Le tremplin vers Dnipro
Pour comprendre l’importance de la libération, il faut comprendre pourquoi la Russie tenait à l’oblast de Dnipropetrovsk. L’objectif n’était pas le territoire en soi — ces villages et ces champs n’ont pas de valeur stratégique intrinsèque. L’objectif était Dnipro — la troisième ville d’Ukraine, un centre industriel majeur où sont fabriqués des missiles, des composants militaires, des équipements de défense. Chaque position russe dans l’oblast était un pas de plus vers la ville. Chaque « zone tampon » était un marchepied. En chassant les Russes de l’oblast, l’Ukraine n’a pas seulement libéré du territoire — elle a éliminé la menace existentielle qui pesait sur l’une de ses villes les plus importantes.
Dnipro est la ville que la Russie n’a jamais pu atteindre. Pas faute d’avoir essayé — les missiles pleuvent sur la ville depuis quatre ans. Mais atteindre une ville avec des missiles et l’occuper avec des troupes sont deux choses très différentes. La « zone tampon » russe dans l’oblast de Dnipropetrovsk était le premier pas vers une occupation terrestre. Ce premier pas vient d’être effacé. Et avec lui, le rêve de Moscou de prendre Dnipro par la terre.
L’échec de la stratégie des « zones tampons »
La Russie avait théorisé les « zones tampons » comme une stratégie défensive — occuper une bande de territoire au-delà des lignes de front pour absorber les contre-attaques ennemies avant qu’elles n’atteignent les positions principales. En pratique, ces « zones tampons » se sont transformées en pièges pour les forces russes qui les occupaient. Isolées, mal ravitaillées, défendues par des troupes de second rang, elles sont devenues les maillons faibles du dispositif russe — exactement les points que l’Ukraine a choisi de frapper. La stratégie des zones tampons n’a pas protégé la Russie. Elle lui a offert 400 kilomètres carrés de défaite supplémentaire.
L'opération — deux axes, une mission
L’axe d’Oleksandrivsk — le coup principal
La contre-offensive de Dnipropetrovsk a été conduite selon un plan à deux axes convergents. L’axe principal — la direction d’Oleksandrivsk — a vu les forces d’assaut aéroportées ukrainiennes mener des attaques soutenues contre les positions russes fortifiées. L’ISW a évalué que cette avancée à double poussée était conçue pour « expulser la Russie et devancer son offensive de printemps ». En février 2026 seulement, les forces aéroportées ont restauré le contrôle ukrainien sur 285,6 kilomètres carrés — un rythme de reconquête sans précédent depuis Kharkiv en 2022.
285 kilomètres carrés en un seul mois. En février, le mois le plus court de l’année. Les mêmes forces aéroportées qui tiennent les lignes les plus dures du Donbass ont trouvé l’énergie, les munitions et le courage de lancer une contre-offensive dans un autre secteur. C’est la réponse à tous ceux qui disent que l’Ukraine est « épuisée ». L’Ukraine n’est pas épuisée. L’Ukraine est en colère. Et une armée en colère avance.
Le soutien mécanisé — les brigades qui ont tenu la ligne
Le succès de l’opération repose aussi sur les brigades mécanisées qui défendaient déjà le secteur. Ces unités ont fourni la base défensive stable à partir de laquelle les forces d’assaut ont pu lancer leurs attaques. La coordination entre unités d’assaut et unités de défense est l’une des compétences les plus difficiles à maîtriser en combat — elle exige une communication en temps réel, une confiance mutuelle et une doctrine partagée. Les forces ukrainiennes y sont parvenues sous le feu, en plein hiver, sur un terrain que l’ennemi occupait depuis des mois. C’est un exploit militaire que les manuels de guerre étudieront pendant des décennies.
Les trois dernières localités — le nettoyage qui continue
Ce qui reste à libérer
Au 10 mars 2026, trois petites localités restent à libérer dans l’oblast de Dnipropetrovsk, plus deux autres nécessitant des opérations de nettoyage. Ces poches de résistance ne représentent plus une menace stratégique — elles sont isolées, encerclées, coupées de tout ravitaillement. Leur libération est une question de jours, pas de semaines. Mais leur existence rappelle une réalité de la guerre : libérer un territoire n’est jamais instantané. Chaque maison peut cacher un tireur isolé. Chaque champ peut être miné. Chaque mètre carré doit être sécurisé avant que les civils puissent rentrer.
Trois localités. Cinq en tout si on compte les opérations de nettoyage. Sur un oblast de plus de 31 000 kilomètres carrés. C’est ce qui reste de la « zone tampon » russe — quelques points minuscules sur une carte immense. Le contraste entre l’ambition de Moscou et la réalité du terrain est saisissant. La Russie voulait une zone tampon. Elle a obtenu cinq poches de résistance en sursis, défendues par des soldats qui savent qu’ils sont abandonnés.
Les mines — l’héritage toxique de l’occupation
Même après la libération complète, l’oblast de Dnipropetrovsk restera dangereux pendant des années. Les forces russes ont miné systématiquement les territoires qu’elles occupaient — mines antipersonnel, mines antichars, pièges explosifs dans les bâtiments, munitions à sous-munitions non explosées dans les champs. Le déminage de la zone prendra des mois, voire des années. Des agriculteurs ne pourront pas cultiver leurs terres. Des enfants ne pourront pas jouer dans les cours. Des familles ne pourront pas rentrer chez elles. L’occupation russe laisse derrière elle un poison qui tue longtemps après le départ du dernier soldat.
Komarenko — le général qui a mené la libération
« Nous faisons tout ce que nous pouvons, et même un peu plus »
Le général de division Oleksandr Komarenko, responsable des opérations dans le secteur, a résumé la philosophie de ses troupes avec une formule qui dit tout : « Nous faisons tout ce que nous pouvons, et même un peu plus, pour repousser et détruire l’ennemi. » Ce « un peu plus » est la différence entre une armée qui se contente de survivre et une armée qui gagne. Komarenko a aussi identifié les secteurs les plus difficiles : « Les secteurs les plus difficiles restent Pokrovsk et Oleksandrivsk », a-t-il précisé, ajoutant que les forces ukrainiennes « stabilisent progressivement la situation grâce à leurs actions actives ».
« Et même un peu plus. » C’est la devise non officielle de l’armée ukrainienne. Pas « nous faisons le minimum ». Pas « nous tenons la ligne ». « Nous faisons tout, et même un peu plus. » C’est dans ce « un peu plus » que résident les 400 kilomètres carrés libérés. C’est dans ce « un peu plus » que se cache la différence entre la défense et la victoire. Les armées qui gagnent sont celles qui donnent toujours un peu plus que ce qu’on leur demande.
La stabilisation par l’action
La formulation de Komarenko — « stabiliser par des actions actives » — est un oxymore délibéré qui résume parfaitement la doctrine ukrainienne de 2026. On ne stabilise pas un front en restant immobile. On le stabilise en attaquant — en forçant l’ennemi à réagir plutôt qu’à agir, en le maintenant en déséquilibre permanent, en l’obligeant à dépenser ses réserves pour se défendre au lieu de les accumuler pour attaquer. C’est la défense active dans sa forme la plus pure : la meilleure défense, c’est l’attaque. Et l’Ukraine en fait la démonstration quotidienne.
L'unité Artan — les forces spéciales en première ligne
Le renseignement militaire au combat
Parmi les unités engagées dans la libération de l’oblast de Dnipropetrovsk, l’unité de forces spéciales « Artan » de la Direction du renseignement militaire (GUR) a joué un rôle crucial. Travaillant en coordination avec d’autres formations des Forces armées, Artan a repris le contrôle de positions près de Stepnohirsk dans la région de Zaporizhzhia — sécurisant le flanc sud de l’avancée principale. Les forces spéciales du GUR sont parmi les unités les plus expérimentées de l’armée ukrainienne — des opérateurs qui ont mené des raids derrière les lignes russes, des opérations de sabotage en Crimée et des missions de reconnaissance en territoire occupé depuis le début de la guerre.
Artan. Un nom que la plupart des gens ne connaissent pas. Une unité dont les visages ne sont jamais montrés, dont les opérations ne sont jamais détaillées, dont les sacrifices ne font jamais les gros titres. Ce sont les fantômes du champ de bataille — les premiers à entrer, les derniers à être reconnus. Et pourtant, sans eux, les 400 kilomètres carrés ne seraient pas libérés. La guerre se gagne aussi dans l’ombre.
La coordination inter-armes — le secret de la réussite
La libération de l’oblast de Dnipropetrovsk illustre la maturité de l’armée ukrainienne en matière de coordination inter-armes. Forces spéciales pour la reconnaissance et les raids. Forces d’assaut aéroportées pour la percée. Brigades mécanisées pour la consolidation. Artillerie et HIMARS pour la préparation du terrain. Drones FPV pour la neutralisation des blindés. Défense aérienne pour la protection contre les frappes russes. Chaque composante travaille en synchronisation avec les autres — une chorégraphie de combat que peu d’armées au monde maîtrisent et que l’armée ukrainienne a apprise sous le feu.
Le rôle des drones — les yeux et les poings de la contre-offensive
La reconnaissance qui a tout rendu possible
Aucune des avancées dans l’oblast de Dnipropetrovsk n’aurait été possible sans les drones de reconnaissance. Avant chaque assaut, des escadrons de drones survolaient les positions russes, cartographiant les tranchées, identifiant les champs de mines, repérant les véhicules blindés et les postes de commandement. Cette intelligence en temps réel a permis aux commandants ukrainiens de choisir les points d’attaque optimaux — les endroits où les défenses étaient les plus faibles, les unités les plus mal entraînées, les positions les plus vulnérables. Les drones FPV ont ensuite frappé les cibles prioritaires — chars, véhicules blindés, positions d’artillerie — avant même que l’infanterie ne lance son assaut. Le résultat : des attaques ukrainiennes qui frappaient là où la Russie était aveugle.
Les drones ont transformé cette guerre. Mais pas de la manière que les gens imaginent. Ce n’est pas le drone en lui-même qui change tout — c’est l’information qu’il fournit. Savoir où l’ennemi est faible, c’est savoir où frapper. Et savoir où frapper, c’est transformer une attaque suicidaire en victoire tactique. L’Ukraine ne gagne pas parce qu’elle a plus de soldats. Elle gagne parce qu’elle voit mieux. Et dans la guerre moderne, celui qui voit mieux frappe en premier.
La production ukrainienne de drones — un avantage croissant
L’Ukraine produit désormais des dizaines de milliers de drones par mois — un écosystème industriel composé de centaines de petites entreprises, de start-ups, de bénévoles et d’ingénieurs dispersés sur tout le territoire. Cette production décentralisée est impossible à bombarder — contrairement à une grande usine, un atelier de garage peut être déplacé en une nuit. Le coût unitaire d’un drone FPV est tombé sous les 500 dollars. Le coût d’un char russe T-72 détruit par ce drone : 2 millions de dollars. Le rapport coût-efficacité est de 1 contre 4 000. Aucune armée au monde ne peut résister à ce calcul indéfiniment.
L'impact stratégique — pourquoi Dnipropetrovsk compte
La protection de Dnipro — troisième ville d’Ukraine
La libération de l’oblast de Dnipropetrovsk élimine une menace directe sur la ville de Dnipro — avec un million d’habitants, la troisième agglomération d’Ukraine et un centre industriel vital. Tant que les forces russes occupaient des positions dans l’oblast, elles constituaient une base potentielle pour des attaques terrestres ou au minimum pour des tirs d’artillerie contre la ville et ses environs. La zone tampon que la Russie prétendait construire n’était pas défensive — c’était un tremplin offensif déguisé en mesure de sécurité. L’Ukraine l’a compris et a agi en conséquence.
Dnipro est le coeur industriel de l’Ukraine. C’est là que se trouvent les usines qui produisent les missiles, les drones, les composants de défense. Laisser les Russes s’installer à ses portes, c’était accepter une épée de Damoclès au-dessus de la capacité de production militaire ukrainienne. La libération de l’oblast n’est pas un geste symbolique. C’est un acte de survie industrielle. L’Ukraine protège ses usines en protégeant son territoire.
Libérer des troupes pour d’autres fronts
La quasi-libération de l’oblast de Dnipropetrovsk a un effet multiplicateur sur l’ensemble du front. Les unités qui devaient défendre ce secteur contre une avancée russe peuvent maintenant être redéployées vers d’autres zones critiques — Pokrovsk, Kupyansk, Zaporizhzhia. C’est exactement le contraire de ce que la Russie espérait : au lieu de forcer l’Ukraine à disperser ses forces pour défendre l’oblast, c’est la Russie qui a été chassée et qui doit maintenant combler les trous laissés par ses troupes vaincues. En libérant Dnipropetrovsk, l’Ukraine a gagné des troupes que la Russie a perdues.
Les prisonniers de guerre — ce que les captifs racontent
Les témoignages des soldats russes capturés
Les contre-attaques ukrainiennes dans l’oblast de Dnipropetrovsk ont produit un flux de prisonniers de guerre russes dont les témoignages dressent un portrait accablant de l’état de l’armée russe. Des mobilisés avec quelques semaines de formation envoyés tenir des positions sans soutien d’artillerie. Des soldats qui n’avaient pas reçu de ravitaillement depuis des jours. Des officiers qui avaient abandonné leurs positions avant l’assaut ukrainien. Des unités qui ne connaissaient pas le nom des unités déployées à côté d’elles. L’image qui émerge est celle d’une armée dont la cohésion se délite — non pas parce que les soldats manquent de courage, mais parce que le système qui est censé les soutenir les a abandonnés.
Quand un prisonnier de guerre russe dit qu’il n’a pas mangé depuis trois jours, qu’il ne sait pas où sont ses officiers, qu’on lui a donné un fusil et l’ordre de « tenir » sans autre instruction — ce n’est pas de la propagande ukrainienne. C’est le portrait d’une armée qui se disloque de l’intérieur. La Russie n’envoie plus des soldats au combat. Elle envoie des hommes abandonnés dans des trous, avec un fusil et une prière. Et quand l’Ukraine contre-attaque, ces hommes se rendent — parce que la captivité est devenue plus sûre que le service.
Le traitement des prisonniers — un contraste moral
L’Ukraine a fait du traitement correct des prisonniers de guerre un pilier de sa stratégie de communication. Les captifs russes sont filmés — avec leur consentement — recevant de la nourriture, des soins médicaux, la possibilité d’appeler leur famille. Le contraste avec le traitement des prisonniers ukrainiens par la Russie — torture, isolement, conditions inhumaines documentées par le CICR et les organisations de droits humains — est saisissant. Et ce contraste est une arme : chaque soldat russe qui sait qu’il sera bien traité s’il se rend est un soldat de moins qui se battra jusqu’à la mort. La décence est aussi une tactique.
Le revers pour l'offensive russe de printemps
L’évaluation de l’ISW — un « revers évident »
L’ISW n’a pas mâché ses mots : la libération de la quasi-totalité de l’oblast de Dnipropetrovsk constitue un « revers évident » pour les objectifs déclarés de la Russie pour le printemps 2026. Moscou avait annoncé vouloir avancer dans les oblasts de Zaporizhzhia et de Dnipropetrovsk pendant sa campagne de printemps-été. Au lieu d’avancer, elle recule. Au lieu de construire sa « zone tampon », elle la perd. L’écart entre les ambitions déclarées de Moscou et la réalité du terrain n’a jamais été aussi large — et il se creuse chaque jour.
Et pourtant, les propagandistes du Kremlin continuent de parler de « l’offensive de printemps » comme si rien n’avait changé. Comme si perdre 400 kilomètres carrés dans un des oblasts que vous prétendiez conquérir était « selon le plan ». Le déni est la dernière arme de Moscou — la seule qui ne s’épuise jamais. Mais le déni ne reconquiert pas les territoires perdus. Et les cartes de l’ISW ne mentent pas.
La première fois depuis Koursk
Les 400 kilomètres carrés libérés en Dnipropetrovsk marquent la première fois depuis l’opération de Koursk en août 2024 que les forces ukrainiennes reprennent plus de territoire en un mois que la Russie n’en capture. C’est un basculement statistique qui a des implications profondes. Pendant toute l’année 2025, la Russie avançait — lentement, au prix de pertes effroyables, mais elle avançait. En mars 2026, cette tendance s’inverse. L’Ukraine regagne du terrain. Et ce n’est pas un accident ou un coup de chance — c’est le résultat d’une planification stratégique qui a commencé des mois à l’avance.
Le terrain reconquis — ce que les soldats ont trouvé
Les traces de l’occupation
Quand les soldats ukrainiens entrent dans les localités libérées de l’oblast de Dnipropetrovsk, ils trouvent les traces habituelles de l’occupation russe. Des maisons pillées. Des positions de combat creusées dans les jardins. Des déchets militaires — rations, emballages de munitions, uniformes abandonnés. Des graffitis de soldats russes sur les murs. Et surtout, des mines — partout. Dans les champs, sur les routes, à l’entrée des maisons, autour des puits d’eau. Les forces russes minent systématiquement les territoires qu’elles quittent — un dernier acte de destruction gratuite destiné à tuer longtemps après leur départ.
Les mines sont la signature de la Russie. Partout où son armée passe, elle laisse derrière elle un tapis de mort qui attend des mois, des années, des décennies. Un enfant qui marchera dans un champ miné dans dix ans sera une victime de cette guerre autant que le soldat tombé aujourd’hui. Et les responsables de ce minage systématique — les officiers qui ont donné l’ordre, les sapeurs qui ont posé les mines — ne seront probablement jamais poursuivis. C’est l’impunité la plus silencieuse de cette guerre.
Les civils qui reviennent
Malgré les mines et les destructions, les premiers civils commencent à revenir dans les localités libérées. Des personnes âgées qui avaient refusé de partir. Des familles qui avaient fui et qui veulent voir ce qu’il reste de leur maison. Des agriculteurs inquiets pour leurs terres et leur bétail. Le retour des civils est le signe le plus tangible de la libération — plus tangible que les drapeaux et les communiqués. Quand une grand-mère rentre chez elle et allume la lumière dans sa cuisine, la guerre recule d’un mètre de plus. Et chaque mètre compte.
Zelensky — « plus positif qu'à la fin de 2025 »
Le président confirme l’élan
Le président Volodymyr Zelensky a confirmé l’élan positif lors d’une allocution récente, déclarant que Kyiv était « plus positif qu’à la fin de 2025 » concernant la situation militaire. Ce message — prudent mais optimiste — tranche avec la tonalité sombre des derniers mois de 2025, marqués par l’avancée russe lente mais constante dans le Donetsk et les inquiétudes sur les stocks de munitions. Zelensky ne promet pas la victoire immédiate — il ne l’a jamais fait. Mais il constate que la tendance change. Et quand le commandant suprême d’un pays en guerre dit que les choses vont mieux, les soldats et la population écoutent.
Zelensky sait peser ses mots. Quand il dit « plus positif qu’à la fin de 2025 », il ne dit pas « nous avons gagné ». Il dit : « nous ne sommes plus dans la phase la plus sombre ». Et cette nuance est importante. Parce que la guerre est loin d’être finie. Parce que des soldats mourront demain, et après-demain, et le jour d’après. Mais la direction compte. Et pour la première fois depuis des mois, la direction est la bonne.
L’espoir mesuré — ni triomphalisme ni défaitisme
L’Ukraine de mars 2026 navigue entre deux écueils : le triomphalisme prématuré et le défaitisme paralysant. La libération de l’oblast de Dnipropetrovsk est une victoire réelle — mais la guerre continue sur 1 200 kilomètres de front. Les pertes ukrainiennes sont lourdes. Les munitions ne sont jamais assez nombreuses. Les renforts arrivent, mais pas aussi vite que les pertes les consomment. Le réalisme de Zelensky — « plus positif » plutôt que « victorieux » — reflète cette lucidité. L’Ukraine gagne du terrain. Mais elle paie chaque mètre de son sang.
La propagande russe face aux faits — le déni institutionnalisé
Moscou nie la perte de territoire
La réaction de la propagande russe à la libération de l’oblast de Dnipropetrovsk est un chef-d’oeuvre de déni organisé. Les médias d’État russes — RT, RIA Novosti, TASS — n’ont tout simplement pas rapporté la perte de 400 kilomètres carrés. Certains ont affirmé que les troupes russes avaient effectué un « repli tactique » vers des « positions plus avantageuses » — le même euphémisme utilisé pour justifier le retrait de Kherson en 2022. D’autres ont inventé des gains russes fictifs dans d’autres secteurs pour détourner l’attention. Le Kremlin a construit un univers parallèle où la Russie avance toujours et ne recule jamais. Et pourtant, les cartes ne mentent pas. Et les 400 kilomètres carrés ne sont plus russes.
Il y a quelque chose de tragiquement absurde dans la propagande russe de mars 2026. Le Kremlin dit à ses citoyens que tout va bien. Que l’« opération spéciale » se déroule « selon le plan ». Que la Russie avance. Pendant ce temps, 400 kilomètres carrés ont changé de drapeau. Des soldats russes sont morts, blessés ou capturés. Des positions tenues depuis des mois ont été perdues en quelques jours. Mais à Moscou, dans les studios de RT, c’est toujours la victoire. C’est peut-être ça, la définition la plus pure du totalitarisme : un régime qui ment à son propre peuple sur le sort de ses propres soldats.
Les blogueurs militaires russes — la voix de la réalité
Paradoxalement, ce sont les blogueurs militaires russes — les « milbloggers » — qui fournissent les évaluations les plus honnêtes de la situation. Ces commentateurs proches du front, souvent d’anciens militaires, reconnaissent les pertes territoriales, critiquent le commandement et exigent des renforts. Plusieurs ont décrit la perte de l’oblast de Dnipropetrovsk comme un « échec du commandement » et ont dénoncé l’insuffisance des effectifs dans le secteur. Leur voix est une fissure dans le mur de propagande du Kremlin — une fissure que Moscou ne parvient pas à colmater, parce que ces blogueurs sont lus par des millions de Russes qui veulent savoir ce qui arrive vraiment à leurs fils, frères et maris.
Les leçons tactiques — ce que Dnipropetrovsk enseigne
La surprise locale contre la masse
La libération de l’oblast de Dnipropetrovsk enseigne une leçon tactique fondamentale : la surprise locale peut vaincre la supériorité numérique globale. Les forces russes dans le secteur n’étaient pas des unités d’élite — les meilleures troupes étaient concentrées en Donetsk et en Zaporizhzhia. Les forces ukrainiennes ont identifié cette faiblesse, concentré leurs meilleures unités d’assaut contre le maillon le plus faible du dispositif russe, et frappé avec une violence concentrée que les défenseurs n’ont pas pu absorber. C’est le principe de la concentration des forces — vieux comme la guerre elle-même, mais toujours aussi efficace.
La Russie a plus de soldats que l’Ukraine. Mais elle doit les répartir sur 1 200 kilomètres de front. L’Ukraine n’a pas besoin d’être plus forte partout — elle a besoin d’être plus forte quelque part. Et « quelque part », en mars 2026, c’était l’oblast de Dnipropetrovsk. 400 kilomètres carrés libérés. La preuve que la guerre se gagne non pas par la masse, mais par l’intelligence.
La vitesse d’exploitation
L’autre leçon est la vitesse d’exploitation. Quand les forces ukrainiennes ont percé les premières positions russes, elles n’ont pas marqué de pause opérationnelle pour consolider. Elles ont exploité immédiatement — poussant vers l’avant avant que les Russes ne puissent organiser une ligne de défense secondaire. Cette agressivité contrôlée est ce qui a permis de libérer 285 kilomètres carrés en février seulement. Les commandants ukrainiens ont appris que dans la guerre moderne, la pause est l’ennemie de l’avancée — chaque heure de repos donnée à l’ennemi est une heure qu’il utilise pour creuser, miner et se fortifier.
Ce qui vient après — la défense du territoire libéré
Tenir ce qui a été repris
La libération est la première étape. La défense du territoire repris est la seconde — et elle est tout aussi critique. Les forces russes tenteront inévitablement de reprendre les positions perdues. Des contre-attaques sont attendues. L’artillerie russe bombardera les localités libérées. Les drones Shahed viseront les concentrations de troupes. L’Ukraine doit maintenant fortifier le territoire repris — creuser des tranchées, installer des obstacles antichars, déployer des systèmes de défense aérienne, déminer les champs et les routes. Le travail de consolidation est moins spectaculaire que l’avancée. Il n’en est pas moins vital.
La vraie victoire n’est pas de prendre un territoire. C’est de le garder. L’Ukraine a repris 400 kilomètres carrés. Maintenant, elle doit s’assurer que chaque mètre reste ukrainien. Que chaque village libéré ne retombe pas. Que chaque famille revenue ne doive pas fuir à nouveau. C’est le travail invisible des sapeurs, des fortifieurs, des artilleurs de défense — ceux qui construisent les murs derrière lesquels la liberté peut survivre.
Le signal pour la suite
La libération de l’oblast de Dnipropetrovsk est un signal — pour l’Ukraine, pour la Russie, pour le monde. Pour l’Ukraine : nous pouvons reprendre notre terre. Pour la Russie : votre « zone tampon » n’existe plus. Pour le monde : l’Ukraine ne se contente pas de survivre — elle reconquiert. Et si l’Ukraine peut libérer Dnipropetrovsk, elle peut libérer Zaporizhzhia. Elle peut libérer Kherson. Elle peut libérer la Crimée. Pas demain. Pas le mois prochain. Mais la direction est tracée. Et dans cette guerre, la direction est tout.
Le déminage — la guerre après la guerre
Le pays le plus miné d’Europe
L’Ukraine est devenue le pays le plus miné d’Europe — et peut-être du monde. Les Nations Unies estiment que plus de 174 000 kilomètres carrés de territoire ukrainien sont potentiellement contaminés par des mines, des munitions non explosées et des sous-munitions. C’est l’équivalent de la superficie des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg réunis. Dans l’oblast de Dnipropetrovsk, chaque mètre carré libéré doit être inspecté, sondé, déminé avant que la vie civile puisse reprendre. Les équipes de déminage ukrainiennes — souvent d’anciens combattants blessés reconvertis — travaillent mètre par mètre, dans des conditions de danger permanent. Un geste de trop, une pression au mauvais endroit, et c’est la mort.
Le déminage est la guerre la plus silencieuse. Pas de détonations spectaculaires, pas de charges de cavalerie, pas de victoires célébrées. Juste un homme ou une femme, à genoux dans un champ, qui sonde la terre centimètre par centimètre pour trouver un objet conçu pour le tuer. Et quand cet objet est neutralisé, personne n’applaudit. Personne ne filme. L’agriculteur viendra labourer ce champ sans savoir qu’un démineur a risqué sa vie pour chaque sillon. C’est l’héroïsme le plus invisible — et le plus nécessaire.
Le coût du déminage
Le déminage complet de l’Ukraine coûtera des milliards de dollars et prendra des décennies. Même après la fin de la guerre, des civils mourront sur des mines pendant des années — des enfants qui joueront dans un champ, des agriculteurs qui laboureront la mauvaise parcelle, des randonneurs qui quitteront un sentier balisé. C’est l’héritage empoisonné de chaque jour d’occupation russe. Et pourtant, malgré ce danger, les Ukrainiens reviennent. Ils reviennent parce que c’est leur terre. Parce que fuir, c’est donner raison à l’envahisseur. Parce que vivre sur une terre minée, c’est encore vivre chez soi.
Conclusion : 400 kilomètres carrés de dignité retrouvée
Le territoire et la mémoire
400 kilomètres carrés. Des champs. Des routes. Des villages dont les noms n’apparaissent sur aucune carte internationale. Des maisons de briques et de bois où des gens vivaient avant que la guerre ne les chasse. 400 kilomètres carrés qui étaient ukrainiens, qui sont devenus russes par la force, et qui sont redevenus ukrainiens par le courage. Chaque mètre carré de cette terre est imprégné de sacrifices — le sang des soldats qui l’ont libérée, les larmes des civils qui l’ont quittée, la sueur des sapeurs qui la déminent. Ce n’est pas un gain territorial. C’est une restauration de dignité.
Quand tout sera fini — quand les dernières mines seront désamorcées, quand les dernières ruines seront reconstruites, quand les dernières familles seront rentrées — personne ne se souviendra du chiffre 400. Personne ne se souviendra du nom des localités. Mais les gens qui y vivront se souviendront qu’un jour, des soldats sont venus les libérer. Et que ces soldats, avant de partir, ont dit : « C’est chez vous. C’est chez nous. Et ça le restera. » C’est peut-être ça, le vrai sens du mot victoire.
La guerre continue — mais elle avance
Le général Komarenko l’a dit : les secteurs les plus difficiles restent Pokrovsk et Oleksandrivsk. La guerre n’est pas finie. Elle ne le sera pas demain. Mais elle avance — dans la bonne direction. Les flèches sur les cartes pointent vers l’est. Les 400 kilomètres carrés libérés sont la preuve que l’Ukraine peut reconquérir sa terre. Et chaque kilomètre carré repris rend le suivant un peu plus facile — parce que les troupes sont plus confiantes, les commandants plus expérimentés, les alliés plus convaincus. La libération de l’oblast de Dnipropetrovsk n’est pas la fin de la guerre. C’est le début de la fin — pour ceux qui ont eu la folie de croire qu’ils pourraient voler cette terre et la garder.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Ukraine pushes Russian forces out of most of Dnipropetrovsk Oblast — Kyiv Independent, mars 2026
Ukraine Launches Offensive, Nearly Clears Dnipropetrovsk Region — Kyiv Post, mars 2026