Les mots qui dérangent à Bruxelles
António Costa n’est pas un provocateur. L’ancien Premier ministre portugais est un homme de consensus. Quand un tel profil choisit des mots aussi tranchants, c’est que la situation l’exige. Il a identifié trois mécanismes précis. Premier : la hausse des prix fournit à la Russie de nouvelles ressources pour financer sa guerre contre l’Ukraine. Deuxième : les capacités militaires destinées à Kiev sont détournées vers le Moyen-Orient. Troisième : l’attention internationale se détourne du conflit ukrainien, offrant à Poutine un écran de fumée inespéré.
Costa a aussi insisté sur la nécessité de protéger l’ordre international fondé sur des règles — un ordre remis en question non seulement par la Russie ou la Chine, mais par les États-Unis eux-mêmes. L’Europe se retrouve prise en étau entre un allié américain imprévisible et un adversaire russe qui transforme chaque crise en opportunité. Et pourtant, malgré la clarté du diagnostic, aucune réponse européenne concrète n’a émergé. Juste des mots justes. Mais des mots seulement.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans la lucidité impuissante d’António Costa. Il voit le piège. Il le nomme. Il le décrit avec une précision chirurgicale. Et puis quoi ? L’Europe regarde le train passer, encore une fois. On diagnostique le cancer, mais on refuse la chimiothérapie.
Un aveu d’impuissance européenne
La déclaration de Costa est un aveu d’impuissance. L’Europe sait que cette guerre profite à la Russie. Elle sait que chaque jour de conflit renforce Poutine et affaiblit Kiev. Mais elle manque de volonté politique, de levier stratégique et d’autonomie décisionnelle. L’Union européenne est devenue une puissance qui commente brillamment les crises qu’elle est incapable d’influencer.
Trois jours après, le 13 mars, les États-Unis ont annoncé un allègement temporaire des sanctions sur le pétrole russe — sans consulter les alliés européens. Costa a qualifié cette décision de très préoccupante pour la sécurité européenne. Et pourtant, Washington a agi seul. Comme si l’avis de ses alliés ne pesait pas plus lourd qu’un communiqué de presse.
Moscou empoche : l'arithmétique froide du conflit
Des milliards supplémentaires dans les caisses du Kremlin
Avant la guerre, la Russie exportait son pétrole sous le plafond de prix fixé par le G7 à 60 dollars le baril. Avec le baril au-dessus de 100 dollars, ce plafond devient une fiction. Les acheteurs asiatiques — Chine, Inde, Turquie — n’ont plus aucune raison de négocier des rabais. Selon Axios, le pétrole russe soumis aux sanctions connaît une véritable envolée. C’est la plus grande ironie de cette guerre : en frappant l’Iran, les États-Unis et Israël ont offert à la Russie exactement ce que quatre ans de sanctions cherchaient à lui refuser.
L’équation est d’une simplicité brutale. Chaque baril iranien qui ne passe plus par Ormuz crée un déficit d’offre. En temps de crise, les contraintes s’évaporent. La pénurie efface les scrupules. Le besoin remplace les principes. Et la Russie, qui n’a tiré aucun missile sur l’Iran, qui n’a engagé aucun soldat, se retrouve avec le jackpot énergétique de la décennie.
Je n’arrive pas à m’empêcher de penser à cette expression : le larron en foire. Pendant que Washington et Tel-Aviv dépensent des milliards en munitions, Moscou encaisse. Sans tirer un coup de feu. C’est peut-être la plus grande victoire stratégique de Poutine — une victoire qu’il n’a même pas eu besoin de planifier.
Le pétrole comme arme de guerre silencieuse
Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, le budget militaire russe est directement indexé sur les revenus énergétiques. Chaque hausse de 10 dollars sur le baril représente des milliards supplémentaires qui se transforment en obus, en drones Shahed, en missiles de croisière tirés sur les infrastructures ukrainiennes. António Costa l’a dit : la Russie gagne de nouvelles ressources pour financer sa guerre contre l’Ukraine. Ce n’est pas une métaphore. C’est un transfert direct, mesurable, du chaos moyen-oriental vers le champ de bataille ukrainien.
Et en levant temporairement les sanctions sur le pétrole russe le 13 mars, l’administration Trump ouvre une vanne supplémentaire pour les revenus russes. Kiev craint que l’allègement prolonge la guerre. Et pourtant, la décision a été prise unilatéralement. Comme si l’Ukraine n’était qu’un détail dans un calcul purement domestique américain.
Le détroit d'Ormuz : le goulot d'étranglement qui change tout
Un cinquième du pétrole mondial en otage
Le détroit d’Ormuz, 33 kilomètres de large entre l’Iran et Oman, est le point de transit le plus stratégique de la planète énergétique. Par ce corridor transite un cinquième de la production pétrolière mondiale — près de 21 millions de barils par jour. Depuis le début des hostilités, le trafic y est quasiment nul. Les Gardiens de la révolution iraniens ont déployé mines, missiles anti-navires et batteries côtières. Les images satellites le confirment : le trafic maritime dans le Golfe persique a chuté de manière spectaculaire.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a admis que Washington n’était pas prêt à fournir des escortes navales, mais que de telles opérations pourraient commencer d’ici fin mars. L’AIE a estimé la perte à 8 millions de barils par jour — l’équivalent de la totalité de la production saoudienne. Et dans ce vide, un seul producteur dispose de la capacité de combler partiellement le manque : la Russie. Par pur opportunisme stratégique.
Il y a une ironie cruelle dans le fait que le détroit d’Ormuz — ce passage que des générations de stratèges américains ont juré de garder ouvert coûte que coûte — se retrouve fermé précisément à cause d’une guerre lancée par les États-Unis. Washington a transformé sa propre ligne rouge en barrage iranien.
Le piège d’Ormuz et le jeu de dominos énergétique
La fermeture ne touche pas que le pétrole. Le gaz naturel liquéfié du Qatar — 8 % des importations de GNL de l’UE — transite aussi par Ormuz. L’Europe avait réduit sa dépendance au gaz russe de 40 % en 2021 à 6 % en 2025. Mais cette diversification reposait sur le GNL américain et qatari. Si le GNL qatari est coupé, l’Europe se retrouve en compétition directe avec l’Asie sur le marché spot. Et la Russie peut utiliser l’énergie comme levier de pression.
Le Bruegel a publié une analyse sans appel : la vulnérabilité européenne au GNL est le talon d’Achille du continent. Et pourtant, malgré quatre ans de discours sur la souveraineté énergétique, malgré le plan REPowerEU, l’Europe reste structurellement vulnérable — dépendante d’un marché mondial qu’elle ne contrôle pas. Un marché où la Russie reste un acteur incontournable.
L'attention détournée : l'Ukraine, grande perdante dans l'ombre
Quand les caméras quittent le front ukrainien
Il y a une guerre que le monde oublie. Quatre ans. Des centaines de milliers de morts. Des villes entières détruites. Olena, 34 ans, infirmière à Kharkiv, continue de soigner les blessés dans un hôpital dont les fenêtres ont été soufflées par les bombardements. Mais personne ne parle d’elle. Les titres sont accaparés par Téhéran, par Ormuz, par le baril. Le conflit ukrainien est devenu un bruit de fond. Et c’est exactement ce que Poutine espérait.
Costa l’a souligné : la guerre contre l’Iran détourne les capacités militaires destinées à l’Ukraine. Les États-Unis ne peuvent pas soutenir deux guerres majeures simultanément. Chaque Patriot déployé au Moyen-Orient, c’est un Patriot qui ne protégera pas une ville ukrainienne. Moscou n’a pas besoin de gagner — il lui suffit d’attendre que l’Occident s’épuise ailleurs.
Olena ne sait probablement pas qui est António Costa. Elle ne sait pas que le pétrole a doublé. Tout ce qu’elle sait, c’est que les fournitures médicales arrivent au compte-gouttes et que le monde regarde ailleurs. Si ce n’est pas la définition même de la trahison stratégique, je ne sais pas ce que c’est.
Le piège de la guerre sur deux fronts
L’histoire militaire enseigne une leçon que Washington semble avoir oubliée : on ne gagne pas sur deux fronts. Les chaînes de production d’armement, déjà sous tension, ne peuvent pas absorber la demande supplémentaire. Le Pentagone est confronté à des choix impossibles. Et dans chaque arbitrage, c’est l’Ukraine qui risque d’être sacrifiée.
Les négociations de paix russo-ukrainiennes sont au point mort. Trump et Poutine se sont parlé le 9 mars — une heure de conversation qualifiée par le Kremlin de constructive. Poutine se positionne comme médiateur alors même qu’il mène sa propre guerre d’agression. Le pyromane se propose comme pompier. Et Washington semble prêt à lui passer le tuyau.
L'appel Trump-Poutine : quand le pyromane se fait pompier
Une heure de conversation, des années de conséquences
Le 9 mars 2026, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont parlé pour la première fois de l’année. Le conseiller diplomatique Youri Ouchakov a révélé que Poutine avait proposé des pistes pour résoudre le conflit iranien par des voies diplomatiques, mentionnant ses contacts avec les États du Golfe et le président iranien. Le maître du Kremlin se présente comme l’homme indispensable — celui sans qui aucune paix n’est possible.
Trump aurait réitéré son intérêt pour une fin rapide du conflit ukrainien. Mais aucune avancée significative. Et pourtant, au milieu de cette impasse, Trump envisage la levée des sanctions pétrolières pour faire baisser les prix — une décision qui bénéficie directement à la Russie. Le calcul est domestique. Les conséquences sont planétaires.
Il y a quelque chose de vertigineux dans ce coup de fil. Deux hommes qui mènent des guerres sur des continents différents, qui discutent de paix comme on négocie un contrat immobilier, pendant que des gens meurent à Téhéran et à Kharkiv. Si c’est ça la diplomatie du XXIe siècle, on comprend pourquoi le monde est en feu.
Le rôle de médiateur autoproclamé de Moscou
La stratégie russe est d’une élégance machiavélique. Poutine se positionne simultanément comme belligérant en Ukraine et facilitateur de paix au Moyen-Orient. Il parle aux Iraniens, aux pays du Golfe, aux Américains. C’est du soft power opportuniste — transformer le chaos des autres en influence pour soi. La Russie est le courtier du chaos. Le banquier de la crise.
Et Trump semble l’accepter. Lors de l’appel, aucune exigence de retrait d’Ukraine comme préalable. Le Kremlin a loué les efforts américains. L’agresseur est traité comme partenaire. La victime ukrainienne, comme dossier secondaire. Et l’Iran pourrait se rapprocher davantage de Moscou — car quand on se fait bombarder, on cherche des alliés là où on peut. Cette guerre recompose les alliances en faveur du Kremlin.
L'Europe prise au piège : entre dépendance et impuissance
Quatre ans de diversification menacés en onze jours
Depuis 2022, l’Union européenne a investi des milliards pour se sevrer du gaz russe. Résultats : de 40 % en 2021 à 6 % en 2025 pour le pipeline. La Norvège assure un tiers des importations. Les États-Unis fournissent 58 % du GNL européen. En janvier 2026, le Conseil de l’UE a voté l’interdiction progressive du gaz russe. Tout semblait sur la bonne voie.
Et puis la guerre a éclaté. Le GNL qatari est interrompu. Les prix explosent. L’Europe se bat avec l’Asie pour les cargaisons disponibles. Euronews titre que la guerre ravive le spectre de la crise énergétique. Le think tank Bruegel avertit que le GNL est le talon d’Achille. En onze jours, quatre ans de diversification sont menacés.
Quatre ans de travail. Des milliards investis. Des pipelines construits. Et en onze jours, le spectre de la dépendance revient frapper à la porte. C’est ça, la fragilité de notre souveraineté : elle tient à un détroit de 33 kilomètres et aux décisions d’un président américain que personne en Europe n’a élu.
Le paradoxe de la souveraineté énergétique
L’Europe a réduit sa dépendance russe pour tomber dans une autre : celle du GNL américain, 58 % des importations. L’IEEFA prévient que l’UE risque 80 % de dépendance américaine d’ici 2030. Dépendante d’un fournisseur unique, soumise à ses priorités politiques, incapable d’accéder aux alternatives du Golfe coupées par la guerre.
Et la Russie observe. La simple existence de ses réserves massives dans un monde en pénurie lui confère un levier colossal. Les pays européens les plus vulnérables pourraient être tentés de rouvrir discrètement le dialogue avec Moscou. C’est là que la Russie excelle : dans les interstices, dans les zones grises, dans les silences entre les déclarations officielles. Et pourtant, l’Europe parle de souveraineté comme si le mot suffisait à la garantir.
Le jeu long de Poutine : une stratégie sans coups de feu
L’art de gagner sans combattre
Sun Tzu l’a théorisé il y a 2500 ans. Poutine l’applique. La Russie n’a pas déclenché la guerre contre l’Iran. Elle n’y participe pas. Et pourtant, elle en tire plus de bénéfices que n’importe quel belligérant. Des revenus multipliés. Une position diplomatique renforcée. Un adversaire ukrainien privé de soutien. Tout cela sans dépenser un rouble. C’est du jiu-jitsu géopolitique : utiliser la force de l’adversaire contre lui-même.
L’opinion publique occidentale fonctionne comme un projecteur — elle éclaire un point à la fois. Quand il est braqué sur l’Iran, l’Ukraine passe dans l’ombre. Quand les prix de l’essence grimpent, les sanctions deviennent un fardeau politique. Poutine le sait. Chaque crise dans laquelle l’Occident s’engage est une opportunité supplémentaire pour le Kremlin.
On dit souvent que Poutine joue aux échecs pendant que l’Occident joue aux dames. Je crois que c’est plus simple. Poutine regarde deux joueurs se battre, attend qu’ils s’épuisent, et ramasse les pièces. Ce n’est pas du génie. C’est du bon sens stratégique. Et c’est terrifiant que nos dirigeants n’arrivent pas à le voir.
Le précédent de 2022 et les leçons non retenues
En 2022, l’invasion de l’Ukraine a fait exploser les prix de l’énergie. L’Europe a connu sa pire crise énergétique depuis les années 1970. Quatre ans plus tard, la leçon semblait retenue — les alternatives développées, la dépendance diminuée. Mais la leçon stratégique plus large — chaque conflit majeur profite aux producteurs qui restent en dehors — n’a pas été retenue. Personne n’a calculé que frapper Téhéran revenait à enrichir Moscou.
En 2022, la Russie était à la fois l’agresseur et le bénéficiaire de la crise. En 2026, elle est uniquement la bénéficiaire. Elle n’a plus besoin d’agresser — il suffit de laisser les autres s’en charger. Si ce n’est pas la définition d’une victoire stratégique parfaite, alors le concept n’a plus de sens.
Les sanctions en miettes : le château de cartes occidental
Quatre ans de sanctions défaites en une semaine
Le régime de sanctions était l’arme décisive de l’Occident. Le plafond de prix du G7 à 60 dollars le baril, sa pièce maîtresse. Avec un baril au-dessus de 100 dollars, le plafond ne vaut plus rien. Le marché lui-même a rendu l’outil obsolète. Quand l’offre manque et que la demande hurle, personne ne se soucie d’un prix plafond. Et la Russie empoche la différence.
L’administration Trump a annoncé le 13 mars un allègement temporaire. Euronews rapporte que l’UE résiste. Mais résister à quoi ? L’Europe n’a pas de véto sur les décisions américaines. Les mots ne colmatent pas les brèches dans un régime de sanctions. Seule la volonté politique le peut. Et cette volonté s’effrite sous la pression des prix à la pompe.
Quatre ans à construire un mur de sanctions. Des milliers d’heures de négociations. Des centaines de textes législatifs. Et il suffit d’une guerre au Moyen-Orient pour que tout s’effondre. On n’est pas à la hauteur de nos propres ambitions. On ne l’a peut-être jamais été.
Le mirage du plafond de prix
Le plafond reposait sur un postulat fragile : que le marché resterait suffisamment approvisionné. La guerre contre l’Iran a créé les conditions qui le rendent inopérant. Avec 8 millions de barils retirés, les raffineurs indiens, chinois, turcs paient le prix fort. L’alternative — ne pas avoir de pétrole — est encore pire.
Plus les prix montent, plus les sanctions perdent leur efficacité, plus les revenus russes augmentent, plus la guerre en Ukraine dure, plus l’instabilité persiste. Un cercle vicieux d’une perfection diabolique. Au centre, immobile, patient, calculateur : le Kremlin. Et pourtant, la machine continue de tourner. Parce que personne n’a le courage de l’arrêter.
Le Moyen-Orient recomposé : des alliances qui profitent à Moscou
L’Iran poussé dans les bras de la Russie
Avant cette guerre, Moscou et Téhéran coopéraient déjà — drones Shahed pour l’Ukraine, bouclier diplomatique à l’ONU, BRICS. Mais cette coopération restait tactique. La guerre américano-israélienne la transforme en alliance stratégique. Quand on bombarde un pays, ce pays cherche des protecteurs. La main tendue, c’est celle de Poutine.
Ce que Washington obtient en bombardant l’Iran, c’est un Iran plus radical, plus isolé et plus dépendant de Moscou. Exactement l’inverse de l’objectif déclaré. Et pourtant, la logique de l’escalade continue de prévaloir sur la logique stratégique.
À quel moment les stratèges américains ont-ils calculé que bombarder l’Iran renforcerait l’axe Moscou-Téhéran ? À quel moment ont-ils pesé le coût de pousser 88 millions d’habitants dans les bras du Kremlin ? Si le calcul a été fait, c’est de l’incompétence. S’il n’a pas été fait, c’est pire.
Les pays du Golfe entre deux feux
Les États du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar — sont coincés entre Washington et la réalité d’un conflit qui menace leurs installations. Poutine entretient des relations étroites avec Mohammed ben Salmane, avec les Émiratis. Il est partenaire au sein de l’OPEP+.
Si les pays du Golfe doutent de la capacité américaine à assurer leur sécurité tout en bombardant leur voisin, ils pourraient accélérer leur rapprochement avec Moscou. Le même pragmatisme qui a poussé l’Arabie saoudite vers la Chine et les BRICS. Chaque bombe sur l’Iran est un argument pour un monde multipolaire. Et pourtant, Washington bombarde comme si la géopolitique se réduisait à la puissance de feu.
Le spectre d'une récession mondiale : qui paiera la facture
Les ménages européens en première ligne
Quand le pétrole dépasse 100 dollars, ce ne sont pas les traders qui souffrent. C’est Maria, 52 ans, ouvrière en Pologne, qui se demande comment remplir son réservoir. Ce sont les retraités espagnols dont la facture de chauffage explose. Les agriculteurs français dont le gasoil dévore les marges. L’inflation risque de repartir. Le spectre de la récession plane à nouveau sur l’Europe.
Chatham House a évalué l’impact sur l’économie globale. The Conversation prévient que l’UE a très peu d’options pour éviter la récession. Cette guerre a un coût colossal supporté par ceux qui ne l’ont pas décidée. Les citoyens européens n’ont pas voté pour cette guerre. Et pourtant, ce sont eux qui paient. Pendant que la Russie encaisse.
Maria ne comprend pas la géopolitique énergétique. Tout ce qu’elle voit, c’est le chiffre sur la pompe qui grimpe. Quand on lui dit que c’est à cause d’une guerre à 4000 kilomètres, elle hausse les épaules. Pas par indifférence — par impuissance. C’est ça, le vrai coût : des millions de gens qui paient une facture qu’ils n’ont jamais commandée.
L’inflation comme arme de destruction massive
En 2022, la crise énergétique avait fait grimper l’inflation à des niveaux inédits. Les banques centrales avaient réagi avec des hausses de taux agressives. Il avait fallu deux ans pour ramener l’inflation sous contrôle. Et voilà que le même mécanisme se remet en marche. CNBC analyse les parallèles mais note que rien n’indique un conflit court.
La guerre censée affaiblir l’Iran renforce la Russie, qui prolonge la guerre en Ukraine, qui maintient l’instabilité, qui maintient les prix élevés. Le serpent se mord la queue. Et au bout de la chaîne, les citoyens ordinaires — à Varsovie, à Madrid, à Paris — absorbent le choc. Ceux dont les noms n’apparaissent jamais dans les dépêches diplomatiques.
L'ordre international en lambeaux : ce que Costa n'a pas osé dire
Quand l’allié devient le problème
Costa a suggéré que l’ordre international fondé sur des règles est remis en question — aussi par les États-Unis. Le président du Conseil européen, représentant les 27, qui dit publiquement que l’allié américain sape le système multilatéral. C’est un aveu d’une gravité immense. Les États-Unis, sous la présidence Trump, agissent d’une manière qui détruit les fondements mêmes de l’ordre qu’ils ont construit.
La levée unilatérale des sanctions en est l’illustration parfaite. Pas de consultation. Pas de coordination. Et pourtant, l’Europe reste dans l’OTAN, alignée sur Washington. Costa a vu la fracture. Il l’a nommée à demi-mot. Mais entre nommer et réparer, il y a un gouffre que l’Europe ne semble pas prête à franchir.
Le jour où le président du Conseil européen suggère que les États-Unis menacent l’ordre international, quelque chose de fondamental a changé. Ce n’est pas un éditorialiste. C’est le représentant des 27. Et s’il le dit à voix haute, imaginez ce qui se dit en coulisses.
Le multilatéralisme à l’agonie
Le Conseil de sécurité est paralysé. L’OTAN est tiraillée. Le régime de sanctions se désintègre. L’Europe se retrouve dans un no man’s land stratégique — trop dépendante de Washington pour s’émanciper, trop lucide pour ignorer que Washington ne sert plus ses intérêts. Et la Russie observe cette implosion avec une satisfaction mal dissimulée.
Dans chaque fissure de l’alliance occidentale, la Russie insère un coin. Pas par la force — par la patience. C’est la stratégie du lierre : on ne l’attaque pas, mais il finit par envahir le mur. Et quand on s’en aperçoit, il est trop tard pour l’arracher. António Costa l’a vu. La question est de savoir si l’Europe agira avant que le mur ne s’effondre.
Ce que personne ne dit : la Russie avait-elle anticipé cette guerre
Les contacts diplomatiques qui interrogent
Lors de son appel avec Trump, Poutine a mentionné ses contacts récents avec les dirigeants du Golfe et le président iranien. Question vertigineuse : Moscou savait-elle que cette guerre allait éclater ? La Russie entretient des canaux privilégiés avec Téhéran. Elle observe les mouvements militaires américains. Est-il concevable que le Kremlin se soit positionné en conséquence ?
Aucune preuve concrète. Mais les bénéfices sont si importants, si parfaitement alignés avec ses intérêts, que la question mérite d’être posée. En géopolitique, le hasard est rarement aussi généreux. Et pourtant, cette question n’est posée par aucune chancellerie publiquement. C’est peut-être la plus grande victoire de Poutine : avoir rendu la question elle-même invisible.
Je ne suis pas complotiste. Je relie des points. Et quand tous convergent vers le même bénéficiaire, quand la seule puissance qui gagne est celle qui ne tire pas — alors oui, la question mérite d’être posée. Pas comme accusation. Comme interrogation honnête.
Le positionnement stratégique pré-conflit
La Russie avait intensifié ses contacts avec les pays du Golfe, renforcé sa coordination avec l’Iran, consolidé ses relations BRICS. La diplomatie russe pense en décennies, pas en cycles électoraux. Elle anticipe les crises et se positionne pour en tirer le maximum. Moscou n’a pas créé la tempête. Mais elle avait ajusté ses voiles avant que le vent ne se lève.
Dès le neuvième jour de guerre, Poutine était au téléphone avec Trump, proposant des solutions. Cette réactivité ne s’improvise pas. La Russie ne subit pas cette crise. Elle la navigue. Et pourtant, on continue de traiter Poutine comme un acteur irrationnel. Alors qu’il est peut-être le joueur le plus rationnel de l’échiquier.
L'après-guerre : un monde recomposé en faveur du Kremlin
Les cicatrices qui resteront
Quelle que soit l’issue — victoire rapide, enlisement ou cessez-le-feu — les conséquences géopolitiques sont irréversibles. Les prix déstabilisés. La confiance dans les alliances occidentales entamée. Les sanctions sapées. L’Ukraine privée de soutien. L’Iran poussé vers Moscou. L’Europe confrontée aux limites de sa souveraineté. Tout converge vers le renforcement de la position russe.
Le monde d’après sera un monde où le Kremlin aura prouvé que les sanctions sont fragiles. Un monde où l’alliance transatlantique aura révélé ses fractures. Où les pays du Sud global — Inde, Brésil, Afrique du Sud — auront tiré leurs conclusions sur la fiabilité de l’ordre occidental. Et au centre, plus confiant, plus riche, plus influent : Vladimir Poutine.
Je pense à ce que les historiens écriront dans trente ans. Ils décriront probablement un Occident qui avait tous les outils pour maintenir sa position. Et qui les a utilisés les uns contre les autres, comme un homme qui scierait la branche sur laquelle il est assis.
La question que le monde refuse de se poser
La vraie question n’est pas de savoir si la Russie profite. C’est un fait établi. La vraie question : que faisons-nous maintenant que nous le savons ? Continuons-nous à bombarder l’Iran tout en prétendant isoler la Russie ? À lever des sanctions d’une main tout en en imposant de l’autre ? La cohérence stratégique exige des choix courageux que ni Washington ni Bruxelles ne semblent prêts à faire.
António Costa a posé le diagnostic. Le traitement reste à inventer. Si l’Occident ne formule pas une réponse cohérente, le seul gagnant restera Moscou. Non par la force des armes russes — mais par la faiblesse de la stratégie occidentale. Par le refus de voir que dans un monde interconnecté, chaque action a des conséquences en cascade — et que ceux qui les calculent gagnent sur ceux qui les ignorent.
Conclusion : Le verdict d'Ormuz et l'ombre longue du Kremlin
Une guerre qui enrichit l’ennemi qu’on prétend combattre
Onze jours de guerre. Le pétrole à 100 dollars. Le détroit d’Ormuz fermé. Les sanctions en miettes. L’Ukraine oubliée. L’Europe impuissante. L’Iran rapproché de Moscou. Et au milieu de ce chaos, un homme dans un bureau du Kremlin qui a compris avant tout le monde que la meilleure façon de gagner une guerre, c’est de laisser les autres la faire. António Costa l’a dit : il n’y a qu’un seul gagnant. Nous sommes en train de financer notre propre défaite. Chaque bombe sur Téhéran, c’est un chèque à Moscou. Chaque jour de cette guerre, c’est un jour gagné pour Poutine.
La guerre contre l’Iran est le plus grand cadeau géopolitique que l’Occident ait fait à la Russie. Un cadeau que personne n’a voulu offrir, mais que le Kremlin a su déballer avec une efficacité redoutable. Et la question qui devrait hanter chaque dirigeant ce soir : à quel moment avons-nous perdu la capacité de voir que frapper l’Iran, c’était enrichir la Russie ? À quel moment la stratégie a-t-elle cédé la place à l’impulsion ? Et surtout — combien de temps encore allons-nous payer pour ne pas avoir écouté ceux qui voyaient clair ?
Le soir tombe sur Bruxelles. António Costa range ses notes. À Kharkiv, Olena change les pansements d’un soldat. À Varsovie, Maria regarde le prix de l’essence. À Moscou, les terminaux de paiement enregistrent les transferts. Et quelque part dans un bureau du Kremlin, quelqu’un sourit. La guerre la plus profitable de l’histoire est celle qu’on n’a pas besoin de mener soi-même. Et c’est peut-être ça, au fond, la leçon que nous refusons d’apprendre.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Russia the only winner of US-Israel war on Iran: EU Council president — 10 mars 2026
Al Jazeera — Ukraine, EU allies slam US decision to roll back Russia oil sanctions — 13 mars 2026
Sources secondaires
Axios — Trump and Putin discuss end to Iran and Ukraine wars on call — 9 mars 2026
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