Un système conçu pour la menace balistique
Le SAMP/T NG — Sol-Air Moyenne Portée/Terrestre Nouvelle Génération — n’est pas une mise à jour cosmétique. C’est une refonte complète, pensée pour intercepter les missiles balistiques tactiques d’une portée allant jusqu’à 1 500 kilomètres. Le consortium Eurosam, formé par MBDA et Thales, a développé un système autour du radar Ground Fire, un radar AESA entièrement numérique : couverture à 360 degrés, portée de surveillance de 400 kilomètres, rafraîchissement des données chaque seconde. Dans un environnement où un missile balistique parcourt plusieurs kilomètres par seconde, cette réactivité est la différence entre la vie et la destruction.
La batterie contrôle jusqu’à six lanceurs verticaux, chacun embarquant huit intercepteurs Aster 30 Block 1 NT. Quarante-huit missiles en première salve. Le dispositif PIF-PAF associe gouvernes aérodynamiques et propulseurs latéraux pour une agilité extrême dans les dernières fractions de seconde. La portée d’engagement dépasse 150 kilomètres. Et pourtant, toute cette puissance tient sur des véhicules routiers capables de se redéployer rapidement après chaque tir.
Ce ne sont pas des ingénieurs qui ont conçu une arme. Ce sont des stratèges qui ont pensé la survie d’un continent. Le SAMP/T NG est une réponse industrielle à une question existentielle : l’Europe peut-elle se protéger seule contre la menace balistique russe ?
La comparaison avec le Patriot qui change la donne
Le SAMP/T NG peut-il remplacer le Patriot PAC-3 ? Le Patriot opère en couverture sectorielle — un arc limité. Le SAMP/T NG offre une protection à 360 degrés dès sa configuration de base. Dans un théâtre où les trajectoires balistiques se combinent avec des attaques de drones et de missiles de croisière, cette couverture omnidirectionnelle est un changement de paradigme.
Le coût unitaire est supérieur à celui du NASAMS ou de l’IRIS-T SLM. Mais il offre ce qu’aucun de ces systèmes ne peut fournir : une interception crédible de missiles balistiques dans un environnement saturé de brouillage électronique. Et pourtant, c’est précisément ce défi qui donne son sens stratégique à l’accord Zelensky-Macron : tester en combat réel, c’est valider toute la chaîne industrielle européenne.
Pourquoi maintenant : le contexte stratégique qui a forcé la main de Macron
L’Amérique qui regarde ailleurs
Les États-Unis sont entrés dans un cycle d’incertitude stratégique. Les livraisons de Patriot ralentissent. Les stocks sont sollicités par le Moyen-Orient, par Taïwan, par le Golfe. La capacité de production de Raytheon ne suit pas la demande mondiale. Chaque batterie Patriot envoyée à l’Ukraine est une batterie qui ne protège pas un autre allié. Et Washington commence à faire ses calculs.
Zelensky l’a senti avant les autres. Le SAMP/T est la seule alternative européenne. Pas une parmi d’autres. La seule. Cette phrase n’est pas un compliment diplomatique. C’est un constat glacial. Si le SAMP/T NG échoue, l’Ukraine n’a plus de plan B européen contre les missiles balistiques russes. Et l’Europe non plus.
Ce que Zelensky dit entre les lignes est vertigineux. Il dit : nous ne pouvons plus compter uniquement sur les Américains. Il dit : l’Europe doit grandir, et vite. L’Ukraine ne demande pas la charité. Elle offre un service que personne d’autre ne peut rendre.
La pression balistique russe qui ne faiblit pas
Depuis début 2026, la Russie a intensifié ses frappes balistiques. Les Iskander-M, les KN-23 nord-coréens — le catalogue s’allonge. Les infrastructures énergétiques, fragilisées par trois hivers de bombardements, restent la cible prioritaire. Les bases aériennes et noeuds de commandement subissent des salves coordonnées conçues pour saturer les défenses.
L’Ukraine dispose de quatre à six batteries Patriot opérationnelles. Elles protègent les zones critiques. Mais elles ne peuvent pas être partout. Chaque intercepteur PAC-3 MSE tiré est un missile qu’il faut remplacer dans un pipeline de plus en plus tendu. Le SAMP/T NG n’est pas un complément. C’est une bouée de sauvetage pour un système de défense qui fonctionne à la limite de ses capacités.
Le test ultime : quand le champ de bataille devient laboratoire
Ce que signifie vraiment un test en conditions réelles
La France a effectué un tir d’essai réussi le 15 décembre 2025. L’Italie le 3 décembre 2025. Ces tests ont validé le système en conditions contrôlées. Mais un missile balistique russe qui plonge sur Kharkiv à Mach 7 dans un environnement saturé de brouillage, accompagné de leurres et de frappes simultanées — c’est un tout autre défi. Le SAMP/T NG va affronter le verdict le plus impitoyable : la guerre réelle, sans filet, sans seconde chance.
Pour Eurosam, MBDA et Thales, les enjeux sont colossaux. Chaque interception réussie deviendra un argument de vente irrésistible. Un échec serait dévastateur pour la crédibilité de l’industrie de défense européenne entière. Et pourtant, la France a accepté ce risque. Ce qui en dit long sur la confiance que Paris place dans son système — ou sur l’urgence de la situation.
Je ne connais pas beaucoup de pays qui accepteraient de soumettre leur arme la plus avancée au jugement du champ de bataille avant de l’avoir déployée chez eux. C’est un acte de confiance industrielle. Mais c’est aussi un aveu : sans épreuve du feu, le SAMP/T NG restera un beau projet sur papier.
Les paramètres qui feront la différence
Le radar Ground Fire sera le premier évalué. Sa capacité à détecter des dizaines de cibles à 400 kilomètres sera mise à l’épreuve dans un environnement de guerre électronique que la Russie maîtrise avec une compétence redoutable. Brouillage, leurres thermiques, trajectoires de contournement — un test que même les simulations les plus sophistiquées ne peuvent reproduire.
L’intercepteur Aster 30 Block 1 NT devra prouver que son guidage mixte fonctionne contre des cibles à des vitesses hypersoniques. Le PIF-PAF devra démontrer son agilité dans les dernières fractions de seconde. Un écart d’un mètre à Mach 7, c’est la différence entre une interception et un impact au sol. Les marges sont inexistantes. La précision doit être absolue.
L'enjeu industriel : quand la guerre valide une filière entière
Eurosam, MBDA, Thales : le triangle sous pression
Le programme SAMP/T NG est géré par l’OCCAR, avec Eurosam comme maître d’oeuvre. Thales fournit le radar Ground Fire. MBDA produit les Aster. Leonardo, côté italien, propose le radar Kronos Grand Mobile HP, dérivé de la technologie navale EMPAR, avec des modules en nitrure de gallium et une portée de 250 kilomètres en mode combat.
Le premier système opérationnel a été accepté par l’armée de l’air française fin février 2026. Si les tests ukrainiens sont concluants, la demande explosera. Pas seulement de la part de l’Ukraine. De tous les pays européens qui réalisent qu’ils n’ont pas de défense anti-balistique crédible sur leur sol.
Voici la vérité que personne n’ose formuler : si le SAMP/T NG fonctionne en Ukraine, il deviendra le standard de facto de la défense anti-balistique européenne. Et si les chaînes de production ne suivent pas, nous aurons prouvé que nous savons fabriquer un bouclier — mais pas en quantité suffisante pour nous protéger.
La course à la production qui commence avant les résultats
Le marché mondial des systèmes de défense anti-aérienne est en pleine explosion depuis 2022. Les systèmes capables d’intercepter des missiles balistiques se comptent sur les doigts d’une main : le Patriot américain, le S-400 russe, l’Arrow israélien, et maintenant le SAMP/T NG européen. Zelensky l’a dit : dès que le SAMP/T abattra des balistiques, une file d’attente se formera.
Le problème est structurel. MBDA produit les Aster dans plusieurs usines, mais les volumes restent calibrés pour des commandes planifiées sur des décennies. Et pourtant, c’est exactement la demande soudaine qui arrivera si les tests réussissent. L’industrie de défense européenne fait face à un paradoxe cruel : elle prouve qu’elle sait fabriquer des armes de premier rang, tout en démontrant qu’elle ne peut pas les produire assez vite.
La dimension franco-italienne : un axe de défense qui se consolide
Rome et Paris, partenaires de bouclier
Le SAMP/T NG est un programme franco-italien. L’Italie apporte son expertise via Leonardo et son radar Kronos Grand Mobile HP — 60 rotations par minute, modules en nitrure de gallium, portée de 250 kilomètres. Rome a validé le système par son propre tir d’essai le 3 décembre 2025.
Deux des trois principales puissances militaires de l’UE développent ensemble un bouclier anti-balistique. L’Allemagne, elle, s’est orientée vers le programme European Sky Shield Initiative, centré sur des acquisitions américaines et israéliennes. Le contraste est saisissant. Et le test ukrainien pourrait redistribuer les cartes au sein de l’Union.
Ce que je vois se dessiner, c’est une fracture au sein de l’Europe de la défense. D’un côté, ceux qui construisent leurs armes et les soumettent au verdict du réel. De l’autre, ceux qui achètent américain en espérant que Washington restera fiable. L’accord Zelensky-Macron force chaque capitale à choisir son camp.
Le précédent du premier SAMP/T en Ukraine
L’Ukraine opère déjà des SAMP/T de première génération. L’expérience opérationnelle — forces, limites, contraintes logistiques — a alimenté les discussions menant à l’accord du 13 mars. Les opérateurs connaissent le système, maîtrisent les procédures, et ont identifié ce qui manquait : la capacité anti-balistique native.
Le SAMP/T classique interceptait avions, missiles de croisière, drones. Face aux Iskander russes, il atteignait ses limites. Le SAMP/T NG comble cette lacune. Et l’Ukraine est le seul pays au monde qui peut le prouver — parce qu’elle est le seul à affronter quotidiennement des missiles balistiques.
Ce que personne ne dit : les risques cachés de cet accord
Le scénario de l’échec que Paris refuse d’envisager
Si le SAMP/T NG rate ses premières interceptions en Ukraine, les conséquences dépasseront le champ de bataille. Le marché export sera compromis pour des années. Les pays européens hésitants basculeront vers Raytheon. La crédibilité de la base industrielle de défense européenne sera entamée au pire moment.
La Russie adaptera ses tactiques. Moscou intensifiera ses mesures de guerre électronique pour perturber les premiers engagements. Salves combinées, leurres sophistiqués, missiles anti-radiation contre les radars. Et pourtant, c’est précisément cette adversité qui rend le test si précieux. Un système qui survit à l’ingéniosité russe a prouvé sa valeur face à la menace la plus sophistiquée du monde.
La France joue gros. Très gros. Si le SAMP/T NG réussit, Macron entre dans l’histoire comme le président qui a donné à l’Europe son bouclier anti-balistique. S’il échoue, il aura exposé les faiblesses de l’industrie de défense française devant le monde entier. C’est tout ou rien.
Le transfert technologique involontaire
Chaque engagement radar, chaque missile tiré génère des données que les capteurs russes et chinois tenteront de collecter. Signatures électromagnétiques du Ground Fire, profils de vol de l’Aster, protocoles de communication — tout intéresse les adversaires potentiels de l’Europe.
Le chiffrement, les modes dégradés, les procédures de destruction existent. Mais le risque zéro n’existe pas. Macron a fait un calcul : le gain stratégique — prouver que l’Europe a un bouclier fonctionnel — est supérieur au coût du renseignement adverse. Un calcul que seul un chef d’État en temps de crise peut faire.
L'Ukraine, laboratoire involontaire de la défense du XXIe siècle
Trois ans de guerre qui ont tout changé
Depuis février 2022, l’Ukraine est devenue le plus grand laboratoire de défense aérienne de l’histoire moderne. Les opérateurs ont tiré des milliers d’intercepteurs — Patriot PAC-3, NASAMS, IRIS-T SLM, Gepard, SAMP/T classiques — contre un adversaire combinant drones, missiles de croisière et balistiques dans des attaques d’une sophistication croissante.
Cette expérience a un prix humain insoutenable. Olena, 34 ans, ingénieure à Kharkiv, dormait dans le couloir de son appartement quand un Iskander a frappé l’immeuble voisin. L’onde de choc a fait exploser ses fenêtres. Elle fait partie des millions d’Ukrainiens pour qui la défense anti-balistique n’est pas un concept. C’est la différence entre se réveiller le lendemain ou pas. Et pourtant, les promesses arrivent toujours trop lentement, toujours en nombre insuffisant.
Je refuse de parler de défense anti-balistique comme d’un exercice détaché du réel. Derrière chaque interception réussie, il y a un quartier qui n’est pas détruit. Un hôpital debout. Une famille qui se réveille. Derrière chaque interception ratée, un cratère et des gens qui cherchent leurs proches sous les décombres.
Les lecons que le monde observe en silence
Tous les états-majors scrutent l’Ukraine. Le Pentagone, le ministère chinois de la Défense, Israël, les Saoudiens, le Japon, Taïwan. L’Ukraine a démontré que la défense multicouche fonctionne, mais coûte terriblement cher en munitions. Que les systèmes occidentaux sont fiables, mais les stocks s’épuisent plus vite que prévu.
Le SAMP/T NG ajoutera un chapitre décisif. Pour la première fois, un système anti-balistique purement européen sera testé contre des missiles russes en conditions opérationnelles. Les données recueillies — taux d’interception, comportement sous brouillage, fiabilité en usage intensif — seront d’une valeur inestimable. L’Ukraine paie le prix du sang. Le moins que l’Europe puisse faire, c’est de lui donner les outils pour se défendre.
La géopolitique des missiles : quand la défense redessine les alliances
Le message envoyé à Moscou et au-delà
À Moscou, le signal est clair : l’Europe développe sa propre capacité d’interception, indépendante des États-Unis. Chaque Iskander intercepté par un SAMP/T NG sera une gifle stratégique. La menace balistique est un pilier de la stratégie d’intimidation de Vladimir Poutine. Si elle est neutralisée par un système européen, c’est tout l’équilibre de la dissuasion conventionnelle qui change.
À Pékin, le message est différent. Un SAMP/T NG prouvé au combat intéresserait le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, l’Inde — des marchés cherchant des alternatives sans acheter russe ni chinois. Et pourtant, la condition reste la même : prouver que ça fonctionne. Seule l’Ukraine peut fournir cette preuve.
Ce qui se joue dépasse les frontières de l’Ukraine. C’est une recomposition des rapports de force mondiaux autour d’une question fondamentale : qui peut se protéger contre un missile balistique, et avec quelle technologie ? La réponse déterminera les alliances des trente prochaines années.
L’Europe face à son propre défi de défense intégrée
L’Allemagne a lancé l’European Sky Shield Initiative, reposant sur des systèmes Patriot et Arrow 3 israéliens. La France a refusé d’y participer, préférant ses propres capacités. Le résultat : une Europe de la défense anti-aérienne fragmentée, sans véritable intégration.
Si le SAMP/T NG réussit, Paris disposera d’un argument massif pour réorienter la stratégie européenne vers des solutions souveraines. S’il échoue, Berlin pourra arguer que l’Europe doit dépendre de la technologie américaine. Chaque interception au-dessus de l’Ukraine sera un vote dans le débat sur l’avenir de la souveraineté de défense.
Le facteur temps : une course contre la montre sur plusieurs fronts
Le calendrier de livraison et ses inconnues
Le premier SAMP/T NG a été accepté par l’armée française fin février 2026. Mais livrer à l’Ukraine implique des étapes supplémentaires : formation au standard NG, intégration dans le réseau existant, mise en place de la logistique pour les Aster 30 Block 1 NT. Zelensky a dit que le test aurait lieu cette année. Entre la promesse et le déploiement, il y a un océan de contraintes.
La Russie n’attendra pas. Chaque semaine sans protection supplémentaire, les missiles frappent les zones non couvertes. L’hiver 2026-2027 approche, avec la menace d’une nouvelle campagne contre le réseau électrique. Le SAMP/T NG doit être opérationnel avant cette échéance. Le temps est un luxe que l’Ukraine n’a pas.
Il y a une cruauté dans le décalage entre le temps de l’industrie et le temps de la guerre. Les ingénieurs travaillent en mois. Les missiles frappent en secondes. Chaque jour de retard, des gens comme Olena dorment dans leur couloir en espérant que la prochaine frappe n’aura pas leur adresse.
La montée en puissance industrielle
Les capacités d’Eurosam n’ont pas été conçues pour une demande de guerre. Chaque intercepteur Aster est un bijou d’ingénierie dont la production ne se multiplie pas du jour au lendemain. Composants électroniques de pointe, matériaux spéciaux, autodirecteurs — chaque élément a ses goulots d’étranglement.
L’Europe se heurte à un problème qu’elle a créé en trente ans de sous-investissement : des capacités calibrées pour la paix, confrontées à une demande de guerre. Les gouvernements français et italien accélèrent les cadences. Mais transformer une industrie artisanale en machine de guerre prend du temps. Du temps que ni l’Ukraine ni l’Europe ne possèdent.
Macron et la doctrine de l'autonomie stratégique mise à l'épreuve
Le test du réel pour une vision politique
Depuis 2017, Macron fait de l’autonomie stratégique européenne son leitmotiv. Il a investi dans la modernisation militaire, dans les partenariats avec l’Italie. L’accord sur le SAMP/T NG est l’incarnation concrète de cette doctrine. Ce n’est plus un discours. C’est un système d’armes sur un champ de bataille, face à des missiles russes.
Si le SAMP/T NG réussit, Macron revendiquera un bilan concret : la France aura fourni à l’Europe un bouclier anti-balistique fonctionnel, validé par le combat. Et pourtant, le scepticisme demeure. L’Eurofighter devait unifier l’aviation européenne. L’A400M devait révolutionner le transport militaire. Les résultats ont été mitigés. Le SAMP/T NG doit réussir là où d’autres ont trébuché.
Macron joue sa crédibilité stratégique sur ce test. Si dans dix ans l’Europe dispose d’un bouclier anti-balistique souverain, on remontera à cette décision de mars 2026. Si elle n’en a pas, on pointera ce même moment comme une occasion manquée de plus.
Le coût politique intérieur
En France, l’opinion sur le soutien à l’Ukraine reste divisée. Les extrêmes contestent l’aide militaire. Pourquoi envoyer nos armes les plus avancées à l’étranger ? Le calcul de Macron : les bénéfices stratégiques — validation industrielle, souveraineté de défense, leadership européen — compenseront le coût politique immédiat.
C’est un pari que peu de dirigeants font. La plupart préfèrent l’aide humanitaire, les condamnations, les sanctions — des engagements sans risque militaire direct. Macron, en envoyant le SAMP/T NG, franchit un seuil. Il met de la technologie française sur la ligne de front. Et il accepte que le verdict du champ de bataille juge sa politique.
Les implications pour la dissuasion et l'équilibre des forces
La ligne floue entre défense conventionnelle et équilibre nucléaire
La Russie a toujours considéré les systèmes anti-balistiques en Europe comme une menace à sa dissuasion. Le bouclier antimissile américain en Roumanie et en Pologne a été un point de friction majeur. L’émergence d’un système européen autonome ajoute une nouvelle dimension.
Le SAMP/T NG intercepte des balistiques tactiques, pas des intercontinentaux nucléaires. La distinction technique est claire. Mais Moscou interprétera le succès comme un pas vers une capacité plus large. Et pourtant, ne pas développer cette défense reviendrait à laisser les populations européennes sans protection face à une menace conventionnelle bien réelle et en expansion.
C’est l’un des dilemmes les plus vertigineux de notre époque. Se défendre contre les missiles est un droit. Mais l’adversaire perçoit cette défense comme une menace. Nous marchons sur une ligne de crête entre protection et provocation. Le SAMP/T NG est peut-être la réponse juste. Mais la question n’a pas de réponse simple.
Vers une doctrine européenne de défense anti-balistique
L’accord pose les fondations de quelque chose qui n’existe pas encore : une doctrine européenne de défense anti-balistique. Jusqu’ici, la protection reposait sur le parapluie américain via l’OTAN. Le SAMP/T NG offre une alternative souveraine — pas un remplacement, mais un complément donnant à l’Europe une marge de manoeuvre inédite.
Si les tests sont concluants, l’étape suivante sera l’intégration à l’échelle continentale. Investissements considérables, partage des coûts, volonté politique commune. L’Ukraine aura fourni la preuve de concept. Reste à l’Europe de construire le système. L’histoire retiendra si elle en a été capable.
Les lecons du terrain : ce que trois ans de guerre enseignent sur la défense de demain
Un savoir forgé dans le feu
Les opérateurs ukrainiens ont développé un savoir opérationnel unique : gestion des salves combinées, optimisation des stocks, priorisation des cibles, coordination de systèmes de sept nationalités. Ce savoir n’existe nulle part ailleurs. C’est lui qui rend le test du SAMP/T NG si précieux.
Les opérateurs vont intégrer le système dans une architecture multicouche rodée par des milliers d’engagements. Comparer ses performances avec le Patriot, le NASAMS, l’IRIS-T. Identifier forces et faiblesses dans des conditions que Thales et MBDA n’ont jamais anticipées. Et pourtant, ce transfert de savoir reste invisible. On parle des armes que l’Occident donne. Jamais des connaissances que l’Ukraine donne en retour.
L’ironie que personne ne relève : l’Ukraine ne reçoit pas seulement des armes. Elle rend un service stratégique inestimable. Chaque missile intercepté, chaque donnée de combat enrichit la sécurité de l’Europe entière. L’Ukraine est le laboratoire. Nous sommes tous les bénéficiaires.
Le retour d’expérience qui vaut des milliards
Les données ukrainiennes ont déjà transformé les doctrines de défense aérienne dans une douzaine de pays de l’OTAN. Le Pentagone a reconnu que ces retours ont modifié la conception des futures générations de systèmes américains. Ce savoir reste gratuit. L’Ukraine le partage parce que sa survie en dépend.
Le SAMP/T NG enrichira cette base d’un chapitre sans précédent. Les ingénieurs d’Eurosam recevront des données que des décennies d’essais n’auraient pas produites. La valeur se chiffre en milliards d’euros d’économies en R&D. Un échange dont les termes devraient faire réfléchir ceux qui calculent le coût de l’aide sans comptabiliser ce que l’Ukraine donne en retour.
Ce que le lecteur doit retenir : un moment de bascule silencieux
L’accord qui pourrait définir une génération
L’accord Zelensky-Macron sur le SAMP/T NG risque de passer inaperçu. C’est un sujet technique — radars, intercepteurs, modules en nitrure de gallium. Et pourtant, dans vingt ans, quand les historiens chercheront le moment où l’Europe a commencé à se doter d’une défense anti-balistique souveraine, ils tomberont sur cette journée de mars 2026.
La création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951 n’a pas fait vibrer les foules. Et pourtant, elle a posé les fondations de l’Union européenne. Le SAMP/T NG pourrait avoir le même impact discret mais profond : poser les bases d’une Europe de la défense qui ne dépend plus de la bienveillance américaine pour sa survie.
Il y a des moments où l’histoire avance à pas de loup. Juste une poignée de main, un accord technique, un système d’armes qui traverse une frontière. Et le monde bascule, imperceptiblement, vers un nouvel équilibre. Je crois que nous vivons l’un de ces moments.
Pour les Ukrainiens, une question de survie
Viktor, 67 ans, retraité de Dnipro, descend dans son abri chaque nuit. Natalia, 28 ans, institutrice à Odessa, a appris à ses élèves de six ans à reconnaître le son d’un Iskander et à se jeter au sol en trois secondes. Pour eux, le SAMP/T NG n’est pas un programme industriel. C’est la possibilité de dormir une nuit entière.
Zelensky porte le poids de ces millions de vies quand il négocie à Paris. Le test du SAMP/T NG n’est pas seulement technique. C’est un test moral. La question que notre époque pose à l’Europe : êtes-vous prêts à construire votre propre bouclier, ou continuerez-vous à emprunter celui des autres en espérant qu’il ne soit jamais retiré ?
Conclusion : Le bouclier que l'Europe doit à ses enfants
Un test qui dépasse toutes les frontières
L’accord du 13 mars 2026 est un point de bifurcation. D’un côté, une Europe qui assume sa défense, investit dans ses technologies, accepte le verdict du réel. De l’autre, une Europe qui sous-traite sa sécurité et espère que la menace balistique restera un problème ukrainien. Le SAMP/T NG, avec son radar Ground Fire à 360 degrés et ses quarante-huit intercepteurs Aster en première salve, incarne cette bifurcation. Ce n’est plus un prototype. C’est un choix de civilisation.
Et pourtant, le plus important n’est ni le radar, ni les missiles. C’est ce que ce test dira de nous. De notre capacité à protéger ceux qui en ont besoin. De notre courage à construire plutôt qu’à acheter, à agir plutôt qu’à espérer. L’Ukraine testera le SAMP/T NG contre des missiles russes. Mais c’est l’Europe qui sera testée.
Il m’arrive de me demander ce que diront nos enfants quand ils liront cette page d’histoire. Diront-ils que nous avons agi quand il était encore temps ? Ou que nous avons hésité, une fois de plus, une fois de trop ? Quelque part en Ukraine, cette nuit, une alerte retentira. Un missile traversera le ciel à sept fois la vitesse du son. Bientôt, l’intercepteur pourrait porter le nom d’Aster. Bientôt, le bouclier pourrait être européen. Bientôt ne suffit pas. Mais c’est un début.
La phrase qui doit rester
Zelensky l’a formulé avec une clarté désarmante : dès que le SAMP/T abattra des missiles balistiques, tout le monde voudra le même bouclier. La question n’est plus de savoir si l’Europe a besoin d’une défense anti-balistique souveraine. La question est de savoir si elle aura le courage de la construire avant qu’il ne soit trop tard. Le SAMP/T NG est le premier chapitre de cette réponse. L’Ukraine l’écrira avec son sang. À l’Europe de ne pas gaspiller cette encre.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
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