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ANALYSE : L’Ukraine reprend plus de terrain qu’elle n’en perd en février — pour la première fois depuis trois ans
Crédit: Adobe Stock

La mécanique d’une carte de guerre

Avant d’analyser ce que ces chiffres signifient, il faut comprendre ce que l’ISW mesure réellement. L’Institut pour l’étude de la guerre publie des évaluations quotidiennes du front ukrainien depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022. Sa méthodologie repose sur l’agrégation de sources ouvertes : images satellites commerciales, vidéos géolocalisées publiées sur les réseaux sociaux, déclarations officielles des deux belligérants, témoignages de correspondants de guerre. Le principe central est le suivant — une zone n’est considérée comme perdue ou gagnée que lorsqu’il existe des preuves visuelles ou documentaires vérifiables que les forces d’un camp ne la contrôlent plus. Cette approche rigoureuse a une conséquence directe et importante : elle tend à retarder la reconnaissance des avances ukrainiennes. Lorsque des unités ukrainiennes s’infiltrent dans une zone mais que l’armée russe ne le reconnaît pas et que les vidéos de géolocalisation ne circulent pas encore, la carte ne bouge pas — même si, sur le terrain, la situation a changé.

Ce biais méthodologique n’est pas une critique de l’ISW — c’est au contraire une preuve de sa rigueur. Mais il faut garder en tête que les 257 kilomètres carrés documentés pour janvier-février 2026 constituent un plancher conservateur, pas un plafond. L’ISW lui-même l’admet explicitement dans son rapport, en notant que sa méthodologie sous-estime les avances ukrainiennes en raison des standards de preuve exigés avant de valider tout changement de contrôle territorial. Pour le lecteur non-spécialisé, cela signifie concrètement ceci : chaque kilomètre carré que l’ISW reconnaît comme gagné par l’Ukraine a été gagné de façon certifiée, documentée, indiscutable. Et même à cette aune stricte, le bilan de février est positif pour la première fois en près de trois ans.

Il y a quelque chose de presque philosophique dans cette mécanique de mesure. La guerre avance plus vite que la cartographie. Les soldats bougent, meurent, reculent, avancent — et la carte suit avec un décalage. Ce décalage, l’ISW le reconnaît honnêtement. C’est ce qui fait son autorité.

Pourquoi l’été 2023 reste le point de référence

La comparaison avec l’été 2023 n’est pas anodine. Elle pointe vers l’une des séquences les plus complexes et les plus douloureuses de la guerre pour l’Ukraine. En juin et juillet 2023, au moment où la grande contre-offensive ukrainienne était lancée avec des attentes considérables — au sein de l’état-major ukrainien mais surtout dans les chancelleries occidentales — les forces ukrainiennes avaient enregistré des gains nets significatifs. En juin 2023, le gain net s’était élevé à 377 kilomètres carrés. En juillet 2023, à 257 kilomètres carrés. Puis la dynamique s’était grippée. Les champs de mines, les défenses en profondeur construites par la Russie pendant des mois, la supériorité des drones russes dans certaines configurations tactiques, la pénurie de munitions côté ukrainien — tout cela avait transformé la contre-offensive en une épreuve d’endurance où les gains se mesuraient en centaines de mètres plutôt qu’en dizaines de kilomètres. En septembre 2023, le gain net n’était plus que de 1,47 kilomètre carré. Pratiquement rien. Et ensuite, pendant des mois, le solde était devenu systématiquement négatif — l’Ukraine perdait plus de terrain qu’elle n’en reprenait.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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