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CHRONIQUE : Neuf millions de drones russes — l’Europe se réveille enfin face à la machine de guerre qui grossit chaque jour
Crédit: Adobe Stock

Une comparaison qui donne le vertige

Kubilius a glissé une autre statistique dans son discours, presque en passant, comme si elle allait de soi. Les dépenses militaires russes représentent environ 85 % du budget de défense cumulé de l’ensemble de l’Union européenne, mesurées en parité de pouvoir d’achat. Laissez ce chiffre infuser. Vingt-sept pays européens. Des économies parmi les plus développées de la planète. L’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Suède — réunissez-les tous, additionnez leurs budgets de défense, et vous obtenez à peine plus que ce qu’un seul pays, la Russie, consacre à sa machine militaire. C’est vertigineux. C’est même honteux.

Cette comparaison n’est pas qu’un exercice comptable. Elle révèle une asymétrie stratégique fondamentale que l’Europe a mis des décennies à construire — par paresse, par confort, par cette illusion post-Guerre froide selon laquelle l’histoire avait pris fin et que la paix était le nouvel état permanent du continent. Les dividendes de la paix. On les a encaissés allègrement, réduit les armées, fermé les usines de munitions, externalisé la sécurité vers l’OTAN — comprenez : vers Washington — et on a dormi. Profondément. Confortablement. Jusqu’à ce que les chars russes franchissent la frontière ukrainienne et que le réveil sonne avec une violence inouïe.

Il y a quelque chose de profondément douloureux dans cette comparaison. Pas parce qu’elle surprend — elle confirme ce qu’on savait — mais parce qu’elle rend concret, chiffré, irréfutable, ce que certains refusaient encore de voir. L’Europe s’est désarmée elle-même. Volontairement. Et maintenant elle regarde avec stupeur ce qu’elle a laissé grandir à sa frontière.

La parité de pouvoir d’achat, ou comment relativiser l’illusion

Il faut comprendre ce que signifie la parité de pouvoir d’achat dans ce contexte. Un rouble dépensé en Russie pour payer un ouvrier d’usine d’armement ou un soldat ne vaut pas un euro au sens nominal, mais il achète des heures de travail, des composants, des munitions sur le territoire russe à un coût bien inférieur aux standards occidentaux. Autrement dit, le budget militaire russe, converti en capacité réelle de production et de déploiement, est beaucoup plus puissant que ne le suggère sa valeur absolue en dollars. C’est une leçon que les stratèges de l’OTAN connaissent depuis longtemps mais que les dirigeants politiques européens ont soigneusement évitée, préférant croire que les chiffres bruts les rassuraient.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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