Skip to content
ÉDITORIAL : L’OTAN à 5 pour cent du PIB, la victoire creuse d’une Europe qui ne sait plus se défendre seule
Crédit: Adobe Stock

2014-2024, la décennie perdue de la défense européenne

Pour comprendre l’ampleur du défi que représentent les 5 pour cent, il faut revenir à l’histoire des 2 pour cent. Cet objectif, adopté au sommet de l’OTAN au Pays de Galles en 2014, était déjà considéré comme ambitieux. À l’époque, seuls trois pays membres y satisfaisaient : les États-Unis, le Royaume-Uni et la Grèce. Dix ans plus tard, en 2024, le bilan était en progrès mais toujours insuffisant. L’Allemagne, première économie européenne, n’a atteint les 2 pour cent qu’en 2024, après des décennies de sous-investissement chronique. La France, malgré sa posture de puissance nucléaire autonome, flirtait avec les 2 pour cent sans les dépasser significativement. L’Italie, l’Espagne, la Belgique, le Canada restaient en dessous, invoquant des contraintes budgétaires que personne ne contestait tant que la Russie semblait inoffensive.

Puis Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine. Et les excuses sont devenues inaudibles. L’Allemagne a annoncé un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la Bundeswehr. La Pologne a porté ses dépenses au-delà de 4 pour cent. La Finlande et la Suède ont rejoint l’OTAN. Les pays baltes ont accéléré leurs investissements. En 2025, pour la première fois depuis la création de l’Alliance, tous les membres sont censés atteindre ou dépasser les 2 pour cent. Il aura fallu une guerre en Europe pour que les Européens prennent au sérieux leur propre sécurité. Cette constatation devrait faire honte, pas susciter la satisfaction.


Vingt ans pour atteindre 2 pour cent. Et maintenant, dix ans pour passer à 5. L’Europe a mis une génération à se convaincre que la sécurité avait un prix. Elle a maintenant une décennie pour multiplier ce prix par deux et demi. L’histoire jugera sévèrement ceux qui ont laissé le continent sans défense pendant trois décennies. Les chiffres de 2026 ne sont pas un investissement dans l’avenir. Ils sont le rattrapage d’un retard impardonnable.

Les astuces comptables qui masquent la réalité

Le passage de 2 à 5 pour cent s’accompagne d’un élargissement de la définition des dépenses éligibles qui mérite un examen critique. Les 1,5 pour cent supplémentaires réservés aux « dépenses liées à la sécurité » ouvrent une porte dangereuse à la comptabilité créative. Un pays pourrait-il compter ses dépenses de cybersécurité civile dans l’enveloppe? Les investissements dans les infrastructures de transport utilisables par les forces armées? Les programmes de protection civile qui existaient déjà? Les budgets de renseignement qui ne sont pas traditionnellement inclus dans les dépenses de défense? La tentation sera immense pour les ministères des Finances de remplir l’enveloppe avec des postes existants rebaptisés plutôt qu’avec des capacités militaires réelles.

Et pourtant, cette flexibilité a sa logique. La guerre moderne ne se limite pas aux chars et aux avions de combat. La cybersécurité est un champ de bataille permanent. Les infrastructures critiques — réseaux électriques, télécommunications, approvisionnement en eau — sont des cibles légitimes dans un conflit hybride. La résilience de la société face aux crises est une composante authentique de la défense nationale. Le problème n’est pas d’inclure ces dépenses. Le problème est de s’assurer qu’elles s’ajoutent aux capacités militaires au lieu de s’y substituer. Et l’histoire de la défense européenne suggère que la substitution est le scénario le plus probable.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu