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ÉDITORIAL : Les Palestiniens dénoncent le plan Kushner, ce vol déguisé en reconstruction
Crédit: Adobe Stock

Phase par phase, le démembrement organisé

Le plan se déploie en quatre phases qui, lues attentivement, dessinent autre chose qu’une reconstruction. La première phase cible Rafah et une partie de Khan Younès. La deuxième s’étend au reste de Khan Younès. La troisième — et c’est là que le masque tombe — consiste à entasser les familles déplacées dans des camps de réfugiés au centre de Gaza. La quatrième transforme Gaza City en zone industrielle. Relisez. Phase trois : concentrer les populations. Phase quatre : transformer leur terre en zone d’exploitation économique. Ce n’est pas un plan de reconstruction. C’est un plan de réaménagement territorial qui traite les habitants comme des obstacles logistiques à déplacer avant de commencer les travaux.

Le conditionnel achève le tableau : tout est subordonné au désarmement complet du Hamas. Autrement dit, tant que cette condition n’est pas remplie — et chacun sait qu’elle ne le sera pas dans un avenir prévisible —, le plan reste une promesse suspendue. Un mirage de béton et de verre projeté sur un horizon de ruines. Pendant ce temps, les restrictions israéliennes sur l’aide humanitaire continuent. Les portes de fer aux entrées des villages restent fermées. Les hôpitaux fonctionnent à capacité réduite : quatorze sur trente-six encore partiellement opérationnels, aucun dans le nord. L’urgence n’est pas de dessiner des gratte-ciel. L’urgence est de soigner des enfants atteints de la gale dans des tentes sans eau courante.


Un plan qui commence par déplacer les gens avant de reconstruire n’est pas un plan de reconstruction. C’est un plan de remplacement. On vide. On nettoie. On construit. Et quand les tours sont debout, on se demande où sont passés les anciens habitants. On ne se demande pas très longtemps.

Le « Board of Peace » ou la privatisation d’un peuple

Pour piloter cette entreprise, Trump a créé le Board of Peace — le Conseil de la paix. Le nom sonne bien. La composition raconte autre chose. Parmi les membres fondateurs : Jared Kushner lui-même. Tony Blair. Marco Rubio, secrétaire d’État. Steve Witkoff, envoyé spécial au Moyen-Orient. Marc Rowan, PDG d’Apollo Global Management, un fonds d’investissement géant. Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale. Yakir Gabay, magnat immobilier israélo-chypriote et ami proche de Kushner. Des représentants des Émirats arabes unis, du Qatar, de l’Égypte, de la Turquie. Trente-cinq États auraient accepté de se joindre au conseil. Pas un seul pays du G7 en dehors des États-Unis. Et surtout : aucun Palestinien.

Iyad al-Qarra, analyste politique basé à Gaza, a trouvé le mot juste pour décrire cette architecture de gouvernance : une « prise de contrôle corporative » de la cause palestinienne. Un fonds d’investissement, un promoteur immobilier, un ancien premier ministre britannique dont le bilan au Moyen-Orient est au mieux contestable — voilà les architectes du futur de Gaza. Le plan Kushner ne prévoit pas de centres de données et de zones industrielles pour les Palestiniens. Il prévoit des centres de données et des zones industrielles sur les Palestiniens. La nuance est tout sauf cosmétique.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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