Phase par phase, le démembrement organisé
Le plan se déploie en quatre phases qui, lues attentivement, dessinent autre chose qu’une reconstruction. La première phase cible Rafah et une partie de Khan Younès. La deuxième s’étend au reste de Khan Younès. La troisième — et c’est là que le masque tombe — consiste à entasser les familles déplacées dans des camps de réfugiés au centre de Gaza. La quatrième transforme Gaza City en zone industrielle. Relisez. Phase trois : concentrer les populations. Phase quatre : transformer leur terre en zone d’exploitation économique. Ce n’est pas un plan de reconstruction. C’est un plan de réaménagement territorial qui traite les habitants comme des obstacles logistiques à déplacer avant de commencer les travaux.
Le conditionnel achève le tableau : tout est subordonné au désarmement complet du Hamas. Autrement dit, tant que cette condition n’est pas remplie — et chacun sait qu’elle ne le sera pas dans un avenir prévisible —, le plan reste une promesse suspendue. Un mirage de béton et de verre projeté sur un horizon de ruines. Pendant ce temps, les restrictions israéliennes sur l’aide humanitaire continuent. Les portes de fer aux entrées des villages restent fermées. Les hôpitaux fonctionnent à capacité réduite : quatorze sur trente-six encore partiellement opérationnels, aucun dans le nord. L’urgence n’est pas de dessiner des gratte-ciel. L’urgence est de soigner des enfants atteints de la gale dans des tentes sans eau courante.
Un plan qui commence par déplacer les gens avant de reconstruire n’est pas un plan de reconstruction. C’est un plan de remplacement. On vide. On nettoie. On construit. Et quand les tours sont debout, on se demande où sont passés les anciens habitants. On ne se demande pas très longtemps.
Le « Board of Peace » ou la privatisation d’un peuple
Pour piloter cette entreprise, Trump a créé le Board of Peace — le Conseil de la paix. Le nom sonne bien. La composition raconte autre chose. Parmi les membres fondateurs : Jared Kushner lui-même. Tony Blair. Marco Rubio, secrétaire d’État. Steve Witkoff, envoyé spécial au Moyen-Orient. Marc Rowan, PDG d’Apollo Global Management, un fonds d’investissement géant. Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale. Yakir Gabay, magnat immobilier israélo-chypriote et ami proche de Kushner. Des représentants des Émirats arabes unis, du Qatar, de l’Égypte, de la Turquie. Trente-cinq États auraient accepté de se joindre au conseil. Pas un seul pays du G7 en dehors des États-Unis. Et surtout : aucun Palestinien.
Iyad al-Qarra, analyste politique basé à Gaza, a trouvé le mot juste pour décrire cette architecture de gouvernance : une « prise de contrôle corporative » de la cause palestinienne. Un fonds d’investissement, un promoteur immobilier, un ancien premier ministre britannique dont le bilan au Moyen-Orient est au mieux contestable — voilà les architectes du futur de Gaza. Le plan Kushner ne prévoit pas de centres de données et de zones industrielles pour les Palestiniens. Il prévoit des centres de données et des zones industrielles sur les Palestiniens. La nuance est tout sauf cosmétique.
Les voix de Gaza : ceux qu'on n'a pas consultés parlent
Mohammed Johar, père de famille, vingt ans et des ruines
Mohammed Johar est un jeune père de famille éduqué qui vit à Gaza. Il a vingt-quelques années, un enfant, et des murs effondrés là où se trouvait sa maison. Quand on lui parle du plan Kushner, il ne rit pas. Il ne pleure pas non plus. Il pèse ses mots avec la précision de quelqu’un qui sait que chaque syllabe compte : « Nous aspirons tous à voir Gaza reconstruite et prospère, mais pas au prix du pillage de notre souveraineté et de notre statut d’État. » Une épée à double tranchant, dit-il. La lame qui reconstruit d’un côté efface de l’autre. « Ce plan va effacer la culture palestinienne, notre histoire et notre identité. »
Ce que Johar voit, c’est ce que le plan ne dit pas. La séparation entre Gaza et la Cisjordanie deviendrait structurelle, permanente. La déconnexion avec les luttes historiques du peuple palestinien serait inscrite dans le béton des nouvelles tours. Et pour commencer les travaux, il faudrait d’abord « anéantir ce qui reste du corps physique de Gaza ». Démolir les derniers murs debout pour poser les fondations de la Nouvelle Gaza. Raser le peu qui reste pour construire ce qui ne leur appartiendra peut-être jamais.
Quand un jeune père de famille doit expliquer à des milliardaires pourquoi la souveraineté n’est pas négociable, quelque chose s’est brisé dans l’ordre du monde. Ce n’est pas Johar qui devrait avoir à se justifier. Ce sont les architectes de ce plan qui devraient rendre des comptes.
Ibrahim Faris Abu Ammar, soixante-huit ans, enseignant retraité sans maison
Ibrahim Faris Abu Ammar a soixante-huit ans. Il est enseignant retraité. Il a perdu sa maison. Il a perdu des membres de sa famille. Quand il regarde le plan Kushner, il voit ce que quarante années d’enseignement lui ont appris à reconnaître : la rhétorique du vainqueur imposée au vaincu. « Les États-Unis et Israël nous traitent comme le camp défait, et le vaincu est censé se soumettre docilement à l’ordre du vainqueur. » Le plan est « vague et inquiétant ». Aucune consultation préalable. « Ils ont réussi, indéniablement, à reconfigurer notre société sans aucune consultation préalable. »
Abu Ammar compare le plan à la Gaza Humanitarian Foundation : « Un piège mortel déguisé en salut. » Et il pointe l’impossibilité matérielle de la promesse : « Il est impossible de réaliser tout cela en trois ans. » Trois ans pour reconstruire ce qui a été méthodiquement détruit pendant plus de deux ans. Trois ans pour bâtir cent quatre-vingt gratte-ciel dans une zone où l’on ne peut même pas faire entrer du ciment sans autorisation israélienne. Trois ans pour transformer un champ de ruines en métropole. L’impossibilité n’est pas un bug du plan. C’est une fonctionnalité. Tant que la promesse reste irréalisable, la dépossession reste en cours.
Mohamed J. Abu Safia : le journaliste qui refuse la compensation
« Je veux ma maison, même en ruines »
Mohamed J. Abu Safia est journaliste à Gaza. Sa maison se trouvait dans le nord. Elle est tombée derrière ce qu’on appelle la « Ligne Jaune » — la zone que l’armée israélienne a découpée dans le territoire gazaoui, retranchant des quartiers entiers de toute possibilité de retour. Sa maison existe peut-être encore. Peut-être pas. Il ne peut pas aller vérifier. Ce qu’il sait, c’est ce qu’il refuse : « Je ne veux ni compensation ni relogement. Je veux ma maison — même si elle est en ruines. »
Cette phrase cristallise tout ce que le plan Kushner ne comprend pas. Pour un promoteur immobilier, une maison en ruines est un terrain à déblayer. Pour Abu Safia, c’est un ancrage. Une preuve d’existence. Un acte de résistance inscrit dans la pierre et la poussière. « Si on se soucie vraiment de Gaza, alors au lieu de forger des plans systématiques pour des gratte-ciel rutilants et des destinations touristiques, on devrait penser à lever le blocus et à mettre fin à l’occupation. » La logique est imparable. Avant de reconstruire, il faut cesser de détruire. Avant de dessiner des tours, il faut ouvrir les frontières. Avant d’investir, il faut libérer.
« Je veux ma maison, même en ruines. » Sept mots. Sept mots qui valent plus que les vingt-cinq milliards du plan Kushner. Parce que derrière ces sept mots, il y a quelque chose qu’aucun PowerPoint ne peut acheter : la dignité.
Le droit de décider qui appartient à qui
Abu Safia pose la question fondamentale que personne à Davos n’a posée : « Personne n’a le droit de décider au nom des Palestiniens. Personne n’a le droit d’investir dans une terre qui ne lui appartient pas. » Le plan Kushner repose sur un postulat silencieux : que Gaza est un terrain vide. Que ses habitants sont des bénéficiaires passifs d’une générosité étrangère. Que la reconstruction est un cadeau qu’on offre, pas un droit qu’on exerce. « Les seuls, et les seuls qui ont le droit d’être parties prenantes de son avenir, ce sont les habitants de Rafah. »
Et pourtant, le plan laisse moins d’espace pour le logement palestinien qu’il n’en existait avant la guerre. Les cartes en couleurs de Kushner dessinent une Gaza plus petite pour les Gazaouis. Plus de zones industrielles. Plus de centres de données. Plus de complexes touristiques. Moins de maisons. Moins de quartiers. Moins de place pour vivre. L’auteure palestinienne Susan Abulhawa a mis les mots exacts sur cette architecture du remplacement : « C’est un plan pour effacer le caractère autochtone de Gaza, transformer ce qui reste de son peuple en main-d’œuvre bon marché pour gérer leurs zones industrielles, et créer un littoral exclusif pour le tourisme. »
La Riviera du Moyen-Orient : quand l'ancien rêve de Peres rencontre le cynisme de Trump
De Singapour à la Riviera, la même fiction coloniale
L’idée n’est pas nouvelle. L’ancien premier ministre israélien Shimon Peres avait déjà imaginé Gaza comme « un autre Singapour ». Trump, lui, a poussé le fantasme plus loin en 2025, quand il a proposé de vider Gaza de ses habitants pour en faire « la Riviera du Moyen-Orient » — le tout illustré par une vidéo générée par intelligence artificielle montrant des plages de sable fin, des yachts et des hôtels de luxe là où se trouvaient des camps de réfugiés. Le plan Kushner est la version présentable de ce fantasme. On ne dit plus « vider Gaza ». On dit « relocaliser temporairement les populations pendant la phase de construction ». On ne dit plus « prendre la terre ». On dit « investir dans les gens ».
Le langage a changé. L’intention reste la même. Ce qui était autrefois dit crûment — déplacer un peuple pour exploiter son territoire — est désormais emballé dans le vocabulaire de l’investissement responsable et de la reconstruction humanitaire. Les gratte-ciel remplacent les colonies dans le discours. Les « opportunités d’investissement » remplacent les « faits accomplis ». Mais la mécanique reste identique : occuper, reconfigurer, profiter. Et pourtant, personne dans les salons de Davos n’a levé la main pour demander : pourquoi reconstruire pour des investisseurs ce qui appartenait à des familles ?
Changer le vocabulaire ne change pas la réalité. Appeler un vol « investissement » ne fait pas disparaître les propriétaires. Appeler une dépossession « reconstruction » ne transforme pas les victimes en bénéficiaires. Le plan Kushner est du colonialisme en costume cravate, présenté dans les salons où l’on sert du champagne.
La fiction des trois ans et l’impossibilité matérielle
Trois ans. C’est le délai annoncé pour transformer Gaza en métropole. Pour mettre les choses en perspective : la reconstruction du centre-ville de Beyrouth après la guerre civile libanaise a pris plus de quinze ans — et Beyrouth n’avait pas perdu quatre-vingt-dix pour cent de son parc immobilier. La reconstruction de Mossoul après la bataille contre Daech est encore inachevée, sept ans plus tard. Et ces deux villes n’étaient pas sous blocus. Gaza l’est. Chaque sac de ciment, chaque barre d’acier, chaque panneau de verre doit passer par un contrôle israélien. Trois ans pour construire cent quatre-vingt gratte-ciel dans une zone où l’acheminement d’un groupe électrogène de remplacement prend des semaines. L’impossibilité est tellement évidente qu’elle ne peut pas être accidentelle.
Si le plan ne peut pas être réalisé en trois ans, alors à quoi sert-il ? La réponse est dans la question. Il sert à créer un cadre juridique et politique dans lequel la terre de Gaza est reclassée. Zone industrielle ici. Zone touristique là. Zone de développement économique partout. Et les anciens habitants ? Temporairement relogés dans des camps au centre. Temporairement. Le mot le plus dangereux du vocabulaire colonial a toujours été « temporaire ». Les camps de réfugiés palestiniens étaient « temporaires » en 1948. Soixante-dix-huit ans plus tard, ils sont toujours là.
Les chiffres derrière les rendus 3D : l'état réel de Gaza
Soixante-douze mille morts et des hôpitaux fantômes
Pendant que Kushner présente ses diapositives, voici ce qui se passe sur le terrain. Au 7 mars 2026, le bilan du ministère de la Santé de Gaza fait état de 72 123 Palestiniens tués depuis octobre 2023. Plus de 171 000 blessés. Des chercheurs estiment que quatre-vingts pour cent des personnes tuées étaient des civils. Des milliers de corps restent sous les décombres, non identifiés, non comptabilisés. Les organisations humanitaires considèrent ces chiffres comme largement sous-estimés. Et chaque chiffre est un nom. Chaque statistique est une famille brisée. Chaque pourcentage est un enfant qui ne grandira pas.
Le système de santé de Gaza a été, selon les termes d’Al Jazeera, « détruit délibérément et méthodiquement ». Sur trente-six hôpitaux, quatorze sont encore partiellement fonctionnels. Dans le nord de Gaza, il n’y a plus un seul hôpital opérationnel. Plus un seul. Sur vingt-deux cliniques de l’UNRWA qui fonctionnaient avant la guerre, quatre sont encore ouvertes, complétées par quatre centres de santé temporaires. Les médecins manquent de tout : équipements, médicaments, personnel, électricité. Et c’est dans ce contexte que Kushner propose de construire soixante-quinze « centres médicaux ». Des centres médicaux flambant neufs dans un territoire où les médecins actuels opèrent à la lumière de leur téléphone portable.
Il y a quelque chose de profondément indécent à dessiner des hôpitaux sur une carte quand les hôpitaux existants sont bombardés. On ne reconstruit pas un système de santé avec des rendus 3D. On le reconstruit en arrêtant de le détruire.
Soixante-dix pour cent des structures détruites
Les chiffres sont sans appel. Soixante-dix pour cent de toutes les structures de la bande de Gaza ont été détruites ou endommagées depuis octobre 2023. Le parc immobilier résidentiel a été touché à quatre-vingt-douze pour cent. Neuf logements sur dix. Inhabitables. En ruines. Réduits en poussière. Ce n’est pas de la destruction collatérale. C’est de la destruction systématique. Et c’est sur cette destruction que le plan Kushner veut construire — pas reconstruire ce qui existait, mais construire autre chose. Des tours de luxe là où il y avait des maisons familiales. Des complexes touristiques là où il y avait des quartiers. Des centres de données là où il y avait des écoles.
Et pourtant, les Palestiniens ne demandent pas de gratte-ciel. Mohammed Johar ne demande pas de tour de luxe. Ibrahim Faris Abu Ammar ne demande pas de complexe touristique. Mohamed J. Abu Safia ne demande pas de centre de données. Ils demandent tous la même chose : le retrait complet des forces israéliennes. L’accès aux matériaux de reconstruction. Le droit de rebâtir eux-mêmes, sur leur propre terre, selon leurs propres plans. Le droit fondamental, élémentaire, non négociable, d’autodétermination.
La Cisjordanie en miroir : le déplacement silencieux continue
Mille cinq cents Palestiniens déplacés en 2026
Pendant que les projecteurs sont braqués sur Gaza et le plan Kushner, la Cisjordanie occupée continue de se vider en silence. Selon le porte-parole des Nations Unies Stéphane Dujarric, citant le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), plus de 1 500 Palestiniens ont été déplacés en Cisjordanie depuis le début de l’année 2026. En à peine deux mois et demi. Ce chiffre représente quatre-vingt-dix pour cent du total des déplacements de toute l’année 2025. L’accélération est vertigineuse.
Cent quatre-vingts Palestiniens ont été déplacés spécifiquement à cause des attaques de colons et des restrictions d’accès imposées depuis le début de l’escalade régionale. Plus de quarante pour cent des personnes déplacées sont des enfants. Le 21 février 2026, la communauté bédouine d’El-Halayil dans la région de Ramallah a été attaquée, déplaçant onze familles. Les portes de fer aux entrées des villages restent fermées. L’accès aux lieux de travail et aux services est systématiquement entravé. Les moyens de subsistance sont perdus. La dépendance à l’aide humanitaire augmente.
Ce qui se passe en Cisjordanie est le brouillon de ce qui se prépare à Gaza. Les mêmes mécanismes. Les mêmes résultats. Les mêmes silences. La différence, c’est qu’en Cisjordanie, on n’a même pas besoin de présenter un PowerPoint pour déplacer les gens. On ferme une porte. On brûle un champ. On démolit une maison. Et le monde regarde ailleurs.
Le double front de la dépossession
Gaza et la Cisjordanie ne sont pas deux histoires séparées. Elles sont les deux faces de la même opération. D’un côté, un plan de « reconstruction » qui reconfigure le territoire gazaoui au profit d’investisseurs étrangers. De l’autre, un déplacement systématique et silencieux qui vide la Cisjordanie village par village, colline par colline, famille par famille. Le plan Kushner propose officiellement de séparer ces deux territoires — pas de lien, pas de continuité, pas de corridor. Cette séparation n’est pas un détail logistique. C’est la négation même de l’idée d’un État palestinien viable.
Et pourtant, c’est exactement ce que Mohammed Johar avait identifié : le plan crée une « déconnexion avec les luttes historiques » du peuple palestinien. Quand Gaza devient une zone industrielle gérée par un conseil d’investisseurs et que la Cisjordanie se vide sous la pression des colons, ce qui disparaît, c’est la possibilité même d’un territoire continu. D’un peuple uni. D’une nation souveraine. Le plan Kushner ne construit pas un avenir pour les Palestiniens. Il déconstruit la possibilité même de cet avenir.
Le précédent historique : quand « temporaire » devient permanent
1948, 1967, 2026 : les camps qui ne ferment jamais
L’histoire palestinienne est jalonnée de « solutions temporaires » devenues permanentes. En 1948, sept cent cinquante mille Palestiniens ont été déplacés lors de la Nakba. On leur a dit que c’était temporaire. Soixante-dix-huit ans plus tard, leurs descendants vivent encore dans des camps de réfugiés au Liban, en Jordanie, en Syrie. En 1967, trois cent mille personnes supplémentaires ont été déplacées. Temporairement. Elles ne sont jamais revenues. Les camps de Jénine, de Balata, de Jabaliya devaient durer quelques mois. Ils ont duré des décennies. Ils sont devenus des villes dans la ville, des mondes parallèles où le provisoire s’est calcifié en destin.
Le plan Kushner propose de « relocaliser temporairement » les familles gazaouies dans des camps au centre de la bande de Gaza pendant la phase de construction. La phase trois du plan, explicitement. Concentrer les populations dans un espace réduit pendant qu’on transforme leur terre en zones industrielles et en complexes touristiques. Si l’histoire enseigne quelque chose — et elle enseigne beaucoup à qui veut écouter —, c’est que le « temporaire » palestinien a une durée de vie d’environ soixante-dix-huit ans. Et ça continue de compter.
On ne peut pas utiliser le mot « temporaire » avec les Palestiniens sans que ce mot ne sonne comme une condamnation. Chaque camp « temporaire » est devenu une prison à ciel ouvert. Chaque « relocalisation provisoire » est devenue un exil permanent. Le plan Kushner demande aux Palestiniens de croire, une fois de plus, que cette fois, ce sera différent. Pourquoi le croiraient-ils ?
L’architecture de l’oubli
Ce que les gratte-ciel de Kushner effaceraient, ce ne sont pas seulement des maisons. Ce sont des repères. Des mémoires inscrites dans les murs, dans les ruelles, dans la disposition des quartiers. Chaque ville a une grammaire. Chaque quartier raconte une histoire. Les tours identiques et les zones industrielles standardisées n’effacent pas seulement le tissu urbain. Elles effacent la mémoire collective. On ne se souvient pas d’un gratte-ciel comme on se souvient de la maison de sa grand-mère. On ne transmet pas une histoire de famille dans un appartement numéroté au seizième étage d’une tour financée par Apollo Global Management.
C’est précisément ce que Mohammed Johar appelle l’effacement de la « culture, de l’histoire et de l’identité ». Ce n’est pas une métaphore. C’est un programme architectural. La Nouvelle Gaza de Kushner ne ressemblerait pas à Gaza. Elle ressemblerait à Dubaï. À n’importe quelle ville du Golfe construite sur la sueur de travailleurs migrants. Des tours brillantes. Des boulevards larges. Des centres commerciaux climatisés. Et une population locale réduite à servir de main-d’œuvre dans les zones industrielles de sa propre terre.
Le silence des capitales : complicité par omission
Trente-cinq pays au Board of Peace, aucun du G7
Trente-cinq États auraient accepté de rejoindre le Board of Peace. Pas un seul membre du G7 en dehors des États-Unis. Pas la France. Pas l’Allemagne. Pas le Royaume-Uni — même si Tony Blair y siège à titre personnel. Pas le Canada. Pas le Japon. Pas l’Italie. Cette absence dit quelque chose. Elle dit que les grandes démocraties occidentales savent exactement ce qu’est ce plan. Elles ne le soutiennent pas. Mais elles ne le dénoncent pas non plus. Le silence diplomatique est la forme la plus confortable de la complicité.
Car ne pas condamner, c’est autoriser. Ne pas dénoncer, c’est valider. Le droit international interdit le transfert de populations dans un territoire occupé. Il interdit la modification du statut d’un territoire occupé. Il interdit l’appropriation de terres par la puissance occupante. Le plan Kushner fait tout cela, mais dans le langage feutré de l’investissement et de la reconstruction. Et les capitales européennes, qui invoquent le droit international quand ça les arrange, regardent ailleurs quand ça les gêne.
Le silence de l’Europe n’est pas de la prudence. C’est un choix. Le choix de ne pas se mettre à dos Washington. Le choix de préserver des contrats d’armement et des relations commerciales. Le choix de sacrifier les principes sur l’autel des intérêts. Et ce choix a un prix. Ce prix, ce sont les Palestiniens qui le paient.
Le droit international comme décor
Les Conventions de Genève sont claires. L’article 49 de la Quatrième Convention interdit les transferts forcés de population dans les territoires occupés. L’article 53 interdit la destruction de biens dans un territoire occupé, sauf en cas de nécessité militaire absolue. L’article 147 qualifie la « destruction et l’appropriation de biens non justifiées par des nécessités militaires » de violation grave. Le plan Kushner ne viole pas le droit international dans les marges. Il le viole en plein centre. En fanfare. Avec des diapositives en couleurs et un budget de vingt-cinq milliards.
Mais le droit international ne s’applique que quand quelqu’un décide de l’appliquer. Et pour l’instant, personne ne décide. La Cour internationale de Justice émet des avis consultatifs que personne ne respecte. La Cour pénale internationale ouvre des enquêtes qui n’aboutissent pas. Le Conseil de sécurité des Nations Unies est paralysé par le véto américain. Le droit existe. Les mécanismes d’application sont morts. Et dans ce vide juridique, Kushner construit.
L'économie du plan : à qui profite la « reconstruction »
Apollo Global Management et les « opportunités incroyables »
Marc Rowan, PDG d’Apollo Global Management, siège au Board of Peace. Apollo est l’un des plus grands fonds d’investissement au monde. Cinq cent cinquante milliards de dollars d’actifs sous gestion. Ce n’est pas un organisme humanitaire. Ce n’est pas une ONG. C’est une machine à profit. Et elle est assise à la table où se décide l’avenir de Gaza. Quand Kushner parle d’« opportunités d’investissement incroyables pour le secteur privé », il ne parle pas aux Palestiniens. Il parle aux Marc Rowan de ce monde. Aux fonds de pension. Aux promoteurs. Aux développeurs de centres de données qui cherchent du terrain bon marché et une main-d’œuvre captive.
Le plan prévoit des centres de données, des zones industrielles, des complexes touristiques en bord de mer. Qui en sera propriétaire ? Les documents ne le disent pas. Qui en tirera les bénéfices ? Les documents ne le disent pas non plus. Mais la composition du Board of Peace donne la réponse que les documents évitent. Les bénéficiaires seront ceux qui sont assis à la table. Les exclus seront ceux qui auraient dû y être assis. La reconstruction de Gaza n’est pas un projet humanitaire. C’est un projet d’investissement qui utilise le vocabulaire humanitaire comme couverture.
Quand un fonds d’investissement de cinq cent cinquante milliards de dollars est assis à la table qui décide de l’avenir d’un peuple déplacé, on n’est plus dans la reconstruction. On est dans l’acquisition. Gaza n’est pas une opportunité d’investissement. Gaza est une terre. Et cette terre a des propriétaires. Ils s’appellent Johar, Abu Ammar, Abu Safia. Pas Apollo Global Management.
Yakir Gabay, l’ami promoteur aux premières loges
Yakir Gabay est un magnat immobilier israélo-chypriote. Il est décrit comme un « ami proche » de Jared Kushner. Il siège au Gaza Executive Board. Un promoteur immobilier ami du gendre du président, assis au conseil qui va décider quoi construire et où sur les ruines de Gaza. L’apparence de conflit d’intérêts est tellement flagrante qu’elle en devient presque transparente. Mais dans un système où la transparence est devenue synonyme d’impunité, personne ne s’en offusque. Gabay regardera les plans de construction de Gaza avec l’œil d’un promoteur. Pas avec l’œil d’un humanitaire. Pas avec l’œil d’un médiateur. Avec l’œil de quelqu’un qui calcule le rendement au mètre carré.
Et c’est là que le mot « reconstruction » perd tout son sens. On ne reconstruit pas un quartier pour en faire un centre de données. On ne reconstruit pas un marché pour en faire un complexe touristique. On ne reconstruit pas une école pour en faire une zone industrielle. On remplace. On substitue. On efface et on réécrit. Le mot que Susan Abulhawa a employé est le plus juste : c’est un plan pour « effacer le caractère autochtone » de Gaza. Effacer. Pas reconstruire.
La question de la souveraineté : ce que le plan ne dit pas
Un territoire sans État, un peuple sans voix
Le plan Kushner ne mentionne à aucun moment le mot « État ». Pas d’État palestinien. Pas de souveraineté. Pas d’autodétermination. Le mot « occupation » n’apparaît pas non plus. Ni « blocus ». Ni « droit au retour ». Le vocabulaire du plan est celui de l’immobilier et de la finance. Des « phases de développement ». Des « zones d’investissement ». Des « infrastructures critiques ». Mais jamais les mots qui comptent pour les Palestiniens : liberté, indépendance, dignité, justice.
Ce silence lexical n’est pas une omission. C’est un choix stratégique. En évacuant le vocabulaire politique du plan, Kushner transforme une question de droit international en question de développement économique. On ne parle plus de droits. On parle de rendements. On ne parle plus de peuple. On parle de marché. On ne parle plus d’occupation. On parle d’opportunité. Le glissement sémantique est complet. Et il est redoutable. Parce qu’il est beaucoup plus facile de résister à une occupation déclarée qu’à un investissement bienveillant.
Le plus grand tour de force du plan Kushner n’est pas ses gratte-ciel ou ses centres de données. C’est d’avoir réussi à transformer une question de vie ou de mort en question de retour sur investissement. Le colonialisme du vingt-et-unième siècle ne porte plus l’uniforme militaire. Il porte le costume trois-pièces et parle le langage des marchés financiers.
Le consentement fabriqué et l’illusion de la consultation
Ibrahim Faris Abu Ammar a mis le doigt sur le mécanisme central : « Négliger le rôle de l’Autorité palestinienne, des factions palestiniennes et du Comité national pour l’administration de Gaza dans les décisions sur des questions aussi fondamentales d’autodétermination est profondément préoccupant. » Profondément préoccupant est un euphémisme. Le plan reconfigure l’avenir d’un peuple sans son consentement. Il redessinne les frontières de son existence sans lui demander son avis. Il décide de son sort sans lui offrir une chaise à la table.
Le Board of Peace compte des milliardaires, des diplomates, des promoteurs, des banquiers. Pas un seul Palestinien. Et quand le plan sera présenté comme un fait accompli, on dira que les Palestiniens « n’ont pas voulu participer ». Que c’est « leur choix ». Que l’offre était « généreuse ». C’est la mécanique classique du consentement fabriqué : on exclut les concernés du processus de décision, puis on leur reproche de ne pas avoir participé à un processus dont ils étaient exclus.
Ce que veulent vraiment les Palestiniens : trois demandes simples
Retrait, accès, autodétermination
Les voix qui s’élèvent de Gaza ne demandent pas la lune. Elles ne demandent pas de gratte-ciel. Elles ne demandent pas de complexes touristiques. Elles demandent trois choses. Premièrement : le retrait complet des forces israéliennes. Deuxièmement : l’accès aux matériaux de reconstruction. Troisièmement : le droit de reconstruire eux-mêmes, sur leur terre, selon leurs plans. Mohamed J. Abu Safia l’a dit clairement : les gens veulent « rentrer chez eux et reconstruire leurs maisons une fois que les forces israéliennes se seront complètement retirées ». Pas besoin de vingt-cinq milliards. Pas besoin de Board of Peace. Pas besoin de rendus 3D. Juste le droit de revenir et de reconstruire.
Mais ces trois demandes sont précisément ce que le plan Kushner ne propose pas. Le retrait n’est pas mentionné. L’accès aux matériaux est subordonné au désarmement du Hamas. Et le droit de reconstruire est remplacé par le droit d’être « relocalisé temporairement » pendant que d’autres construisent sur votre terre. La déconnexion entre ce que les Palestiniens demandent et ce que le plan propose est totale. Absolue. Irréconciliable. Ce n’est pas un malentendu. C’est un refus délibéré d’écouter.
Trois demandes. Retrait. Accès. Autodétermination. Trois mots qui résument des décennies de lutte. Trois mots que le plan Kushner ne contient pas. Trois mots qui sont, en fin de compte, tout ce qui sépare la reconstruction de la colonisation.
La résistance par l’existence
Ce qui frappe dans les témoignages recueillis par Truthout, c’est l’absence de résignation. Mohammed Johar ne se résigne pas. Il analyse. Ibrahim Faris Abu Ammar ne se résigne pas. Il dénonce. Mohamed J. Abu Safia ne se résigne pas. Il refuse. « Je ne veux ni compensation ni relogement. Je veux ma maison. » Il y a dans ce refus quelque chose de plus puissant que tous les plans de reconstruction du monde. Le refus de l’effacement. Le refus de la substitution. Le refus d’accepter qu’un PowerPoint présenté à Davos puisse remplacer le droit de vivre sur sa propre terre.
Les Palestiniens ne rejettent pas la reconstruction. Ils rejettent cette reconstruction-là. Celle qui se fait sans eux, au-dessus d’eux, contre eux. Celle qui transforme leurs quartiers en zones d’investissement. Celle qui remplace leurs maisons par des tours dont ils ne seront pas propriétaires. Celle qui les déplace « temporairement » dans des camps pour une durée indéterminée. Ils veulent reconstruire. Mais reconstruire leur Gaza. Pas la Gaza de Kushner. Pas la Gaza d’Apollo. Pas la Gaza de Yakir Gabay. Leur Gaza.
Le test moral de notre époque
Quand le monde regarde et ne voit rien
Il y a des moments dans l’histoire où le silence parle plus fort que les mots. Des moments où ne rien dire revient à tout accepter. Le plan Kushner est l’un de ces moments. Un plan de dépossession présenté comme un plan de reconstruction. Un projet colonial emballé dans du papier cadeau humanitaire. Un transfert de propriété déguisé en investissement. Et le monde regarde. Les Nations Unies publient des rapports. Les ONG lancent des alertes. Les médias couvrent. Et rien ne change. Les gratte-ciel de Kushner avancent sur le papier pendant que les bombes reculent à peine sur le terrain.
La question que ce plan pose n’est pas technique. Elle n’est pas économique. Elle n’est pas diplomatique. Elle est morale. À quel moment accepte-t-on qu’un peuple soit dépossédé de sa terre sous couvert de lui rendre service ? À quel moment la « reconstruction » devient-elle un euphémisme pour « appropriation » ? À quel moment le silence des démocraties devient-il complice du crime ? Ces questions n’ont pas de réponse confortable. C’est précisément pour cela qu’il faut les poser.
Le plan Kushner n’est pas seulement un plan pour Gaza. C’est un test. Un test pour chaque gouvernement qui se dit attaché au droit international. Un test pour chaque citoyen qui se dit attaché à la justice. Un test pour chaque média qui se dit attaché à la vérité. Et jusqu’ici, nous échouons à ce test. Collectivement. Spectaculairement.
Ce qui restera quand les diapositives seront éteintes
Les diapositives de Davos finiront dans un tiroir. Les rendus 3D seront oubliés. Les promesses de vingt-cinq milliards rejoindront le cimetière des promesses non tenues. Mais ce qui restera, ce sont les ruines. Les familles dans les camps. Les enfants sans école. Les malades sans hôpital. Les morts sans sépulture. Ce qui restera, c’est la terre. Et la question de savoir à qui elle appartient. Cette question ne se résout pas avec un PowerPoint. Elle se résout avec de la justice. De la justice réelle, pas la justice cosmétique des « Boards of Peace » peuplés de milliardaires.
Les Palestiniens le savent mieux que quiconque. Ils le savent depuis soixante-dix-huit ans. Depuis les premiers camps « temporaires ». Depuis les premières promesses trahies. Depuis les premières résolutions des Nations Unies restées lettre morte. Ils savent que les plans vont et viennent, mais que la terre reste. Et c’est pourquoi Mohamed J. Abu Safia veut sa maison. Même en ruines. Parce qu’une maison en ruines sur sa propre terre vaut infiniment plus qu’un appartement flambant neuf dans la tour d’un autre.
Conclusion : Gaza n'est pas à vendre
Le verdict des faits contre la fiction des plans
Les faits sont là. 72 123 morts. Quatre-vingt-dix pour cent du parc immobilier détruit. Quatorze hôpitaux sur trente-six partiellement fonctionnels. 1 500 Palestiniens déplacés en Cisjordanie en deux mois et demi. Et en face de ces faits, un plan de vingt-cinq milliards de dollars qui ne mentionne ni le retrait, ni le blocus, ni la souveraineté, ni l’autodétermination. Un plan piloté par des promoteurs immobiliers et des fonds d’investissement. Un plan qui transforme les victimes en obstacles et les ruines en opportunités. Le plan Kushner n’est pas une solution. C’est le problème qui se déguise en solution.
Gaza n’est pas un terrain vague en attente de développement. Gaza est une terre avec des propriétaires, une histoire, une culture, une identité. Ces propriétaires ont des noms, des visages, des familles. Ils ne demandent pas de gratte-ciel. Ils demandent de la justice. Ils ne demandent pas d’investisseurs. Ils demandent de la liberté. Ils ne demandent pas de Board of Peace. Ils demandent la paix. La vraie. Celle qui commence par le respect du droit. Celle qui commence par l’écoute de ceux qui souffrent. Celle qui commence — et c’est le minimum absolu, le seuil non négociable — par leur donner une chaise à la table où se décide leur avenir.
Gaza n’est pas à vendre. Et aucun plan, aussi brillant soit-il sur un écran de projection, ne changera cette réalité fondamentale. Les Palestiniens ne sont pas des locataires sur leur propre terre. Ils en sont les propriétaires. Et un jour — peut-être pas demain, peut-être pas dans dix ans, mais un jour — le monde devra accepter cette vérité. D’ici là, chaque PowerPoint présenté à Davos ne fera que retarder l’inévitable : la justice.
Le mot de la fin appartient à ceux qu’on a fait taire
Mohamed J. Abu Safia veut sa maison. Même en ruines. Mohammed Johar veut une Gaza reconstruite — par les Gazaouis. Ibrahim Faris Abu Ammar refuse d’être traité comme le vaincu qui se soumet. Ces trois voix, parmi des millions d’autres, disent la même chose dans des mots différents : nous existons. Nous ne sommes pas une ligne sur un plan d’architecte. Nous ne sommes pas un « risque calculé » dans un portefeuille d’investissement. Nous ne sommes pas une opportunité. Nous sommes un peuple. Et un peuple, ça ne se reconstruit pas avec des gratte-ciel. Ça se reconstruit avec de la dignité.
Et c’est peut-être ça, la vérité finale que le plan Kushner refuse d’entendre : on peut détruire les maisons, bombarder les hôpitaux, effacer les quartiers, redessiner les cartes, renommer les zones, requalifier les terres. Mais on ne peut pas détruire le lien entre un peuple et sa terre. Ce lien survit aux bombes. Il survit aux plans. Il survit aux PowerPoint. Il survit à tout. Et c’est ce lien, précisément, qui rend le plan Kushner non seulement injuste, mais voué à l’échec. Parce qu’on ne construit pas la paix sur le vol. On ne construit pas l’avenir sur l’effacement. On ne construit rien de durable sur le mépris.
Signé Maxime Marquette
Sources
Les sources ci-dessous ont été consultées, croisées et vérifiées pour garantir la rigueur factuelle de cette analyse. Chaque affirmation repose sur des données documentées et des témoignages directs recueillis sur le terrain.
Sources primaires
Truthout — Palestinians in Gaza Slam Kushner’s Reconstruction Plan as Disguised Theft — Mars 2026
Al Jazeera — Who is part of Trump’s Board of Peace for Gaza? — Janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera — Map shows what would happen to Gaza under the US master plan — Janvier 2026
Institute for Palestine Studies — A Corporate Takeover of Gaza: Who Runs the Board of Peace? — 2026
Al Jazeera — How Israel destroyed Gaza’s health system deliberately and methodically — Février 2026
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