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ESSAI : Pourquoi Poutine croit pouvoir gagner sa guerre civilisationnelle contre l’Occident
Crédit: Adobe Stock

Premier pilier : la restauration impériale

Le premier objectif stratégique de Poutine est la reconstitution du russkiy mir — le « monde russe » — sous domination de Moscou. Ce concept, emprunté au vocabulaire nationaliste du XIXe siècle et réactivé par les idéologues du Kremlin, postule que partout où des Russes vivent, partout où le russe est parlé, partout où l’Église orthodoxe est implantée, la Russie a un droit légitime d’intervention. L’Ukraine est le coeur de ce projet. Pas parce qu’elle possède des ressources stratégiques, même si elle en possède. Pas parce qu’elle constitue une menace militaire, car elle n’en constituait aucune avant d’être attaquée. Mais parce que l’existence même d’une Ukraine indépendante, démocratique et tournée vers l’Europe est la réfutation vivante de la thèse impériale.

La Biélorussie de Loukachenko est déjà, de facto, un protectorat russe. Le Kazakhstan, malgré les velléités d’indépendance de Tokaïev, reste sous l’ombre du Kremlin. La Géorgie, dont vingt pour cent du territoire est occupé par la Russie depuis 2008, est un avertissement permanent pour les petits pays qui osent défier Moscou. Le russkiy mir n’est pas un slogan. C’est un programme d’annexion progressive, de subjugation politique et de destruction de toute alternative au modèle russe dans l’espace post-soviétique. L’Ukraine est le champ de bataille principal. Mais elle n’est pas le seul.


Le russkiy mir est l’une de ces idées qui semblent poétiques de loin et meurtrières de près. Un « monde russe » qui ne tolère aucune diversité en son sein n’est pas un monde. C’est une prison dont les murs sont tracés par la langue et gardés par les missiles.

Deuxième pilier : la fracture de l’OTAN

Le deuxième objectif stratégique de Poutine est de « miner et ultimement fracturer l’OTAN en démontrant son incapacité à fournir une dissuasion efficace ». Cette phrase, tirée des analyses des stratèges occidentaux qui étudient la doctrine du Kremlin, résume avec une précision glaçante la logique russe. Poutine ne cherche pas à vaincre l’OTAN militairement. Il sait qu’il ne le peut pas. Il cherche à la rendre inutile. À démontrer que l’article 5 — l’engagement de défense collective — est une promesse creuse que les Occidentaux ne tiendront pas quand le prix à payer sera réel. Chaque hésitation européenne à livrer des armes à l’Ukraine. Chaque délai dans l’envoi de systèmes de défense aérienne. Chaque déclaration ambiguë sur les « lignes rouges » renforce la conviction de Poutine que l’Occident n’a pas le courage de ses engagements.

Et pourtant, l’invasion de l’Ukraine a produit l’effet inverse de celui escompté. L’OTAN n’a pas fracturé. Elle s’est élargie. La Finlande et la Suède, neutres depuis des décennies, ont rejoint l’Alliance. Les budgets de défense augmentent partout. La présence militaire américaine en Europe s’est renforcée. Poutine a obtenu exactement le contraire de ce qu’il cherchait. Mais dans sa logique, cet échec n’est que temporaire. Il mise sur le temps long. Sur la fatigue des démocraties. Sur les cycles électoraux qui changent les gouvernements et les priorités. Sur le fait que les Occidentaux, finalement, préfèreront le confort de la paix à l’inconfort de la confrontation. C’est un pari. Mais c’est un pari que l’histoire, vue de Moscou, semble justifier.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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