L’axe d’Oleksandrivka, colonne vertébrale de l’opération
L’axe d’Oleksandrivka traverse une steppe plate où chaque mouvement est visible à des kilomètres. Pas de forêts, pas de collines. Les forces ukrainiennes ont combiné deux axes de progression — une manoeuvre à double poussée que l’ISW a qualifiée de conçue pour expulser les Russes et devancer leur offensive de printemps. Cette double poussée a forcé les commandants russes à un choix impossible : défendre partout avec des forces insuffisantes ou se replier. Ils ont choisi de défendre. Ils ont perdu.
Les brigades d’assaut aériennes ont été le fer de lance. En février seulement, elles ont libéré 285,6 kilomètres carrés. Ce chiffre prend tout son sens quand on le compare aux gains russes sur la même période. La zone tampon que Moscou voulait créer s’est transformée en piège pour ses propres troupes. Pour la première fois depuis l’été 2023, la balance territoriale a basculé en faveur de l’Ukraine.
On parle beaucoup des avancées russes dans le Donbas. On parle moins de ce qui se passe quand l’Ukraine décide de reprendre l’initiative. Pas parce que ce n’est pas important — parce que la lenteur d’une reconquête fait moins de bruit que la brutalité d’une invasion.
Trois localités, deux poches : ce qu’il reste à faire
Le major-général Komarenko n’a pas cherché à embellir. Trois localités restent à sécuriser. Deux autres nécessitent des opérations de nettoyage — fouiller chaque maison, chaque cave, chaque position fortifiée. C’est un travail ingrat, dangereux et invisible. Il ne fait pas les gros titres. Il sauve des vies.
Kyiv dit : presque. Presque, parce que la guerre ne connaît pas les lignes droites. Cette honnêteté opérationnelle est une arme. Elle construit la crédibilité que la Russie a perdue dans ses communiqués où chaque retraite devient un regroupement tactique et chaque défaite un succès non spécifié.
Pourquoi Dnipropetrovsk et pourquoi maintenant
La logique russe de la zone tampon
La stratégie russe dans l’oblast de Dnipropetrovsk obéissait à une doctrine héritée de la pensée militaire soviétique : créer de la profondeur. Rendre inefficaces les drones kamikazes et l’artillerie ukrainienne. En pratique, cela signifie occuper des territoires qu’on n’a pas les moyens de défendre, étirer ses lignes de ravitaillement. Et pourtant, pendant des semaines, les cartes montraient une progression russe, alimentant le récit d’une armée ukrainienne en difficulté.
Ce récit était trompeur. Les forces armées ukrainiennes ont laissé les Russes s’étirer, identifié leurs points faibles, puis frappé. L’opération n’était pas une réaction de panique — c’était une embuscade à l’échelle opérationnelle. Chaque erreur russe a été transformée en opportunité ukrainienne. Olha, 34 ans, institutrice à Oleksandrivka, avait fui sa ville en novembre. Quand elle a appris la nouvelle, elle a appelé sa mère. Trois mots : ma maison existe encore.
La guerre est un jeu de patience autant que de puissance. Et dans ce jeu, ceux qui connaissent chaque sillon de leur terre ont un avantage que nul satellite ne peut compenser.
Devancer l’offensive de printemps
L’analyse de l’ISW est claire : l’avancée visait à devancer l’offensive de printemps russe. Le major-général Komarenko a identifié trois secteurs critiques : Pokrovsk, Oleksandrivka et Zaporijjia. En frappant avant que les Russes ne lancent leur propre opération, les Ukrainiens ont repris du terrain ET déstabilisé le dispositif russe.
Cette frappe préventive a forcé Moscou à redistribuer des ressources de l’attaque vers la défense. Les répercussions se feront sentir sur l’ensemble du front sud. Chaque unité russe réaffectée à la défense de positions perdues est une unité qui ne participera pas à l’offensive de printemps. C’est l’essence même de la manoeuvre stratégique.
Le basculement de février : quand les chiffres racontent l'histoire
Plus de territoire repris que perdu
Les données sont impitoyables. En février 2026, pour la première fois depuis l’été 2023, l’Ukraine a repris davantage de territoire qu’elle n’en a perdu. C’est un renversement de tendance. Depuis la contre-offensive manquée de 2023, le narratif dominant décrivait une Ukraine en défensive permanente. Et pourtant. Les 285,6 kilomètres carrés repris par les seules forces aéroportées racontent une autre histoire. Celle d’une armée qui a appris, qui s’est adaptée, qui a trouvé les failles.
Sur le front de Pokrovsk, la Russie a progressé d’environ cinq kilomètres en profondeur, au prix de pertes considérables. Face à ces progressions laborieuses, les 400 kilomètres carrés de Dnipropetrovsk montrent que la stratégie russe d’attrition a ses limites.
Les chiffres ne mentent pas, mais ils ne disent pas toute la vérité. Derrière chaque kilomètre carré repris, il y a des soldats qui ne reviendront pas. La victoire a un goût amer quand elle se compte en tombes autant qu’en territoires.
Ce que disent les analystes
L’Institute for the Study of War a qualifié ce basculement de premier gain territorial net ukrainien depuis février 2026. La différence avec 2023 est dans la méthode. Pas de percée massive. Une exploitation méthodique des faiblesses adverses, une manoeuvre à double axe. La preuve que la qualité tactique peut encore triompher de la quantité brute.
Cette opération a été menée avec des unités spécialisées, des brigades d’assaut aériennes, des forces spéciales, coordonnées avec une précision que seuls des mois de préparation permettent. Les analystes occidentaux soulignent que ce type de manoeuvre combinée démontre une maturité opérationnelle que peu d’armées atteignent, même en temps de paix.
Oleksandrivka : entre ruines et renaissance
Ce que la guerre a laissé derrière elle
Avant la guerre, Oleksandrivka était une petite ville où tout le monde se connaît, où le marché du samedi rythme la semaine. Les forces russes ont transformé les écoles en casernes, les maisons en positions de tir. Viktor, 62 ans, mécanicien à la retraite, est resté parce qu’il ne pouvait pas abandonner ses trois chiens. Pendant des semaines, il a vécu dans sa cave, rationnant l’eau de pluie. Quand les soldats ukrainiens ont frappé à sa porte, il a vu le drapeau sur le brassard. Il a pleuré sans bruit, debout dans l’embrasure, ses trois chiens collés à ses jambes. Ce sont ces images que les cartes ne montrent pas.
Les forces russes en retraite ont miné des routes, piégé des bâtiments, détruit des infrastructures. Le déminage prendra des mois. Et pourtant, les premiers retours de civils commencent. Par petits groupes. Des gens qui veulent voir si leur maison tient encore debout.
Libérer un territoire, ce n’est pas planter un drapeau et passer au suivant. C’est déminer chaque mètre, relever chaque mur, reconnecter chaque fil. La vraie bataille commence quand les armes se taisent.
Les cicatrices invisibles du terrain
Les champs sont saturés de munitions non explosées. Les réseaux d’eau et d’électricité sont hors service. C’est l’équation cruelle de toute nation en guerre : combattre ET reconstruire simultanément. Andriy, 41 ans, agriculteur, est revenu dès le lendemain. Sa grange n’avait plus de toit.
Il a commencé par ramasser les douilles d’obus qui jonchaient son champ. Méthodiquement. Rang par rang. Comme s’il labourait. Parce que pour lui, ramasser ces douilles, c’était déjà semer. Les équipes de déminage estiment qu’il faudra des années avant que ces terres retrouvent leur vocation agricole. Mais Andriy n’attend pas les équipes. Il avance, rang par rang.
L'unité Artan et les forces spéciales : les fantômes de Stepnohirsk
Une opération dans l’ombre
Pendant que l’attention se concentrait sur Oleksandrivka, l’unité Artan reprenait des positions de première ligne près de Stepnohirsk dans la région de Zaporijjia. Sans sa sécurisation, toute avancée vers le nord-est aurait été vulnérable. L’unité Artan a fait ce que les forces spéciales font le mieux : opérer là où personne ne regarde et disparaître avant que l’ennemi ne comprenne ce qui s’est passé.
Le rôle des forces spéciales ukrainiennes dans cette guerre dépasse le cadre des opérations ponctuelles. Elles ont développé une expertise unique dans la guerre hybride — reconnaissance avancée, frappes ciblées, sabotage des lignes de communication, coordination avec les forces conventionnelles. Sans leurs yeux et leurs mains sur le terrain, la manoeuvre à double axe dans Dnipropetrovsk aurait été un pari aveugle. Avec elles, c’était un calcul maîtrisé.
Les guerres se gagnent rarement sous les projecteurs. Elles se gagnent dans les fossés, à quatre heures du matin, par des gens dont on ne connaîtra jamais le visage.
La coordination inter-armes, clé de la victoire
Ce qui distingue l’opération, c’est la coordination inter-armes. Brigades d’assaut, forces spéciales, artillerie, drones, guerre électronique — tous ont fonctionné comme un organisme unique. Les drones kamikazes ont joué un rôle déterminant dans chaque phase de l’avancée.
Reconnaissance en temps réel, frappes de précision, brouillage des communications russes — dans la steppe plate où chaque mouvement est visible, cette maîtrise du ciel à basse altitude a été décisive. Les commandants au sol recevaient des images en direct, ajustant leurs manoeuvres en fonction des mouvements ennemis captés par les drones.
Pokrovsk, Oleksandrivka, Zaporijjia : les trois fronts du printemps
La menace qui ne dort pas
Le major-général Komarenko a identifié trois secteurs critiques pour l’offensive de printemps russe : Pokrovsk, Oleksandrivka et Zaporijjia. Pokrovsk est un noeud logistique vital. Oleksandrivka devait servir de tremplin vers le Dnipro. Zaporijjia est la porte vers la centrale nucléaire occupée. Et pourtant, la victoire à Dnipropetrovsk a modifié l’équation. En reprenant l’axe d’Oleksandrivka, les Ukrainiens ont neutralisé l’un des trois vecteurs d’attaque.
Chaque jour sans offensive russe sur cet axe est un jour gagné pour l’Ukraine — un jour de plus pour fortifier, entraîner, recevoir les équipements occidentaux. Le temps, dans cette guerre, est un allié capricieux. Mais en mars 2026, il joue pour Kyiv.
Gagner du temps ne signifie pas gagner la guerre. Mais perdre du temps signifie toujours la perdre. L’Ukraine vient de s’acheter un répit. À elle de l’utiliser. À ses alliés de lui en donner les moyens.
Pokrovsk, le point chaud qui ne refroidit pas
Si Dnipropetrovsk offre des raisons d’espérer, Pokrovsk rappelle que cette guerre est un monstre à plusieurs têtes. Les Russes y envoient des vagues d’assaut quotidiennes. Le succès à Dnipropetrovsk pourrait forcer Moscou à redéployer des forces, affaiblissant la pression sur ce noeud logistique vital.
Chaque pièce déplacée sur l’échiquier ouvre une vulnérabilité ailleurs. La contre-offensive n’était pas seulement locale. C’était un coup joué sur l’échiquier global du conflit. Les commandants ukrainiens pensent en termes de système, pas de secteur isolé — et c’est cette vision d’ensemble qui fait la différence.
La leçon de Koursk : ce que 2024 a enseigné à 2026
L’audace comme doctrine
La dernière fois que l’Ukraine avait pris l’initiative ainsi, c’était lors de l’opération de Koursk en août 2024. Une incursion audacieuse en territoire russe qui avait sidéré le monde et forcé le Kremlin à redéployer des forces. Koursk n’avait pas été une victoire territoriale durable. Mais elle avait brisé un mythe et fourni des leçons tactiques que les commandants ukrainiens ont manifestement appliquées ici. La principale : l’audace fonctionne quand elle est soutenue par l’intelligence. Pas l’audace aveugle, mais l’audace calculée de celui qui voit ce que les autres ne voient pas.
À Dnipropetrovsk, cette leçon s’est traduite par une opération combinant surprise tactique, exploitation des faiblesses adverses et objectifs réalistes. Une avancée méthodique, consolidée à chaque étape. L’anti-thèse de l’approche russe qui consiste à jeter des hommes contre des positions fortifiées.
Koursk était un coup de tonnerre. Dnipropetrovsk est un lever de soleil. Moins spectaculaire, mais infiniment plus durable. On ne gagne pas les guerres avec des coups d’éclat. On les gagne avec la constance de ceux qui refusent d’abandonner.
L’adaptation permanente comme avantage
Entre Koursk et Dnipropetrovsk, dix-huit mois d’apprentissage. La capacité d’adaptation rapide est devenue le principal avantage asymétrique de l’Ukraine. Le manque de munitions a poussé vers les drones. Le manque de blindés a perfectionné les tactiques d’infanterie légère.
La Russie peut produire plus de chars. Elle ne peut pas reproduire l’intelligence collective d’une armée qui se bat pour sa survie. Chaque contrainte a engendré une innovation. Chaque pénurie a forcé une adaptation. Ce qui aurait pu briser l’armée ukrainienne l’a rendue plus agile, plus inventive, plus redoutable.
Le front invisible : la guerre de l'information
Quand Moscou transforme la retraite en victoire
La libération de Dnipropetrovsk a été accueillie par un silence assourdissant côté russe. Pas de communiqué reconnaissant la perte de terrain. La machine habituelle : succès dans d’autres secteurs, chiffres invérifiables, déclarations vagues sur des regroupements tactiques. Cette réécriture permanente fonctionne à l’intérieur de la Russie. Elle ne trompe plus personne à l’extérieur.
Et pourtant, le récit russe a des effets retors. En noyant les faits dans un flot de désinformation, il crée une fatigue informationnelle chez les observateurs. Quand tout est contesté, beaucoup décrochent. C’est exactement ce que Moscou recherche. Face à cette stratégie, les chiffres bruts — 400 kilomètres carrés, 285,6 en février — sont le meilleur antidote. Les faits ne se fatiguent pas.
La vérité est l’arme la plus dangereuse de cette guerre. Pas parce qu’elle blesse, mais parce qu’elle empêche de détourner le regard. Et détourner le regard, c’est exactement ce qu’on attend de nous.
Le rôle crucial des sources ouvertes
La confirmation n’est pas venue uniquement des communiqués ukrainiens. L’ISW, les analystes de sources ouvertes, les observateurs indépendants scrutant les images satellite ont tous corroboré l’avancée. Quand le major-général Komarenko dit presque libérée plutôt que totalement libérée, il renforce la confiance.
La crédibilité, dans cette guerre, vaut autant que les munitions. Chaque communiqué vérifié par des sources indépendantes construit un capital de confiance que la Russie a dilapidé depuis longtemps. Dans un conflit où l’information est une arme, la transparence ukrainienne est un avantage stratégique que Moscou ne peut ni copier ni contrer.
Les civils de Dnipropetrovsk : entre retour et incertitude
Revenir chez soi quand chez soi n’existe plus
Natalia, 47 ans, infirmière, a quitté son village en octobre avec une valise et le cartable de son fils. Elle est partie vers Dnipro, la grande ville qui accueille les déplacés dans des gymnases transformés en dortoirs. Quand elle a appris la libération, sa première réaction n’a pas été la joie. C’était la peur. Peur de ce qu’elle trouverait en rentrant. Peur que sa maison ne soit plus qu’un tas de gravats. Cette peur est celle de centaines de milliers de déplacés internes qui attendent le jour où ils pourront rentrer, tout en redoutant ce que ce jour leur réserve.
Le constat est sévère : habitations endommagées, réseaux d’eau et d’électricité hors service, écoles transformées en casernes. Le déminage est la priorité absolue. Chaque mine oubliée, chaque sous-munition non explosée est une condamnation en sursis.
On libère un territoire en quelques semaines. On reconstruit une vie en plusieurs années. Et entre les deux, il y a cette zone grise où les gens existent sans vraiment vivre, suspendus entre ce qu’ils ont perdu et ce qu’ils n’ont pas encore retrouvé.
La solidarité comme rempart
Dans les centres d’accueil de Dnipro, la nouvelle a provoqué des scènes de joie mêlée de larmes. Des associations locales ont organisé des convois. Cette solidarité ukrainienne est le fruit de quatre années d’organisation. Mais les bénévoles s’épuisent. Les donateurs se lassent.
La fatigue humanitaire est réelle. Le pays tient parce que ses habitants refusent de lâcher. Mais tenir n’est pas vivre. Les déplacés internes qui attendent dans les gymnases de Dnipro rêvent de rentrer chez eux. La libération leur offre enfin cette possibilité — fragile, incertaine, mais tangible.
Le soutien occidental : promesses, livraisons et frustrations
Ce que l’Occident a donné et ce qui manque encore
Le succès de Dnipropetrovsk ne s’est pas produit dans un vide. Les équipements occidentaux — défense aérienne, munitions, véhicules blindés — ont joué un rôle. Mais le soutien reste marqué par une contradiction : suffisant pour que l’Ukraine tienne, insuffisant pour qu’elle gagne. Les 400 kilomètres carrés sont la preuve que l’Ukraine produit des résultats concrets. Et la preuve de ce qu’elle pourrait accomplir avec davantage.
Chaque mois de retard dans une livraison se traduit en territoires perdus, en soldats morts. Chaque débat dans les capitales occidentales envoie un signal au Kremlin : tenez bon, l’Occident va se fatiguer. Dnipropetrovsk est un argument puissant en faveur d’un soutien accru.
Donner juste assez pour ne pas perdre, mais pas assez pour gagner, ce n’est pas du soutien. C’est de la gestion de risque sur le dos de ceux qui meurent.
L’équation des munitions
La question des munitions reste le nerf de cette guerre. Chaque kilomètre carré repris coûte des dizaines de millions. La production industrielle occidentale ne suit toujours pas le rythme. Et pourtant, même avec ces contraintes, l’armée ukrainienne a mené une contre-offensive qui a changé la dynamique du front sud.
Le major-général Komarenko l’a dit : nous faisons tout ce que nous pouvons, et même un peu plus. Un peu plus. Cette expression modeste cache des sacrifices quotidiens que les salons diplomatiques peinent à imaginer. Chaque obus tiré est un choix. Chaque choix a un prix. Et ce prix, ce sont les soldats qui le paient.
Ce que Dnipropetrovsk change dans l'équation de la guerre
Un signal envoyé à Moscou
La libération quasi complète de Dnipropetrovsk envoie un message qui dépasse le cadre militaire. L’Ukraine n’est pas en train de perdre. Malgré les prédictions sur l’épuisement ukrainien, malgré les pressions pour négocier depuis une position de faiblesse, l’Ukraine vient de démontrer qu’elle peut reprendre l’initiative et infliger des revers significatifs à une armée numériquement supérieure. Ce n’est pas Kherson. C’est peut-être plus important — parce que Dnipropetrovsk est reproductible. La méthode peut fonctionner ailleurs.
Le signal au Kremlin est clair : la zone tampon peut être détruite, les territoires occupés ne sont pas sécurisés, les plans d’offensive peuvent être neutralisés. Quatre cents kilomètres carrés de doute, c’est beaucoup.
La Russie mise sur notre fatigue. Sur notre lassitude. Sur notre capacité collective à oublier. Dnipropetrovsk est un rappel que ceux qui se battent, eux, n’oublient rien.
Un signal envoyé aux alliés
Le message s’adresse aussi aux capitales occidentales où se débattent les budgets d’aide. Dnipropetrovsk dit : votre investissement produit des résultats. Pas des résultats abstraits — des villages libérés, des civils qui rentrent, une offensive ennemie neutralisée avant de commencer. Pour ceux qui hésitent, les 400 kilomètres carrés sont la meilleure des réponses. Pas verbale. Factuelle.
Négocier depuis une position où l’on reprend du terrain n’est pas la même chose que négocier depuis une position où l’on en perd. L’Ukraine vient de prouver qu’elle est capable de la première. Chaque euro investi dans l’aide militaire se traduit en mètres repris, en familles qui rentrent, en lignes de front stabilisées. La preuve est dans la steppe de Dnipropetrovsk.
L'horizon de mars 2026 : ce qui reste à écrire
Le printemps comme champ de bataille
Mars 2026. Le dégel commence. La raspoutitsa — la saison des boues — impose une pause tactique. Mais cette année, l’Ukraine en sort avec un gain territorial net. La Russie en sort avec un plan d’offensive amputé d’un axe. Le rapport de force matériel n’a pas fondamentalement changé. Mais le momentum psychologique a changé. Et dans une guerre d’usure, le momentum psychologique compte autant que les rapports de forces.
Le Kremlin devra choisir : maintenir ses plans malgré le revers, les modifier, ou les reporter. Chaque option a un coût. C’est le genre de dilemme stratégique que les commandants ukrainiens ont voulu créer.
Le printemps arrive en Ukraine avec la même régularité cruelle que les obus. Mais cette année, pour la première fois depuis longtemps, il arrive aussi avec quelque chose qui ressemble à un élan. Fragile, contesté, menacé — mais réel.
Ce que personne ne peut prédire
La guerre en Ukraine a déjoué toutes les prédictions. Ceux qui annonçaient la chute de Kyiv en trois jours se sont trompés. Ceux qui prédisaient une victoire rapide de la contre-offensive de 2023 aussi. Ceux qui disaient que l’Ukraine ne pourrait plus reprendre l’initiative se trompent en ce moment même. La seule certitude est l’incertitude.
Mais certaines tendances sont lisibles : l’Ukraine s’améliore, son armée apprend plus vite, sa société tient mieux que prévu, son industrie de défense se développe. Ces tendances ne garantissent pas la victoire. Elles garantissent que la défaite n’est pas inévitable. Et dans une guerre que beaucoup croyaient perdue, cette garantie vaut son pesant d’or.
Ce que 400 kilomètres carrés disent au monde
Le poids de chaque mètre repris
Quatre cents kilomètres carrés. Sur une carte, c’est presque rien. Mais ces 400 kilomètres carrés portent le poids de chaque soldat tombé pour les reprendre, de chaque civil qui a attendu dans un abri, de chaque mine enfouie dans un champ où des enfants jouaient il y a quatre ans. La région de Dnipropetrovsk est presque libre. Ce presque est le mot le plus honnête de cette guerre. Il reconnaît le chemin parcouru sans ignorer celui qui reste. Il célèbre la victoire sans nier le sacrifice.
La terre ne ment pas. La steppe de Dnipropetrovsk raconte l’histoire d’une armée qui a refusé la fatalité, d’un peuple qui a refusé la soumission, d’une nation qui a choisi de se battre pour chaque sillon. Cette histoire n’est pas terminée. Les trois localités attendent. Les mines attendent. Les ruines attendent d’être relevées. Mais pour la première fois depuis longtemps, ce qui attend n’est pas seulement de la destruction. C’est aussi de la reconstruction. Pas une reconstruction abstraite promise par des politiciens dans des capitales lointaines. Une reconstruction faite de mains calleuses, de volontés obstinées, de gens qui ramassent des douilles pour pouvoir semer.
Quand cette guerre sera finie — et elle finira — on se souviendra des grandes batailles et des noms de généraux. Mais ce que l’histoire devrait retenir, c’est la main d’un agriculteur qui ramasse des douilles d’obus dans son champ pour pouvoir semer au printemps.
La reconstruction comme acte de résistance
Chaque mur relevé dans la région de Dnipropetrovsk est un acte de défi. Chaque champ déminé est une déclaration d’intention. Les habitants qui reviennent ne reviennent pas seulement chez eux — ils reviennent contre l’occupant, contre sa logique de destruction, contre l’idée même qu’on puisse effacer un peuple en rasant ses maisons. Cette dimension de la résistance ukrainienne est la moins visible et peut-être la plus puissante. Les armes repoussent l’envahisseur. La reconstruction lui dit qu’il a échoué.
Les organisations humanitaires estiment qu’il faudra des années pour rétablir les conditions de vie minimales. On bâtit sous les bombes, on plante dans des champs minés. Et malgré tout, les gens reviennent. Parce que c’est chez eux. Parce que renoncer, ce serait donner raison à ceux qui voulaient les chasser.
Conclusion : La terre ne ment pas
Le courage silencieux
C’est ça, le courage. Pas la bravoure spectaculaire des champs de bataille. La persévérance silencieuse de ceux qui refusent que la guerre ait le dernier mot. De ceux qui reviennent planter dans des champs minés, qui reconstruisent des murs criblés d’impacts, qui envoient leurs enfants dans des écoles sans fenêtres parce que l’éducation ne peut pas attendre la paix. La victoire de Dnipropetrovsk n’est pas seulement militaire. Elle est humaine. La preuve que la résistance n’est pas un concept abstrait — c’est un acte concret, quotidien, répété par des millions de personnes qui ont décidé que leur terre valait chaque sacrifice.
Quatre cents kilomètres carrés. Ce n’est pas la fin de la guerre. Ce n’est pas le début de la fin. C’est peut-être la fin du commencement — le moment où la trajectoire commence à se courber vers quelque chose qui n’est pas encore la paix mais qui n’est plus l’impasse.
Ce que la steppe n’oubliera pas
Et quelque part dans la steppe libérée, un agriculteur ramasse des douilles dans son champ. Rang par rang. Parce que le printemps n’attend pas. Parce que la terre, elle, ne ment jamais. La steppe de Dnipropetrovsk gardera les traces de cette guerre longtemps après que les derniers obus auront rouillé. Elle gardera aussi la mémoire de ceux qui ont refusé de la céder — les soldats dans les tranchées, les civils dans les abris, les agriculteurs dans les champs minés.
Le major-général Komarenko et ses soldats ne pensent pas aux grands récits. Ils pensent aux trois localités qu’il reste à prendre. C’est ainsi que les guerres se gagnent — pas dans les discours, mais dans l’obstination de ceux qui refusent de céder un mètre de plus.
Ce n’est pas 400 kilomètres carrés sur une carte. Ce sont des milliers de vies qui vont pouvoir recommencer. Et ça, aucun communiqué de victoire, aucune analyse stratégique, aucun rapport militaire ne pourra jamais le mesurer.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Kyiv Independent — Ukraine retakes most Russian-held areas in Dnipropetrovsk Oblast — mars 2026
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