Vingt-quatre heures sans un mot
Quand l’Ukraine avait temporairement interrompu le transit pétrolier durant l’été 2025, la Hongrie et la Slovaquie avaient réagi dans l’heure. Communiqués furieux. Menaces diplomatiques. Convocations d’ambassadeurs. Le Premier ministre slovaque Robert Fico avait qualifié la décision ukrainienne d’acte hostile. Orbán avait parlé de guerre économique.
Et pourtant, quand c’est la Russie qui détruit physiquement l’infrastructure — un bombardement aérien qui réduit en cendres le plus grand réservoir pétrolier du pays — Budapest et Bratislava ont offert au monde vingt-quatre heures de silence absolu. Ce silence est un aveu. Il dit que la dépendance énergétique d’Orbán envers Moscou n’est pas seulement économique — elle est existentielle.
Je me souviens du vacarme diplomatique de l’été 2025 quand l’Ukraine avait suspendu le transit. Budapest hurlait au scandale. Bratislava menaçait de couper l’électricité. Mais quand Moscou envoie un drone iranien sur la station de Brody, le silence est total. Ce double standard ne trompe personne. Leur indignation sélective est une boussole qui pointe toujours vers le Kremlin.
La dépendance comme arme politique
La situation est particulièrement critique pour la Slovaquie. Le pays dépend presque entièrement de sa raffinerie Slovnaft, à Bratislava, configurée spécifiquement pour traiter du brut russe. Après l’attaque de Brody, les deux pays se sont tournés vers le pipeline Adria de la Croatie comme alternative.
Mais Zagreb, conscient de sa position de monopole soudain, a saisi l’occasion : les frais de transit facturés sont trois fois supérieurs à la moyenne européenne. La Hongrie et la Slovaquie ont déposé des plaintes formelles auprès de la Commission européenne, dénonçant un abus de position dominante. L’ironie est glaciale : les mêmes pays qui refusaient la diversification énergétique se retrouvent à mendier des alternatives à prix d’or.
L'anatomie d'une frappe calculée
Brody, cible stratégique et symbolique
La station de pompage de Brody n’est pas n’importe quel point sur la carte. C’est le cœur battant du transit pétrolier russe vers l’Europe centrale. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, Naftogaz, la compagnie nationale ukrainienne, a recensé plus de 400 attaques sur ses installations.
En 2026, ce chiffre dépasse déjà les 30 frappes en moins de trois mois. Mais celle de Brody se distingue par sa précision. Le drone a visé le réservoir principal, la pompe maîtresse, les transformateurs électriques et le système informatique de contrôle. C’est une destruction systémique — chaque composant critique a été neutralisé.
Je refuse de croire à la thèse de l’erreur de ciblage. Quatre cents frappes sur les installations de Naftogaz depuis 2022, et celle-ci tombe précisément sur le seul réservoir qui alimente Orbán en pétrole bon marché ? Quand vous visez une station de pompage de cette taille, vous savez ce que vous faites. Et vous savez à qui vous coupez le robinet.
Dix jours de feu, des semaines de conséquences
L’incendie déclenché par l’impact a duré dix jours complets. La ville de Brody, 24 000 habitants dans l’ouest de l’Ukraine, a été plongée dans un brouillard toxique. Les écoles et jardins d’enfants ont fermé. Les pompiers ont mené une course contre la montre pour empêcher le pétrole en combustion de contaminer les nappes phréatiques.
Le président Volodymyr Zelenskyy a estimé le délai de réparation entre un et un mois et demi. Et pourtant, il a ajouté cette phrase lourde de sens : il ne restaurerait pas le pipeline Druzhba, arguant que chaque baril transité finance la machine de guerre russe.
La mission hongroise : farce diplomatique ou provocation calculée
Czepek arrive à Kyiv sans invitation
Le 11 mars 2026, une délégation menée par Gábor Czepek, secrétaire d’État au ministère hongrois de l’Énergie, accompagné d’experts pétroliers et de représentants slovaques, a débarqué à Kyiv. Mission officielle : inspecter le pipeline Druzhba et créer les conditions de sa remise en service.
Le problème — et il est de taille — c’est que personne ne les avait invités. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a précisé que la délégation n’avait aucun statut officiel et qu’aucune rencontre n’avait été programmée. La Hongrie a envoyé une équipe d’inspection dans un pays souverain en guerre, sans autorisation, sans coordination, et sans mandat reconnu.
Je cherche un précédent historique où un pays envoie une mission d’inspection non autorisée dans un État souverain en plein conflit armé, et je n’en trouve pas. Orbán a traité l’Ukraine comme un sous-traitant défaillant, pas comme une nation qui subit quotidiennement des bombardements russes. C’est une arrogance qui en dit long sur la vision que Budapest a de ses voisins.
L’accès refusé, la comédie continue
La délégation hongroise n’a pas été autorisée à accéder au pipeline. Les autorités ukrainiennes ont invoqué la sécurité — la zone de Brody reste exposée aux frappes — et l’absence de validation du format. Mais Naftogaz a organisé une réunion d’information avec les représentants des ambassades : photos, vidéos des dégâts, rapports techniques. Czepek y a participé.
Et pourtant, de retour à Budapest, le récit officiel fut tout autre. Orbán a déclaré que la mission rentrait avec des résultats. Il a affirmé avoir forcé les Ukrainiens à bouger. Des mots choisis pour transformer un refus humiliant en victoire diplomatique — un exercice dans lequel le Premier ministre hongrois excelle.
La nuit du 14 mars : quand la réalité rattrape la propagande
Des missiles au-dessus de Kyiv pendant que Czepek dort
La nuit du 13 au 14 mars 2026 a offert à Gábor Czepek une leçon que des milliers de documents diplomatiques n’auraient pas pu lui enseigner. La Russie a lancé une attaque massive de missiles et de drones sur Kyiv et ses environs. Les défenses aériennes ukrainiennes ont travaillé toute la nuit pour intercepter les projectiles.
Le lendemain matin, Czepek a admis avoir passé une nuit quelque peu difficile. Des millions d’Ukrainiens vivent cette réalité chaque nuit depuis février 2022. La Russie — le partenaire énergétique privilégié de la Hongrie, le pays dont Orbán bloque les sanctions — venait de bombarder la ville où dormait son propre envoyé.
Je ne sais pas ce que Czepek a ressenti en entendant les sirènes d’alerte aérienne à Kyiv. Mais j’espère qu’il a compris, ne serait-ce qu’un instant, ce que signifie être bombardé par le pays que son gouvernement refuse de sanctionner. Les missiles ne vérifient pas les passeports. Et pourtant, dès le lendemain, la machine diplomatique hongroise a repris son cours normal — comme si rien ne s’était passé.
Le cynisme de la normalisation
Czepek décrit des bombardements nocturnes comme un simple inconvénient. Orbán transforme un accès refusé en triomphe. La Commission européenne a confirmé qu’il n’y avait pas de risque immédiat d’approvisionnement pour les États membres grâce aux routes alternatives.
Ce constat neutralise l’argument d’urgence que Budapest agite depuis des semaines. Si la Hongrie peut s’approvisionner ailleurs — et elle le fait via le pipeline Adria — alors l’insistance obsessionnelle pour restaurer Druzhba relève moins de la nécessité énergétique que de la fidélité politique envers Moscou. La question n’est pas le pétrole. La question est la loyauté.
Les 31 ambassadeurs et la vérité documentée
Naftogaz ouvre ses dossiers
Face aux accusations hongroises et slovaques — qui affirmaient que le pipeline n’était pas réellement endommagé — Naftogaz et le ministère ukrainien des Affaires étrangères ont organisé un briefing exceptionnel. Les représentants de 31 États, dont les pays du G7, ont examiné les preuves : photos, vidéos, rapports techniques.
L’ambassadeur hongrois Antal Heizer était présent. Pour la première fois, ils ont vu l’ampleur de la destruction. Les réservoirs éventrés. Les pompes calcinées. Les systèmes réduits en ferraille. La restauration, a précisé Naftogaz, est un processus technologique complexe qui nécessite du temps, des équipements spécialisés et un travail mené sous la menace constante de nouvelles frappes.
Je note que l’ambassadeur hongrois a vu les mêmes photos que les 30 autres diplomates. Les réservoirs détruits, les pompes fondues, les câbles arrachés. Et pourtant, la ligne officielle de Budapest n’a pas bougé d’un millimètre. Les preuves ne changent rien quand la conclusion est écrite d’avance. C’est le propre des régimes qui ont choisi leur camp avant même de poser la question.
La stratégie de la preuve contre la stratégie du déni
Le briefing marque un tournant dans la guerre informationnelle autour du pipeline. En ouvrant ses dossiers devant la communauté diplomatique, Kyiv a court-circuité la narration hongroise. Les preuves sont partagées, documentées, consultables.
Elles pointent dans une seule direction : c’est un drone russe qui a détruit la station de Brody. C’est la Russie qui a coupé le flux pétrolier vers ses propres alliés. Et c’est l’Ukraine qui, malgré les bombardements quotidiens, maintient la transparence sur l’état de ses infrastructures.
Le piège d'Orbán : entre Moscou et Bruxelles
Le blocage des 90 milliards
La réaction la plus spectaculaire de Viktor Orbán n’a pas été dirigée contre la Russie, mais contre l’Ukraine. Le 20 février 2026, la Hongrie a annoncé qu’elle bloquerait un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine tant que les livraisons de pétrole ne reprendraient pas. Dans le même mouvement, Budapest a bloqué de nouvelles sanctions contre la Russie.
La logique est vertigineuse : la Russie bombarde le pipeline, l’Ukraine subit les conséquences, et c’est l’Ukraine qui est punie par la Hongrie. Orbán a publié des images satellites censées prouver que le pipeline pouvait redémarrer et a donné à l’Ukraine un ultimatum de trois jours. Quand Kyiv a refusé, il a menacé de suspendre les livraisons de diesel et de restreindre les exportations d’électricité.
Je mesure le cynisme de cette séquence et il me donne le vertige. La Russie détruit le pipeline. L’Ukraine brûle. Et Orbán punit l’Ukraine en bloquant 90 milliards d’aide européenne. Cette inversion accusatoire est la signature du modèle Orbán — un modèle qui consiste à toujours servir Moscou tout en prétendant défendre les intérêts hongrois.
La saisie du convoi Oschadbank
Les autorités hongroises ont franchi un cap supplémentaire en saisissant un convoi de la banque ukrainienne Oschadbank transportant des dizaines de millions en espèces et en or. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha a qualifié cet acte de racket d’État.
Un pays membre de l’Union européenne qui confisque les actifs financiers d’un pays en guerre — l’escalade illustre la spirale dans laquelle la Hongrie s’est enfermée. Chaque geste de solidarité envers Moscou nécessite un geste d’hostilité envers Kyiv. Chaque mois qui passe creuse un fossé plus profond entre Budapest et le reste de l’Union européenne.
Pourquoi Moscou frappe sa propre rente
Trois hypothèses, une certitude
Pourquoi la Russie détruirait-elle une infrastructure qui lui rapporte 6 milliards de dollars par an ? Première hypothèse : la stratégie délibérée. Moscou sacrifie une source de revenus pour créer une crise en Europe centrale, tout en accusant l’Ukraine. L’objectif : retourner la Hongrie et la Slovaquie contre Kyiv.
Deuxième hypothèse : le message géopolitique. En frappant Brody, la Russie rappelle à Orbán et Fico que leur approvisionnement dépend de sa bonne volonté, pas d’un contrat. Troisième hypothèse : l’erreur de ciblage. Le drone aurait frappé un objectif sans que les opérateurs mesurent les conséquences pour le transit hongrois.
Je penche pour la première hypothèse. La Russie a frappé le plus grand réservoir pétrolier d’Ukraine — pas une station secondaire. Le plus grand. Celui qui alimente directement Orbán. Ce n’est pas une coïncidence. C’est un calcul. Moscou a décidé que l’utilité politique de la crise dépassait l’utilité économique du transit. Et jusqu’ici, le calcul fonctionne : la Hongrie bloque les sanctions, bloque les prêts, et accuse l’Ukraine.
Le précédent du gaz et la mémoire courte
Ce n’est pas la première fois que la Russie utilise la destruction d’infrastructures énergétiques comme levier. Les pipelines Nord Stream, les coupures de gaz en plein hiver, les menaces sur le transit ukrainien — chaque épisode suivait le même schéma. Créer la pénurie. Accuser l’intermédiaire. Proposer une solution qui renforce la dépendance envers Moscou.
Avec Druzhba, la Russie ne menace plus. Elle détruit. Le transit pétrolier rapportait à Kyiv environ 300 millions de dollars par an en frais — une fraction des 6 milliards que Moscou encaissait. En détruisant Brody, la Russie a aussi privé l’Ukraine de ce revenu. Un double coup : punir l’adversaire et instrumentaliser ses propres alliés.
La Slovaquie, victime collatérale ou complice consentante
Slovnaft, la raffinerie captive
Si la Hongrie dispose de marges de manœuvre, la Slovaquie est dans une situation précaire. La raffinerie Slovnaft est configurée pour le brut russe. Sa reconversion nécessiterait des investissements massifs. C’est cette vulnérabilité que Robert Fico a transformée en arme de rétorsion.
La Slovaquie a suspendu ses exportations de diesel vers l’Ukraine et mis fin à ses livraisons d’électricité d’urgence en plein hiver. Des millions d’Ukrainiens sacrifiés sur l’autel de la politique énergétique slovaque. Et pourtant, c’est la Russie qui a détruit le pipeline. Pas l’Ukraine. Un drone russe.
Je comprends la vulnérabilité énergétique de la Slovaquie. Ce que je ne comprends pas, c’est comment un gouvernement peut couper l’électricité à un pays bombardé quotidiennement par la même puissance qui a détruit votre pipeline — et prétendre que c’est de la légitime défense économique. Fico a choisi son camp. Et ce camp n’est pas celui de la solidarité européenne.
Le divorce énergétique impossible
La dépendance envers le brut russe n’est pas un accident. C’est le résultat de décennies de choix — ou d’absence de choix. Alors que la plupart des pays européens ont diversifié leurs sources après l’annexion de la Crimée en 2014, Budapest et Bratislava ont doublé la mise. Plus de contrats avec Rosneft et Lukoil. Plus de dépendance au Druzhba.
En 2026, deux pays de l’Union européenne sont otages de leur propre aveuglement stratégique, et c’est l’Ukraine qui paie la facture de cette myopie. La Commission européenne a confirmé que les routes alternatives existaient. Le message implicite est clair : la Hongrie et la Slovaquie auraient pu se diversifier depuis des années. Elles ont choisi de ne pas le faire.
Le jeu des élections : pourquoi Orbán ne peut pas lâcher Moscou
Le pétrole bon marché, pilier du populisme
À quelques semaines des élections, la crise prend une dimension électorale explosive. Le modèle d’Orbán repose sur des prix de l’énergie artificiellement bas. La compagnie d’État MOL traite le brut russe à prix réduit, permettant de plafonner les prix à la pompe.
Sans le pétrole russe à 25 pour cent sous le marché, ce modèle s’effondre. Les prix augmentent. Les électeurs grondent. L’opposition dispose d’une arme redoutable : la dépendance toxique d’Orbán envers Moscou. Orbán ne défend pas un pipeline. Il défend son mandat. Chaque jour sans pétrole russe est un jour de campagne perdu.
Je regarde la séquence avec un mélange de fascination et de dégoût. Orbán a construit son système politique sur le pétrole russe bon marché. Et maintenant que Moscou a détruit le pipeline qui alimentait ce système, il ne peut même pas protester. Il est piégé dans sa propre servitude volontaire. Le populisme énergétique, quand il repose sur un fournisseur unique, n’est pas un modèle économique. C’est une bombe à retardement.
L’ultimatum et la réponse de Zelenskyy
Orbán a publié des images satellites du pipeline, affirmant qu’il pouvait redémarrer, et a donné à l’Ukraine un ultimatum de trois jours. L’Ukraine a rejeté ce format unilatéral, rappelant que la station de Brody reste exposée aux frappes.
La réponse de Zelenskyy a été tranchante : il ne restaurerait pas le pipeline, arguant que chaque baril transité finance les revenus énergétiques russes — et donc la guerre. Cette position a l’avantage de la cohérence : pourquoi réparer une artère qui alimente financièrement l’armée qui vous bombarde ?
La guerre hybride par l'énergie : doctrine ou improvisation
Plus de 400 frappes sur Naftogaz
L’attaque sur Brody ne peut pas être isolée. Depuis février 2022, la Russie a frappé les installations de Naftogaz plus de 400 fois. Stations de pompage, dépôts, raffineries, sous-stations électriques — chaque composant de l’infrastructure énergétique ukrainienne a été ciblé.
En 2026, le rythme s’est intensifié : plus de 30 frappes en moins de trois mois. Cette campagne méthodique poursuit un double objectif. Affaiblir la capacité de l’Ukraine à générer des revenus. Et créer un fait accompli : si toutes les infrastructures sont détruites, la Russie peut prétendre que le transit est devenu impossible pour des raisons techniques, pas politiques.
Je regarde cette campagne de destruction systématique et je vois une stratégie à long terme, pas une série d’incidents isolés. Quatre cents frappes, ce n’est pas de l’improvisation. C’est une doctrine. La Russie détruit méthodiquement chaque infrastructure qui permet à l’Ukraine de rester connectée à l’économie européenne.
L’énergie comme front de guerre
En frappant Brody, Moscou a simultanément privé l’Ukraine de revenus, créé une crise diplomatique entre Kyiv et Budapest, donné à Orbán un prétexte pour bloquer l’aide, et renforcé la narration selon laquelle l’Ukraine est un partenaire peu fiable. Quatre objectifs avec un seul drone.
Un Shahed coûte entre 20 000 et 50 000 dollars. Les dégâts géopolitiques se chiffrent en milliards. C’est la définition même de la guerre asymétrique : frapper petit, détruire grand, et laisser les autres se battre entre eux.
Zelenskyy et le dilemme du pipeline
Réparer ou résister
La position de Volodymyr Zelenskyy est un exercice d’équilibriste. D’un côté, la Commission européenne a lié la réparation du pipeline à l’aide de 90 milliards d’euros. De l’autre, réparer Druzhba reviendrait à restaurer une artère qui injecte des milliards dans l’économie russe.
Zelenskyy a choisi la franchise brutale. Chaque tonne de brut russe transitant par l’Ukraine finance les missiles qui frappent les villes ukrainiennes. La Hongrie exige le redémarrage. La Russie a détruit l’infrastructure. Et l’Ukraine refuse de reconstruire ce que son agresseur a bombardé pour enrichir ce même agresseur.
Je comprends ceux qui trouvent la position de Zelenskyy maximaliste. Mais je leur pose une question : répareriez-vous le robinet qui alimente financièrement l’armée qui bombarde vos enfants ? La question se répond d’elle-même. Le vrai scandale n’est pas que l’Ukraine refuse de réparer. Le vrai scandale, c’est qu’on lui demande de le faire.
L’Europe face à ses contradictions
L’Union européenne a adopté des sanctions pétrolières contre la Russie — mais a accordé des exemptions à la Hongrie et la Slovaquie. Elle a promis une aide massive à l’Ukraine — mais la Hongrie bloque cette aide en exigeant la restauration du pipeline que la Russie a détruit.
Elle condamne l’agression russe — mais tolère qu’un État membre confisque les actifs financiers ukrainiens. Et pourtant, la solution existe : accélérer la diversification, lever les blocages par des mécanismes institutionnels, et refuser de conditionner l’aide ukrainienne à la restauration d’une infrastructure détruite par l’agresseur.
Les leçons de Brody pour l'avenir énergétique européen
La fin du mythe du fournisseur fiable
L’attaque a pulvérisé le dernier argument des partisans du partenariat énergétique avec la Russie. Pendant des décennies, le mantra de Moscou était la fiabilité. Même pendant la guerre froide, le gaz russe coulait vers l’Europe. Le pipeline Druzhba — dont le nom signifie amitié en russe — était le symbole de cette promesse.
En janvier 2026, la Russie a bombardé l’Amitié. Si Moscou peut détruire sa propre infrastructure de livraison — contre le pipeline qui alimente ses seuls alliés dans l’Union européenne — alors aucun contrat n’a de valeur. La Russie n’est pas un fournisseur. C’est un acteur qui transforme chaque molécule d’énergie en instrument de coercition.
Je pense à tous les dirigeants européens qui, pendant vingt ans, ont défendu le partenariat énergétique avec Moscou. Angela Merkel et Nord Stream. Gerhard Schröder et Gazprom. Ils avaient tous le même argument : le commerce crée la paix. Brody prouve le contraire. Le commerce avec un régime autoritaire ne crée pas la paix. Il crée la dépendance. Et la dépendance se transforme en soumission.
Diversifier ou subir
La crise offre pourtant une fenêtre d’opportunité. Le pipeline Adria, malgré ses tarifs élevés, fonctionne. Les marchés pétroliers sont suffisamment liquides pour absorber la demande. Le terminal pétrolier de Krk, en Croatie, monte en puissance.
La Hongrie et la Slovaquie vont-elles saisir cette crise pour accélérer leur diversification — comme l’ont fait la Pologne, les pays baltes et la Finlande après 2022 ? Ou vont-elles continuer à exiger la restauration d’un pipeline que la Russie elle-même a détruit ?
L'Amitié en ruines : ce que Druzhba dit de notre époque
Le symbole et la réalité
Le mot Druzhba — amitié — résonne comme une moquerie historique. Ce pipeline construit dans les années 1960 pour cimenter la solidarité soviétique est devenu le symbole de tout ce que cette époque a produit de plus cynique : des alliances fondées sur la dépendance, des amitiés conditionnées par le robinet, des partenariats qui ne survivent pas au premier drone.
En bombardant Brody, Moscou a écrit le dernier chapitre d’un récit qui s’effondrait depuis des années. L’amitié russe a toujours été transactionnelle. Elle a toujours été conditionnelle. Et quand les conditions changent, l’amitié brûle — littéralement.
Je termine cette réflexion sur le nom du pipeline et je mesure l’ampleur de l’ironie. Druzhba. Amitié. Un mot qui, dans la bouche de Moscou, n’a jamais signifié ce qu’il prétendait signifier. L’amitié russe, c’est celle qui vous réchauffe en hiver et qui vous brûle quand vous cessez d’obéir. Orbán l’apprend à ses dépens. L’Europe devrait en prendre note.
Les fantômes de l’énergie passée
Cette crise n’est pas un accident de parcours. C’est l’aboutissement logique de décennies de compromis avec un fournisseur qui n’a jamais caché ses ambitions impériales. La Pologne avait prévenu. Les pays baltes avaient prévenu. La Finlande avait prévenu. Ils ont tous diversifié leurs approvisionnements, parfois à grands frais, parfois dans la douleur.
Mais ils l’ont fait. Et aujourd’hui, quand un drone Shahed frappe une station de pompage en Ukraine, ils ne tremblent pas. Ils regardent la Hongrie et la Slovaquie avec un mélange de compassion et d’exaspération. Parce que le choix de la souveraineté énergétique était disponible depuis des années. Il suffisait de le faire.
Conclusion : Le pipeline de la servitude
Un drone, mille vérités
Un seul drone Shahed, lancé le 27 janvier 2026, a suffi à exposer l’architecture complète de la servitude énergétique européenne. La Russie a détruit le pipeline qui alimentait ses propres alliés. La Hongrie a puni l’Ukraine pour les dégâts causés par la Russie. La Slovaquie a coupé l’électricité à un pays en guerre pour venger un pipeline bombardé par son propre fournisseur.
L’histoire du pipeline Druzhba en mars 2026 n’est pas seulement une crise énergétique. C’est le miroir d’un continent qui n’a toujours pas tiré les leçons de sa dépendance. Un continent où le nom d’un pipeline — Amitié — est devenu la plus cruelle des ironies.
Je pense à cette nuit du 14 mars, quand les missiles russes ont survolé la chambre d’hôtel de l’envoyé hongrois. Et je me demande s’il a compris ce que signifie être du mauvais côté de l’histoire. Le pipeline Druzhba est en ruines. La question n’est plus de savoir s’il sera réparé. La question est de savoir si l’Europe aura le courage de construire un avenir énergétique qui ne dépend plus de ceux qui bombardent l’Amitié.
Ce que personne ne veut entendre
La vérité que cette crise révèle est plus inconfortable encore que le silence de Budapest. Elle dit que la transition énergétique n’est pas seulement une question climatique — c’est une question de souveraineté, de sécurité et de dignité. Chaque euro investi dans le pétrole russe finance les drones qui frappent les écoles de Brody et les hôpitaux de Kyiv.
Gábor Czepek a passé une nuit difficile à Kyiv sous les missiles russes. Des millions d’Ukrainiens vivent cette nuit-là chaque soir depuis plus de quatre ans. La différence entre Czepek et les habitants de Kyiv, c’est que lui, le lendemain matin, a pu reprendre un avion pour Budapest. Eux n’ont nulle part où aller.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
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