Quand les vainqueurs ont jugé les vaincus pour les mêmes mots
Après la Seconde Guerre mondiale, les procureurs alliés ont siégé à Nuremberg. Parmi les charges : avoir refusé de faire quartier aux forces ennemies. Avoir donné l’ordre de ne pas accepter les redditions. Les États-Unis étaient alors du côté des procureurs. Ils avaient contribué à rédiger les principes qui allaient fonder le droit international humanitaire moderne.
Soixante-dix-huit ans plus tard, le secrétaire à la Défense de cette même nation prononce les mêmes mots que ceux pour lesquels des officiers allemands ont été condamnés. Et pourtant, aucun procureur américain ne bronche. Le Congrès regarde ailleurs. Le pays qui a fondé les tribunaux internationaux s’en exempte avec la désinvolture de celui qui a toujours su que les règles étaient faites pour les autres.
L’histoire ne se répète pas, dit-on. Elle rime. Mais parfois, elle ne rime même plus. Elle se copie-colle, mot pour mot, d’un siècle à l’autre, en changeant simplement les uniformes.
La mémoire sélective des grandes puissances
Les États-Unis ont refusé de ratifier le Statut de Rome créant la Cour pénale internationale. Ils ont adopté l’American Service-Members’ Protection Act, surnommé « Hague Invasion Act », qui autorise la force militaire pour libérer tout citoyen américain détenu par la CPI. Ils se sont construits un bouclier juridique contre les mêmes tribunaux qu’ils ont contribué à créer.
Quand la Russie a envahi l’Ukraine, Washington a réclamé que Vladimir Poutine soit traduit devant la CPI. Mais quand ses propres généraux violent les mêmes principes, le silence s’installe. Ce n’est pas de l’hypocrisie ordinaire. C’est de l’exceptionnalisme érigé en doctrine. Et cette doctrine est en train de détruire ce qui restait de l’ordre juridique international d’après-guerre.
L'IRIS Dena et les 84 marins qui ne rentreront jamais
La mort qualifiée de « silencieuse » par ceux qui l’ont causée
Quatre-vingt-quatre marins. Ils revenaient d’un exercice naval cérémoniel en Inde. L’IRIS Dena, navire de la marine iranienne, a été coulé par les forces américaines. Hegseth a décrit cet épisode comme une « mort silencieuse ». Comme si 84 familles n’avaient pas hurlé en apprenant la nouvelle. Le mot « silencieuse » n’est pas une description. C’est un aveu. Celui d’un homme pour qui ces vies ne comptent pas assez pour mériter du bruit.
La Convention de Genève impose une obligation claire : porter secours aux naufragés, même ennemis. Les forces américaines auraient décliné de porter assistance aux survivants. C’est la marine sri-lankaise qui a finalement secouru ceux qui avaient survécu. Les mêmes États-Unis qui dépensent des milliards en opérations de sauvetage pour leurs propres soldats ont regardé des marins iraniens se noyer. Certaines vies méritent d’être sauvées. D’autres, non.
Qualifier la mort de 84 êtres humains de « silencieuse » reste l’une des choses les plus glaçantes que j’aie jamais entendues sortir de la bouche d’un officiel américain.
Quand le droit de la mer devient optionnel
Le droit maritime international ne fait pas de distinction entre alliés et ennemis quand un navire coule. L’obligation de sauvetage est universelle. Elle existe depuis des siècles, inscrite dans les traditions maritimes les plus anciennes. La mer tue sans distinction. Face à elle, les uniformes ne comptent plus.
Donald Trump lui-même aurait questionné pourquoi le navire avait été coulé plutôt que capturé. Puis il aurait ajouté à ses généraux que c’était « bien plus amusant de faire ça comme ça ». Plus amusant. 84 morts. Un verbe qui appartient aux terrains de jeux, pas aux théâtres de guerre. Et pourtant, c’est avec cette légèreté que le commandant en chef traite la mort de dizaines de marins. L’amusement comme doctrine militaire.
L'école de Minab et les 170 enfants que personne ne nommera
Le prix que paient les innocents quand la retenue disparaît
Il y a une école dans la ville de Minab, dans le sud de l’Iran. Une école de filles. Plus de 170 personnes ont été tuées dans cette frappe, la plupart des enfants. Des fillettes qui apprenaient à lire. Des adolescentes qui rêvaient de devenir médecins, ingénieures, enseignantes. Le sénateur Jeff Merkley a qualifié Hegseth d' »amateur dangereux » et a directement lié cette tragédie aux règles d’engagement relâchées.
On peut bombarder des installations militaires. Le droit de la guerre le permet, dans des conditions strictes de proportionnalité et de distinction. Mais une école pleine d’enfants? Aucune cible militaire ne justifie cela. Quand le secrétaire à la Défense a déjà annoncé « pas de quartier », quand le président trouve la destruction « amusante », la question n’est plus de savoir si de telles tragédies vont se produire. La question est de savoir combien d’autres suivront.
Cent soixante-dix enfants. Je voudrais pouvoir les nommer. Chacun d’entre eux. Parce que derrière le chiffre, il y a des visages. Des rires. Des cahiers ouverts sur des tables qui n’existent plus.
La doctrine de la destruction maximale comme projet politique
Le 4 mars, Hegseth avait posé les jalons. « La mort et la destruction depuis le ciel, toute la journée. Les autorités maximales accordées personnellement par le président. » En deux jours, les États-Unis ont largué pour près de 5,6 milliards de dollars de munitions sur l’Iran. Le budget annuel de santé de plusieurs pays africains réunis, transformé en cratères en 48 heures.
Cette doctrine ne vise pas à gagner une guerre. Elle vise à annihiler un adversaire. Gagner implique un objectif politique, une fin négociable. Annihiler est un acte de destruction pure, sans horizon. C’est exactement ce que le droit international humanitaire a été conçu pour empêcher. C’est exactement ce que Nuremberg a jugé. Et c’est exactement ce que Washington est en train de faire.
Le bilan humain que les chiffres ne peuvent contenir
Au moins 1 444 morts, des millions de déplacés
Mille quatre cent quarante-quatre Iraniens tués. Au moins. Sous les décombres, on ne compte plus. Dans les hôpitaux débordés, les corps sans identification s’empilent. Des millions de personnes déplacées. Des familles entières marchant vers nulle part. Des enfants arrachés à leurs écoles. Des vieillards arrachés à leurs maisons.
Ces chiffres, dans les briefings du Pentagone, deviennent des « résultats opérationnels ». Des métriques de succès. Hegseth ne parle pas de victimes. Il parle d' »ennemis éliminés ». Le vocabulaire militaire transforme des êtres humains en données. Mais les familles iraniennes ne vivent pas dans un briefing PowerPoint. Elles enterrent les leurs dans des sols retournés par les bombes américaines.
Quand le débat commence à traiter 1 444 morts comme une statistique encourageante, quelque chose de fondamental s’est brisé dans notre capacité collective à rester humains.
Les victimes invisibles des guerres sans limites
Au-delà de l’Iran, la doctrine du « no quarter » produit des effets en cascade. Depuis le 2 septembre, les forces américaines ont tué au moins 157 personnes dans des attaques contre des navires présumés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique. Des bateaux coulés, des marins abattus, sans garanties juridiques. La logique du « no quarter » ne reste jamais confinée à un seul théâtre d’opérations. Elle se propage.
La brutalisation des armées commence toujours par la rhétorique. On déshumanise l’ennemi par les mots avant de le détruire par les armes. My Lai, Abu Ghraib, Haditha : chaque atrocité commise par des soldats américains a été précédée par un environnement où les règles d’engagement étaient floues et les garde-fous institutionnels érodés. L’histoire se répète. Personne ne s’en souvient.
La fibre morale de l'armée américaine en jeu
Ce que les généraux pensent mais ne disent pas
Barbara Starr, correspondante du Pentagone pour CNN, a noté que les actions de Hegseth semblent viser à « changer la fibre morale même de l’armée américaine« . L’armée s’est construite sur un socle doctrinal intégrant le droit des conflits armés. Chaque officier est formé aux Conventions de Genève. Chaque soldat apprend les règles d’engagement. Ce socle, Hegseth est en train de le dynamiter.
Les généraux le savent. Mais dans l’armée, on ne contredit pas publiquement son secrétaire à la Défense. On ne critique pas la chaîne de commandement. Et pourtant, les démissions ne viennent pas. Le Joint Chiefs of Staff reste muet. L’institution militaire américaine regarde son secrétaire piétiner les lois qu’elle a juré de défendre.
Le vrai courage militaire n’est pas de bombarder un ennemi plus faible. C’est de dire non quand un ordre viole les principes pour lesquels on porte l’uniforme. Ce courage-là, en ce moment, est introuvable à Washington.
Quand la discipline remplace la conscience
Le même système qui produit la discipline et la cohésion des forces armées peut aussi produire l’obéissance aveugle. Hannah Arendt l’avait nommé : la banalité du mal. Le pilote largue la bombe. Le technicien programme les coordonnées. L’officier transmet l’ordre. Une école est en ruines. 170 enfants sont morts. Personne n’est individuellement responsable. Tout le monde l’est collectivement.
Nuremberg a établi un principe fondamental : l’obéissance aux ordres n’est pas une défense acceptable. Quand Hegseth annonce « no quarter », il crée un environnement de commandement où chaque soldat peut interpréter qu’il a le droit de ne pas faire de prisonniers, de ne pas respecter les règles fondamentales de la guerre.
Le silence complice du Congrès américain
Une opposition qui murmure quand elle devrait hurler
Le sénateur Jeff Merkley a qualifié Hegseth d' »amateur dangereux ». Il a demandé une enquête sur Minab. Un seul sénateur. Des dizaines d’autres se taisent. La majorité républicaine au Sénat couvre ces excès. Les sénateurs qui citaient le droit international pour condamner d’autres nations sont frappés d’amnésie juridique quand il s’agit de leur propre gouvernement.
Le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre, de convoquer le secrétaire à la Défense, de lancer des procédures d’impeachment si des crimes de guerre sont commis. Il a tous ces pouvoirs. Il n’en utilise aucun. La séparation des pouvoirs, principe fondateur de la démocratie américaine, est devenue une fiction constitutionnelle.
La démocratie ne meurt pas toujours sous les bottes. Parfois, elle meurt dans le silence feutré d’un hémicycle où des élus choisissent leur parti plutôt que leur pays, leur carrière plutôt que leur conscience.
La guerre sans mandat, sans débat, sans limites
Aucun vote formel du Congrès n’a autorisé cette guerre contre l’Iran. Les autorisations d’emploi de la force militaire datent de 2001 et 2002, adoptées dans le contexte de l’après-11 septembre. L’administration Trump les invoque comme un blanc-seing permanent. C’est un détournement constitutionnel d’une gravité sans précédent.
Le peuple américain n’a jamais voté pour cette guerre. Il n’a jamais consenti à ce que ses impôts financent 5,6 milliards de dollars de munitions en 48 heures. Dans l’Amérique de 2026, elle se déroule sur décret présidentiel, annoncée par un ancien présentateur de Fox News devenu secrétaire à la Défense.
Le droit international en soins intensifs
Un système construit sur les cendres de la barbarie
Le droit international humanitaire n’est pas un luxe de temps de paix. Il est le produit direct de la barbarie humaine. Après la Première Guerre mondiale, les gaz moutarde ont engendré les premières conventions. Après la Seconde, les camps de la mort ont produit les Conventions de Genève de 1949. Chaque règle du droit humanitaire a été écrite dans le sang de ceux qu’elle aurait dû protéger.
Ce système représente la capacité de l’humanité à se contraindre elle-même. L’idée que même dans la guerre, on ne tue pas ceux qui se rendent. On ne bombarde pas les hôpitaux. On ne refuse pas de secourir les naufragés. Quand la plus grande puissance militaire déclare « pas de quartier », ce n’est pas seulement l’Iran qui est menacé. C’est l’architecture juridique internationale qui vacille.
Chaque fois qu’une grande puissance piétine le droit international, elle envoie un message à toutes les autres : les règles sont mortes. Et quand les règles sont mortes, les plus faibles meurent toujours en premier.
L’effet domino sur les autres conflits
Si les États-Unis peuvent déclarer « no quarter » impunément, pourquoi la Russie ne le pourrait-elle pas en Ukraine? Pourquoi la Chine se retiendrait-elle à Taïwan? Le précédent américain concerne toutes les guerres à venir. Chaque fois que Washington viole le droit international sans conséquence, il affaiblit la capacité de quiconque à l’invoquer.
L’ONU émet des déclarations. Le Conseil de sécurité est paralysé par le veto américain. La Cour internationale de justice rend des avis que personne n’applique. Le système est conçu pour que les puissants échappent aux conséquences. Et c’est exactement ce qui se passe.
La transformation du langage militaire en arme de guerre
Les mots comme munitions psychologiques
Alex Ward, reporter au Wall Street Journal, a été parmi les premiers à souligner la gravité juridique des propos. « Le ‘no quarter’ est une violation du droit international humanitaire« , a-t-il écrit, pointant que cette déclaration était passée « largement inaperçue ». Le langage de la barbarie se normalise si vite que même ceux dont le métier est de le surveiller peinent à le remarquer.
La rhétorique de guerre n’est jamais innocente. Quand un dirigeant parle de « mort et destruction depuis le ciel », il construit un récit où la destruction totale est un objectif légitime. Quand il promet « pas de quartier », il annonce que la miséricorde est une faiblesse. Ce sont des armes psychologiques qui préparent les opinions publiques à accepter l’inacceptable.
Le génie de la propagande guerrière n’est pas de mentir. C’est de rendre la vérité si ordinaire qu’elle cesse de choquer. Quand « pas de quartier » devient un slogan normal, la guerre sans limites devient une guerre normale.
La déshumanisation comme prérequis à la destruction
Toute guerre commence par des mots. L’ennemi cesse d’être humain dans le langage bien avant de cesser de l’être dans les faits. Les Tutsis étaient des « cafards » avant le génocide rwandais. Les Juifs étaient des « parasites » avant la Shoah. Le processus est toujours le même. Les mots d’abord. Les bombes ensuite.
Quand Hegseth parle d' »ennemis » sans jamais dire « Iraniens », quand il parle de « cibles » jamais de « personnes », il suit un schéma documenté. La déshumanisation linguistique précède toujours la violence physique. Cette stratégie a un nom dans le droit international : l’incitation à la violence.
Le test de l'inversion que personne ne veut faire
Si c’était l’inverse, le monde aurait déjà réagi
Imaginons. Le ministre iranien de la Défense déclare : « Pas de quartier pour nos ennemis américains. » Il qualifie la mort de marins américains d' »amusante ». Il revendique la destruction d’une école américaine. Le Conseil de sécurité serait convoqué dans l’heure. Les chaînes américaines parleraient de crime contre l’humanité. Des sanctions immédiates seraient adoptées.
Mais quand c’est le secrétaire à la Défense américain qui prononce ces mots? Le monde publie des « déclarations de préoccupation ». Le double standard est si ancré qu’il ne choque plus. Et pourtant, c’est ce double standard qui détruit la crédibilité du système international. Si la justice est sélective, elle n’est pas la justice. Elle est le pouvoir déguisé en vertu.
Le test de l’inversion est le plus simple et le plus dévastateur des outils analytiques. Inversez les rôles. Si le résultat vous choque, c’est que votre position initiale était intenable.
L’exceptionnalisme américain comme obstacle à la paix
L’exceptionnalisme américain n’est pas un concept abstrait. Les États-Unis se sont exemptés de la CPI. Ils ont adopté des lois autorisant l’invasion de La Haye. Ils ont refusé de ratifier la Convention sur les droits de l’enfant. Ils ont construit un empire juridique parallèle où leurs soldats sont au-dessus des lois.
Cette architecture d’impunité est le terreau des déclarations de Hegseth. Il peut promettre « no quarter » parce que personne ne le poursuivra. Les mécanismes de justice internationale ont été systématiquement neutralisés par son propre gouvernement. L’impunité n’est pas un effet secondaire. Elle est le système.
Ce que l'histoire retiendra de cette semaine
Les moments où le monde a choisi de ne pas voir
L’histoire jugera. Elle a jugé Dresde. Elle a jugé Hiroshima. Elle a jugé le Vietnam. Elle a jugé l’Irak. Et elle jugera l’Iran. Dans vingt ans, des historiens ouvriront les archives de cette semaine de mars 2026. Ils poseront la question qui hante toujours les générations suivantes : comment avez-vous laissé faire?
« Nous ne savions pas. » Sauf que cette fois, tout le monde savait. Le secrétaire à la Défense l’a dit devant les caméras. Les analystes juridiques l’ont documenté en temps réel. Les organisations de droits humains ont sonné l’alarme. Le problème n’était pas l’ignorance. Le problème était l’indifférence.
Nous vivons l’un de ces moments que les livres d’histoire décriront comme un point de bascule. Le genre de moment où ceux qui n’ont rien dit sont jugés aussi sévèrement que ceux qui ont appuyé sur le bouton.
Le choix entre la commodité et la conscience
Chaque citoyen est face à un choix. La commodité, c’est de laisser faire. La conscience, c’est de regarder 170 enfants morts dans une école et de dire : non. C’est d’entendre « pas de quartier » et de dire : c’est un crime de guerre, point final.
La commodité ne coûte rien. La conscience coûte cher. Elle exige du courage. Elle oblige à nommer les choses quand tout le monde préfère les euphémismes. Mais c’est le seul choix qui permet de se regarder dans le miroir quand nos petits-enfants demanderont : qu’avez-vous fait?
Les voix qui résistent encore
Les juristes, les experts, les sentinelles du droit
Brian Finucane à l’International Crisis Group. Sarah Yager à Human Rights Watch. Le sénateur Merkley. Alex Ward dans la presse. Barbara Starr devant les caméras. Ces personnes documentent, analysent, alertent. Elles rappellent que le droit existe et que les mots ont des conséquences juridiques. Ce sont des sentinelles dans un monde qui préfère dormir.
Mais des sentinelles sans armée ne gagnent pas les batailles. La question n’est pas de savoir s’il reste des gens courageux. La question est de savoir si les institutions sont encore capables de transformer ce courage en action. Si les tribunaux peuvent encore juger. Si les parlements peuvent encore contrôler.
Quand les dernières sentinelles parlent et que personne n’écoute, ce n’est pas la sentinelle qui a échoué. C’est la société qui a choisi de se rendre.
Ce que peuvent encore faire les alliés de Washington
L’Europe a un rôle à jouer. Le Canada, le Japon, l’Australie aussi. Chaque allié des États-Unis qui reste silencieux devient complice. La France a présidé les négociations des Conventions de Genève. Le Royaume-Uni a fondé Nuremberg. L’Allemagne a une responsabilité historique unique dans la défense du droit humanitaire.
Ces nations peuvent rappeler leurs ambassadeurs. Suspendre la coopération militaire. Nommer publiquement que la politique du « no quarter » est un crime de guerre. Si les démocraties occidentales ne sont pas capables de dire à leur allié que certaines lignes ne se franchissent pas, alors le mot « alliance » ne signifie plus rien.
L'urgence d'une réponse juridique internationale
Les mécanismes qui existent mais que personne n’active
La Cour pénale internationale peut ouvrir une enquête proprio motu. L’Assemblée générale des Nations Unies peut adopter des résolutions. Des États tiers peuvent invoquer la compétence universelle. Les outils existent. Ce qui manque, c’est la volonté politique.
L’article 23 du Règlement de La Haye interdit explicitement de « déclarer qu’il ne sera pas fait de quartier ». L’article 40 du Protocole additionnel I réitère cette interdiction. Ce n’est pas une zone grise. C’est noir sur blanc. La seule question est : quelqu’un aura-t-il le courage de l’appliquer contre les États-Unis?
Le droit sans application n’est qu’une promesse brisée. Et en ce moment, le droit international est une collection de promesses brisées empilées dans un silence qui ressemble à une capitulation.
Le rôle des sociétés civiles dans la défense du droit
Si les gouvernements ne bougent pas, les sociétés civiles le peuvent. Le mouvement anti-apartheid a isolé l’Afrique du Sud. Le mouvement anti-guerre du Vietnam a contribué au retrait américain. Les citoyens ordinaires ne sont pas impuissants. Ils ne le sont que lorsqu’ils choisissent de l’être.
Les universitaires, les avocats, les professeurs de droit international doivent documenter, publier, enseigner. Rappeler que « no quarter » n’est pas un slogan, mais un crime codifié. Que les mots d’un secrétaire à la Défense ont des conséquences juridiques. Et que l’histoire prend des notes, même quand les tribunaux ferment les yeux.
Conclusion : Le silence est un choix, et ce choix a un prix
Ce que « pas de quartier » signifie vraiment
« Pas de quartier » signifie : nous ne ferons pas de prisonniers. Nous ne soignerons pas les blessés ennemis. Nous ne secourrons pas les naufragés. C’est la signification juridique précise. Et c’est exactement ce que le secrétaire à la Défense des États-Unis a promis au monde.
L’Iran n’est pas un pays innocent. Ses Gardiens de la Révolution ont du sang sur les mains. Mais le droit international humanitaire existe pour protéger tout le monde. Même les ennemis. Le jour où la protection juridique ne s’applique qu’à ceux qui nous plaisent, elle ne protège plus personne.
On me demandera peut-être pourquoi j’écris ces mots aujourd’hui. Parce que le silence face au crime de guerre annoncé fait de moi un complice. Parce que la neutralité face à la barbarie déclarée n’est pas de l’objectivité. C’est de la lâcheté. Et parce que 170 enfants de Minab méritent au moins ça : que quelqu’un, quelque part, refuse de se taire.
Le prix du silence collectif
Chaque jour sans condamnation formelle est un jour gagné pour ceux qui veulent faire de la guerre sans règles la nouvelle norme. Chaque école bombardée sans enquête est un message : personne ne vous arrêtera. Le silence n’est pas neutre. Il est le choix de ceux qui décident que leur confort personnel vaut plus que la vie de ceux qui meurent à l’autre bout du monde.
L’histoire retiendra que le 13 mars 2026, le secrétaire à la Défense de la plus grande démocratie du monde a promis de commettre des crimes de guerre. Que le Congrès n’a pas agi. Que les alliés n’ont pas parlé. Et elle posera cette question : à quel moment avons-nous décidé que certaines vies humaines ne méritaient pas d’être protégées par les lois que nous avions nous-mêmes écrites? Et c’est peut-être ça, la leçon la plus cruelle de mars 2026 : non pas que la barbarie existe, mais que nous ayons choisi de la regarder sans broncher.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Médias internationaux de référence
Analyses complémentaires
HuffPost — Secretary Of Defense Hegseth Promises Iranians ‘No Quarter’ — 13 mars 2026
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