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ÉDITORIAL : Trump, l’Iran et le détroit d’Hormuz — Le monde retient son souffle
Crédit: Adobe Stock

Une menace que l’Histoire a déjà rendue réelle

Ceux qui pensent que la menace des mines sous-marines appartient à un autre siècle se trompent lourdement. L’Histoire récente du Golfe Persique est jalonnée de rappels douloureux. Lors de la Guerre des tankers dans les années 1980, l’Iran avait déjà eu recours aux mines pour perturber le trafic maritime dans le Golfe. Des navires avaient été touchés. Des équipages avaient péri. Les États-Unis avaient répondu en déployant des escortes militaires pour les pétroliers koweitiens — une opération baptisée Earnest Will. L’histoire a donc déjà été écrite une première fois. La question aujourd’hui est de savoir si on s’apprête à en tourner une nouvelle page, encore plus dangereuse.

La mine sous-marine est l’arme asymétrique par excellence dans ce type de confrontation. Son coût unitaire est dérisoire comparé à la valeur d’un supertanker VLCC dont la cargaison peut représenter plusieurs centaines de millions de dollars. Un seul incident grave — un pétrolier éventré, une marée noire dans le Golfe, des images de flammes sur les eaux du détroit — suffirait à faire bondir les prix du brut de 20 à 30 dollars par baril en quelques heures. Les marchés financiers réagiraient immédiatement. Les économies importatrices de pétrole — Japon, Corée du Sud, Chine, Inde, Europe — absorberaient le choc de plein fouet. C’est le calcul cynique que fait Téhéran : provoquer une douleur économique mondiale disproportionnée par rapport à l’investissement militaire consenti.

Les Gardiens de la Révolution, acteurs centraux du dispositif

Il serait naïf de penser que la République islamique agit comme un bloc monolithique dans cette crise. Les Gardiens de la Révolution iraniens — le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) — ont une autonomie opérationnelle considérable, des intérêts économiques propres, et une doctrine militaire qui valorise l’action asymétrique et la projection de force par des moyens non conventionnels. Ce sont eux qui contrôlent la composante navale du dispositif d’Hormuz. Ce sont eux qui ont saisi des pétroliers étrangers dans les années récentes. Ce sont eux qui disposent de l’arsenal de mines. Dans une escalade potentielle, il n’est pas certain que le gouvernement iranien au sens strict — aussi hostile soit-il — ait la pleine maîtrise de chaque décision tactique des Gardiens. Cette réalité rend la situation encore plus imprévisible.

Pour Washington, négocier avec l’Iran c’est donc nécessairement naviguer entre plusieurs centres de décision aux intérêts parfois divergents. Le président iranien peut signer un accord. Les Gardiens peuvent décider de ne pas en tenir compte sur le terrain. Ce schéma s’est répété à plusieurs reprises dans l’histoire des relations américano-iraniennes. Il explique en partie pourquoi la menace de Trump — aussi ferme soit-elle — ne peut pas simplement s’appuyer sur la rationalité d’un interlocuteur unique et cohérent à Téhéran. L’Iran n’est pas un État unifié dans sa chaîne de commandement militaire. C’est un État à plusieurs vitesses, plusieurs centres de gravité, plusieurs logiques qui coexistent et parfois se contredisent.

La mine sous-marine, c’est l’arme des désespérés qui ont compris que la puissance conventionnelle ne peut pas tout. Et dans le Golfe Persique, les désespérés sont aussi des stratèges rodés. Ce cocktail devrait glacer le sang de quiconque analyse la situation avec lucidité.

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

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