Le socle juridique du plan
Les cinq premiers points du document posent ce que les négociateurs appellent le « socle indiscutable » : la souveraineté pleine et entière de l’Ukraine sur son territoire reconnu par les frontières de 1991, l’engagement de non-agression mutuelle inscrit dans un traité contraignant, et la mise en place d’un mécanisme de surveillance internationale piloté par une coalition d’États garants. Ces points ne sont pas négociables selon Kyiv. Ils forment la colonne vertébrale sans laquelle le reste s’effondre. Les négociateurs américains ont soutenu cette position, estimant qu’un accord sans garanties juridiques solides ne vaudrait pas le papier sur lequel il serait signé — une leçon tirée explicitement des Accords de Minsk de 2014 et 2015, dont le non-respect par Moscou a préfiguré l’invasion de 2022.
Le mécanisme de surveillance prévu est ambitieux : des observateurs permanents stationnés sur la ligne de contact, des drones de surveillance internationale, des rapports trimestriels au Conseil de sécurité de l’ONU — avec une procédure de contournement du veto russe via l’Assemblée générale. C’est là une innovation juridique significative, qui témoigne du fait que les rédacteurs ont anticipé les blocages institutionnels habituels. La souveraineté ukrainienne n’est pas seulement affirmée — elle est protégée par une architecture de vérification sans précédent dans l’histoire récente des conflits européens.
Je me souviens des Accords de Minsk. On y croyait. Puis rien. Alors oui, cette fois ils ont blindé le texte juridiquement. Mais une armure de papier tient jusqu’à ce qu’un homme décide de la percer.
Non-agression — un engagement à double tranchant
Le point 3 du plan introduit un traité bilatéral de non-agression entre l’Ukraine et la Russie, à durée indéterminée, avec clause de révision tous les dix ans. Ce type de traité existe dans le droit international — mais son efficacité dépend entièrement de la volonté des signataires. Les juristes de l’Université de Genève consultés par des médias spécialisés ont noté que sans mécanisme de sanction automatique en cas de violation, le traité reste symbolique. Or le plan prévoit précisément un tel mécanisme : des sanctions économiques pré-autorisées par un accord multilatéral, déclenchables sans nouveau vote au Conseil de sécurité. C’est là que réside l’originalité du texte.
Et pourtant, ce mécanisme de sanction automatique suppose que les signataires de cet accord multilatéral — États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Pologne — restent solidaires sur la durée. L’histoire récente des alliances occidentales n’invite pas à un optimisme aveugle. Mais le fait que ce dispositif soit inscrit noir sur blanc dans un document co-rédigé par Washington constitue, au minimum, un engagement politique majeur que les futures administrations américaines ne pourront pas ignorer sans coût diplomatique réel.
L'armée ukrainienne à 800 000 hommes — la ligne rouge de Kyiv
Pourquoi ce chiffre est non négociable
Le point 8 du plan de paix stipule que l’Ukraine maintient le droit de conserver une armée nationale de 800 000 soldats en temps de paix, équipée selon les standards OTAN, entraînée par des instructeurs alliés et dotée de systèmes de défense antiaérienne de longue portée. Ce chiffre n’est pas sorti du néant : il correspond à la taille de force que les planificateurs militaires ukrainiens jugent nécessaire pour dissuader une nouvelle agression sans dépendre exclusivement de garanties externes. L’Ukraine post-accord ne veut pas être un État défendu par les autres — elle veut être un État capable de se défendre lui-même, appuyé par des alliés. La nuance est fondamentale.
Les états-majors européens, notamment ceux de Pologne et des pays baltes, ont accueilli favorablement cette disposition. Ils savent ce que signifie vivre à côté d’une puissance révisionniste — et ils comprennent que la dissuasion ukrainienne est aussi leur dissuasion. Une Ukraine militairement solide est un tampon stratégique pour toute l’Europe centrale et orientale. Le général Waldemar Skrzypczak, ancien chef des forces terrestres polonaises, a déclaré publiquement que ce point du plan était « la garantie de sécurité la plus crédible que l’Europe centrale ait vue depuis 1989 ».
800 000 soldats. C’est une nation qui a décidé de ne plus jamais être surprise. Je comprends. Après ce qu’ils ont vécu, qui pourrait leur reprocher de vouloir garder la main sur leur propre survie ?
Le coût humain et économique de cette ambition
Maintenir une armée de 800 000 hommes en temps de paix représente un effort budgétaire colossal pour un pays dont le PIB s’est contracté de 29% depuis 2022 selon les estimations de la Banque mondiale. Le plan prévoit que ce financement serait assuré par une combinaison de contributions nationales et d’un fonds de défense européen dédié à l’Ukraine, alimenté à hauteur de 40 milliards d’euros par an par les membres de l’Union européenne. Cette mécanique financière est l’une des plus innovantes du document — et l’une des plus controversées dans les capitales européennes où les budgets sont sous tension.
Et pourtant, les économistes qui ont analysé ce mécanisme soulignent que le coût d’une armée ukrainienne forte est inférieur au coût d’une nouvelle guerre en Europe. Les simulations du Kiel Institute for the World Economy estiment qu’un second conflit majeur en Europe de l’Est coûterait à l’économie du continent entre 800 milliards et 1 200 milliards d’euros sur dix ans. Vu sous cet angle, 40 milliards par an pour la sécurité ukrainienne n’est pas une dépense — c’est une prime d’assurance continentale.
L'article 5 ukrainien — des garanties qui redéfinissent l'architecture de sécurité
Ce que Kyiv a demandé et ce qu’elle a obtenu
Le point le plus sensible du plan est sans doute le point 6 : des garanties de sécurité contraignantes, comparables dans leur esprit à l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, accordées à l’Ukraine par un groupe d’États garants incluant les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et la Pologne. Ces garanties ne passent pas par une adhésion formelle à l’OTAN — question sur laquelle le consensus entre alliés reste impossible à construire rapidement — mais par des accords bilatéraux de défense mutuelle, juridiquement contraignants, ratifiés par les parlements nationaux. C’est ce que certains observateurs appellent désormais « l’OTAN de facto » pour l’Ukraine.
La distinction entre membres de l’OTAN et bénéficiaires de garanties bilatérales peut sembler technique. Elle est pourtant politiquement capitale. La Hongrie et la Turquie, deux membres de l’OTAN dont les positions sur l’Ukraine ont été problématiques, ne peuvent pas bloquer des accords bilatéraux entre États souverains. Ce montage juridique contourne intelligemment les obstacles institutionnels. Keith Kellogg a qualifié ce dispositif de « solution pragmatique au service de la sécurité réelle » — un langage qui indique que Washington l’a validé non comme pis-aller mais comme architecture volontairement choisie.
Ils ont trouvé la porte de service quand la grande porte était bloquée. C’est ça, la diplomatie réelle — pas les grands principes, mais les chemins qui fonctionnent. Je préfère une solution qui marche à un idéal qui reste sur le papier.
La réaction des États garants potentiels
La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a accueilli le principe positivement tout en soulignant que la ratification parlementaire prendrait du temps. Le Royaume-Uni, déjà engagé par un accord bilatéral de défense signé avec l’Ukraine en janvier 2024, a signalé sa disposition à renforcer ce cadre existant. L’Allemagne, en pleine recomposition politique après les élections du début 2025, a exprimé un soutien de principe sous réserve d’un cadre juridique précis. La Pologne a été la plus directe : Varsovie est prête à signer immédiatement. La géographie crée des incentives que la géopolitique abstraite ne produit pas.
Les pays baltes — Estonie, Lettonie, Lituanie — ont unanimement salué ce mécanisme, le qualifiant de « signal fort envoyé à quiconque envisagerait de contester l’ordre européen par la force ». Cette réaction est significative : ces trois pays, membres de l’OTAN depuis 2004, comprennent mieux que quiconque la valeur des garanties de sécurité formelles. Leur enthousiasme est le meilleur indicateur de la crédibilité stratégique du dispositif proposé.
L'intégration européenne et les 800 milliards de reconstruction
L’Ukraine dans l’Union — calendrier et conditions
Le point 10 du plan lie explicitement le processus de paix au calendrier d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Kyiv demande que l’ouverture officielle des négociations d’adhésion soit confirmée dans les six mois suivant un cessez-le-feu, avec un calendrier accéléré visant une adhésion avant 2030. Cette demande n’est pas irréaliste : l’Ukraine a obtenu le statut de candidat officiel en juin 2022, et les premières négociations de chapitre ont débuté en 2024. Le plan de paix cherche à transformer ce processus en garantie géopolitique irréversible — car une Ukraine intégrée à l’UE est une Ukraine dont la déstabilisation coûterait à l’ensemble du bloc.
La Commission européenne, par la voix de sa présidente, a confirmé que le calendrier accéléré était « techniquement envisageable » sous condition que l’Ukraine continue ses réformes structurelles. Les chapitres les plus avancés concernent la réforme judiciaire, la lutte contre la corruption et l’harmonisation douanière — trois domaines où l’Ukraine a réalisé des progrès réels depuis 2022, sous la pression conjuguée de la guerre et des exigences européennes. La reconstruction post-conflit serait, dans ce cadre, financée en partie via les fonds structurels européens.
L’Ukraine dans l’Union européenne. Il y a cinq ans, c’était un horizon lointain. Aujourd’hui, c’est une clause dans un document de paix. L’histoire va parfois plus vite qu’on ne l’imagine — et parfois bien plus lentement qu’on ne l’espère.
Les 800 milliards — qui paie, comment et pour quoi
Le plan prévoit un fonds de reconstruction de 800 milliards d’euros sur dix ans, alimenté par trois sources : les avoirs russes gelés en Occident (estimés à 300 milliards d’euros), les contributions des États membres de l’UE et du G7, et des obligations de reconstruction émises par une entité internationale ad hoc. L’utilisation des avoirs russes gelés est la dimension la plus controversée juridiquement : plusieurs gouvernements européens ont des réserves sur la conformité de cette mesure au droit international des immunités souveraines. Mais le précédent politique est en train de se construire, et les résistances s’érodent.
Le fonds serait géré par une institution de gouvernance tripartite associant l’Ukraine, l’UE et les principaux donateurs du G7. La priorité d’utilisation : infrastructures énergétiques (réseaux électriques, centrales thermiques), logement pour les 14 millions de déplacés ukrainiens, hôpitaux et écoles dans les zones libérées ou dévastées. Les économistes du Centre for Economic Policy Research estiment que chaque euro investi dans la reconstruction ukrainienne génère un retour de 1,7 euro pour les économies européennes exportatrices. Ce n’est pas de la charité — c’est un investissement à rendement calculé.
La question nucléaire — le renoncement ukrainien et son échange
L’Ukraine et l’arme atomique — un spectre qui refait surface
Le point 12 du plan aborde l’un des sujets les plus chargés de l’histoire post-soviétique : la question nucléaire ukrainienne. En 1994, l’Ukraine a renoncé à l’arsenal soviétique hérité sur son territoire — le troisième plus grand au monde à l’époque — en échange des garanties du Mémorandum de Budapest, signé par la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ces garanties se sont révélées sans valeur opérationnelle lors de l’invasion de 2022. Le plan de paix actuel ne propose pas à l’Ukraine de se réarmer nucléairement — ce serait une ligne rouge absolue pour toutes les parties. Mais il reconnaît explicitement la trahison du Mémorandum de Budapest et en tire les conséquences juridiques pour les garanties de remplacement.
Cette reconnaissance formelle est politiquement significative. Elle constitue un précédent dans le droit international : pour la première fois, des puissances nucléaires reconnaissent officiellement que leurs garanties passées à un État non nucléaire ont été insuffisantes et doivent être compensées par des engagements d’une solidité supérieure. C’est une leçon pour tous les États qui ont renoncé ou renonceraient à l’arme nucléaire en échange de promesses de sécurité. La géopolitique de la non-prolifération en sera durablement affectée.
Budapest 1994. Ce mémorandum est le fantôme qui hante chaque négociation depuis 2022. L’Ukraine a désarmé contre des promesses. On lui doit maintenant quelque chose de solide. Vraiment solide.
Zaporijjia — le point de friction nucléaire concret
Le plan traite séparément de la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, sous contrôle russe depuis le début de l’invasion. Le point 13 exige le retour de la centrale sous souveraineté ukrainienne, avec une période de transition de 18 mois durant laquelle une mission de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) assurerait la supervision opérationnelle. L’AIEA a confirmé sa disponibilité de principe pour assumer ce rôle. La question est moins technique qu’elle n’est politique : Moscou a utilisé Zaporijjia comme levier de pression depuis 2022, et y renoncer représente une concession symbolique majeure.
Les six réacteurs de Zaporijjia, actuellement à l’arrêt mais maintenus sous alimentations de secours dans des conditions périlleuses, représentent une capacité de production de 5 700 mégawatts — soit l’équivalent de la consommation de 4 millions de foyers ukrainiens. Leur réactivation sécurisée est indispensable à la reconstruction énergétique du pays. Sans Zaporijjia, la reconstruction de l’Ukraine est techniquement plus lente et économiquement plus coûteuse. C’est pourquoi ce point, technique en apparence, est stratégiquement central pour Kyiv.
Le territoire — la ligne de contact comme nouvelle réalité provisoire
Ce que Kyiv cède et ce qu’elle ne cède pas
Le point 7 du plan est celui qui a suscité le plus de débats internes en Ukraine. Il stipule que, dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu, la ligne de contact actuelle sera gelée provisoirement comme ligne d’administration militaire — sans reconnaissance juridique de la souveraineté russe sur les territoires occupés. Cette distinction est cruciale : l’Ukraine ne reconnaît pas la perte de territoire, mais accepte temporairement une réalité de facto que le droit international n’entérine pas. C’est le modèle appliqué à Chypre depuis 1974 ou à la Corée depuis 1953 — des situations figées qui durent des décennies sans résolution formelle.
La position officielle de Kyiv reste inchangée : l’Ukraine revendique l’intégralité de son territoire de 1991, y compris la Crimée. Mais les négociateurs ukrainiens reconnaissent en privé que la libération militaire de tous les territoires occupés n’est pas réaliste à court terme. Le plan crée donc une architecture de transition : gel de la ligne de contact, maintien des revendications souveraines, mécanismes diplomatiques pour une résolution future — sans délai imposé. C’est une position inconfortable mais intellectuellement honnête face à la réalité du terrain.
Geler une ligne de contact sans la légitimer. C’est tenir deux vérités contradictoires en même temps. La diplomatie est parfois l’art de vivre dans la contradiction sans s’y noyer.
Crimée — le sujet que personne ne veut nommer clairement
La Crimée est le seul territoire pour lequel le plan ne prévoit pas de mécanisme de retour spécifique — et c’est précisément ce silence qui dit tout. Les négociateurs ont compris qu’inscrire la Crimée dans le texte comme objectif à court terme rendrait tout accord impossible. Moscou considère la Crimée comme partie intégrante de la Russie depuis son annexion en 2014 — annexion non reconnue par la quasi-totalité de la communauté des États. Le plan mentionne seulement que le statut de la Crimée fera l’objet de négociations séparées, dans un cadre à définir, sans échéance.
Cette approche « Crimée hors tableau » est critiquée par une partie de l’opinion ukrainienne, qui y voit une capitulation rampante. Elle est défendue par les pragmatistes, qui rappellent que le retour de la Crimée par voie militaire implique des frappes sur un territoire que la Russie considère comme le sien — avec tous les risques d’escalade que cela comporte. Différer le problème n’est pas le résoudre, mais c’est parfois la seule façon de ne pas bloquer tout le reste. C’est le pari stratégique du plan Zelensky sur la Crimée.
Les prisonniers, les enfants, les clauses humanitaires
Les milliers d’Ukrainiens détenus en Russie
Le plan consacre trois de ses vingt points — les points 14, 15 et 16 — aux questions humanitaires. Point 14 : libération de tous les prisonniers de guerre dans les 90 jours suivant un cessez-le-feu, selon les dispositions de la Convention de Genève. Le Comité international de la Croix-Rouge serait chargé de superviser ce processus. Le nombre de prisonniers ukrainiens détenus en Russie est estimé entre 15 000 et 20 000 selon les organisations humanitaires — des chiffres difficiles à vérifier indépendamment mais cohérents avec l’ampleur du conflit. Chacun de ces hommes et femmes représente une famille qui attend, une vie suspendue, une douleur concrète que les statistiques ne parviennent pas à contenir.
Le point 15, peut-être le plus chargé émotionnellement, concerne le retour des enfants ukrainiens déportés en Russie. Le procureur de la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt pour ce chef d’accusation — contre Vladimir Poutine et contre la commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova. Le plan exige l’identification et le retour de ces enfants, estimés à 19 546 par les autorités ukrainiennes, avec l’assistance d’organisations internationales. Ce chiffre, chaque enfant représentant une vie arrachée à sa famille et à sa langue, constitue l’un des aspects les plus graves de ce conflit.
Des enfants. 19 546 enfants. Je ne sais pas quoi dire d’autre. Quand un plan de paix doit contenir un article sur le retour des enfants volés, c’est que quelque chose d’irréparable s’est déjà produit.
La démocratie comme clause de paix
Le point 17 introduit une dimension inédite dans les accords de cessation des hostilités : une clause de consolidation démocratique. L’Ukraine s’engage à maintenir le pluralisme politique, la liberté de la presse et l’indépendance judiciaire comme conditions de maintien des garanties de sécurité accordées par les États garants. C’est une clause à double tranchant : elle engage l’Ukraine à ne pas dériver vers l’autoritarisme sous couvert de « nécessités sécuritaires » post-guerre, mais elle donne aussi aux États garants un levier de conditionnalité sur la politique intérieure ukrainienne.
Certains juristes y voient une ingérence dans la souveraineté interne de l’Ukraine. D’autres estiment qu’il s’agit d’une garantie bienvenue, dans un contexte où les transitions post-conflit ont souvent vu des démocraties prometteuses basculer vers des régimes hybrides. La Géorgie post-2008 est un exemple douloureux de cette trajectoire. Le plan Zelensky parie sur une Ukraine qui restera démocratique par conviction — et utilise cette clause comme engagement public devant l’histoire. C’est le pari de la lucidité face au risque de dérive autoritaire.
La réaction russe — le silence calculé de Moscou
Ce que le Kremlin n’a pas dit
La réaction officielle du Kremlin au plan en 20 points a été, précisément, le silence. Pendant soixante-douze heures après la conférence de presse de Zelensky, aucune déclaration officielle n’a émané du palais présidentiel russe. Ce silence n’était pas l’absence de réponse — c’était une réponse. Les diplomates occidentaux expérimentés le savent : quand Moscou se tait face à une initiative majeure, c’est qu’elle évalue, qu’elle teste la réaction internationale, qu’elle cherche les failles du texte avant de formuler une position. Le silence du Kremlin était de la lecture, pas du rejet.
Quand la réponse est finalement venue — par la voix du porte-parole présidentiel Dmitri Peskov — elle était formulée avec une prudence inhabituelle. Peskov n’a pas rejeté le plan comme « inacceptable » (le terme habituel). Il a déclaré que Moscou « prendrait connaissance du document » et « formulerait ses observations en temps utile ». Ce langage diplomatique mesuré, distinct de la rhétorique belliciste des deux dernières années, a été interprété par plusieurs chancelleries européennes comme un signal positif minimum — pas un oui, mais pas non plus le non fracassant habituel.
Le silence de Moscou. J’y ai cherché un signe. Un signal. Peut-être que j’y mets trop. Peut-être qu’un calcul cynique se cache derrière cette retenue. Mais peut-être aussi qu’une porte n’est pas complètement fermée.
Les lignes rouges russes connues
Au fil des déclarations publiques russes depuis 2022, plusieurs positions ont été exprimées comme non négociables. La neutralité de l’Ukraine — c’est-à-dire son exclusion de l’OTAN — est la première. Sur ce point, le plan de Zelensky fait une concession de fait : en substituant des garanties bilatérales à l’adhésion OTAN, il contourne sans répondre frontalement à la demande russe. La deuxième ligne rouge russe est la reconnaissance des territoires annexés — Crimée, Donetsk, Louhansk, Zaporizhzhia, Kherson. Sur ce point, le plan de Zelensky ne fait aucune concession : il rejette toute reconnaissance juridique et prévoit des mécanismes de contestation continue.
La troisième ligne rouge russe est moins souvent citée mais peut-être la plus fondamentale : Moscou demande des garanties que les systèmes d’armes occidentaux fournis à l’Ukraine ne seront pas utilisés contre le territoire russe. Le plan aborde cette question au point 19, en prévoyant des « restrictions d’emploi » négociées pour certaines catégories d’armes — un compromis potentiel qui mérite une analyse approfondie mais qui reste, pour l’heure, dans les zones grises du texte.
La Coalition des volontaires — l'Europe dans la structure de paix
Un acteur collectif qui monte en puissance
Le point 9 du plan fait référence à la « Coalition des volontaires », ce groupe de nations européennes — initialement lancé par la France et le Royaume-Uni à l’initiative du président Macron en février 2024 — qui avaient envisagé l’envoi de troupes en Ukraine dans un rôle de formation et de présence dissuasive. Dans le cadre du plan de paix, cette coalition évolue : elle devient le noyau dur des forces de maintien de la paix européennes déployées sur la ligne de contact dans les premiers mois suivant un cessez-le-feu. Ce n’est plus hypothétique — c’est désormais inscrit dans un document négocié.
Les pays membres de cette coalition au moment de la publication du plan incluent la France, le Royaume-Uni, la Pologne, les pays baltes, la Finlande, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas. Ensemble, ils représentent une capacité militaire significative et, surtout, une légitimité politique européenne pour intervenir comme garants de paix. Ce déploiement serait distinct de l’OTAN sur le plan formel — ce qui permet à des pays comme la Hongrie de ne pas participer sans bloquer l’ensemble du mécanisme.
L’Europe qui se lève. Pas unanime, pas parfaite, mais là. Pour quelqu’un qui a observé l’Europe se diviser sur chaque crise depuis vingt ans, voir cette coalition exister est quelque chose.
Le commandement et les règles d’engagement
La question du commandement des forces de maintien de la paix est délicate. Le plan prévoit une structure de commandement intégrée placée sous autorité politique du comité des États garants, avec un commandant militaire désigné par rotation parmi les nations participantes. Les règles d’engagement seraient strictement défensives dans une première phase, évolutives selon l’état de la situation sécuritaire. Cette approche flexible est nécessaire mais complexe à mettre en oeuvre : comment définir « défensif » quand une provocation survient ?
Les planificateurs militaires de l’état-major britannique et de l’armée française travaillent depuis plusieurs mois sur ces scénarios d’engagement. Les résultats de leurs travaux ont alimenté la rédaction du point 9 du plan — ce qui explique le niveau de détail technique du texte sur ce sujet. Ce n’est pas de la théorie : c’est le résultat d’une planification opérationnelle réelle, conduite par des militaires qui savent ce que signifie déployer des forces dans une zone post-conflit instable.
Le référendum ukrainien — la paix soumise au peuple
Une exigence démocratique inédite
Le point 20 — le dernier du plan — est peut-être le plus audacieux politiquement : il prévoit qu’aucun accord de paix ne sera signé sans référendum national ukrainien. Le peuple ukrainien devra approuver les termes de la paix à la majorité simple des votants, avec un quorum de participation de 50%. Ce mécanisme est présenté par Zelensky comme une condition de légitimité démocratique irremplaçable — et comme une protection contre les accusations de capitulation. Si le peuple dit oui, personne ne peut accuser le président d’avoir vendu l’Ukraine.
Cette clause crée aussi une pression politique sur Moscou. Un référendum ukrainien approuvant un plan de paix que la Russie aurait rejeté ou sabordé placerait Moscou en position de refus face à la volonté démocratique exprimée d’un peuple entier. C’est une manoeuvre rhétorique puissante — et une réalité juridique contraignante pour les négociateurs ukrainiens eux-mêmes, qui doivent désormais défendre un texte devant leurs concitoyens. La démocratie comme contrainte productive — rarement aussi bien illustrée. C’est aussi un bouclier contre la trahison : personne ne peut accuser Zelensky d’avoir agi seul.
Soumettre la paix au vote du peuple après trois ans de guerre. C’est courageux ou c’est risqué ? Les deux, sans doute. Zelensky parie que les Ukrainiens voudront la paix aux conditions qu’il a négociées. Ce pari-là, je ne le ferais pas à sa place.
Les défis logistiques et politiques du référendum
Organiser un référendum dans un pays partiellement occupé, avec plus de six millions de réfugiés à l’étranger et des millions de déplacés internes, est un défi logistique considérable. Le plan prévoit un vote à l’étranger pour les réfugiés, via les ambassades et consulats ukrainiens, ainsi qu’un système de vote électronique sécurisé pour les déplacés internes dans les zones sans infrastructure suffisante. La Commission de Venise du Conseil de l’Europe serait sollicitée pour valider le processus electoral et en garantir la conformité aux standards démocratiques internationaux.
Le résultat d’un tel référendum est loin d’être garanti. Les sondages ukrainiens disponibles fin 2025 montrent une société profondément divisée : environ 55% des Ukrainiens seraient prêts à accepter un cessez-le-feu aux conditions générales du plan, mais ce chiffre chute à 38% si on précise que la Crimée ne serait pas récupérée à court terme. Zelensky sait que son défi le plus difficile n’est peut-être pas Moscou — c’est convaincre ses propres concitoyens qu’une paix imparfaite vaut mieux qu’une guerre sans fin.
Ce que le monde attend — stabilité et précédents historiques
Les enjeux globaux d’un accord régional
La guerre en Ukraine n’est pas seulement un conflit européen. Ses effets ont traversé les continents : la crise alimentaire mondiale de 2022-2023, avec les prix du blé et des engrais qui ont bondi de 40 à 60%, a frappé les populations les plus vulnérables d’Afrique subsaharienne et du Proche-Orient. Un accord de paix stable stabiliserait les marchés agricoles mondiaux et permettrait la reprise des exportations ukrainiennes de céréales via la mer Noire — dont les couloirs maritimes ont été maintenus partiellement ouverts grâce à l’accord céréalier de 2022, lui-même suspendu puis partiellement rétabli. La sécurité alimentaire mondiale a un intérêt direct dans la paix ukrainienne.
Au-delà des céréales, l’Ukraine est un producteur majeur de néon (essentiel à la fabrication des semi-conducteurs), de titane et de plusieurs métaux rares critiques pour les industries technologiques et de défense mondiales. Sa réintégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales est un enjeu pour des industries allant de l’aérospatiale à la téléphonie mobile. La paix ukrainienne n’est pas seulement une affaire de géopolitique européenne — c’est une condition partielle de la stabilité économique globale.
Le monde a intérêt à cette paix. Économiquement, stratégiquement, moralement. Parfois je me demande si c’est cette évidence-là — brutalement intéressée — qui finira par convaincre ceux que les arguments moraux ne touchent plus.
Le précédent pour les conflits futurs
Si ce plan aboutit à un accord durable, il créera des précédents juridiques et diplomatiques qui affecteront la gestion des conflits internationaux pour des décennies. Le mécanisme de sanctions pré-autorisées, la structure de garanties bilatérales en substitution de l’adhésion à une alliance, la clause référendaire de légitimation démocratique — chacun de ces éléments est nouveau dans l’histoire du droit international des conflits. Des chercheurs de l’Université de Cambridge et de Sciences Po Paris ont déjà commencé à documenter ces innovations pour alimenter la réflexion sur les futurs cadres de résolution des conflits, notamment en vue des tensions persistantes en mer de Chine méridionale et au Sahel.
Le risque inverse existe aussi : si le plan échoue, il créera le précédent inverse — celui d’un accord ambitieux, bien construit, soutenu par les grandes puissances occidentales, et qui s’est quand même effondré. Ce précédent d’échec serait dévastateur pour la crédibilité du multilatéralisme et pour la foi dans la négociation comme outil de résolution des conflits. L’enjeu dépasse l’Ukraine. Il touche à la capacité du monde à traiter ses propres crises sans recourir exclusivement à la force.
L'heure de vérité — ce plan peut-il tenir dans la durée
Les conditions d’un succès réel
Tout accord de paix est d’abord un texte. Sa valeur réelle dépend de ce qui vient après : la volonté politique des signataires à l’honorer dans la durée, la robustesse des mécanismes de vérification, la capacité des États garants à maintenir leur engagement sur dix, vingt, trente ans. Les accords de paix qui ont tenu dans l’histoire — Dayton 1995, Camp David 1978, Belfast 1998 — avaient en commun non pas d’être parfaits, mais d’être suffisamment satisfaisants pour les parties principales, et d’être soutenus par des puissances extérieures disposées à investir dans leur maintien sur la durée. Le plan Zelensky réunit-il ces conditions ?
Les conditions favorables existent : le soutien américain sous l’administration actuelle, l’engagement européen renforcé, la fatigue de guerre des deux côtés. Mais les conditions défavorables sont aussi réelles : les élections à venir dans les pays garants pourraient modifier les équilibres politiques, la Russie pourrait utiliser les délais de ratification pour renforcer ses positions, et la société ukrainienne reste profondément divisée sur les termes acceptables. La fenêtre d’opportunité existe. Elle n’est pas éternelle.
Les fenêtres d’opportunité se ferment. Toujours. Trop tôt ou trop tard — rarement au bon moment. J’espère que cette fois-ci, les décideurs auront le courage de passer la porte avant qu’elle claque.
Les scénarios d’échec à anticiper
Les analystes du Crisis Group et de la RAND Corporation identifient trois scénarios d’échec principaux pour ce plan. Premier scénario : le rejet russe formel, accompagné d’une reprise des opérations militaires offensives — ce qui placerait l’Occident devant la nécessité de répondre par un soutien militaire accru à l’Ukraine, avec tous les risques d’escalade. Deuxième scénario : l’implosion politique interne en Ukraine, si le référendum échoue ou si un gouvernement successeur de Zelensky rejette les termes négociés — rendant le plan obsolète avant même sa signature. Troisième scénario, le plus insidieux : l’accord signé mais non respecté, un Minsk 3, avec des garanties qui s’érodent et des mécanismes de vérification qui se paralysent.
Ces scénarios ne sont pas des certitudes — ce sont des probabilités à gérer. La diplomatie sérieuse consiste précisément à construire des protections contre chacun d’eux. Le plan Zelensky a tenté de le faire. Il a anticipé le rejet russe avec les sanctions pré-autorisées, l’instabilité interne ukrainienne avec le référendum, et l’accord fictif avec les mécanismes de surveillance internationale. Aucun plan n’est imperméable à la réalité. Mais un plan bien construit réduit la surface de vulnérabilité. C’est ce que ce texte a essayé de faire.
Ce que les alliés doivent faire maintenant — l'heure des décisions
Washington face à ses propres engagements
Le plan de paix ukrainien ne peut pas vivre sans Washington. C’est une vérité brutale mais incontournable. Les garanties bilatérales, le fonds de reconstruction, les sanctions pré-autorisées — tous ces mécanismes supposent que les États-Unis restent engagés sur la durée, quelle que soit l’administration en place. Or les élections américaines créent une discontinuité structurelle dans la politique étrangère que le système américain peine à surmonter. Les négociateurs ukrainiens en sont pleinement conscients — c’est pourquoi ils ont insisté pour que les engagements américains soient inscrits dans des traités ratifiés par le Sénat, beaucoup plus difficiles à défaire unilatéralement qu’un décret présidentiel. C’est une protection juridique réelle, même si elle n’est pas absolue.
L’administration actuelle a montré une disposition à s’engager sur ce texte. Keith Kellogg a participé activement aux négociations. Le secrétaire d’État a déclaré publiquement que les États-Unis soutiendraient « un accord juste et durable ». Ces signaux sont positifs — mais la crédibilité stratégique américaine se mesure sur le long terme, pas sur des déclarations de principe. L’Europe a tiré la leçon de décennies de dépendance sécuritaire vis-à-vis de Washington : elle doit être prête à tenir le cadre même si les États-Unis fléchissent. Le plan Zelensky a, sur ce point, la sagesse de prévoir une architecture qui peut fonctionner sans les États-Unis en cas de retrait américain partiel.
L’Europe doit être prête à porter ce plan seule si nécessaire. Cette phrase, il y a cinq ans, aurait semblé absurde. Aujourd’hui, elle est une nécessité stratégique. Quelque chose a changé sur ce continent. Pour de bon, je crois.
L’Union européenne — de spectateur à acteur de sécurité
La guerre en Ukraine a forcé l’Union européenne à se regarder en face. Pendant des décennies, l’UE a délégué sa sécurité à l’OTAN et, derrière l’OTAN, aux États-Unis. Cette délégation confortable a pris fin le 24 février 2022. Depuis, les budgets de défense des États membres ont augmenté en moyenne de 30%, la base industrielle de défense européenne s’est remise en mouvement, et le concept d’autonomie stratégique européenne est passé du registre des voeux pieux à celui des politiques publiques concrètes. Le plan Zelensky inscrit l’UE comme acteur central de la sécurité post-conflit — non plus comme financeur passif mais comme garant actif.
Cette montée en puissance de l’UE dans le domaine de la sécurité n’est pas sans tensions internes. La Hongrie de Viktor Orbán a bloqué ou ralenti plusieurs décisions européennes sur l’Ukraine. Mais les mécanismes de coopération renforcée permettent aux États volontaires d’avancer sans attendre l’unanimité. La Coalition des volontaires est précisément ce type d’instrument — une avant-garde qui agit, en espérant entraîner les récalcitrants. Et pourtant, une Europe divisée reste une Europe affaiblie face aux crises qui exigent une réponse unifiée. C’est le défi structurel que le plan Zelensky ne peut pas résoudre à la place des Européens eux-mêmes.
La conclusion — ce plan est le début, pas la fin
Ce que Zelensky a réellement accompli en publiant ce texte
En publiant ce plan de paix en 20 points, Zelensky a accompli plusieurs choses simultanément. Il a démontré que l’Ukraine est capable de penser stratégiquement au-delà de la survie immédiate. Il a mis les alliés occidentaux devant leurs responsabilités en leur proposant un cadre concret à soutenir ou à rejeter — impossibilité de rester dans le vague confortable. Il a offert à Moscou une sortie qui préserve certains intérêts russes sans sacrifier les principes fondamentaux ukrainiens. Et il a soumis sa propre légitimité au test démocratique du référendum — le geste d’un dirigeant qui sait que gouverner en temps de guerre, c’est aussi rendre des comptes.
Ce plan n’est pas la paix. C’est une proposition de paix, la plus complète et la plus sérieuse qui ait émergé depuis le début du conflit. Son adoption dépendra de facteurs qui échappent partiellement à son concepteur : la volonté russe, la cohérence des alliés, le soutien du peuple ukrainien. Mais son existence même change quelque chose. Il établit un standard de référence — toute contre-proposition, tout accord alternatif, tout statu quo sera désormais mesuré par rapport à ce texte. Zelensky a posé la barre. Le reste du monde doit maintenant décider s’il est capable de la franchir.
Je ne sais pas si ce plan aboutira. Personne ne le sait. Mais je sais que quelqu’un a eu le courage d’écrire une sortie. Dans l’obscurité d’une guerre qui dure depuis trop longtemps, c’est déjà quelque chose d’immense.
L’Ukraine dans dix ans — deux futurs possibles
Imaginons deux trajectoires. Dans la première, le plan aboutit à un accord dans les dix-huit mois. L’Ukraine entame sa reconstruction avec les 800 milliards promis, rejoint l’Union européenne avant 2030, maintient une armée solide qui dissuade toute nouvelle agression. Le pays se transforme en démocratie européenne moderne, cicatrisée mais debout, source d’inspiration pour d’autres nations. La paix tient parce que ses mécanismes de garantie fonctionnent et parce que les deux parties ont plus à perdre en reprenant les armes qu’à gagner. Ce futur est possible.
Dans la seconde trajectoire, les négociations s’enlisent, le référendum échoue, les États garants se divisent sous la pression de leurs opinions publiques respectives. L’Ukraine reste dans un état de ni-guerre ni-paix qui épuise ses forces vives, appauvrit sa population et fragilise ses institutions. Cette trajectoire est aussi possible. Ce qui la rend moins probable — et c’est peut-être la leçon finale de ce plan — c’est précisément l’existence du plan lui-même. Car un peuple qui a formulé si clairement ce qu’il veut a déjà accompli quelque chose que personne ne peut lui reprendre.
Et pourtant, au fond de tout ça, il y a une vérité simple : l’Ukraine existe. Elle a résisté. Elle a pensé. Elle a proposé. Et pourtant on continue à douter de sa capacité à forcer le destin. Je ne doute plus.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Présidence ukrainienne — Plan de paix de Zelensky — Déclaration officielle — décembre 2025
Reuters — Ukraine peace plan latest developments — 23 décembre 2025
Sources secondaires
BBC News — Analysis of Zelensky’s 20-point peace framework — décembre 2025
Le Monde — Le plan de paix ukrainien point par point — décembre 2025
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