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ANALYSE : Ce que Moscou sait de ses propres morts — et cache au monde
Crédit: Adobe Stock

Trois ans de silence statistique organisé

Pour comprendre la portée des documents obtenus par le HUR, il faut mesurer l’abîme qui sépare ces chiffres de la communication officielle russe. La dernière déclaration officielle du ministère de la Défense russe sur ses pertes en Ukraine remonte à septembre 2022. À ce moment-là, Moscou reconnaissait officiellement 6 000 soldats tués. Face aux 1 315 000 pertes totales révélées par les documents classifiés, ce chiffre représente moins d’un demi-point de pourcentage de la réalité. Ce n’est pas une imprécision. Ce n’est pas une marge d’erreur. C’est un mensonge d’État documenté, mesuré, organisé à l’échelle industrielle.

Depuis septembre 2022, le Kremlin a fait le choix délibéré de ne plus communiquer de bilan. La stratégie est transparente : en l’absence de chiffres officiels, tout débat sur les pertes peut être présenté comme spéculatif, partisan. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a qualifié les études indépendantes de sources qui « ne peuvent ou ne doivent pas être considérées comme des informations fiables. » C’est le retournement classique de l’autoritarisme informationnel : vider le terrain de tout repère vérifiable pour disqualifier toute estimation qui émerge dans ce vide.


Trois ans sans un seul chiffre officiel. Trois ans pendant lesquels des dizaines de milliers de familles russes ont enterré leurs fils sans que l’État consente à dire combien ils étaient.

Le fossé entre le discours de victoire et la réalité comptabilisée

Pendant ces trois années de silence statistique, la rhétorique officielle russe n’a pas changé d’un iota. Les chaînes d’État continuent de diffuser des bulletins de victoire, des images de villages pris, de positions consolidées. La dissonance entre ce récit triomphaliste et les chiffres que Moscou consigne en interne est saisissante. Une armée qui perd 1,3 million d’hommes en quatre ans n’est pas une armée qui gagne facilement — c’est une armée qui absorbe des pertes à un rythme que peu de forces armées modernes pourraient soutenir sans rupture de cohésion profonde.

Bloomberg, citant des responsables occidentaux en février 2026, a établi un bilan précis : 430 000 pertes en 2024 et 415 000 pertes en 2025. Ce sont des chiffres qui dépassent les pertes totales de nombreux conflits majeurs de la seconde moitié du XXe siècle — concentrées sur deux années calendaires. La guerre en Ukraine est, par ses dimensions humaines, l’un des conflits les plus meurtriers depuis 1945. Ce fait, que Moscou enregistre dans ses dossiers classifiés, est précisément ce que la propagande du Kremlin s’emploie à rendre invisible.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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