Skip to content
REPORTAGE : Liban sous les bombes, un peuple entier jeté sur les routes de l’exode
Crédit: Adobe Stock

Quitter sans savoir où aller

La route qui remonte de Tyr vers Beyrouth est un fleuve humain. Des voitures chargées jusqu’au toit, des matelas ficelés sur les galeries, des valises ouvertes dont les vêtements dépassent comme des drapeaux de capitulation. Des familles entières sur des scooters. Des vieillards qui marchent. Le Haut-Commissariat aux réfugiés rapporte que des centaines de déplacés sont contraints de rester dans leurs véhicules ou se rassemblent le long des routes, faute de place ailleurs. Certains dorment dans la rue. D’autres dans les halls d’immeubles de Beyrouth, serrés les uns contre les autres, les yeux cernés par l’insomnie et la peur. Le soir, les températures descendent. Les enfants toussent. Les couvertures manquent.

Nabi Chit, dans la Bekaa. Un village frontalier où les combats se rapprochent. Les familles qui y vivaient sont parties vers le nord, mais le nord n’est plus un refuge quand les frappes touchent Bourj Hammoud, un quartier de la banlieue nord-est de Beyrouth — loin des bastions traditionnels du Hezbollah. Le correspondant d’Al Jazeera à Beyrouth, Bernard Smith, a relevé un glissement dangereux : « Israël frappe désormais des bâtiments en dehors des bastions traditionnels du Hezbollah, ce qui risque d’attiser les tensions confessionnelles. » Frapper Bourj Hammoud, c’est frapper un quartier arménien. C’est dire au Liban entier : personne n’est à l’abri.


On parle de « déplacement de population » comme on parle de logistique. Avec des chiffres, des pourcentages, des zones colorées sur des cartes d’état-major. Mais derrière chaque flèche tracée sur ces cartes, il y a un enfant qui a laissé son doudou derrière lui. Un vieillard qui a fermé sa porte en sachant qu’il ne la rouvrirait plus. Il faut nommer les choses : ce n’est pas un « déplacement ». C’est un exode forcé.

Le passage de Masnaa : la frontière de la dernière chance

Pour ceux qui ont les moyens et les papiers, il reste la Syrie. Le point de passage de Masnaa, à la frontière libano-syrienne, voit défiler des milliers de personnes chaque jour. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) tente de gérer le flux, mais les files s’allongent. Des familles attendent des heures sous le soleil. L’OIM a distribué plus de 80 000 litres de carburant pour permettre aux véhicules de continuer leur route. Le carburant. Voilà ce qui sépare ceux qui partent de ceux qui restent coincés. Le Liban qui fuit vers la Syrie — un pays lui-même ravagé par treize ans de guerre. C’est le paradoxe le plus cruel de cette région : les refuges sont aussi des ruines.

Les familles qui traversent la frontière emportent ce qu’elles peuvent : des documents, des médicaments, de la nourriture pour un jour ou deux. Certaines ne savent même pas où elles dormiront le soir même. Les réseaux humanitaires syriens, déjà à bout de souffle, tentent d’absorber ces nouveaux arrivants. Mais la Syrie n’a plus rien à offrir. Ses propres infrastructures sont squelettiques. Ses hôpitaux manquent de tout. Et pourtant, des Libanais y vont quand même, parce que rester sous les bombes est pire que fuir vers le vide.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu