De la chute du Shah à l’exil permanent
Pour ceux qui ne connaissent pas Reza Pahlavi, voici l’histoire en quelques lignes — et chaque ligne est une cicatrice. Son père, Mohammad Reza Shah, a régné sur l’Iran pendant 37 ans avant d’être renversé par la révolution islamique de 1979. Le jeune Reza avait 18 ans. Il faisait ses études de pilote de chasse aux États-Unis quand le monde de son enfance s’est effondré en quelques semaines.
Pahlavi n’est pas un révolutionnaire au sens classique du terme. Il ne dirige pas d’armée, ne commande pas de milice, ne finance pas de guérilla. Ce qu’il fait est à la fois plus subtil et plus redoutable : il incarne. Il incarne l’idée qu’un autre Iran est possible — un Iran séculier, démocratique, ouvert sur le monde. Un Iran qui ne fournirait pas de drones à la Russie pour bombarder des immeubles résidentiels à Kharkiv.
Il y a quelque chose de profondément poignant dans le parcours de Pahlavi. Un homme qui a perdu son pays à 18 ans et qui, près d’un demi-siècle plus tard, continue de se battre pour l’idée de ce pays. C’est soit de la folie, soit de la foi. Peut-être les deux.
Le symbole que le régime des mollahs craint le plus
Ce que les analystes occidentaux sous-estiment systématiquement, c’est la puissance symbolique de Pahlavi à l’intérieur de l’Iran. Lors des manifestations de 2022 — celles déclenchées par la mort de Mahsa Amini —, son nom était scandé dans les rues. Pas parce que les jeunes Iraniens rêvent de monarchie. Mais parce qu’il représente tout ce que le régime a détruit : la modernité, la liberté individuelle, l’ouverture culturelle, le droit des femmes.
Le prince en exil a remercié l’Ukraine pour avoir désigné le Corps des Gardiens de la Révolution islamique comme organisation terroriste. Ce n’est pas un détail diplomatique. C’est un acte politique majeur qui dit clairement au régime de Téhéran : vous êtes du côté de la Russie, et nous sommes du côté de votre peuple. La distinction est nette, tranchée, sans appel.
L'Ukraine et l'Iran, une relation empoisonnée par les drones
Les Shahed, arme de destruction massive de la Russie en Ukraine
Pour comprendre la profondeur de cette alliance naissante, il faut d’abord comprendre ce que l’Iran a fait à l’Ukraine. Depuis l’automne 2022, le régime de Téhéran fournit à la Russie des drones Shahed-136 — ces engins kamikazes bon marché qui volent à basse altitude en émettant un bourdonnement sinistre que les Ukrainiens ont surnommé le bruit des tondeuses à gazon de la mort. Des milliers ont été tirés sur des infrastructures civiles, des centrales électriques, des hôpitaux, des immeubles d’habitation.
Cette coopération russo-iranienne est, selon les mots mêmes de Zelensky lors de la rencontre de Munich, « une menace réelle non seulement pour l’Ukraine, mais pour la région tout entière ». Et il ne s’agit pas de rhétorique diplomatique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Ukraine a intercepté plus de 105 200 cibles aériennes rien qu’en février 2026 — un record absolu qui démontre l’intensité des attaques et l’expertise unique que Kyiv a développée dans la guerre des drones.
L’ironie est si épaisse qu’on pourrait la découper au couteau. Le pays que l’Iran a aidé à bombarder est devenu le pays que le monde appelle pour se protéger des bombes iraniennes. L’histoire a parfois un sens de l’humour d’une cruauté remarquable.
La convergence d’intérêts qui a rendu l’impensable possible
Alors quand Zelensky rencontre Pahlavi, ce n’est pas de la diplomatie de salon. C’est de la realpolitik à l’état pur. L’Ukraine veut un Iran qui cesse de fournir des armes à la Russie. Pahlavi veut un Iran libre de la théocratie. Les deux objectifs convergent vers un même point : la chute du régime des mollahs.
Les assurances claires de Pahlavi concernant le soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine ne sont pas anodines non plus.
Munich, février 2026, la première poignée de main
Dans les coulisses de la conférence de sécurité
Remontons un mois en arrière. Le 13 février 2026, la 62e Conférence de sécurité de Munich bat son plein. Près de mille représentants de 120 pays, une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement — le gratin de la géopolitique mondiale rassemblé dans un hôtel bavarois pour parler de tout sauf de l’essentiel. Et pourtant, dans les marges de cet événement surcodé, Zelensky a choisi de consacrer du temps à Pahlavi. Pas à un président du G7.
Lors de cette première rencontre, les deux hommes ont discuté de la situation intérieure de l’Iran, des besoins du peuple iranien, du renforcement des sanctions contre le régime théocratique et contre « d’autres régimes dictatoriaux ». Zelensky a exprimé ses condoléances aux victimes du régime iranien et déclaré : « Il est vital de faire tous les efforts possibles pour protéger des vies humaines. L’Ukraine est prête à aider de son côté.
C’est peut-être là le retournement le plus spectaculaire de cette décennie. L’Ukraine, que le monde entier a appris à voir comme une victime, se transforme sous nos yeux en acteur stratégique de premier plan. Le pays qui appelle à l’aide est devenu le pays qu’on appelle à l’aide.
Les fondations d’un partenariat stratégique
À Munich, les bases ont été posées. La coopération russo-iranienne dans le domaine des drones a été longuement discutée — non pas comme un simple enjeu bilatéral, mais comme une menace systémique pour l’ordre mondial.
La décision de l’Ukraine de classer le CGRI comme organisation terroriste — une décision que Pahlavi a spécifiquement remerciée — s’inscrit dans cette logique. Ce n’est pas un geste symbolique. C’est un acte qui a des conséquences juridiques, des implications diplomatiques, des ramifications financières. Il isole davantage le régime, il légitime l’opposition en exil, et il envoie un signal clair aux pays qui continuent de ménager Téhéran : le temps de l’ambiguïté est révolu.
Paris, mars 2026, quand l'alliance se concrétise
Les signaux de l’intérieur de l’Iran
Un mois plus tard, à Paris, le ton a changé. Ce n’est plus une rencontre exploratoire. C’est une réunion de travail. Pahlavi et son équipe ont briefé Zelensky sur les signaux reçus de l’intérieur de l’Iran. Ces signaux — dont la nature exacte n’a pas été divulguée — suggèrent que le régime est plus fragile qu’il ne le laisse paraître. Les frappes américano-israéliennes qui ont commencé le 28 février n’ont pas seulement détruit des installations militaires.
Zelensky a déclaré après la rencontre : « La hiérarchie du régime a effectivement déjà subi des pertes significatives, et il est crucial que le régime iranien ne gagne rien de tout cela. » Cette phrase est un concentré de stratégie. Elle dit trois choses en une seule respiration. Premièrement : le régime est affaibli. Deuxièmement : il ne faut pas lui laisser le temps de se relever.
Il y a dans les mots de Zelensky une urgence qui me rappelle ce que disaient les dissidents d’Europe de l’Est dans les années 1980. Le mur peut tomber, mais seulement si on pousse. Seulement si on pousse maintenant. Pas demain.
L’opération américaine vue depuis Kyiv
L’opération militaire américaine contre l’Iran, lancée le 28 février 2026, est vue depuis Kyiv avec un mélange d’espoir et d’angoisse. D’un côté, l’affaiblissement du régime iranien signifie potentiellement la fin de l’approvisionnement en drones Shahed pour la Russie — une perspective qui pourrait changer radicalement l’équation militaire sur le front ukrainien. De l’autre, cette guerre au Moyen-Orient détourne l’attention mondiale, les ressources militaires et les munitions — notamment les précieux intercepteurs Patriot PAC-3 — loin de l’Ukraine.
La rencontre de Paris s’inscrit aussi dans un contexte où plus de dix pays ont demandé l’aide de l’Ukraine pour contrer les drones iraniens. Des experts ukrainiens ont été envoyés en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis. L’Ukraine, pays en guerre, se retrouve paradoxalement en position de fournisseur de sécurité pour des monarchies pétrolières parmi les plus riches du monde. Et cette position donne à Zelensky un levier diplomatique qu’il n’avait pas il y a six mois.
Le régime des mollahs entre le marteau et l'enclume
Les frappes qui ont tout changé
Depuis le 2 mars 2026, jour où les premières bombes américaines et israéliennes ont frappé le sol iranien, le régime de Téhéran vit ce que les stratèges appellent une guerre existentielle. Les installations nucléaires ont été ciblées. Les centres de commandement du CGRI ont été frappés. Les capacités de défense aérienne du pays ont été systématiquement dégradées. Et pendant que les bombes pleuvent sur l’Iran, le régime découvre qu’il est seul.
Et c’est dans ce vide que Pahlavi s’engouffre. Pas avec des armes — avec des idées, des réseaux, des contacts. Son équipe reçoit des signaux de l’intérieur du pays. Des officiers, des bureaucrates, des technocrates qui voient le régime vaciller et cherchent une alternative. Pahlavi leur offre cette alternative : un Iran séculier, une monarchie constitutionnelle ou une république démocratique — le choix reviendrait au peuple iranien, insiste-t-il.
On ne mesure pas encore ce que cette rencontre signifie pour les millions d’Iraniens qui vivent sous la botte des mollahs. Pour eux, voir un chef d’État en exercice traiter Pahlavi comme un interlocuteur légitime, c’est recevoir un message d’espoir dans un océan de désespoir.
La diaspora iranienne entre en jeu
La diaspora iranienne — estimée à cinq à sept millions de personnes dispersées entre les États-Unis, l’Europe, le Canada et l’Australie — observe ces développements avec une attention fiévreuse. Pour beaucoup d’entre eux, Pahlavi représente un pont entre le passé qu’ils ont connu (ou que leurs parents ont connu) et un avenir qu’ils espèrent. Sa rencontre avec Zelensky transforme cet espoir en quelque chose de tangible, de concret, de stratégiquement viable.
Et pourtant, tout n’est pas rose dans cette alliance naissante. Les sceptiques — et ils sont nombreux — soulignent que Pahlavi n’a aucune base populaire vérifiable à l’intérieur de l’Iran, que la monarchie Pahlavi a laissé un souvenir contrasté (la SAVAK, la police secrète de son père, reste une cicatrice dans la mémoire collective iranienne), et que l’idée d’un prince en exil revenant au pouvoir relève davantage du conte de fées que de la realpolitik. Ces critiques ont du mérite.
Zelensky, stratège de la disruption diplomatique
Comment un président en guerre réinvente la diplomatie
Zelensky ne joue pas selon les règles traditionnelles de la diplomatie. Il ne l’a jamais fait. L’ancien comédien devenu président a compris quelque chose que les diplomates de carrière mettent une vie à saisir : dans un monde en crise, les règles du jeu changent tous les jours, et celui qui s’accroche aux vieilles règles perd.
C’est une stratégie multidimensionnelle qui utilise chaque levier disponible. L’expertise ukrainienne en matière de défense anti-drones est un levier. La relation avec Pahlavi est un autre levier. La présence d’experts ukrainiens dans les pays du Golfe est un troisième levier. Et chaque levier renforce les autres dans un cercle vertueux de légitimité et d’influence qui transforme l’Ukraine d’un pays en quête de survie en un acteur de la transformation géopolitique mondiale. C’est audacieux. C’est risqué.
Je me demande parfois ce que pensent les diplomates de carrière en regardant Zelensky réinventer leur métier en temps réel. Probablement la même chose que les chauffeurs de taxi ont pensé en voyant arriver Uber. Sauf que l’enjeu ici n’est pas le prix d’une course — c’est l’avenir de deux peuples.
L’Ukraine se positionne pour l’après-guerre
Ce que fait Zelensky avec Pahlavi s’inscrit dans une vision à long terme que peu de gens perçoivent. L’Ukraine ne se bat pas seulement pour survivre. Elle se bat pour définir sa place dans le monde d’après. Et dans ce monde d’après, un Iran démocratique qui coupe ses liens avec la Russie changerait radicalement l’équation stratégique en faveur de Kyiv. Plus de drones Shahed dans le ciel ukrainien. Plus de coopération militaire entre Moscou et Téhéran.
Et ces calculs sont soutenus par des faits concrets. L’Ukraine a développé l’une des capacités anti-drones les plus avancées au monde, forgée dans le feu de quatre ans de guerre contre les Shahed russes construits sur technologie iranienne. Cette expertise a une valeur marchande et une valeur stratégique immenses. Les pays du Golfe l’ont compris avant les États-Unis.
Le rôle trouble de Washington dans cette équation
Trump entre soutien tiède et snob diplomatique
Il y a une absurdité presque comique dans la position de Washington vis-à-vis de cette alliance Zelensky-Pahlavi. L’administration Trump mène une guerre contre l’Iran, un pays dont le régime arme la Russie qui combat l’Ukraine. Logiquement, Washington et Kyiv devraient être les alliés les plus naturels de cette configuration. Et pourtant, Trump a rejeté l’offre ukrainienne de technologie anti-drone lors d’une réunion à la Maison-Blanche en août 2025.
Ce fiasco stratégique — qualifié par deux officiels américains comme « l’une des plus grandes erreurs tactiques de l’administration depuis le début du bombardement de l’Iran » — illustre parfaitement le paradoxe dans lequel se trouve Zelensky. Il se bat contre un ennemi armé par un pays que son principal allié est en train de bombarder, mais ce principal allié refuse son aide tout en ayant besoin de cette aide.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans le spectacle d’un président américain qui bombarde l’Iran tout en refusant l’expertise du pays qui a le plus souffert des drones iraniens. C’est comme refuser le conseil du pompier pendant qu’on regarde sa maison brûler.
Le double standard qui mine la crédibilité américaine
Le double standard américain dans cette crise est devenu un sujet de discussion dans toutes les capitales. Washington exige que le monde entier se mobilise contre les drones iraniens, mais dédaigne l’aide du pays qui connaît le mieux ces drones. Washington bombarde le régime que Pahlavi veut remplacer, mais ne donne à Pahlavi aucune place officielle dans la planification de l’après.
Pendant les deux premières années de la guerre, Kyiv dépendait presque entièrement du soutien occidental pour sa survie. Mais quatre ans de conflit ont transformé l’Ukraine en une puissance militaire de facto, avec une industrie de défense innovante, une expertise opérationnelle sans équivalent, et une crédibilité internationale forgée dans le sang et les ruines.
L'Iran d'après, le grand pari de deux visionnaires
Ce que pourrait être un Iran libre
Imaginons un instant ce que serait un Iran libéré de la théocratie. Un pays de 90 millions d’habitants, doté de ressources pétrolières et gazières colossales, d’une population jeune et éduquée, d’une tradition culturelle millénaire, et d’une diaspora qui possède une expertise technologique, financière et entrepreneuriale de classe mondiale. Un pays qui, au lieu d’exporter des drones de combat et du terrorisme, pourrait devenir un moteur de croissance pour toute la région.
Pour l’Ukraine, un Iran démocratique représenterait un changement de paradigme stratégique. Plus de transfert de technologie drone vers Moscou. Plus de pétrole iranien alimentant la machine de guerre russe par des voies détournées. Et surtout, un allié de poids dans les chancelleries occidentales qui reconnaîtrait l’intégrité territoriale de l’Ukraine et soutiendrait sa reconstruction. Les assurances de Pahlavi à Zelensky sur ce point sont explicites et sans ambiguïté.
On peut sourire devant tant d’optimisme. On peut taxer ces deux hommes de rêveurs. Mais je me souviens que le mur de Berlin était jugé éternel le 8 novembre 1989. Le lendemain, il n’existait plus. L’histoire n’avance pas au rythme des sceptiques — elle avance au rythme de ceux qui osent.
Les obstacles sur la route de la transformation
La route vers un Iran libre est semée d’obstacles que ni Zelensky ni Pahlavi ne sous-estiment. Le régime des mollahs, même affaibli, dispose encore d’un appareil répressif redoutable. Les Gardiens de la Révolution contrôlent des pans entiers de l’économie iranienne — estimés à 40 % du PIB — et n’abandonneront pas leurs privilèges sans combattre. La Russie, malgré ses propres difficultés, fera tout pour maintenir un régime ami à Téhéran, ne serait-ce que pour conserver son approvisionnement en drones.
Mais les obstacles ne sont pas des impossibilités. Et c’est précisément la leçon que l’Ukraine enseigne au monde depuis février 2022. On lui disait que Kyiv tomberait en 72 heures. On lui disait que la Russie était invincible. On lui disait que la résistance était futile. Et pourtant — et pourtant — l’Ukraine est toujours debout, quatre ans plus tard, plus forte et plus résolue que jamais.
Les implications pour la Russie de Poutine
Moscou perd un allié stratégique
Si le régime iranien tombe — ou même s’il est significativement affaibli —, les conséquences pour la Russie seraient catastrophiques. L’Iran est le principal fournisseur de drones d’attaque de l’armée russe en Ukraine. La licence de production des Shahed, transférée à Moscou, a permis à la Russie de produire localement ces engins, mais la technologie, les composants critiques et l’expertise continuent de venir de Téhéran.
Au-delà des drones, la Russie utilise l’Iran comme un canal de contournement des sanctions. Le pétrole iranien, mélangé au pétrole russe dans la « flotte fantôme » de pétroliers qui sillonnent les océans sous de faux pavillons, alimente un système de fraude financière massive qui permet à Moscou de continuer à financer sa guerre. Un changement de régime à Téhéran fermerait ce canal. Il isolerait davantage Poutine.
Chaque Shahed qui s’écrase sur un immeuble ukrainien porte en lui le sceau du régime iranien. Si ce régime tombe, ce ne sont pas seulement les mollahs qui perdent — c’est Poutine qui perd son arsenal low-cost. Et ça, Zelensky l’a compris mieux que quiconque.
L’effet domino que Moscou redoute
Mais l’enjeu dépasse les drones et le pétrole. Un Iran démocratique créerait un effet domino que Moscou redoute plus que tout. Si le peuple iranien peut se libérer d’une théocratie vieille de 47 ans, qu’est-ce qui empêche le peuple russe de se libérer d’une autocratie qui l’opprime depuis des décennies ? C’est la même question qui hantait le Kremlin lors des révolutions de couleur en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizistan.
La Russie a toujours considéré l’Iran comme un allié fiable dans sa confrontation avec l’Occident. Ensemble, ils ont soutenu Assad en Syrie. Ensemble, ils ont défié les sanctions internationales. Ensemble, ils ont construit un axe de résistance qui, pendant des années, a semblé imprenable. Mais cet axe se fissure. Assad est tombé. L’Iran est sous les bombes. Et la Russie est enlisée dans une guerre qu’elle ne peut ni gagner ni perdre.
La dimension humaine de cette rencontre
Deux hommes, deux exils, un même combat
Au-delà de la géopolitique, il y a une dimension humaine dans cette rencontre qui mérite qu’on s’y attarde. Zelensky et Pahlavi sont, chacun à leur manière, des hommes qui vivent en état de siège permanent. Zelensky gouverne un pays sous les bombes, se déplace sous protection maximale, dort dans des bunkers, et porte sur ses épaules la responsabilité de 40 millions de vies.
Lors de la rencontre de Munich, Zelensky a exprimé ses condoléances aux victimes du régime iranien. Ce n’était pas de la diplomatie de routine. C’était un homme qui voit ses propres citoyens mourir chaque jour sous les bombes qui dit à un autre homme : je comprends votre douleur. Je la partage. Et je suis prêt à agir. Il a ajouté : « Il est vital de faire tous les efforts possibles pour protéger des vies humaines.
Dans une époque où les dirigeants calculent chaque mot, chaque geste, chaque poignée de main en fonction de son retour sur investissement politique, il y a quelque chose de rafraîchissant dans la simplicité de ce message : nous comprenons votre combat, parce que c’est aussi le nôtre.
L’émotion derrière la stratégie
On aurait tort de réduire cette alliance à un simple calcul géostratégique. Il y a de l’émotion dans cette rencontre. L’émotion d’un Pahlavi qui, pour la première fois depuis des décennies, voit un chef d’État en exercice le traiter comme un partenaire légitime, pas comme un vestige pittoresque de l’histoire. L’émotion d’un Zelensky qui retrouve dans le regard de Pahlavi la même détermination qu’il porte en lui depuis le 24 février 2022.
Et il y a aussi la gratitude. Pahlavi a remercié l’Ukraine pour avoir classé le CGRI comme organisation terroriste. Ce remerciement n’est pas une formalité. Il reconnaît que l’Ukraine, malgré sa propre guerre, a eu le courage de prendre position sur un sujet qui ne la concernait pas directement — un sujet que de nombreux pays occidentaux évitent soigneusement par peur de complications diplomatiques. Cette prise de position a un prix politique.
Les scénarios possibles pour l'avenir
Si le régime tombe dans les prochains mois
Premier scénario : les frappes américano-israéliennes combinées à la pression interne provoquent l’effondrement du régime des mollahs dans les prochains mois. Dans ce cas, l’alliance Zelensky-Pahlavi se retrouverait en position de force. L’Ukraine serait un des premiers pays à reconnaître le nouveau gouvernement — quel qu’il soit — et à proposer des partenariats stratégiques. Les transferts de drones vers la Russie cesseraient immédiatement. Les prix du pétrole se stabiliseraient, réduisant les revenus de Moscou.
Deuxième scénario : le régime survit, affaibli mais intact. Dans ce cas, l’alliance Zelensky-Pahlavi deviendrait un outil de pression à long terme, un rappel permanent que l’alternative existe et qu’elle a des appuis internationaux. Ce scénario serait plus difficile pour l’Ukraine, car les drones continueraient d’arriver en Russie, mais la relation construite avec Pahlavi resterait un actif diplomatique précieux pour l’avenir.
Quel que soit le scénario qui se matérialise, une chose est certaine : la rencontre de Paris a ouvert une porte que personne ne pourra refermer. L’alliance entre un président en guerre et un prince en exil est désormais un fait politique — et les faits politiques ont la tenacité des étoiles.
Les risques d’une instrumentalisation
Troisième scénario, le plus dangereux : l’alliance est instrumentalisée par des acteurs tiers. Les États-Unis pourraient tenter de récupérer Pahlavi comme une marionnette dans un changement de régime imposé, reproduisant les erreurs de l’Irak en 2003. La Russie pourrait utiliser la rencontre pour alimenter sa propagande — « l’Ukraine complote avec l’impérialisme américain pour renverser des gouvernements souverains ». Et les factions internes de l’opposition iranienne, divisées et souvent rivales, pourraient voir dans Pahlavi un obstacle plutôt qu’un pont.
L’histoire nous enseigne que les alliances les plus transformatrices sont souvent celles qui semblent les plus improbables au moment de leur formation. Qui aurait cru, en 1940, que les États-Unis et l’Union soviétique deviendraient alliés contre le nazisme ?
Ce que cette rencontre dit de notre époque
Un monde où les outsiders mènent le jeu
Il y a une leçon plus large dans cette rencontre entre Zelensky et Pahlavi. Elle dit quelque chose de profond sur l’époque que nous vivons. Un monde où les institutions traditionnelles — l’ONU, l’OTAN, le G7 — peinent à répondre aux crises avec la vitesse et la détermination nécessaires. Un monde où les grandes puissances calculent, temporisent et tergiversent pendant que les peuples souffrent et meurent. Dans ce monde-là, ce sont les outsiders qui prennent les devants.
Cette rencontre révèle aussi la faillite d’un certain ordre international fondé sur la stabilité des régimes plutôt que sur la liberté des peuples. Pendant des décennies, l’Occident a toléré la théocratie iranienne au nom de la stabilité régionale, fermant les yeux sur les exécutions, les tortures, la répression des femmes, le financement du terrorisme. L’Ukraine, qui paie aujourd’hui le prix de cette complaisance sous forme de drones Shahed dans son ciel, a décidé qu’elle ne jouerait plus ce jeu.
Nous vivons dans une époque où les leaders les plus courageux ne sont pas ceux qui siègent dans les palais — ce sont ceux qui se battent depuis les ruines et les salons d’exil. Si ce n’est pas le signe d’un changement d’ère, je ne sais pas ce que c’est.
La géopolitique des peuples contre la géopolitique des régimes
L’alliance Zelensky-Pahlavi incarne une nouvelle forme de géopolitique — celle des peuples contre celle des régimes. Dans l’ancien monde, les alliances se faisaient entre États, entre gouvernements, entre appareils de pouvoir. Dans le monde qui émerge, les alliances se font entre mouvements de libération, entre peuples en lutte, entre visions partagées d’un avenir meilleur. Le peuple ukrainien et le peuple iranien n’ont pas les mêmes langues, les mêmes cultures, les mêmes traditions.
C’est cette conviction qui anime la rencontre de Paris. C’est cette conviction qui a poussé Zelensky à traverser l’Europe pour serrer la main d’un prince sans trône. Et c’est cette conviction qui, peut-être, finira par triompher de la géopolitique des régimes — cette géopolitique froide, calculatrice, cynique qui a dominé le XXe siècle et qui, en ce XXIe siècle naissant, montre enfin ses limites.
Le message envoyé aux dictateurs du monde
Un avertissement qui résonne de Téhéran à Moscou
Il y a un message que cette rencontre envoie à tous les dictateurs du monde, et ce message est simple : vos jours sont comptés. Pas nécessairement demain, pas nécessairement l’année prochaine — mais un jour, les peuples que vous opprimez trouveront des alliés, des stratèges, des partenaires qui les aideront à se libérer. L’Ukraine a trouvé les siens en 2022 — l’Europe, les États-Unis, le monde libre.
Ce message résonne au-delà de Téhéran et de Moscou. Il résonne à Minsk, où Loukachenko règne par la terreur. Il résonne à Pyongyang, où Kim Jong-un envoie ses soldats mourir en Ukraine pour gagner les faveurs de Poutine. Il résonne dans toutes les capitales où des régimes autoritaires observent avec inquiétude la fragilisation de l’axe russo-iranien. Parce que si cet axe tombe, le message sera clair comme le cristal : aucune dictature n’est éternelle. Aucun mur n’est indestructible.
Quand deux hommes se serrent la main à Paris et que des dictateurs tremblent à Téhéran et à Moscou, cela dit tout ce qu’il faut savoir sur le pouvoir des alliances fondées sur des valeurs, pas sur la peur.
La solidarité comme arme stratégique
La solidarité n’est pas un sentiment. C’est une arme stratégique. Zelensky l’a compris en 2022, quand il a transformé la sympathie mondiale pour l’Ukraine en milliards d’euros d’aide militaire.
Et dans cette géopolitique appliquée, chaque geste compte. Chaque rencontre compte. Chaque déclaration compte. La deuxième rencontre Zelensky-Pahlavi en un mois n’est pas une coïncidence. C’est un rythme — un rythme qui dit que quelque chose se construit, que les fondations sont posées, que les premiers étages d’une architecture diplomatique nouvelle commencent à s’élever. Reste à voir si cette architecture résistera aux tremblements de terre que la géopolitique ne manquera pas de lui envoyer.
L'avenir se dessine dans les marges
Ce que l’histoire retiendra de cette rencontre
Quand les historiens se pencheront sur la période 2022-2026, ils noteront probablement que les événements les plus déterminants ne se sont pas produits dans les sommets officiels ou les conférences de presse soigneusement chorégraphiées. Ils se sont produits dans les marges. Dans les couloirs de Munich. Dans un salon parisien. Dans les rencontres improbables entre des acteurs que personne n’avait réunis sur la même page. La rencontre Zelensky-Pahlavi est l’une de ces rencontres-là.
Parce que ce qui se construit ici n’est pas un accord commercial ou un traité militaire. C’est une vision partagée de l’avenir. Une vision dans laquelle l’Ukraine et l’Iran — deux pays aujourd’hui en guerre, chacun à sa manière — pourraient devenir des partenaires dans un monde post-autoritaire. Une vision dans laquelle la souffrance partagée des peuples sous les bombes et sous les bottes des régimes oppresseurs se transforme en fondation d’une alliance durable. C’est ambitieux.
Deux hommes. Deux pays en feu. Deux rêves de liberté. Une seule conviction : que l’avenir appartient à ceux qui refusent de se soumettre. Si cette conviction n’est pas le fondement de tout ce qui vaut la peine d’être défendu, alors je ne sais plus ce qui l’est.
L’héritage d’une poignée de main
La poignée de main entre Zelensky et Pahlavi à Paris, le 13 mars 2026, restera peut-être dans l’histoire comme le moment où deux trajectoires improbables se sont croisées pour produire quelque chose de plus grand que la somme de leurs parties. L’histoire de l’Ukraine, petit pays qui a tenu tête à l’empire russe et qui s’est transformé en puissance stratégique mondiale.
La route sera longue. Les obstacles seront immenses. Les cyniques auront mille raisons de douter. Mais ce qui s’est passé à Paris ne peut plus être défait. Le contact est établi. Les canaux sont ouverts. Et dans le grand jeu des nations, quand un président en guerre et un prince en exil décident de jouer ensemble, ce n’est pas de la diplomatie. C’est de l’histoire.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Zelensky meets exiled Crown Prince of Iran — 13 mars 2026
Interfax-Ukraine — Zelenskyy meets with Iran’s Crown Prince in exile Pahlavi — 13 mars 2026
Sources secondaires
Kyiv Independent — Zelensky meets exiled Iranian opposition figure Reza Pahlavi — 13 mars 2026
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