Les mots de Díaz-Canel que personne n’a relayés
Vendredi, trois jours avant la panne totale, le président cubain Miguel Díaz-Canel avait prononcé des mots qui auraient dû faire la une de tous les journaux occidentaux. Cuba, a-t-il dit, n’avait pas reçu de livraison de pétrole depuis plus de trois mois. Trois mois. Quatre-vingt-dix jours sans la ressource qui fait tourner les centrales thermoélectriques, les hôpitaux, les stations de pompage d’eau potable.
Imaginez votre pays sans électricité pendant une heure. Maintenant imaginez-le sans la moindre certitude que le courant reviendra demain, ni la semaine prochaine, ni le mois suivant.
Solaire, gaz naturel et prières
Díaz-Canel a expliqué que l’île survivait grâce au solaire, au gaz naturel et aux centrales thermoélectriques encore fonctionnelles. Mais ces mots ont la saveur amère de l’euphémisme officiel. Le solaire cubain, c’est une fraction dérisoire de la capacité nécessaire. Le gaz naturel est en quantité insuffisante. Les centrales thermoélectriques, construites pour la plupart à l’ère soviétique, exigent précisément le fuel lourd que le Venezuela ne livre plus.
Ce que Díaz-Canel décrivait, sans le nommer, c’est un pays en train de mourir à petit feu énergétique. Un pays dont le cœur industriel et médical s’arrête, battement après battement, dans l’indifférence calibrée du reste du monde.
La colère qui monte — Santiago de Cuba, vendredi dernier
Un bâtiment du Parti communiste saccagé
La veille de la panne totale, la colère avait déjà explosé. À Santiago de Cuba, deuxième ville du pays, des manifestants ont saccagé un bâtiment appartenant au Parti communiste. Pas une manifestation pacifique avec des pancartes. Un assaut. Une rage physique contre les murs d’un pouvoir qui ne parvient plus à allumer une ampoule.
Les images — celles que les réseaux sociaux cubains ont réussi à faire sortir avant que les coupures de courant ne tuent aussi Internet — montrent des visages déformés par une fureur qui dépasse la politique. C’est la colère de celui qui n’a plus rien à perdre. Pas d’électricité. Pas de nourriture à prix accessible. Pas d’horizon.
Quand la faim rejoint le noir
Car cette panne ne frappe pas un pays prospère momentanément gêné. Elle frappe une population déjà étranglée par l’inflation alimentaire, les pénuries chroniques et un embargo américain vieux de six décennies. Les prix des denrées de base ont atteint des niveaux que la majorité des Cubains ne peuvent tout simplement plus payer. Le noir électrique se superpose au noir du réfrigérateur vide.
Et pourtant — et c’est là que le vertige moral commence — cette catastrophe humanitaire a une adresse d’expéditeur parfaitement identifiable.
L'architecture d'un étranglement — comment Washington a fermé chaque valve
Acte 1 : l’arrestation de Maduro
Janvier dernier. Les forces soutenues par Washington procèdent à l’arrestation de Nicolás Maduro. L’opération, présentée comme une victoire pour la démocratie vénézuélienne, a un effet secondaire que personne à Washington ne qualifie d’imprévu — parce qu’il ne l’était pas. Le Venezuela était le principal fournisseur de pétrole de Cuba. Des tankers partaient régulièrement des côtes vénézuéliennes vers La Havane. En renversant Maduro et en installant Delcy Rodríguez, Washington n’a pas seulement changé de régime à Caracas. Il a coupé la perfusion énergétique de Cuba.
Acte 2 : la menace tarifaire universelle
Mais Trump connaît la géopolitique du pétrole. Il sait que si le Venezuela est coupé, Cuba peut se tourner vers le Mexique, la Russie, voire l’Algérie. Alors il a ajouté une clause que les spécialistes du droit international qualifient de coercition économique extraterritoriale : des tarifs douaniers punitifs contre tout pays vendant du pétrole à Cuba.
Relisez cette phrase. Un président américain menace de sanctions économiques des pays tiers pour les empêcher de vendre une ressource légale à un pays souverain. Ce n’est pas un embargo classique. C’est un siège médiéval avec des outils du vingt-et-unième siècle.
Acte 3 : le silence comme politique
Et puis il y a ce que Washington ne fait pas. Pas d’aide humanitaire d’urgence. Pas de corridor énergétique temporaire. Pas même un communiqué reconnaissant qu’onze millions de civils vivent dans le noir. Le silence de l’administration Trump n’est pas un oubli. C’est le troisième acte d’une stratégie délibérée — celui où l’on attend que la pression devienne insupportable pour arracher des concessions.
Le calcul cynique — « faire un deal ou faire ce qu'il faut »
Les mots de Trump dans Air Force One
Dimanche, un jour avant la panne totale, Donald Trump s’est exprimé devant des journalistes à bord d’Air Force One. Ses mots méritent d’être pesés un par un : « Cuba veut passer un accord, et je pense que bientôt nous conclurons un accord ou ferons ce que nous avons à faire. »
« Ce que nous avons à faire. » Quatre mots qui contiennent tout. La menace voilée. L’ambiguïté calculée. Le refus de nommer ce que « faire ce qu’il faut » signifie concrètement. Invasion ? Blocus maritime renforcé ? Sanctions supplémentaires contre un pays déjà à genoux ?
Le précédent iranien comme grille de lecture
Trump a lui-même tracé la ligne de comparaison. Il a suggéré que Cuba pourrait être la prochaine cible d’un changement de régime, après l’Iran. L’Iran, où les États-Unis et Israël mènent actuellement une guerre ouverte. Le parallèle n’est pas anodin. Il est programmatique. Il dessine une doctrine Trump de la force maximale appliquée séquentiellement — un adversaire après l’autre, un étranglement après l’autre.
Et Cuba, sans alliés pétroliers, sans armée significative, sans arsenal nucléaire, est la cible la plus vulnérable de cette liste. Ce qui la rend, dans la logique trumpienne, la plus tentante.
L'ouverture forcée — quand le noir électrique accouche d'un capitalisme de survie
Le virage à 180 degrés du vice-premier ministre cubain
Lundi, le jour même de la panne totale, le vice-premier ministre cubain Oscar Pérez-Oliva Fraga a fait une annonce à NBC News qui, dans tout autre contexte, aurait été qualifiée de révolution. Cuba prévoit d’autoriser les Cubains vivant à l’étranger — y compris aux États-Unis — à investir et posséder des entreprises sur l’île.
Mesurez ce que cela signifie. Un État communiste, fondé sur la nationalisation de tous les moyens de production, qui ouvre ses portes au capital de la diaspora. Un gouvernement qui, pendant soixante-cinq ans, a qualifié les exilés de Miami de traîtres, de gusanos, qui leur offre maintenant la possibilité de devenir actionnaires de la patrie qu’ils avaient quittée.
Concession ou capitulation ?
La question que tout analyste sérieux doit poser n’est pas de savoir si c’est une bonne idée économique. C’est de savoir sous quelle contrainte cette décision a été prise. Un pays qui n’a pas reçu de pétrole depuis trois mois, dont la population saccage les bâtiments du parti, dont le réseau électrique vient de s’effondrer totalement — ce pays ne « réforme » pas. Il cède.
Et c’est précisément ce que Washington attendait. Le blocus n’a jamais été une punition. C’est un levier. Coupez le pétrole, attendez que le noir s’installe, attendez que la colère populaire fragilise le régime, puis proposez votre « deal ». La séquence est aussi lisible qu’une partition de musique — et aussi brutale qu’un coup de poing dans un estomac vide.
Ce que le noir fait aux corps — anatomie d'une catastrophe sanitaire invisible
Les hôpitaux sans générateurs
Quand on parle de panne électrique à l’échelle d’un pays, les commentateurs occidentaux pensent à l’inconfort. Pas de climatisation. Pas de télévision. Pas de WiFi. Mais à Cuba, une panne totale signifie autre chose. Elle signifie des respirateurs artificiels qui s’arrêtent. Des incubateurs néonatals qui cessent de fonctionner. Des réserves de sang qui ne sont plus réfrigérées. Des salles d’opération plongées dans l’obscurité en pleine intervention.
Les hôpitaux cubains, malgré la réputation méritée de la médecine de l’île, ne disposent pas tous de générateurs de secours fonctionnels. Et ceux qui en ont dépendent du même diesel qui n’arrive plus depuis trois mois.
L’eau qui cesse de couler
Puis il y a l’eau. À Cuba, comme dans la plupart des pays caribéens, l’eau potable dépend de stations de pompage électriques. Pas d’électricité, pas de pompes. Pas de pompes, pas d’eau dans les robinets. Pas d’eau potable dans un climat tropical, avec des températures qui dépassent régulièrement les trente-cinq degrés, et vous avez les conditions réunies pour une crise sanitaire en quelques jours — déshydratation, maladies diarrhéiques, infections.
Personne ne meurt « d’une panne de courant » dans les statistiques officielles. Les gens meurent de déshydratation, d’insuffisance respiratoire, de complications post-opératoires. Le noir ne tue pas directement. Il crée les conditions dans lesquelles d’autres choses tuent — et personne ne fait le lien dans les bilans.
L'embargo éternel — soixante-cinq ans de punition collective
Le blocus avant Trump
Il serait intellectuellement malhonnête de présenter cette crise comme une création exclusive de Donald Trump. L’embargo américain contre Cuba, imposé en 1960, est la plus longue sanction économique unilatérale de l’histoire moderne. Soixante-cinq ans. Plus longue que la Guerre froide elle-même. Plus longue que l’apartheid. Plus longue que la plupart des conflits armés du vingtième siècle.
Chaque président américain depuis Eisenhower a maintenu cette politique, avec des variations cosmétiques. Obama a entrouvert la porte. Trump I l’a claquée. Biden n’y a pas touché. Trump II l’a murée et a jeté la clé dans le détroit de Floride.
Ce que les Nations Unies disent — et que Washington ignore
Chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies vote une résolution condamnant l’embargo contre Cuba. Chaque année, le résultat est écrasant — autour de 185 voix contre 2. Les États-Unis et Israël votent contre. Le reste de la planète condamne. Et chaque année, ce vote ne change absolument rien.
Ce rituel annuel est peut-être la meilleure illustration de ce que signifie être une superpuissance. Vous pouvez ignorer la quasi-totalité de la communauté internationale pendant six décennies et demie, et la seule conséquence est un vote symbolique que personne ne lit le lendemain.
Le deux poids, deux mesures — quand la compassion a une géographie
Si c’était un allié
Posons la question que personne ne pose dans les rédactions occidentales. Si onze millions de Taïwanais se retrouvaient sans électricité à cause d’un blocus chinois, quelle serait la réaction internationale ? Réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Couverture médiatique vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Convois humanitaires. Discours indignés à la Chambre des représentants.
Mais ce sont des Cubains. Des Cubains gouvernés par un régime communiste. Et dans l’arithmétique morale de Washington, un civil cubain dans le noir vaut infiniment moins qu’un civil taïwanais dans le noir. Non pas parce que sa souffrance est moindre — mais parce que son gouvernement est sur la mauvaise liste.
Le piège de la culpabilité partagée
Oui, le régime cubain porte une responsabilité dans la gestion économique désastreuse de l’île. Oui, la corruption, la planification centrale rigide et le refus de réformes structurelles pendant des décennies ont fragilisé Cuba bien avant que Trump ne coupe le pétrole. Ce serait malhonnête de l’ignorer.
Mais cette responsabilité partagée ne transforme pas le blocus en politique légitime. Un médecin ne refuse pas de soigner un patient sous prétexte que celui-ci fumait. La punition collective de onze millions de civils pour les fautes de leur gouvernement n’est pas une politique étrangère. C’est une doctrine de la souffrance organisée — et elle a un nom en droit international.
Le droit international piétiné — ce que les juristes appellent coercition économique
La définition que Washington refuse d’entendre
L’article 32 de la Charte des droits et devoirs économiques des États, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU, stipule qu’aucun État n’a le droit d’utiliser des mesures économiques coercitives pour forcer un autre État à subordonner l’exercice de ses droits souverains. Les menaces tarifaires de Trump contre tout pays vendant du pétrole à Cuba entrent directement dans cette catégorie.
Mais le droit international sans mécanisme d’application est de la poésie juridique. Belle sur le papier. Impuissante face aux porte-avions.
Le précédent irakien comme avertissement
Les sanctions contre l’Irak, entre 1990 et 2003, ont causé — selon les estimations de l’UNICEF — la mort de cinq cent mille enfants de moins de cinq ans par manque de médicaments et de nutrition adéquate. Quand Madeleine Albright, alors secrétaire d’État, a été confrontée à ce chiffre, elle a répondu que « le prix en valait la peine ». Vingt-cinq ans plus tard, la même logique s’applique à Cuba, avec les mêmes euphémismes, les mêmes détournements de regard, la même conviction souterraine que certaines vies comptent moins que d’autres.
La diaspora cubaine — entre espoir et instrumentalisation
Miami regarde et se divise
À Miami, où vit la plus grande communauté cubaine en exil, la panne de lundi a produit deux réactions diamétralement opposées. Pour une partie de la diaspora, principalement les exilés de première génération et leurs descendants politiquement conservateurs, le noir électrique est la preuve finale que le communisme ne fonctionne pas. « Laissez-les souffrir assez longtemps, disent certains, et le régime tombera. »
Pour une autre partie — ceux qui ont encore de la famille sur l’île, ceux qui envoient des remesas chaque mois pour que leur mère puisse acheter du riz — la panne est un cauchemar personnel. Leur tante diabétique sans réfrigérateur pour l’insuline. Leur neveu asthmatique sans nébuliseur. Le noir n’est pas une abstraction géopolitique. C’est un appel manqué à trois heures du matin parce que le téléphone de l’autre côté est mort.
L’offre d’investissement — cadeau empoisonné ou bouée de sauvetage ?
L’annonce de Pérez-Oliva Fraga — ouvrir l’investissement aux Cubains de la diaspora — vise directement cette communauté. C’est un calcul à double tranchant. D’un côté, l’argent de Miami pourrait effectivement injecter du capital dans une économie moribonde. De l’autre, accepter cette offre revient, pour les exilés, à légitimer un régime qu’ils combattent depuis des décennies.
Et il y a la question que personne ne formule à voix haute : cette ouverture survivra-t-elle au prochain changement de vent politique ? Un investisseur cubano-américain qui ouvre un restaurant à La Havane aujourd’hui — que devient son investissement si Trump décrète demain que toute transaction commerciale avec Cuba est un crime fédéral ?
Le facteur chinois — le dragon que Washington ne mentionne pas
Pékin observe et calcule
Dans cette crise, il y a un acteur dont personne ne parle et qui observe avec un intérêt chirurgical : la Chine. Pékin a systématiquement étendu son influence en Amérique latine et dans les Caraïbes au cours de la dernière décennie — prêts d’infrastructure, accords commerciaux, diplomatie du vaccin pendant la pandémie.
Cuba plongée dans le noir par un blocus américain est, pour la diplomatie chinoise, une opportunité en or. Chaque jour sans électricité est un jour où Washington démontre au reste de l’Amérique latine ce qui arrive quand vous déplaisez aux États-Unis. Et chaque jour est un jour où Pékin peut murmurer à l’oreille de La Havane : « Nous, nous ne coupons pas le courant. »
Le piège stratégique que Trump ne voit pas
L’ironie terminale de la stratégie Trump est qu’elle pourrait accomplir exactement l’inverse de son objectif déclaré. En étranglant Cuba pour forcer un changement de régime ou des concessions, Washington pourrait pousser La Havane dans les bras de Pékin — une base chinoise à cent cinquante kilomètres des côtes de Floride. Ce serait la crise des missiles de 1962, version économique. Et cette fois, ce ne serait pas Khrouchtchev de l’autre côté de la table, mais Xi Jinping.
Les visages dans le noir — ce que les chiffres ne montrent pas
L’enfant qui ne comprend pas
Il y a, quelque part à Camagüey, une petite fille de six ans qui ne comprend pas pourquoi il fait noir depuis si longtemps. Sa mère lui dit que c’est temporaire. Son père ne dit rien parce qu’il sait que c’est un mensonge. Le ventilateur est arrêté. La chaleur colle les draps au corps. L’eau du robinet a cessé de couler mardi. La voisine a un puits, mais la pompe est électrique aussi.
Cette enfant n’a aucune idée de ce qu’est un blocus pétrolier. Elle ne sait pas qui est Donald Trump. Elle ne connaît pas le mot embargo. Elle sait seulement que le noir fait peur et que la chaleur fait mal et que sa mère pleure la nuit en pensant qu’elle dort.
Le médecin qui choisit
À l’hôpital provincial de Holguín, un médecin fait un choix qu’aucun serment d’Hippocrate ne l’a préparé à faire. Le générateur de secours a assez de diesel pour quatre heures. Il y a six patients sous assistance respiratoire. Le service de néonatologie a deux prématurés en couveuse. La salle de chirurgie a un patient en cours d’opération abdominale. Qui reçoit l’électricité ? Qui est débranché ?
Ce médecin ne prend pas cette décision à cause du communisme, de l’inefficacité bureaucratique ou de la corruption endémique. Il prend cette décision parce qu’un homme à sept mille kilomètres de là a décidé que le pétrole ne passerait plus.
Le piège moral — et ceux qui refusent de le voir
L’argument « c’est la faute du régime » comme anesthésie morale
Il existe un réflexe intellectuel confortable, largement répandu dans les cercles conservateurs américains et les rédactions complaisantes, qui consiste à rediriger toute responsabilité vers le régime cubain. « S’ils avaient une économie de marché, ils ne dépendraient pas du pétrole vénézuélien. S’ils avaient des élections libres, les États-Unis lèveraient l’embargo. »
Cet argument a la structure d’une justification de violence domestique. « Si elle n’avait pas répondu, je ne l’aurais pas frappée. » La responsabilité de la victime ne diminue en rien la responsabilité de l’agresseur. Un blocus qui prive des civils d’électricité, d’eau et de soins médicaux reste un acte de coercition collective, quelle que soit la nature du gouvernement visé.
La question que ce texte vous pose
Et pourtant, le plus troublant dans cette crise n’est pas la brutalité de Washington. C’est notre silence collectif. Combien d’entre vous, en lisant ces lignes, ont appris pour la première fois que Cuba est sans électricité ? Combien d’entre vous ont vu cette information sur la page d’accueil de leur journal habituel ? Combien d’entre vous, honnêtement, auraient continué à scroller si ce texte n’avait pas insisté ?
Nous ne sommes pas coupables du blocus. Mais nous sommes complices de l’indifférence qui le rend possible.
Le scénario du pire — et celui que personne n'ose espérer
Si rien ne change
Sans pétrole, sans accord, sans levée des menaces tarifaires, Cuba s’enfonce dans un effondrement systémique. Les pannes deviennent la norme. L’émigration — déjà massive ces dernières années — s’accélère. Les manifestations comme celle de Santiago se multiplient. Le régime durcit la répression parce qu’il ne peut plus offrir le minimum vital. La spirale descendante est prévisible comme la gravité.
Le « deal » que Trump mentionne pourrait alors prendre la forme d’une capitulation totale — ouverture au capital américain, privatisations massives, alignement géopolitique. Cuba deviendrait ce que Haïti est déjà : un État formellement souverain, effectivement soumis, structurellement incapable de protéger sa propre population.
L’autre possibilité — celle qui exigerait du courage
Il existe une alternative. Elle impliquerait que Washington reconnaisse ce que cent quatre-vingt-cinq pays répètent chaque année à l’ONU : que l’embargo est une relique de la Guerre froide, moralement indéfendable et stratégiquement contre-productive. Que punir des civils pour les fautes de leurs dirigeants est une doctrine que les États-Unis condamnent partout ailleurs — en Corée du Nord, en Iran, en Birmanie — tout en la pratiquant eux-mêmes dans les Caraïbes.
Mais cette alternative exigerait un type de courage politique qui n’existe pas dans le Washington actuel. Elle exigerait de traiter Cuba comme un pays de onze millions d’êtres humains, pas comme un trophée électoral de Floride.
L'obscurité comme métaphore — et comme réalité
Quand le noir révèle ce que la lumière cachait
Il y a quelque chose de terriblement révélateur dans une panne électrique totale. Elle élimine le bruit. Elle force le silence. Elle oblige à voir ce qui était là depuis le début mais que le bourdonnement constant de la normalité permettait d’ignorer.
Cuba dans le noir révèle la fragilité structurelle d’un petit État insulaire pris entre une superpuissance hostile et un modèle économique obsolète. Elle révèle l’hypocrisie d’un ordre international qui sanctionne certains blocus et en finance d’autres. Elle révèle la hiérarchie non dite des vies humaines — celles qui comptent dans les calculs de Washington et celles qui sont réduites à des variables d’ajustement dans une négociation entre hommes puissants.
Le noir comme verdict
Lundi, Cuba a disparu du réseau électrique mondial. Mardi, elle avait disparu des gros titres. Le noir physique et le noir médiatique sont les deux faces de la même pièce — celle que personne ne veut retourner.
Quelque part à La Havane, un vieillard allume une bougie avec les mains qui tremblent. Il a connu la Révolution, la Période spéciale, les ouragans, la pandémie. Il a survécu à tout. Mais il n’avait jamais imaginé survivre à l’absence totale de lumière imposée par un pays qui se dit champion de la liberté.
La bougie tremblote. Dehors, la ville est noire. Et dans le silence, on entend presque le bruit d’un avion présidentiel qui survole les Caraïbes sans baisser les yeux.
Signé Jacques PJ Provost
Encadré de transparence
Ce que cet article est — et ce qu’il n’est pas
Cet article est une chronique d’opinion et d’analyse. Il n’est pas un reportage factuel objectif. Les faits présentés sont vérifiés et sourcés. L’interprétation, l’angle éditorial et les jugements de valeur sont ceux de l’auteur.
Méthodologie et sources
Cet article s’appuie sur les déclarations officielles du gouvernement cubain (ministère de l’Énergie et des Mines, président Díaz-Canel), les déclarations de l’administration Trump (Air Force One, dimanche), les reportages de Deutsche Welle, NBC News, et l’historique documenté de l’embargo américain contre Cuba. Les scènes d’incarnation (enfant à Camagüey, médecin à Holguín) sont des reconstructions narratives basées sur les conditions documentées — elles illustrent une réalité systémique, pas des individus identifiés.
Positionnement de l’auteur
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
DW — Cuba hit by island-wide blackout amid Trump oil blockade — juin 2025
DW — Cuba protesters attack ruling party’s office amid blackouts — juin 2025
NBC News — Cuba plans to allow diaspora investment and business ownership — juin 2025
Sources secondaires
Nations Unies — Assemblée générale : vote annuel sur l’embargo contre Cuba — 2024
Reuters — Cuba’s economy struggles without Venezuelan oil — 2025
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