L’initiative n’est pas un territoire — c’est un état d’esprit
Le concept d’initiative en stratégie militaire est souvent mal compris. Ce n’est pas simplement le fait de gagner du terrain. C’est le fait de dicter le rythme. Quand vous avez l’initiative, c’est l’ennemi qui réagit à vos actions. Quand vous l’avez perdue, c’est vous qui réagissez aux siennes. Depuis la fin de la contre-offensive de 2023, l’Ukraine avait perdu l’initiative. C’est la Russie qui choisissait où attaquer — Avdiivka, Bakhmout, Pokrovsk. C’est l’Ukraine qui répondait, qui bouclait les brèches, qui colmatait les fractures. Reprendre 400 kilomètres carrés, c’est reprendre le droit de choisir — le droit de frapper où vous voulez, quand vous voulez.
L’initiative est le bien le plus précieux d’une armée en guerre. Plus que les chars. Plus que les avions. Plus que les missiles. Parce que l’initiative détermine qui pose les questions et qui doit y répondre. Pendant deux ans, la Russie posait les questions : « Où attaquer demain ? Pokrovsk ? Kupyansk ? Kostiantynivka ? » Et l’Ukraine répondait — courageusement, efficacement, mais toujours en réaction. Aujourd’hui, c’est l’Ukraine qui demande : « Où frapper demain ? Hulyaipole ? Oleksandrivka ? Dnipropetrovsk ? » Et c’est la Russie qui court pour répondre. Ce changement est plus important que 400 kilomètres carrés de terre.
Les guerres pivotent sur des moments, pas sur des batailles
L’histoire militaire enseigne que les guerres ne pivotent pas sur des batailles spectaculaires — elles pivotent sur des moments invisibles. Le moment où l’Allemagne a perdu la Première Guerre mondiale n’est pas novembre 1918 — c’est le printemps 1918, quand l’offensive Ludendorff a échoué à percer les lignes alliées malgré une supériorité numérique temporaire. Le moment où le Japon a perdu la Seconde Guerre mondiale n’est pas août 1945 — c’est Midway en juin 1942, quand quatre porte-avions japonais ont été coulés et l’initiative dans le Pacifique a changé de camp. Février 2026 est-il ce moment pour la guerre en Ukraine ? Il est trop tôt pour le dire. Mais les caractéristiques sont là : un changement d’initiative, un adversaire forcé de réagir, et un élan qui se nourrit de lui-même.
L'opération — comment l'Ukraine a frappé
Deux poussées coordonnées
L’opération n’est pas le fruit du hasard ou de l’opportunisme. L’ISW (Institute for the Study of War) a évalué que l’Ukraine a mené deux poussées coordonnées dans l’oblast de Dnipropetrovsk — une opération planifiée qui a traversé « toutes les procédures d’approbation et de coordination ». Les troupes aéroportées et les troupes d’assaut, appuyées par des brigades mécanisées, ont enfoncé les lignes russes dans le secteur d’Oleksandrivka. L’attaque a exploité des faiblesses tactiques russes — des positions sous-garnies, des lignes de ravitaillement étirées, une défense en profondeur insuffisante — pour créer des percées que les réserves russes n’ont pas pu colmater à temps.
Ce n’est pas une improvisation. C’est une opération planifiée, coordonnée, approuvée par la chaîne de commandement. Deux axes d’attaque simultanés. Des troupes aéroportées qui percent. Des brigades mécanisées qui exploitent. Des drones qui couvrent. De l’artillerie qui martèle. C’est la guerre telle que l’OTAN l’enseigne — et c’est l’Ukraine qui la mène. Pas avec des généraux formés à West Point, mais avec des officiers formés sous le feu, qui ont appris la théorie dans les manuels et la pratique dans les tranchées. Et ils l’appliquent mieux que certaines armées qui n’ont jamais combattu.
Le général Komarenko — « il y aura ce que l’ennemi n’attend pas »
Le major-général Oleksandr Komarenko, chef de la Direction opérationnelle principale de l’état-major, a donné une interview à RBC-Ukraine qui révèle l’état d’esprit du commandement ukrainien. Sa déclaration la plus significative : « Il y aura ce que l’ennemi n’attend pas. » Ce n’est pas de la bravade. C’est un avertissement calculé. Komarenko suggère que les 400 kilomètres carrés de Dnipropetrovsk ne sont que le début — que d’autres opérations sont planifiées dans des secteurs que la Russie ne surveille pas assez. Le commandant en chef Syrskyi a confirmé le changement de paradigme : « Pour la première fois depuis 2024, nos troupes ont restauré le contrôle sur une superficie plus grande que celle que l’ennemi a réussi à capturer dans la même période. »
La « zone tampon » russe — anatomie d'un échec stratégique
L’été 2025 — la pénétration dans le Dnipropetrovsk
À l’été 2025, les forces russes avaient pénétré dans l’oblast de Dnipropetrovsk — créant ce que Moscou appelait une « zone tampon ». L’objectif déclaré était de protéger les territoires russes frontaliers en repoussant les forces ukrainiennes au-delà de la portée de leur artillerie. L’objectif réel était de fixer des unités ukrainiennes sur un front supplémentaire, étirant des ressources déjà insuffisantes. Pendant des mois, cette zone tampon a tenu — pas parce qu’elle était bien défendue, mais parce que l’Ukraine avait des priorités plus urgentes ailleurs. Quand l’Ukraine a finalement décidé de la reconquérir, la « zone tampon » s’est effondrée en quelques semaines.
La « zone tampon » russe dans le Dnipropetrovsk était un mensonge stratégique dès le premier jour. Moscou l’a vendue comme une « mesure défensive ». C’était un piège — un piège pour les forces ukrainiennes qui devaient la contenir, et un piège pour les forces russes qui devaient la tenir. Et quand l’Ukraine a décidé de refermer le piège, c’est la Russie qui s’est retrouvée dedans. 400 kilomètres carrés de « zone tampon » repris. Des mois d’efforts russes annulés. Des milliers de soldats russes sacrifiés pour un terrain qu’ils ne pouvaient pas tenir. C’est la définition de l’échec stratégique : payer un prix élevé pour quelque chose qui ne vaut rien.
Le collapse du plan de printemps russe
L’ISW a évalué que la libération de la plupart des localités dans l’oblast de Dnipropetrovsk est « évidemment un revers » pour les objectifs déclarés du printemps russe d’avancer dans les oblasts de Zaporizhzhia et de Dnipropetrovsk. Les forces russes devaient utiliser la « zone tampon » comme tremplin pour une offensive de printemps 2026. Ce tremplin n’existe plus. Pire : les unités russes qui devaient mener l’offensive ont été décimées en essayant de défendre le Dnipropetrovsk. Le 68e Corps d’armée — incluant la 39e Brigade de fusiliers motorisés — a dû être redéployé depuis le Donbass en urgence, abandonnant des positions conquises au prix de milliers de vies.
La philosophie du recul — pourquoi la défense n'est pas la défaite
Clausewitz et l’élasticité défensive
Carl von Clausewitz écrivait que la défense est la « forme la plus forte de la guerre ». Ce que le théoricien prussien comprenait — et que les commentateurs modernes oublient — c’est que la défense n’est pas la passivité. La vraie défense est une force potentielle — comme un ressort comprimé qui accumule de l’énergie en attendant le moment de se détendre. Pendant deux ans, l’Ukraine a été ce ressort. Chaque mètre cédé à Pokrovsk, à Bakhmout, à Avdiivka comprimait le ressort un peu plus. Et en février 2026, le ressort s’est détendu — dans le Dnipropetrovsk, à Hulyaipole, à Oleksandrivka. L’énergie accumulée pendant des mois de défense s’est transformée en élan offensif.
Pendant deux ans, les experts ont écrit des éditoriaux sur « l’impasse ukrainienne ». Pendant deux ans, les commentateurs ont parlé de « guerre gelée ». Pendant deux ans, les analystes ont prédit que l’Ukraine ne pourrait « jamais reprendre l’initiative ». Et pourtant, 400 kilomètres carrés. La leçon est simple mais profonde : dans la guerre, rien n’est permanent. Le recul n’est pas irréversible. La défense peut devenir offensive. L’initiative peut changer de camp. Et ceux qui prédisent la fin d’une guerre sont presque toujours ceux qui la comprennent le moins.
Sun Tzu et la faiblesse apparente
Sun Tzu enseignait : « Quand tu es fort, parais faible. Quand tu es faible, parais fort. » L’Ukraine a appliqué cette maxime — consciemment ou non. Pendant que la Russie concentrait ses forces sur le Donbass — croyant que l’Ukraine était trop affaiblie pour contre-attaquer —, l’état-major ukrainien accumulait des réserves, formait des unités, planifiait des opérations. La faiblesse apparente de l’Ukraine dans le Zaporizhzhia et le Dnipropetrovsk était un leurre — pas délibéré, mais fonctionnel. La Russie a dégagé des forces de ces secteurs pour renforcer le Donbass. Et quand les secteurs étaient suffisamment dégarnis, l’Ukraine a frappé.
Les pertes russes — le prix insoutenable de l'attrition
90 000 soldats en trois mois d’hiver
Les pertes russes pendant l’hiver 2025-2026 ont atteint des niveaux sans précédent : plus de 90 000 soldats en trois mois. C’est l’équivalent d’une armée entière — éliminée, blessée, capturée ou désertée. Le taux quotidien moyen de 990 pertes a culminé à 2 610 en une seule journée de février. Ce rythme de pertes est insoutenable — même pour un pays de 144 millions d’habitants. La Russie peut mobiliser des hommes. Elle ne peut pas mobiliser l’expérience. Les conscrits envoyés au front après quelques semaines de formation ne valent pas les soldats professionnels qu’ils remplacent. Et chaque mois d’attrition dégrade la qualité de l’armée russe un peu plus.
90 000 soldats en trois mois. C’est la population d’une ville moyenne — effacée en un hiver. Des hommes qui avaient des familles, des emplois, des projets. Envoyés dans un broyeur par un régime qui les considère comme des consommables. Et pour quoi ? Pour une « zone tampon » de 400 kilomètres carrés que l’Ukraine vient de reprendre en quelques semaines. 90 000 vies pour rien. Si ce n’est pas la définition du crime, c’est au minimum la définition du gaspillage — un gaspillage humain d’une obscénité qui devrait révolter même les plus cyniques.
La baisse de 18 % des drones FPV russes
Un indicateur moins visible mais tout aussi significatif : l’utilisation de drones FPV russes a chuté de 18 % en février 2026. Les drones FPV sont devenus l’arme la plus meurtrière de cette guerre — responsables de la destruction de milliers de véhicules blindés et de la mort de milliers de soldats des deux côtés. Une baisse de 18 % signifie soit un problème de production, soit un problème d’approvisionnement en composants, soit un problème de formation d’opérateurs — ou les trois. Quelle que soit la cause, le résultat est le même : les forces russes perdent l’un de leurs avantages asymétriques les plus importants.
L'objectif stratégique — 50 000 à 60 000 pertes russes par mois
L’arithmétique brutale de l’attrition
Le commandement ukrainien a défini un objectif stratégique : infliger entre 50 000 et 60 000 pertes russes par mois. Ce chiffre n’est pas arbitraire. Il correspond au seuil au-delà duquel la Russie ne peut plus remplacer ses pertes avec des troupes de qualité comparable. En dessous de ce seuil, la Russie reconstitue ses unités suffisamment vite pour maintenir la pression offensive. Au-dessus, ses unités se dégradent plus vite qu’elles ne se reforment — et le front commence à craquer. Février 2026 — avec ses 30 000 pertes russes — n’a pas atteint ce seuil mensuel. Mais la combinaison des pertes au combat et de la dégradation industrielle causée par les frappes profondes pourrait produire un effet cumulatif équivalent.
50 000 à 60 000 pertes russes par mois. C’est l’objectif. Pas par cruauté — par calcul. La guerre d’attrition est une équation mathématique. D’un côté, le taux de destruction. De l’autre, le taux de remplacement. Quand le premier dépasse durablement le second, l’armée se dégrade. Et une armée qui se dégrade ne peut pas attaquer — elle peut à peine défendre. L’Ukraine ne cherche pas à détruire l’armée russe en un jour. Elle cherche à la dégrader mois après mois, perte après perte, jusqu’à ce que Moscou n’ait plus le choix entre négocier et s’effondrer.
Le rôle des frappes profondes dans l’attrition
L’attrition ne se mesure pas seulement en soldats tués. Elle se mesure en capacité perdue. Les six frappes sur les installations industrielles russes depuis janvier 2026 — Atlant Aero, Progress, Votkinsk, Kapoustine Iar, Kotluban, Kremniy El — contribuent à l’attrition autant que les combats au front. Chaque missile non produit, chaque drone non assemblé, chaque lot de munitions détruit est un outil de guerre qui ne sera pas disponible pour les troupes russes. Et l’effet est multiplicateur : un soldat sans munitions est un soldat vulnérable. Une unité sans drones de reconnaissance est une unité aveugle. Une armée sans missiles de précision est une armée réduite aux assauts humains.
Le ministre Fedorov — « initiative, pas contre-offensive »
Le choix des mots qui compte
Le ministre de la Défense Mykhailo Fedorov a insisté sur un point linguistique qui en dit long : l’Ukraine « reprend l’initiative » — elle ne mène pas une « contre-offensive à grande échelle ». La distinction est cruciale. La contre-offensive de 2023 — avec ses attentes gigantesques et ses résultats décevants — a laissé des cicatrices dans la psyché ukrainienne et dans le discours occidental. En choisissant le mot « initiative » plutôt que « contre-offensive », Fedorov gère les attentes tout en signalant un changement réel. L’Ukraine ne promet pas de percée spectaculaire. Elle promet — et délivre — un changement graduel du rapport de forces.
Les mots comptent en guerre autant que les missiles. « Contre-offensive » implique une promesse — la promesse de reprendre tout, de percer partout, de gagner vite. « Initiative » implique un processus — la reprise du contrôle du rythme, du choix, de la direction. L’Ukraine a appris de 2023. Elle ne promet plus la lune. Elle promet de reprendre le contrôle — mètre par mètre, jour après jour, décision après décision. Et 400 kilomètres carrés prouvent qu’elle tient cette promesse.
La guerre de mouvement limitée
Ce que l’Ukraine mène dans le Dnipropetrovsk et le Zaporizhzhia n’est ni une défense statique ni une offensive totale. C’est ce que les théoriciens militaires appellent la « guerre de mouvement limitée » — des opérations offensives ciblées dans des secteurs choisis pour leur valeur stratégique et la faiblesse de l’ennemi, combinées à une défense active partout ailleurs. C’est le modèle israélien de 2023-2024, le modèle américain en Irak 2003, et — ironiquement — le modèle soviétique de la Guerre du Kippour 1973. L’Ukraine ne peut pas se permettre une offensive générale. Mais elle peut se permettre des offensives chirurgicales — et c’est exactement ce qu’elle fait.
Le redéploiement russe — quand la défense expose l'offensive
Le 68e Corps abandonné au Donbass
La preuve la plus tangible du succès ukrainien est le redéploiement du 68e Corps d’armée russe. Des éléments de ce corps — incluant la 39e Brigade de fusiliers motorisés — ont abandonné leurs positions près de Pokrovsk et Dobropillia dans le Donbass pour se précipiter vers Hulyaipole dans le Zaporizhzhia. Ce redéploiement d’urgence signifie que les troupes russes ont abandonné des positions qu’elles avaient passé des mois à conquérir — des positions payées en milliers de vies. C’est l’aveu que la Russie n’a pas les effectifs pour tenir tous les fronts simultanément.
Des mois de combats. Des milliers de morts. Des positions conquises mètre par mètre dans la boue et le sang. Et puis un ordre arrive de Moscou : abandonnez tout, partez vers le sud. Les soldats du 68e Corps ont dû regarder les tranchées qu’ils avaient défendues — où leurs camarades étaient morts — et les quitter. Pour courir éteindre un incendie allumé par l’Ukraine à 200 kilomètres de là. C’est le dilemme impossible d’une armée qui n’a pas assez d’hommes pour sa propre guerre. Et c’est exactement ce que Syrskyi voulait provoquer.
Le front de 1 200 kilomètres — le problème mathématique
Le front ukrainien s’étend sur plus de 1 200 kilomètres. Défendre un front de cette longueur exige des centaines de milliers de soldats — et la Russie en a. Mais attaquer sur plusieurs secteurs simultanément exige des réserves opérationnelles de haute qualité — et la Russie n’en a pas assez. Le recul de Dnipropetrovsk et le redéploiement du 68e Corps prouvent que Moscou est obligée de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Chaque brigade envoyée au Zaporizhzhia est une brigade retirée du Donbass. Chaque position abandonnée est un investissement en vies perdu. Et l’Ukraine exploite ce dilemme avec une intelligence opérationnelle qui force le respect.
La dimension psychologique — quand le narratif change
L’effet sur le moral ukrainien
Au-delà de la valeur militaire des 400 kilomètres carrés, leur valeur psychologique est incalculable. Pour les soldats ukrainiens qui se battent depuis trois ans en mode défensif, voir leur armée avancer de nouveau — reprendre des villages, libérer des territoires, forcer l’ennemi à reculer — est un boost de moral que rien d’autre ne peut fournir. Pour la société ukrainienne, épuisée par les bombardements, les coupures d’électricité, les deuils, la nouvelle que l’armée avance est une injection d’espoir. Et pour les alliés occidentaux — dont certains commençaient à douter de la capacité ukrainienne — c’est la preuve que leur investissement en armes et en aide produit des résultats.
L’espoir est l’arme la plus puissante de cette guerre. Pas les Javelins. Pas les HIMARS. Pas les Storm Shadow. L’espoir. Parce que l’espoir est ce qui maintient un pays en guerre pendant trois ans. L’espoir est ce qui fait qu’un soldat retourne dans sa tranchée après avoir enterré son meilleur ami. L’espoir est ce qui empêche une société de s’effondrer sous le poids des bombardements quotidiens. Et 400 kilomètres carrés libérés, c’est de l’espoir concret — tangible, mesurable, visible sur une carte. Après deux ans de recul, l’Ukraine avance. Et cette avancée vaut plus que tous les discours du monde.
L’effet sur le narratif russe
Du côté russe, l’impact psychologique est inverse. Le Kremlin avait promis que l’offensive de printemps 2026 serait décisive — que la Russie prendrait Kramatorsk, Sloviansk, la totalité du Donetsk. Au lieu de cela, la Russie perd du terrain dans le Dnipropetrovsk et doit dégarnir le Donbass pour défendre le Zaporizhzhia. Les blogueurs militaires russes — souvent plus honnêtes que les médias officiels — expriment leur frustration et leur colère. Le narratif de « l’avancée inexorable russe » est fissuré. Et dans un régime autoritaire, les fissures narratives sont aussi dangereuses que les fissures au front.
Ce qui vient après — l'horizon de la guerre
Le printemps 2026 — le moment de vérité
Les mois de printemps 2026 détermineront si la reprise d’initiative ukrainienne est un épisode ou un tournant. La Russie prépare toujours son offensive de printemps — avec des réserves mobilisées, des équipements tirés des stocks soviétiques et une production d’armes sous pression mais pas encore tarie. L’Ukraine doit consolider les gains du Dnipropetrovsk, maintenir la pression dans le Zaporizhzhia et tenir dans le Donbass — simultanément. C’est un défi colossal. Mais c’est un défi que l’Ukraine n’aurait même pas pu envisager il y a six mois. Et c’est en soi un signe.
Personne ne sait comment cette guerre finira. Pas Syrskyi. Pas Poutine. Pas les analystes de l’ISW. Pas les stratèges du Pentagone. Personne. Mais ce qu’on sait, c’est que l’Ukraine qui reprend 400 kilomètres carrés en février 2026 n’est pas la même Ukraine qui perdait du terrain chaque jour en décembre 2025. Quelque chose a changé. Le rapport de forces, l’initiative, le moral — quelque chose d’intangible mais de réel. Et dans la guerre, l’intangible est souvent plus décisif que le tangible.
Le soutien occidental — le facteur qui change l’équation
La capacité de l’Ukraine à maintenir l’initiative dépend directement du soutien occidental. Les Storm Shadow qui frappent les usines russes, les obus de 155 mm qui alimentent l’artillerie, les systèmes Patriot qui protègent les villes, les formations OTAN qui améliorent les tactiques — tout cela est ce qui permet à l’Ukraine de transformer la résilience défensive en élan offensif. Si le soutien continue — et augmente — l’initiative se consolidera. S’il faiblit — sous la pression de la guerre au Moyen-Orient, de la fatigue politique ou de l’isolationnisme — l’initiative sera perdue aussi vite qu’elle a été gagnée. Et pourtant, les 400 kilomètres carrés libérés prouvent que chaque dollar, chaque obus, chaque missile envoyé en Ukraine produit des résultats. La question n’est pas « est-ce que ça marche ? » — c’est « est-ce qu’on en envoie assez ? »
Les forces spéciales Artan — la pointe de lance invisible
L’unité qui a percé les lignes
Les 400 kilomètres carrés n’ont pas été libérés par des divisions blindées chargeant en terrain ouvert. Ils ont été libérés par des unités spécialisées — en particulier les forces spéciales Artan, les troupes aéroportées et les brigades d’assaut de la Garde nationale. Ces unités opèrent en petits groupes — des équipes de 10 à 20 soldats qui s’infiltrent dans les lignes russes, identifient les points faibles, s’emparent de positions clés et tiennent jusqu’à ce que les brigades mécanisées consolident le gain. C’est une guerre de commando à l’échelle opérationnelle — chaque village libéré est le résultat d’une opération tactique planifiée avec la précision d’un raid spécial.
On ne voit pas les forces spéciales Artan dans les gros titres. On ne connaît pas leurs noms. On ne verra pas leurs visages. Et pourtant, ce sont eux qui ont percé les lignes russes dans le Dnipropetrovsk — de nuit, en silence, village par village. Des hommes qui se glissent entre les positions ennemies comme de l’eau entre les pierres. La guerre moderne est faite de technologie — de drones, de missiles, de satellites. Mais la victoire est faite d’hommes. D’hommes qui marchent dans la boue, qui rampent sous le feu, qui prennent des positions à la baïonnette quand il le faut. Et ces hommes-là méritent plus qu’un paragraphe dans un article. Ils méritent que l’histoire retienne leurs noms.
La doctrine du « petit mais mortel »
La doctrine qui émerge des opérations du Dnipropetrovsk est celle du « petit mais mortel ». Plutôt que de lancer des assauts massifs — coûteux en vies et vulnérables aux drones FPV et à l’artillerie — l’Ukraine utilise des groupes d’assaut réduits, coordonnés par des drones de reconnaissance, appuyés par de l’artillerie guidée et des mines à distance. Chaque opération est un micro-assaut chirurgical — rapide, précis, dévastateur pour l’ennemi et minimal en pertes propres. C’est l’antithèse de l’approche russe — qui continue d’envoyer des vagues d’infanterie contre des positions défendues, acceptant des pertes de 70 à 90 % pour chaque assaut.
Les drones — l'oeil et le poing de la contre-offensive
La supériorité informationnelle ukrainienne
La libération du Dnipropetrovsk a été rendue possible par une supériorité informationnelle que l’Ukraine a construite patiemment. Des milliers de drones de reconnaissance — des Mavic commerciaux aux systèmes Ukrspecsystems spécialisés — survolent le champ de bataille 24 heures sur 24, fournissant des images en temps réel de chaque position russe, chaque mouvement de troupe, chaque convoi logistique. Cette transparence du champ de bataille donne aux commandants ukrainiens un avantage décisif : ils voient l’ennemi. L’ennemi ne les voit pas — ou les voit trop tard. Et dans la guerre du XXIe siècle, voir est vaincre.
La baisse de 18 % des drones FPV russes en février n’est pas un détail — c’est un signal. L’Ukraine gagne la guerre des drones. Pas en nombre absolu — la Russie en produit encore des milliers. Mais en efficacité, en innovation, en adaptation. Les drones ukrainiens ne sont pas seulement des armes — ils sont des yeux, des oreilles, des cerveaux qui transforment chaque information en frappe de précision. Et quand vous voyez tout et que l’ennemi voit moins, 400 kilomètres carrés ne sont pas une surprise. C’est une certitude mathématique.
Le minage à distance — le mur invisible
L’une des armes les plus efficaces dans la contre-offensive du Dnipropetrovsk est le minage à distance. Les forces ukrainiennes larguent des mines par drones et par lance-roquettes sur les axes de retraite et de renforcement russes — créant des barrières invisibles qui piègent les unités ennemies en place. Les troupes russes qui tentent de fuir les positions attaquées se retrouvent face à des champs de mines qu’elles ne savaient pas être là. Les renforts envoyés pour colmater les brèches arrivent dans des zones minées qui ralentissent leur avance de heures critiques. Et pourtant, le minage à distance reste l’arme la plus sous-estimée de cette guerre — invisible, silencieuse, mais terriblement efficace.
Le coût humain de la libération — les villages retrouvés
Ce que les soldats trouvent dans les villages libérés
Quand les soldats ukrainiens entrent dans les villages libérés du Dnipropetrovsk, ils ne trouvent pas des villages. Ils trouvent des ruines. Des maisons éventrées par l’artillerie. Des routes labourées par les chenilles de chars. Des jardins transformés en champs de mines. Des murs criblés de balles. Et parfois, des civils — ceux qui n’ont pas pu fuir, ceux qui sont restés dans les sous-sols pendant des mois, survivant avec des réserves de nourriture épuisées et de l’eau de puits contaminée. Ces civils racontent les mois d’occupation — les pillages, les intimidations, les tirs sur ceux qui tentaient de partir.
400 kilomètres carrés libérés. C’est un chiffre sur une carte. Mais derrière le chiffre, il y a des visages. La femme de 73 ans qui sort de son sous-sol pour la première fois en quatre mois, clignant des yeux dans la lumière, ne comprenant pas encore que les soldats en face d’elle sont ukrainiens. L’homme qui montre aux soldats le jardin où il a enterré son chien — tué par un éclat d’obus — parce qu’il n’avait personne d’autre à enterrer. L’enfant qui ne sait plus ce qu’est le silence parce qu’il n’a connu que les bombardements. Chaque village libéré est un chapitre de souffrance qui se termine. Et chaque chapitre qui se termine est la raison pour laquelle cette guerre doit être gagnée.
Le déminage — des mois avant le retour à la normale
La libération militaire n’est que le début. Les 400 kilomètres carrés repris sont contaminés par des mines, des munitions non explosées, des pièges laissés par les forces russes en retraite. Le déminage de cette superficie prendra des mois — potentiellement des années. Chaque champ, chaque route, chaque bâtiment doit être inspecté avant que les civils puissent revenir. L’Ukraine est déjà le pays le plus miné du monde — devant l’Afghanistan et le Cambodge. Chaque kilomètre carré libéré ajoute à cette dette de déminage qui se chiffrera en milliards de dollars et en décennies de travail.
Les leçons de 2023 — pourquoi cette fois est différente
La contre-offensive de 2023 — l’erreur de la frontalité
La contre-offensive de l’été 2023 reste le traumatisme stratégique de l’Ukraine. Des brigades entières formées par l’OTAN — équipées de Leopard 2, de Bradley, de véhicules de déminage — ont été lancées contre des lignes de défense russes préparées pendant des mois. Le résultat : des pertes considérables pour des gains minimes. L’erreur fondamentale était la frontalité — attaquer les défenses là où elles étaient les plus fortes. En 2026, l’approche est radicalement différente. L’Ukraine frappe où l’ennemi est faible, pas où il est fort. Elle exploite les redéploiements plutôt que de les provoquer. Elle avance quand la résistance cède plutôt que de forcer quand elle tient.
L’Ukraine de 2026 n’est pas l’Ukraine de 2023. Elle a appris. Elle a appris que la force brute ne suffit pas contre des défenses préparées. Elle a appris que la manoeuvre vaut mieux que le choc frontal. Elle a appris que le drone de 500 dollars est plus décisif que le char de 5 millions. Et elle a appris que la patience — attendre le bon moment, le bon secteur, la bonne faiblesse — est l’arme la plus sous-estimée de la guerre moderne. Les 400 kilomètres carrés du Dnipropetrovsk sont le fruit de cette patience. Et de cette leçon douloureuse apprise dans les champs minés de 2023.
L’adaptation comme avantage stratégique
Ce qui distingue l’armée ukrainienne de toutes les autres armées en guerre depuis 1945, c’est sa capacité d’adaptation. En trois ans, elle est passée d’une armée soviétique reformatée à une force de combat hybride qui combine la doctrine OTAN, l’innovation technologique et l’expérience du feu d’une manière que personne n’avait anticipée. Les tactiques changent de mois en mois. Les technologies évoluent de semaine en semaine. Les leçons du front remontent à l’état-major en heures — et redescendent sous forme de nouvelles procédures en jours. Cette boucle d’apprentissage — plus rapide que celle de n’importe quelle autre armée — est l’avantage compétitif qui explique les 400 kilomètres carrés.
Conclusion : L'Ukraine avance — et ça change tout
La portée philosophique d’un chiffre
400 kilomètres carrés. Dans un conflit qui couvre des milliers de kilomètres de front, c’est modeste. Dans le contexte de cette guerre — après deux ans de recul, de pertes, de villes détruites, de doutes — c’est immense. Ce n’est pas la taille du territoire qui compte. C’est ce qu’il représente. Il représente la preuve que la défense peut devenir offensive. Que le recul n’est pas permanent. Que l’initiative peut changer de camp. Que l’Ukraine n’est pas condamnée à perdre lentement — qu’elle peut gagner, mètre par mètre, village par village, avec la patience, l’intelligence et la détermination qui caractérisent les peuples qui se battent pour leur survie.
L’Ukraine avance. Trois mots. Trois mots qui n’avaient pas été vrais depuis des mois. Trois mots qui changent tout — pas sur le terrain, pas encore, mais dans l’esprit. Dans l’esprit des soldats qui se battent. Dans l’esprit de la société qui endure. Dans l’esprit des alliés qui hésitent. Et dans l’esprit de l’ennemi qui croyait la victoire inévitable. L’Ukraine avance. Et tant qu’elle avance, la guerre n’est pas perdue. Ce qui n’est pas perdu peut encore être gagné.
Le moment Clausewitz
Clausewitz écrivait que le point culminant de l’offensive est le moment où l’attaquant a épuisé son élan et doit s’arrêter. Pour la Russie, ce point culminant approche — peut-être est-il déjà atteint. L’offensive d’hiver 2025-2026 a consumé 90 000 soldats pour des gains minimes. La « zone tampon » du Dnipropetrovsk s’est effondrée. Les réserves sont étirées sur un front de 1 200 kilomètres. Les usines qui produisent les armes sont frappées. Et face à cette Russie qui s’épuise, une Ukraine qui reprend l’initiative. 400 kilomètres carrés ne gagnent pas une guerre. Mais ils peuvent marquer le moment où une guerre commence à être gagnée.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Ukraine retakes most Russian-held areas in Dnipropetrovsk Oblast — Kyiv Independent, mars 2026
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