère américaine vis-à-vis de l’Ukraine.
Max Bergmann du Center for Strategic and International Studies a été encore plus direct : « L’utilisation américaine de missiles Tomahawk en Iran signifie probablement que toute chance de l’administration Trump de fournir cette plateforme à l’Ukraine est terminée. » Les Tomahawk que l’Ukraine réclamait pour frapper les bases arrière russes explosent désormais sur des installations iraniennes. Les munitions sont les mêmes. Seule la cible a changé. Et la cible, c’est un choix politique.
Le calendrier de la honte : chronologie d'un abandon diplomatique
De l’espoir au chaos en dix jours
Retour en arrière. Février 2026. Trois rounds de négociations trilatérales ont eu lieu. Les sujets les plus épineux ont été abordés — Crimée, Donbass, garanties de sécurité pour l’Ukraine, retrait militaire russe. Personne ne s’attendait à un miracle, mais le processus existait. Il avançait. Les trois parties avaient accepté un quatrième round début mars, à Abu Dhabi. Les délégations étaient nommées. Les agendas étaient fixés.
Le 3 mars, l’Iran frappe Abu Dhabi. Le lieu de négociation devient une zone de guerre. Le 5 mars, Zelensky annonce que les discussions sont « en pause ». Le 10 mars, Meduza rapporte que les pourparlers sont reportés à la semaine du 16-22 mars, en Turquie. Le 12 mars, tant Kyiv que Moscou confirment le report. Dix jours pour transformer un processus de paix en chaos diplomatique. Dix jours pour que l’Ukraine passe de « priorité stratégique » à « dossier en attente ».
Dix jours. C’est le temps qu’il a fallu à Washington pour réduire à néant des mois de travail diplomatique. Pas avec une trahison calculée — avec quelque chose de pire. L’indifférence.
Le piège du temps qui passe
Chaque jour de report est un jour de guerre. Ce n’est pas une métaphore. Ce sont des soldats qui tombent sur le front de Bakhmut. Des civils qui meurent sous les bombardements à Zaporizhzhia. Des enfants qui grandissent dans des bunkers. Des infrastructures critiques qui s’effondrent. Des vies qui se brisent. Et pendant ce temps, à Washington, on « cherche des créneaux » pour organiser une réunion. La bureaucratie de la mort.
William B. Taylor Jr., ancien ambassadeur américain en Ukraine, garde une once d’espoir : « Quand l’opération iranienne sera terminée, il sera très important pour eux de faire une nouvelle tentative pour forcer Poutine à arrêter les tueries. » Quand l’opération sera terminée. Personne ne sait quand. Personne ne sait si elle sera terminée un jour. Et pendant que les stratèges américains planifient le « quand », l’Ukraine vit le « maintenant ». Un maintenant fait de sang, de froid et de promesses non tenues.
Les deux scénarios : entre espoir cynique et catastrophe annoncée
Le scénario optimiste que personne ne croit
Les analystes dessinent deux futurs possibles. Le premier, l’optimiste : une victoire rapide en Iran galvanise Trump, lui donne la confiance nécessaire pour se tourner vers Poutine et exiger un cessez-le-feu en Ukraine. Fort de son succès militaire, le président américain peut se présenter comme un homme d’action qui résout les crises. Il veut un second triomphe diplomatique. L’Ukraine en serait le véhicule parfait.
Ce scénario suppose trois choses : que la guerre en Iran se termine vite, que Trump ait envie de confronter Poutine, et que la Russie négocie sérieusement. Trois hypothèses. Trois paris risqués. L’histoire récente suggère que les guerres américaines au Moyen-Orient ne se terminent pas vite. Et que la Russie utilise chaque jour de report pour consolider ses positions militaires.
L’optimisme en géopolitique est un luxe que seuls les pays en paix peuvent se permettre. Pour l’Ukraine, l’optimisme est un piège. Chaque jour perdu en espérant est un jour gagné par l’occupant.
Le scénario pessimiste que tout le monde redoute
Peter Slezkine du Stimson Center formule l’alternative sombre : un enlisement prolongé au Moyen-Orient pourrait pousser Trump à « bâcler un accord avec la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine », cherchant une victoire rapide pour compenser le bourbier iranien. Un accord bâclé, ce serait quoi ? Des concessions territoriales ukrainiennes massives. La Crimée cédée officiellement. Le Donbass abandonné. Les garanties de sécurité diluées au point de ne plus rien signifier.
Et pourtant, c’est peut-être le scénario le plus probable. Trump veut un « deal ». N’importe quel deal. Un deal qu’il peut vendre comme une victoire à la télévision américaine. Que ce deal sacrifie la souveraineté d’un pays de 44 millions d’habitants n’a jamais semblé le préoccuper outre mesure. Zelensky le sait. Et c’est pour ça que chaque mot qu’il prononce est pesé, calibré, destiné à rappeler au monde que l’Ukraine n’est pas un pion sur l’échiquier de quelqu’un d’autre.
L'axe Moscou-Téhéran : la connexion que l'Amérique refuse de voir
Les drones iraniens dans le ciel ukrainien
Le sénateur McConnell l’a dit clairement : « Les drones iraniens dans le ciel ukrainien ont déjà rendu cristallines les connexions entre les adversaires de l’Amérique. » La Russie et l’Iran ne sont pas des alliés de circonstance. Ce sont des partenaires stratégiques qui se renforcent mutuellement. Moscou fournit à Téhéran du renseignement et de la technologie. Téhéran fournit à Moscou des drones et des munitions. Et l’Amérique combat l’un tout en négociant avec l’autre.
La logique stratégique est inexistante. Poutine a félicité le nouveau guide suprême iranien et lui a promis un « soutien indéfectible ». Au même moment, l’administration Trump envisage de lever les sanctions pétrolières russes. Les connexions sont là, visibles, documentées. Mais les reconnaître obligerait à admettre que la guerre en Iran renforce la Russie — et ça, Washington ne le veut pas.
Moscou et Téhéran se tiennent par la main. Et l’Amérique les combat un par un, comme si l’autre n’existait pas. Ce n’est pas de la stratégie. C’est de l’aveuglement volontaire.
Le renseignement qui circule dans les deux sens
Des rapports suggèrent que la Russie fournit à l’Iran du renseignement et de la technologie pour ses attaques régionales. Les mêmes réseaux qui acheminent des drones Shahed vers le front ukrainien fonctionnent dans l’autre sens. C’est un écosystème militaire intégré. Frapper l’Iran sans isoler la Russie, c’est opérer un patient sans lui couper l’alimentation en sang.
Les analystes de Foreign Policy pointent un effet dévastateur : les stocks de Tomahawk utilisés contre l’Iran étaient exactement les armes que l’Ukraine demandait. L’Amérique a utilisé contre l’Iran les munitions que l’Ukraine réclamait contre la Russie. Un transfert d’armes inversé — des alliés vers les ennemis, par le biais de la géographie.
La bande passante diplomatique : un concept que Washington a oublié
Quand un gouvernement ne peut plus gérer qu’une seule crise
Dr. Jennifer Kavanagh, ancienne chercheuse de la RAND Corporation et du Carnegie Endowment, a formulé le diagnostic. La bande passante diplomatique américaine est saturée. Les responsables du Département d’État qui géraient le dossier Ukraine sont mobilisés par la crise iranienne. Les officiers du Pentagone qui planifiaient des livraisons d’armes à Kyiv coordonnent maintenant des frappes aériennes sur Téhéran.
Le Conseil de sécurité nationale fonctionne en mode crise permanente. Les réunions sur l’Ukraine sont reportées, écourtées, annulées. Les appels de Zelensky sont pris, mais avec moins d’urgence. Et les envoyés spéciaux qui devaient faire la navette entre Kyiv et Moscou sont coincés au Pentagone, rivés à des écrans montrant le détroit d’Ormuz.
Une superpuissance qui ne peut pas gérer deux crises à la fois n’est pas une superpuissance. C’est un pays qui a les muscles mais pas le cerveau. Et ce sont les Ukrainiens qui paient pour cette insuffisance cognitive.
La crédibilité en chute libre
Kavanagh souligne un dommage encore plus profond : la crédibilité de Washington comme médiateur est « à des niveaux critiquement bas ». Comment l’Amérique peut-elle se poser en arbitre honnête entre l’Ukraine et la Russie quand elle mène simultanément une guerre non autorisée dans un autre pays ? Comment demander à Poutine de respecter le droit international quand les États-Unis le violent dans le golfe Persique ? La cohérence morale est le premier outil de la diplomatie. Et elle a été liquidée.
L’Ukraine l’a compris. C’est pour ça que Kyiv diversifie ses partenariats. Accords commerciaux, ventes de drones, expertise militaire. L’Ukraine se prépare à un monde où l’Amérique n’est plus un allié fiable. Non pas parce que l’Amérique a décidé d’abandonner l’Ukraine, mais parce qu’elle n’a plus la capacité de l’aider et de se battre contre l’Iran en même temps. Le déclin n’est pas toujours un choix. Parfois, c’est juste un emploi du temps trop chargé.
Les Tomahawk volés : l'arme que l'Ukraine n'aura jamais
Le missile qui change de cible
Les missiles de croisière Tomahawk. L’Ukraine les demandait depuis des mois. Des armes de précision capables de frapper les bases arrière russes, les dépôts de munitions, les centres de commandement. Des armes qui auraient pu changer l’équilibre du conflit. Qui auraient donné à Kyiv une capacité de frappe en profondeur que les drones seuls ne peuvent offrir.
Ces Tomahawk explosent maintenant sur des installations nucléaires iraniennes, des bases militaires, des centres de commandement des Gardiens de la révolution. L’analyse de Max Bergmann est sans appel : la décision d’utiliser ces missiles en Iran signifie que la probabilité de les fournir un jour à l’Ukraine est « terminée ». Pas réduite. Pas reportée. Terminée. C’est un choix irréversible. Et il a été fait sans que l’Ukraine ait son mot à dire.
Chaque Tomahawk qui explose en Iran est un Tomahawk que l’Ukraine n’aura jamais. Ce n’est pas une question de budget ou de production. C’est une question de priorités. Et l’Ukraine vient de découvrir qu’elle n’en est pas une.
La production qui ne suit pas
La production annuelle de missiles Patriot se compte dans « les centaines basses ». Les stocks sont « limités », selon les analystes de défense. Zelensky lui-même a reconnu la réalité avec une lucidité douloureuse : « Nous comprenons qu’une longue guerre et l’intensité des actions militaires affecteront la quantité de défense antiaérienne que nous recevrons. » Il ne dit pas « pourraient affecter ». Il dit « affecteront ». Au futur simple. Comme une certitude.
Et pourtant, Trump continue d’affirmer que les États-Unis ont « des munitions illimitées de niveau moyen et supérieur ». Les experts en défense contestent cette affirmation. Les chaînes de production américaines tournent à plein régime mais ne peuvent pas compenser deux guerres simultanées. La réalité industrielle rattrape la rhétorique politique. Et entre les deux, c’est l’Ukraine qui se retrouve sans protection aérienne.
La Turquie en embuscade : le nouveau courtier de la paix
Erdogan, l’opportuniste génial
Le déplacement des négociations d’Abu Dhabi vers la Turquie n’est pas un hasard. C’est un repositionnement stratégique qui profite à Recep Tayyip Erdogan. Le président turc a toujours joué sur les deux tableaux — membre de l’OTAN qui achète des S-400 russes, allié de Washington qui maintient des relations commerciales avec Moscou, voisin de l’Iran qui ne condamne ni ne soutient les frappes américaines.
En accueillant les pourparlers, Erdogan s’impose comme l’intermédiaire incontournable. C’est un rôle que la Turquie a déjà joué en 2022, lors des premières négociations d’Istanbul. Mais la Turquie a des intérêts directs — corridors céréaliers, influence en mer Noire, poids régional. Un médiateur intéressé n’est pas un médiateur neutre. Et la neutralité est peut-être le dernier luxe que la diplomatie mondiale peut se permettre.
Quand les arbitres neutres disparaissent, il ne reste que des courtiers intéressés. La Turquie jouera ce rôle avec talent. Mais il faut se rappeler qu’Erdogan ne fait jamais rien gratuitement. Et l’Ukraine risque de payer sa facture.
Le piège d’Istanbul, version 2026
En mars 2022, la Turquie avait accueilli des négociations prometteuses. Un accord semblait proche. Puis les massacres de Boutcha avaient été révélés, et la confiance avait été anéantie. Quatre ans plus tard, même lieu, mêmes acteurs. Mais avec une variable : une guerre américaine au Moyen-Orient qui aspire toute l’énergie diplomatique de la planète.
La question n’est plus de savoir si les négociations auront lieu la semaine du 16 mars. La question est de savoir si elles auront un sens. Des négociations sans la pleine attention de Washington sont des négociations sans levier. Sans levier, l’Ukraine est seule face à la Russie. Et seule face à la Russie, l’Ukraine n’a que deux options : céder ou combattre. Elle combat depuis trois ans. On lui demande maintenant de céder. Pas parce que c’est juste. Parce que c’est pratique.
Ce que cette crise révèle de l'Amérique de Trump
Un pays qui ne peut plus marcher et mâcher en même temps
L’Amérique de 2026 ne peut plus gérer deux crises internationales simultanément. Ce n’est pas une question de ressources militaires — les États-Unis restent la première puissance mondiale. C’est une question de volonté politique, de cohérence stratégique, de capacité institutionnelle. Les purges au Département d’État, les départs massifs de diplomates de carrière, le mépris pour les processus multilatéraux — tout cela a vidé la machine diplomatique américaine de sa substance.
Le résultat est visible. L’Amérique lance une guerre sans plan de sortie au Moyen-Orient, pendant qu’une autre guerre continue de faire des victimes en Europe. Les alliés regardent. Les adversaires calculent. Et le monde se demande combien de temps un pays peut prétendre être le leader du monde libre quand il est incapable de tenir deux conversations en même temps.
L’Amérique n’a pas perdu sa puissance. Elle a perdu sa concentration. Et dans une époque où quatre guerres brûlent simultanément, la concentration est la seule arme qui compte vraiment.
Le « deal » comme obsession — et ses victimes
Trump veut des « deals ». C’est son langage, sa philosophie, son identité. Tout est transaction. Tout est négociable. Les frontières, les alliances, les principes. Le problème, c’est que certaines choses ne sont pas négociables. La souveraineté d’un pays n’est pas un bien immobilier. La vie de civils n’est pas une monnaie d’échange. Et la paix n’est pas un produit qu’on peut empaqueter et vendre à la télévision.
Comparer Zelensky à « P.T. Barnum » révèle une incompréhension fondamentale. Zelensky n’est pas un showman. C’est un président en guerre qui défend chaque centimètre carré de son pays. Réduire son combat à un spectacle de cirque, c’est trivialiser la souffrance de millions d’Ukrainiens. Et ça en dit plus long sur celui qui prononce l’insulte que sur celui qui la reçoit.
Les fantômes de l'histoire : quand le monde a déjà vu ce scénario
1938, Munich, et l’art de sacrifier les petits pays
L’histoire ne se répète pas exactement. Mais elle rime. En 1938, les grandes puissances européennes ont sacrifié la Tchécoslovaquie pour « sauver la paix ». La paix n’a pas été sauvée. Elle a été reportée de onze mois. Et le prix a été 50 millions de morts. En 2026, les mêmes grandes puissances envisagent de sacrifier des portions de l’Ukraine pour « sauver la paix ». L’histoire a son opinion sur cette stratégie.
La différence, c’est que Zelensky n’est pas Edvard Beneš. Il ne capitulera pas en silence. Mais que peut-il faire quand ses alliés sont trop occupés ailleurs ? Quand les armes promises partent vers un autre théâtre d’opérations ? Quand les diplomates qui devraient négocier sa paix gèrent une autre guerre ?
On a dit « plus jamais » après 1938. On l’a dit après 1945. On l’a dit après chaque trahison des petits pays par les grands. Et nous y revoilà. Le vocabulaire change. Le mécanisme reste le même. Les puissants sacrifient les faibles quand ça les arrange.
Le silence de l’Europe
Et l’Europe dans tout ça ? Étrangement silencieuse. Les capitales européennes qui juraient il y a un an de soutenir l’Ukraine « aussi longtemps qu’il le faudra » sont désormais préoccupées par les prix de l’énergie, les retombées économiques de la guerre en Iran, la stabilité de leurs propres marchés. Le pétrole à 100 dollars fait plus peur aux électeurs européens que les bombes russes sur Kharkiv. C’est triste. C’est vrai. Et c’est exactement ce que Poutine comptait produire.
L’Union européenne pourrait combler le vide. Prendre le relais diplomatique. Offrir ses propres garanties de sécurité. Mais elle ne le fera pas. L’Europe n’a jamais su agir sans le parapluie américain. Et le parapluie est déployé au-dessus du golfe Persique.
Conclusion : L'Ukraine ne peut pas se permettre d'attendre un monde qui a décidé de l'oublier
Le courage de ceux qui n’ont pas le choix
L’Ukraine n’a pas le luxe de la patience. Chaque jour sans négociation est un jour de plus sous les bombes. Chaque missile Patriot tiré dans le Golfe est une protection de moins pour Odessa. Chaque Tomahawk explosé en Iran est une arme en moins pour frapper les positions russes. Les mathématiques de la guerre sont impitoyables. Et elles ne jouent pas en faveur de l’Ukraine.
Mais l’Ukraine a quelque chose que ses alliés distraits n’ont pas : la clarté de celui qui se bat pour sa survie. Zelensky sait exactement ce qu’il veut. Et il sait que dans cette partie d’échecs mondiale, il est le seul joueur qui ne peut pas quitter la table. Parce que pour l’Ukraine, ce n’est pas un jeu. C’est une question de vie ou de mort nationale.
L’Ukraine se bat depuis trois ans. Pas pour un deal. Pas pour une photo de poignée de main. Pour son existence. Et pendant que le monde s’agite, s’enflamme et se disperse, elle tient. Debout. Seule, s’il le faut. Parce que les peuples qui se battent pour leur survie n’ont pas besoin de permission. Ils ont besoin de dignité. Et celle-là, personne ne peut la leur enlever.
Ce qui reste quand tout le reste s’effondre
Les négociations de paix reprendront peut-être la semaine prochaine en Turquie. Peut-être pas. Les responsables américains trouveront peut-être le temps de s’y rendre. Peut-être pas. Mais une chose est certaine : l’Ukraine sera là. Parce que ce n’est pas elle qui a quitté la table. Ce n’est pas elle qui a sacrifié la diplomatie sur l’autel de l’aventurisme militaire.
L’histoire retiendra que le printemps 2026 fut le moment où la paix en Ukraine a été sacrifiée — pas par la Russie, qui n’en a jamais voulu, mais par les États-Unis, qui ont choisi de regarder ailleurs. L’histoire retiendra aussi que l’Ukraine, malgré tout, a continué de se battre. Pour sa terre. Pour son peuple. Pour le droit de chaque nation à exister sans la permission d’une superpuissance distraite.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Responsible Statecraft — Is Ukraine peace toast now that the Middle East is on fire — Mars 2026
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