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RÉCIT : USS Nimitz, 50 ans de guerre — le dernier voyage du colosse d’acier
Crédit: Adobe Stock

Premier déploiement en Méditerranée

Le premier déploiement du Nimitz a eu lieu le 7 juillet 1976, en Méditerranée, avec le Carrier Air Wing 8 embarqué, escorté par les croiseurs nucléaires USS South Carolina et USS California. Un groupe aéronaval entièrement nucléaire — une première dans l’histoire de la marine américaine. En novembre 1976, le Nimitz a reçu le Battle « E » du commandant de la force aéronavale de l’Atlantique, récompensant le porte-avions le plus efficace de la flotte. Le navire n’avait même pas deux ans de service.

Mais c’est lors de son troisième déploiement, en septembre 1979, que le Nimitz est entré dans l’Histoire avec un grand H. Dépêché dans l’océan Indien pour renforcer la présence navale américaine après la prise d’otages de l’ambassade à Téhéran — 52 Américains retenus par des étudiants islamistes —, le Nimitz a servi de plateforme pour l’opération Eagle Claw, la tentative de sauvetage ordonnée par le président Carter. L’opération a échoué dans le désert iranien, à Desert One, quand un hélicoptère a percuté un avion-cargo C-130, tuant huit militaires. C’est l’un des épisodes les plus humiliants de l’histoire militaire américaine. Et le Nimitz était au cœur de cette humiliation.


L’ironie brûlante de l’histoire : le premier grand déploiement du Nimitz en zone de crise était lié à l’Iran. Son dernier voyage, cinquante ans plus tard, se fait pendant que les États-Unis sont en guerre ouverte contre ce même Iran. Le cercle se referme. Le navire qui a assisté à l’échec d’Eagle Claw en 1980 quitte la scène pendant que les Storm Shadow frappent Téhéran et que les mines iraniennes bloquent Hormuz. Certaines histoires sont trop symétriques pour être des coïncidences.

Le retour triomphal de 1980

Quand le Nimitz est rentré à Norfolk le 26 mai 1980, l’accueil a été le plus grand jamais réservé à un groupe aéronaval depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le président Carter et son épouse étaient sur le quai. Des membres du Congrès, des chefs militaires et des milliers de familles attendaient. Ce n’était pas une célébration de victoire — Eagle Claw avait échoué, les otages étaient toujours captifs. C’était un hommage à l’endurance. Au fait d’avoir tenu bon, pendant des mois, dans les eaux les plus dangereuses du monde, avec une mission impossible sur les épaules.

Et pourtant, pour l’équipage du Nimitz, le retour avait un goût amer. Huit de leurs camarades étaient morts dans le désert iranien. Les otages ne seraient libérés que huit mois plus tard, le 20 janvier 1981, le jour même de l’investiture de Ronald Reagan. Le Nimitz avait fait tout ce qu’on lui avait demandé. Ce n’était pas suffisant. C’est la leçon que ce navire a apprise dès ses premières années : la puissance militaire a des limites. Et parfois, le plus grand porte-avions du monde ne peut rien contre la réalité politique.

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