Le profil d’un groupe paramilitaire devenu prédateur
Les Forces de soutien rapide, les RSF, sont les auteurs présumés de cette attaque. C’est une attribution documentée par le Réseau des médecins soudanais, confirmée par le directeur de l’hôpital d’al-Doueim, le Dr Musa al-Majeri. Les RSF n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. Les bourreaux n’ont pas l’habitude de se justifier auprès de leurs victimes.
Les RSF sont nées des Janjawids, ces miliciens qui avaient déjà ensanglanté le Darfour dans les années 2000. Rebaptisées, restructurées sous le commandement du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemeti, elles ont gardé la même méthode. Frapper les civils. Terroriser les populations. Utiliser la violence comme instrument de contrôle territorial. Les machettes ont été remplacées par des drones. La barbarie, elle, est restée la même.
Il y a quelque chose de profondément révoltant dans la manière dont les RSF opèrent. Ils ne ciblent pas des positions militaires. Ils ciblent des écoles, des dortoirs, des centrales électriques, des quartiers résidentiels. Ce n’est pas de la guerre. C’est de la prédation. C’est l’application méthodique de la terreur contre ceux qui ne peuvent pas se défendre.
Deux jours d’attaques systématiques avant la frappe sur l’école
La Dr Razan Al-Mahdi, porte-parole du Réseau des médecins soudanais, a qualifié l’attaque de crime horrifiant représentant la continuation des violations commises par les RSF dans l’État du Nil Blanc. Chaque mot pèse. Crime. Pas incident. Horrifiant. Pas regrettable. Dans les quarante-huit heures précédentes, les RSF avaient déjà ciblé un dortoir d’étudiants, une station électrique et plusieurs quartiers résidentiels. Ce n’est pas un incident isolé. C’est un mode opératoire. Une campagne délibérée de destruction des infrastructures civiles.
La guerre civile soudanaise, trois ans d'enfer invisible
Retour aux origines du conflit le plus meurtrier de la décennie
Le 15 avril 2023, le Soudan a basculé dans une guerre civile qui dure maintenant depuis presque trois ans. Le conflit oppose l’armée soudanaise du général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide du général Hemeti. Deux hommes qui étaient alliés quelques mois plus tôt, qui avaient ensemble renversé le gouvernement de transition civil, et qui se sont retournés l’un contre l’autre dans une lutte de pouvoir dont les civils paient le prix le plus terrible.
Les chiffres donnent le vertige. L’ancien envoyé spécial américain pour le Soudan estime que jusqu’à quatre cent mille personnes pourraient avoir été tuées depuis le début du conflit. Treize virgule six millions de personnes déplacées, ce qui fait du Soudan la plus grande crise de déplacement au monde. Plus grande que l’Ukraine. Plus grande que la Syrie. Et pourtant, combien de sommets internationaux y sont consacrés ?
Le Soudan est la preuve vivante que la solidarité internationale est sélective. Que certaines souffrances sont plus photogéniques que d’autres. Que certaines victimes ont la bonne géographie, le bon alignement géopolitique pour mériter l’empathie du monde. Les Soudanais n’ont rien de tout cela. Ils ont seulement leur douleur. Et leur douleur ne fait pas de bonnes audiences.
Un pays fragmenté entre deux armées prédatrices
Ce qui rend cette guerre particulièrement cruelle, c’est qu’aucun des deux camps ne se bat pour les Soudanais. L’armée régulière et les RSF se battent pour le contrôle des ressources, pour les mines d’or et les routes commerciales. Les civils ne sont pas des dommages collatéraux. Ils sont des cibles. En mars 2025, les RSF ont été expulsées de Khartoum, mais elles ont redéployé vers le Kordofan et el-Fasher au Nord-Darfour, capturée en octobre 2025. La perte de Khartoum les a rendues plus dangereuses, plus violentes envers les populations civiles.
Les drones, la nouvelle arme de terreur dans les guerres oubliées
La prolifération silencieuse qui change la nature des conflits
L’attaque de Shukeiri illustre une transformation profonde de la guerre moderne. Les drones armés ne sont plus le monopole des grandes puissances. Ils sont devenus l’outil de prédilection des groupes paramilitaires et des milices qui opèrent dans les zones grises du droit international. Un drone chargé d’explosifs coûte une fraction du prix d’un missile guidé. Facile à déployer, difficile à détecter, dévastateur contre des cibles civiles sans défense.
Les Nations unies ont exprimé leur inquiétude face au nombre croissant de victimes. Plus de deux cents civils tués par des frappes de drones depuis le 4 mars 2026 seulement. En dix jours. Deux cents vies. Des marchés frappés. Des centres de santé détruits. Des zones résidentielles pulvérisées. Et le monde continuait de scruter les négociations sur l’Iran, tout sauf le Soudan.
La démocratisation des drones de combat est un cauchemar dont nous ne mesurons pas encore l’ampleur. Quand n’importe quel groupe armé peut envoyer un engin piégé sur une école à des kilomètres de distance, sans pilote, sans regard humain sur la cible, sans ce dernier sursaut de conscience qui peut empêcher un doigt de presser la détente, alors nous avons franchi un seuil dont nous ne reviendrons pas.
Le Soudan comme laboratoire de la guerre asymétrique du futur
Ce qui se passe au Soudan ne reste pas au Soudan. Les tactiques développées dans ce conflit sont observées, étudiées, copiées par d’autres acteurs non étatiques. L’Organisation mondiale de la santé a documenté deux cent une attaques contre des établissements de santé depuis le début du conflit, entraînant mille huit cent cinquante-huit décès. Trente-sept pour cent des établissements de santé ne fonctionnent plus. L’OMS a qualifié cette situation de pire crise sanitaire et humanitaire au monde. Pas l’une des pires. La pire.
Les enfants du Soudan, cibles d'une guerre sans lois
Des écolières transformées en statistiques de guerre
Les victimes de Shukeiri avaient un âge. Elles avaient des prénoms. Elles avaient des parents qui les ont envoyées à l’école ce matin-là en croyant faire le bon choix. Parce que dans un pays en guerre, envoyer son enfant à l’école est un acte de résistance. C’est croire que l’avenir existe encore. C’est refuser que la violence ait le dernier mot. Ces parents ont fait confiance à l’idée que même dans l’enfer soudanais, une salle de classe reste un sanctuaire.
Le drone a prouvé le contraire. Il n’y a plus de sanctuaire au Soudan. Les écoles ne protègent pas. Les hôpitaux ne protègent pas. Les conventions de Genève ne protègent pas. Le droit international humanitaire ne protège pas. Rien ne protège quand la communauté internationale a décidé de regarder ailleurs.
Je pense à ces trois adolescentes grièvement blessées. Deux opérées en urgence à l’hôpital d’al-Doueim. Une évacuée vers Khartoum parce que le seul hôpital à proximité ne pouvait pas la sauver. Je pense à leurs visages que je ne verrai jamais, à leurs rêves pulvérisés par un engin volant qu’elles n’ont probablement même pas vu arriver. Combien de temps encore pouvons-nous prétendre que ce qui se passe au Soudan ne nous concerne pas ?
La guerre contre l’éducation comme stratégie de domination
Frapper une école n’est jamais un accident. C’est un message. C’est dire aux populations civiles que rien n’est sacré. Chaque école détruite est une génération sacrifiée. Chaque enseignant tué est un pilier de la société qui s’effondre. Chaque enfant terrorisé est un adulte qui ne croira plus jamais à l’avenir. Des milliers d’écoles ont été fermées ou détruites depuis le début du conflit. Des millions d’enfants soudanais sont déscolarisés. C’est exactement ce que veulent les seigneurs de guerre. Des populations ignorantes sont des populations faciles à contrôler.
La famine comme arme de guerre silencieuse
Vingt et un millions de Soudanais face à la faim
Pendant que les drones frappent les écoles, une autre guerre se déroule dans l’ombre. Vingt et un virgule deux millions de Soudanais — soit quarante et un pour cent de la population — font face à une insécurité alimentaire aiguë. Plus de six cent trente-cinq mille personnes vivent dans des conditions de famine, confrontées quotidiennement au risque de mourir de faim. Les corridors humanitaires sont régulièrement bloqués par les parties au conflit. L’aide alimentaire est détournée, pillée, utilisée comme monnaie d’échange politique.
Trente-trois virgule sept millions de personnes — près de deux tiers de la population soudanaise — auront besoin d’assistance humanitaire en 2026, selon les projections des Nations unies. Le Programme alimentaire mondial a dû réduire les rations dans plusieurs camps faute de financement. Les organisations humanitaires opèrent avec des budgets insuffisants et un accès restreint aux populations les plus vulnérables.
La famine est l’arme la plus lâche qui existe. Elle ne fait pas de bruit. Elle ne laisse pas de cratère. Elle ne produit pas d’images spectaculaires pour les journaux télévisés. Elle tue lentement, silencieusement, en privant les corps de ce dont ils ont besoin pour survivre. Et elle frappe toujours les mêmes en premier. Les enfants. Les femmes enceintes. Ceux qui n’ont jamais tenu une arme de leur vie.
Le système de santé en ruines
Comment soigne-t-on les blessés d’une frappe de drone quand trente-sept pour cent des établissements de santé ne fonctionnent plus ? Le Dr Musa al-Majeri, directeur de l’hôpital d’al-Doueim, celui qui a reçu les blessés de Shukeiri, travaille dans des conditions inimaginables. Des blocs opératoires sous-équipés. Un personnel réduit à l’essentiel. Des ressources comptées au jour le jour. Et malgré tout, il opère. Il soigne. Il sauve ce qui peut être sauvé. Parce que quelqu’un doit le faire.
L'indifférence internationale, complice silencieuse du massacre
Le monde obsédé par l’Iran pendant que le Soudan brûle
Il faut nommer les choses. L’indifférence de la communauté internationale face au Soudan n’est pas un oubli. C’est un choix. Un choix politique, stratégique, cynique. Le Soudan n’a pas de pétrole en quantité suffisante pour intéresser les grandes puissances. Le Soudan n’a pas d’arme nucléaire pour forcer l’attention. Le Soudan n’a pas d’alliance stratégique avec l’Occident. Le Soudan a seulement des enfants qui meurent. Et les enfants qui meurent ne font pas bouger les lignes géopolitiques.
Pendant que dix-sept écolières étaient fauchées par un drone à Shukeiri, le monde entier avait les yeux rivés sur la confrontation entre les États-Unis et l’Iran. Sur les bombardements de Kharg Island. Sur le prix du pétrole. Il y a une hiérarchie de la souffrance dans ce monde, et le Soudan est au bas de cette hiérarchie. Toujours. Depuis des décennies.
Je ne demande pas au monde de résoudre la crise soudanaise. Je demande au monde de la voir. De la nommer. Mais je sais que cette demande restera sans réponse. Parce que le Soudan ne rapporte rien. Ni votes, ni pétrole, ni influence. Et dans le calcul froid de la realpolitik, une vie qui ne rapporte rien est une vie qui ne vaut rien.
Les résolutions sans effet et les déclarations sans conséquence
Les Nations unies appellent à la retenue. L’Union africaine exprime sa préoccupation. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a déclaré que le coût du silence dans la guerre civile soudanaise est trop élevé. Des mots. Encore des mots. Le Soudan croule sous les déclarations de condamnation et les appels au cessez-le-feu. Aucune de ces déclarations n’a arrêté un seul drone. Aucun de ces appels n’a sauvé une seule écolière.
Le Darfour 2.0 se déroule sous nos yeux
Des méthodes identiques, vingt ans plus tard
Pour ceux qui ont suivi la crise du Darfour dans les années 2000, cette guerre a un goût amer de déjà-vu. Les mêmes acteurs. Les mêmes méthodes. Les mêmes victimes. Les Janjawids qui brûlaient les villages darfouris portent aujourd’hui l’uniforme des RSF. La violence ethnique qui avait valu au Darfour la qualification de premier génocide du vingt et unième siècle se reproduit, à plus grande échelle, avec des armes plus sophistiquées, dans un silence international encore plus assourdissant.
En 2004, le monde avait au moins eu la décence de s’indigner. Des manifestations avaient eu lieu dans les capitales occidentales. George Clooney avait été arrêté devant l’ambassade du Soudan à Washington. Et pourtant, même cette indignation n’avait pas suffi à arrêter le massacre. Aujourd’hui, il n’y a même plus d’indignation. Il n’y a que le silence.
Le Darfour nous avait appris une leçon. Nous n’en avons rien fait. Nous avons juré que plus jamais nous ne laisserions un peuple se faire massacrer dans l’indifférence. Plus jamais, avions-nous dit. C’était un mensonge confortable que nous nous sommes raconté pour pouvoir dormir la nuit. Parce que le plus jamais est devenu maintenant. Et nous dormons quand même.
La mécanique de l’oubli sélectif
Le Soudan est la victime parfaite de l’oubli sélectif. Trop loin. Trop complexe. Trop africain. Trop pauvre. Pas assez stratégique pour les intérêts occidentaux. Pas assez spectaculaire pour les algorithmes des réseaux sociaux. Et les écolières de Shukeiri sont les victimes parfaites de cette indifférence. Anonymes. Invisibles. Oubliées avant même d’être connues.
Le déplacement de treize millions de personnes dans le désert humanitaire
La plus grande crise de déplacement au monde
Treize virgule six millions de personnes déplacées. Ce chiffre est si énorme qu’il perd son sens. C’est comme si toute la population de la Belgique était jetée sur les routes du jour au lendemain. Treize virgule six millions d’êtres humains qui ont tout perdu. Leur maison. Leurs vêtements. Leurs photos de famille. Plus de quatre millions de ces déplacés ont franchi les frontières vers le Tchad, l’Éthiopie et le Soudan du Sud, des pays eux-mêmes en crise.
Au Tchad, l’un des pays les plus pauvres de la planète, plus de six cent mille réfugiés soudanais survivent dans des conditions inhumaines. Les camps sont surpeuplés, sous-financés. L’eau potable manque. La nourriture est rationnée. Les enfants y naissent et y grandissent sans avoir jamais connu autre chose que la précarité absolue.
Treize virgule six millions. Je voudrais que ce chiffre fasse mal. Je voudrais qu’il empêche de dormir ceux qui ont le pouvoir d’agir. Mais les grands chiffres anesthésient plutôt qu’ils ne réveillent. Un mort est une tragédie, un million est une statistique. Staline avait raison sur ce point. Et les Soudanais sont devenus une statistique que le monde a cessé de lire.
Les camps de la honte aux frontières
Les agences humanitaires sonnent l’alarme depuis des mois. Le Haut-Commissariat aux réfugiés lance des appels de fonds qui ne sont financés qu’à une fraction de ce qui serait nécessaire. Et les gouvernements des pays riches signent des chèques symboliques, prennent des photos avec des enfants réfugiés, puis rentrent chez eux reprendre le cours de leur vie confortable.
Les crimes de guerre documentés et l'impunité garantie
Des preuves accablantes que personne ne veut regarder
Les preuves de crimes de guerre au Soudan ne manquent pas. Elles sont documentées par le Réseau des médecins soudanais, par Médecins Sans Frontières, par Human Rights Watch, par Amnesty International, par les agences de l’ONU. Les attaques contre les hôpitaux. Les frappes sur les marchés. Les violences sexuelles systématiques utilisées comme arme de guerre. Le recrutement forcé d’enfants soldats. Tout est documenté. Rien n’est puni.
Aucun commandant des RSF n’a été arrêté. Aucun général n’a été traduit en justice. Les mandats d’arrêt de la CPI contre l’ancien président Omar el-Béchir pour le Darfour n’ont jamais été exécutés, vingt ans après les faits. La Cour pénale internationale a ouvert une enquête formelle, mais la justice pour les victimes de Shukeiri, si elle arrive un jour, arrivera trop tard. Trop tard pour les dix-sept morts. Trop tard pour les familles brisées.
L’impunité est le terreau de la barbarie. Quand les criminels de guerre savent qu’ils ne seront jamais jugés, pourquoi s’arrêteraient-ils ? L’impunité n’est pas un manquement de la justice internationale. C’est un message envoyé aux bourreaux du monde entier. Continuez. Personne ne viendra vous chercher.
L’embargo sur les armes, cette fiction juridique
Un embargo sur les armes existe théoriquement au Soudan. Il est aussi efficace qu’une passoire pour retenir l’eau. Les rapports des experts de l’ONU documentent des violations systématiques. Les drones utilisés par les RSF ne sont pas fabriqués au Soudan. Ils viennent de quelque part. Quelqu’un les a vendus. Quelqu’un les a livrés. Quelqu’un a encaissé le chèque. Tracer les armes signifie nommer les fournisseurs. Et nommer les fournisseurs signifie embarrasser des alliés.
Le rôle trouble des puissances qui alimentent le conflit
Les parrains de l’ombre derrière la guerre soudanaise
La guerre civile soudanaise est alimentée par des puissances régionales et internationales qui poursuivent leurs propres intérêts. Les Émirats arabes unis ont été accusés de soutenir les RSF, en échange d’un accès aux ressources aurifères. L’Égypte soutient l’armée régulière, craignant la déstabilisation de sa frontière sud. La Russie, à travers le réseau Wagner, maintient une présence intéressée par les mines d’or et les possibilités d’implantation sur la mer Rouge.
Chaque puissance extérieure a un intérêt dans la continuation du chaos. Les écolières de Shukeiri n’ont pas été tuées par un hasard de la guerre. Elles ont été tuées par un système. Un système dans lequel des puissances étrangères arment des milices, des milices frappent des civils, des civils meurent dans l’indifférence. Chaque drone qui frappe une école porte la signature de ceux qui l’ont fabriqué, vendu, et de ceux qui ont fermé les yeux sur sa destination finale.
Le cynisme de la géopolitique atteint ici son paroxysme. Des puissances qui se présentent comme des champions de la paix arment les bourreaux d’un peuple entier. Des gouvernements qui siègent au Conseil de sécurité de l’ONU alimentent en coulisses une guerre qui produit la pire crise humanitaire au monde. Et personne ne dit rien. Parce que l’or soudanais vaut plus que le sang soudanais.
Le droit international piétiné sans conséquence
Frapper une école est un crime de guerre. Cibler des civils est un crime de guerre. Attaquer des installations médicales est un crime de guerre. Les conventions de Genève de 1949 constituent le cadre juridique censé protéger les civils en temps de conflit armé. Mais au Soudan, ces textes sont des mots sur du papier. Des promesses que personne ne tient. Le principe de la responsabilité de protéger, adopté en 2005, a échoué. Spectaculairement. Totalement.
Les voix soudanaises qui refusent le silence
Les médecins et les activistes en première ligne
Dans l’obscurité de cette crise, il y a des lumières. Le Réseau des médecins soudanais documente chaque attaque, chaque victime, avec une rigueur et un courage qui forcent le respect. La Dr Razan Al-Mahdi et le Dr Musa al-Majeri sont les visages d’une résistance civile qui refuse de mourir. Ils parlent quand le silence serait plus sûr. Ils documentent quand l’oubli serait plus facile. Ce sont eux, les vrais héros de cette guerre.
Les enseignants qui retournent dans les écoles malgré les drones. Les médecins qui opèrent dans des blocs chirurgicaux sans électricité. Les familles qui continuent d’envoyer leurs enfants apprendre. Chaque acte de normalité dans ce chaos est un acte de résistance. Chaque cours donné est une victoire contre ceux qui veulent réduire le Soudan au silence.
Je veux que les noms du Dr Razan Al-Mahdi et du Dr Musa al-Majeri soient connus. Je veux qu’on sache que pendant que le monde regardait ailleurs, ces hommes et ces femmes faisaient le travail que la communauté internationale refuse de faire. Protéger les Soudanais. Documenter les crimes. Maintenir en vie la flamme de la vérité dans un pays où la vérité est la première victime.
La diaspora soudanaise entre rage et impuissance
À travers le monde, la diaspora soudanaise hurle dans le vide. Des manifestations devant les ambassades. Des pétitions qui récoltent des signatures mais pas d’actions. L’algorithme des réseaux sociaux favorise le spectaculaire, le polarisant. Et la souffrance soudanaise, dans sa répétition quotidienne, n’est plus assez spectaculaire pour percer le mur de l’indifférence numérique.
La comparaison qui dérange entre les guerres couvertes et les guerres ignorées
Le deux poids deux mesures de la compassion internationale
Quand l’Ukraine a été envahie en février 2022, le monde a réagi en quelques heures. Sanctions massives. Aide militaire de plusieurs milliards. Couverture médiatique permanente. Accueil des réfugiés à bras ouverts. Au Soudan, la réponse internationale a été un murmure. Un financement humanitaire chroniquement insuffisant. Et surtout, un silence médiatique qui parle plus fort que tous les communiqués.
La différence de traitement reflète une réalité inconfortable. Toutes les vies ne pèsent pas le même poids sur la balance de la géopolitique. Et les vies soudanaises pèsent terriblement léger. La couverture médiatique est le miroir de nos priorités collectives. Un attentat à Paris domine les titres pendant des semaines. Un massacre au Soudan obtient un entrefilet en page quinze.
Je ne compare pas les souffrances. Je compare les réponses. Et la différence entre la réponse à la guerre en Ukraine et la réponse à la guerre au Soudan dit quelque chose de profondément troublant sur notre humanité collective. Que le monde ne protège pas tout le monde de la même façon. Les écolières de Shukeiri, si elles avaient survécu, l’auraient compris instinctivement.
Quand la géographie détermine la valeur d’une vie humaine
Quand un peuple est invisible, sa souffrance l’est aussi. Quand un conflit n’est pas couvert, ses victimes n’existent pas dans la conscience collective. Les écolières de Shukeiri n’auront pas de hashtag viral. Pas de bandeau noir sur les photos de profil. Pas de minute de silence dans les parlements du monde. Elles auront un entrefilet. Et l’oubli.
Ce que le monde doit faire et ce qu'il ne fera probablement pas
Les actions concrètes que personne ne prendra
La liste des mesures qui pourraient faire une différence est connue. Renforcer l’embargo sur les armes. Imposer des sanctions ciblées. Financer intégralement les appels humanitaires. Soutenir la CPI. Exercer une pression diplomatique réelle sur les puissances régionales qui alimentent le conflit. Chacune de ces mesures est faisable. Aucune ne nécessite une intervention militaire. Aucune ne sera prise.
Je sais que cet article ne changera rien. Je sais que demain, un autre drone frappera une autre école. Et je sais que le monde continuera de regarder ailleurs. Mais écrire est tout ce que je peux faire. Nommer les morts est tout ce que je peux faire. Refuser le silence est tout ce que je peux faire. Et je refuse.
L’espoir fragile qui subsiste malgré tout
Et pourtant. Il faut croire que quelque chose peut changer. Parce que les médecins soudanais continuent de soigner. Parce que les enseignants continuent d’enseigner. Parce que les familles continuent d’envoyer leurs enfants à l’école. Et si eux, qui vivent sous les drones, refusent de baisser les bras, nous qui vivons dans le confort de nos démocraties n’avons aucune excuse pour baisser les nôtres.
Le Soudan ne demande pas la charité. Il demande la justice. Il demande que le droit international ne soit pas une fiction. Que les enfants qui vont à l’école puissent en revenir vivants. C’est une demande si élémentairement humaine qu’il est vertigineux de constater qu’elle reste sans réponse.
Les dix-sept vies de Shukeiri et le poids du silence qui les écrase
Un dernier regard sur ce que nous avons choisi de ne pas voir
Dix-sept. Un chiffre. Un petit chiffre dans la comptabilité macabre d’une guerre qui a fauché des centaines de milliers de vies. Mais derrière ce chiffre, il y avait des écolières qui révisaient leurs leçons. Des enseignantes qui corrigeaient des copies. Une soignante qui pansait des plaies. Des êtres humains complets, avec des souvenirs et des espoirs. Le drone n’a pas fait de distinction. Le drone ne fait jamais de distinction.
Le Soudan continuera de mourir dans le silence. Les drones continueront de frapper. Et les écolières de Shukeiri rejoindront la liste interminable des victimes oubliées. Cette guerre ne finira pas parce que la communauté internationale aura agi. Elle finira quand il n’y aura plus rien à détruire. Et alors, le monde dira qu’il ne savait pas. Comme toujours.
Si c’était nos enfants dans cette école, si c’étaient nos filles sous ce drone, si c’était notre village qui brûlait — est-ce que le monde regarderait encore ailleurs ? La réponse, nous la connaissons tous. Et c’est cette réponse, plus que le drone lui-même, qui devrait nous empêcher de dormir.
Le monde devra un jour rendre des comptes
L’histoire juge. Ceux qui ont regardé le Rwanda brûler en 1994 portent encore cette honte. Ceux qui ont laissé Srebrenica tomber en 1995 n’ont jamais effacé cette tache. Le Soudan sera notre test. Notre miroir. Parce que nous savions. Les rapports étaient là. Les dix-sept morts de Shukeiri étaient là, dans les dépêches, dans les coins sombres de nos fils d’actualité que nous avons fait défiler sans nous arrêter. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous pourrons seulement dire que nous n’avons pas voulu savoir. Et cela, l’histoire ne le pardonnera pas.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
At least 17 killed after drone strikes school in Sudan — The Guardian, 13 mars 2026
Students among 17 dead in RSF drone attack in Sudan’s White Nile State — Al Jazeera, 12 mars 2026
Sources secondaires
Young girls among the dead in drone strike that kills at least 17 in Sudan — CBC News, 12 mars 2026
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