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LETTRE OUVERTE : À vous, ingénieurs de Kremniy El, qui fabriquez les puces des missiles qui tuent
Crédit: Adobe Stock

La fiction de l’usage civil

Je sais ce que votre direction vous disait. Que Kremniy El était une entreprise de haute technologie. Que vos semi-conducteurs avaient des applications civiles. Que vous contribuiez au « progrès technologique de la Russie ». C’est techniquement vrai — de la même manière qu’il est techniquement vrai que l’uranium enrichi peut servir à produire de l’électricité. Le problème, c’est les proportions. 90 % de la production de Kremniy El était destinée au secteur de la défense. Neuf puces sur dix que vous fabriquiez finissaient dans un système d’armes. Les Iskander qui frappent Kharkiv. Les S-300 qui abattent des avions civils. Les Pantsir qui protègent les positions russes en Ukraine occupée. Vos puces. Votre travail. Vos mains.

Et pourtant, je ne vous accuse pas d’être des monstres. La plupart d’entre vous ont probablement commencé leur carrière en rêvant de science, de technologie, de progrès. Vous avez étudié la physique des semi-conducteurs, la microélectronique, l’ingénierie électrique. Vous vouliez construire, pas détruire. Mais quelque part entre le diplôme et l’atelier de production, le rêve s’est transformé en quelque chose d’autre. Et quand votre gouvernement a lancé une guerre d’agression contre un pays voisin, votre travail quotidien est devenu, objectivement, une contribution directe à la machine de guerre. Pas par choix. Par inertie. Par peur. Par absence d’alternative. Mais le résultat est le même.


C’est la banalité du mal version XXIe siècle. Pas des bourreaux sadiques. Des ingénieurs compétents qui font leur travail, touchent leur salaire, rentrent chez eux le soir, embrassent leurs enfants — et dont le travail quotidien alimente des missiles qui tuent d’autres enfants, dans d’autres villes, à quelques centaines de kilomètres de là. Hannah Arendt aurait reconnu le schéma.

Le silence complice de la compétence

Vous êtes parmi les esprits les plus brillants de Russie. Les ingénieurs en semi-conducteurs ne poussent pas dans les arbres — il faut des années de formation spécialisée, des compétences rares en physique des matériaux, en lithographie, en conception de circuits intégrés. Votre expertise est si précieuse que le Kremlin a passé des lois spéciales pour empêcher les travailleurs IT et tech de quitter le pays — exemptions fiscales, reports de service militaire, primes de fidélité. Votre gouvernement sait que sans vous, les missiles n’ont pas de cerveau. Les radars n’ont pas d’yeux. Les systèmes de défense sont aveugles. Vous n’êtes pas des rouages interchangeables dans une machine. Vous êtes la machine elle-même.

C’est précisément ce qui rend votre silence si lourd. 50 000 scientifiques russes ont quitté le pays au cours des cinq dernières années, selon le vice-président de l’Académie des sciences de Russie, Valentin Parmon. 10 % des spécialistes IT sont partis avant fin 2022. Le secteur de la défense manque d’environ 160 000 spécialistes malgré le recrutement de près d’un demi-million de travailleurs du secteur civil. Ceux qui sont partis ont fait un choix. Un choix difficile, coûteux, douloureux — mais un choix. Et ceux qui sont restés ont fait un autre choix. Celui de rester, de continuer, de produire. Ce choix aussi a des conséquences.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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