Un objectif stratégique de premier ordre
La région de Dnipropetrovsk n’est pas un territoire quelconque dans la logique de la guerre russe en Ukraine. Elle représente le cœur industriel et logistique de l’est ukrainien — un nœud ferroviaire majeur, un bassin minier historique, une concentration d’industries de défense héritées de l’ère soviétique. Pour les planificateurs de l’état-major russe, la prendre ou même la menacer durablement avait une valeur double : affaiblir la capacité de production ukrainienne et créer un corridor terrestre vers la Crimée consolidant les gains du sud. Moscou n’a jamais annoncé cet objectif publiquement, mais les mouvements de troupes et les concentrations de feu entre 2023 et 2025 l’ont rendu lisible pour quiconque analysait la guerre avec rigueur.
Les forces russes avaient, au cours de l’automne 2025, poussé sur plusieurs axes convergents vers les districts périphériques de Dnipropetrovsk. Elles avaient établi des positions défensives profondes, creusé des tranchées en trois lignes selon le modèle dit de défense en profondeur, et amené des réserves d’infanterie motorisée depuis les régions de Belgorod et de Rostov. L’objectif documenté dans les communications interceptées : tenir ces positions au moins jusqu’au printemps 2026, quand de nouvelles offensives étaient planifiées. Ce plan avait une cohérence militaire réelle — et c’est précisément pour cela que sa mise en échec est si significative.
Moscou avait un plan. Ce plan était cohérent, documenté, défendable militairement. C’est précisément pour cela que sa mise en échec est si lourde de sens — l’Ukraine n’a pas gagné par chance, mais par supériorité tactique réelle.
La logique du corridor méridional fracturée
Le projet russe d’un corridor méridional continu reliant le Donbass occupé à la Crimée via Zaporizhzhia et les marges de Dnipropetrovsk constituait la clé de voûte de la stratégie à long terme de Poutine en Ukraine. Sans ce corridor, les lignes d’approvisionnement de la Crimée restent précaires et exposées. Avec lui, la Russie aurait pu revendiquer une continuité territoriale défendable lors d’éventuelles négociations. Les gains territoriaux en Dnipropetrovsk avaient été présentés en interne à Moscou comme des avancées décisives vers cet objectif. La reconquête ukrainienne de ces mêmes territoires fracture cette logique à son point le plus vulnérable.
Les rapports de l’ISW et des analystes du Royal United Services Institute (RUSI) à Londres avaient identifié dès l’été 2025 que le corridor méridional était surestimé dans sa faisabilité. Les lignes d’approvisionnement russes étaient étirées, les rotations de personnel insuffisantes, et les positions en Dnipropetrovsk particulièrement exposées aux frappes d’artillerie à longue portée ukrainienne. Ces analyses, ignorées par les commentateurs les plus pessimistes sur l’Ukraine, se sont avérées correctes avec une précision qui mérite d’être soulignée.
Le général Komarenko parle — et ses mots sont lourds de sens
Une déclaration qui rompt le silence habituel
Les officiers des Forces d’assaut aérien ukrainiennes, dont les noms apparaissent dans les rapports opérationnels liés à la reconquête de Dnipropetrovsk, ont fait quelque chose d’inhabituel : ils ont parlé. Dans un contexte où l’Ukraine pratique une opacité quasi-totale sur ses opérations en cours, les déclarations officielles confirmant l’ampleur de la reconquête constituent un signal délibéré. On ne communique pas sur une victoire militaire par accident. On le fait pour produire des effets — sur le moral des troupes, sur la perception des alliés occidentaux, sur la détermination de l’ennemi. Cette communication soigneusement dosée révèle une maturité stratégique de l’Ukraine en matière de guerre de l’information qui tranche avec les premières années du conflit.
Les mots utilisés dans les communications officielles ukrainiennes sont précis : « restauration du contrôle », pas « libération », pas « victoire ». Ce vocabulaire mesuré révèle une conscience aiguë que la guerre n’est pas terminée, que chaque déclaration triomphante peut se retourner contre son auteur si les lignes bougent à nouveau. L’armée ukrainienne a appris de ses erreurs de communication passées. En 2022, l’euphorie après Kharkiv avait créé des attentes excessives qui ont alimenté la déception de 2023. En 2026, la communication est plus sobre, plus professionnelle, et paradoxalement plus convaincante.
Quand un officier parle peu et dit beaucoup, il faut écouter les mots choisis. « Restauration ». Pas « libération ». Ce n’est pas un hasard — c’est une discipline de langage forgée dans l’adversité.
La signification pour la doctrine ukrainienne
Au-delà des déclarations individuelles, ce que révèle cette opération sur la doctrine militaire ukrainienne en 2026 est fondamental. L’Ukraine a cessé d’imiter les modèles occidentaux de manière mécanique. Elle a développé sa propre synthèse : la mobilité des forces d’assaut aérien combinée à l’usage massif de drones de reconnaissance et d’attaque, le tout coordonné par des systèmes de commandement décentralisés qui permettent aux commandants de niveau bataillon de prendre des décisions en temps réel. Cette doctrine, forgée dans le sang de trois années de guerre, est désormais opérationnelle à grande échelle.
Les observateurs militaires de l’OTAN, notamment ceux déployés dans les centres d’analyse à Ramstein et à Stuttgart, ont tiré des leçons précises de cette opération. La capacité ukrainienne à concentrer rapidement des forces d’assaut sur un axe inattendu, à les soutenir logistiquement pendant plusieurs semaines, et à consolider les gains avant de pousser plus loin représente un niveau de sophistication opérationnelle qui dépasse ce que beaucoup attendaient d’une armée en reconstruction permanente sous pression de guerre totale.
Les forces d'assaut aérien — l'arme décisive du sud
Une unité d’élite au cœur de la reconquête
Les Forces d’assaut aérien ukrainiennes ont été, depuis le début du conflit en 2022, l’une des composantes les plus sollicitées et les plus efficaces de l’armée ukrainienne. Ce sont elles qui ont tenu Mykolaïv en 2022, contribué à la défense de Bakhmout, participé aux percées de Kharkiv. En janvier-février 2026, leur engagement sur l’axe de Dnipropetrovsk leur confère un rôle central dans ce qui s’annonce comme l’une des opérations les plus significatives de la guerre depuis deux ans. Leur capacité à se déployer rapidement, à combattre dans des environnements dégradés, et à maintenir la cohésion sous pression fait d’elles l’instrument idéal pour une opération de reconquête rapide sur des terrains semi-urbains complexes.
Ce qui distingue les Forces d’assaut aérien dans cette opération, c’est leur usage combiné de mobilité verticale et d’infanterie légère motorisée capable de progresser sur des terrains où les véhicules blindés lourds seraient ralentis. Les terrains de Dnipropetrovsk, avec leurs zones semi-urbaines et leurs réseaux de canaux agricoles, favorisent précisément ce type de manœuvre souple. Les planificateurs ukrainiens ont choisi le bon outil pour le bon terrain — et ce choix tactique précis explique en grande partie l’ampleur et la rapidité des gains obtenus.
Ces hommes et ces femmes se battent depuis trois ans sans pause véritable. Chaque reconquête est aussi leur victoire personnelle — et leur épuisement profond. Je ne l’oublie jamais quand je lis les bulletins opérationnels.
La logistique de l’impossible
Maintenir une opération offensive sur deux axes simultanés pendant plusieurs semaines en territoire partiellement ennemi exige une logistique d’une précision extrême. Les Forces d’assaut aérien ont bénéficié d’une chaîne d’approvisionnement reconstituée après les tensions de l’automne 2025, quand les retards dans les livraisons d’obus d’artillerie avaient ralenti plusieurs opérations. En janvier 2026, les flux de munitions en provenance des États-Unis, de la Pologne et de la République tchèque étaient rétablis à des niveaux suffisants pour soutenir une opération d’envergure. Ce n’est pas un détail — c’est la condition de possibilité de toute la reconquête.
Des drones de ravitaillement, encore peu documentés dans la presse internationale, ont été utilisés pour acheminer des munitions légères et du matériel médical vers des positions avancées inaccessibles par voie terrestre. Cette innovation opérationnelle, développée par des ingénieurs ukrainiens en collaboration avec des unités de terrain, illustre comment l’Ukraine continue d’inventer des solutions à des problèmes que personne n’avait anticipés dans les manuels militaires classiques. La guerre a forcé une créativité logistique qui est désormais l’une des marques de fabrique de l’armée ukrainienne en 2026.
Moscou face à l'effondrement de son plan de printemps
Une offensive de printemps préemptée
Les planificateurs de l’état-major général russe avaient, selon des sources de renseignement citées par l’ISW et confirmées par des officiels ukrainiens, prévu une offensive de printemps 2026 sur l’axe de Dnipropetrovsk. L’objectif était de capitaliser sur les gains de l’automne 2025 pour pousser plus profondément dans la région avant que la boue du printemps ne rende les manœuvres blindées impossibles. Cette offensive a été préemptée. La reconquête ukrainienne de 285,6 km² en février a non seulement effacé les gains russes, mais a repoussé les lignes de départ prévues pour l’offensive russe à plusieurs kilomètres en arrière. Le plan de printemps de Moscou doit être entièrement repensé — avec tous les délais et les coûts que cela implique.
Ce revers opérationnel pour la Russie survient dans un contexte de tensions internes au sein du commandement militaire russe. Les échecs répétés depuis Kharkiv en 2022 ont alimenté une culture de la récrimination entre généraux, entre le ministère de la Défense et l’état-major, entre les généraux professionnels et les milices de volontaires. La reconquête ukrainienne de Dnipropetrovsk va ajouter une nouvelle couche de responsabilités mutuellement niées dans ce système structurellement dysfonctionnel qui récompense les rapports optimistes et punit les évaluations réalistes.
Il y a quelque chose de presque tragique dans l’obstination russe à répéter les mêmes erreurs de planification. Ce n’est pas de la stupidité — c’est un système qui punit la vérité et récompense les rapports flatteurs.
Les pertes russes — ce que Moscou ne dit pas
Les pertes humaines russes dans le secteur de Dnipropetrovsk au cours de la reconquête ukrainienne sont difficiles à quantifier avec précision. Ce qui est incontestable, c’est que les positions défensives russes étaient tenues par des unités de réserve mal entraînées — notamment des mobilisés des vagues de 2023 et 2024 dont le niveau d’entraînement et l’équipement étaient inférieurs aux standards des unités professionnelles. Face aux Forces d’assaut aérien ukrainiennes, ces unités n’ont pas tenu. Certaines positions ont été abandonnées avant même l’assaut direct, ce qui explique en partie la rapidité de la progression ukrainienne sur certains axes.
Le ministère de la Défense russe a maintenu, pendant toute la durée de la reconquête ukrainienne, un silence communicationnel qui en dit long. Aucune déclaration n’a reconnu les pertes territoriales. Les médias d’État russes ont continué à parler de « regroupements tactiques » — une formule désormais si usée qu’elle est devenue transparente pour quiconque suit le conflit. En Russie même, les blogueurs militaires indépendants ont documenté l’ampleur des pertes avec une franchise que les canaux officiels refusent systématiquement d’assumer.
L'Ukraine qui apprend — la transformation d'une armée en guerre
Trois ans de guerre comme université militaire
Aucune armée au monde n’apprend aussi vite qu’une armée qui combat pour sa survie. L’armée ukrainienne de 2026 n’a presque plus rien en commun avec celle de février 2022 — si ce n’est les hommes et les femmes qui la composent, et l’ennemi qu’elle affronte. En quatre ans, l’Ukraine a intégré des systèmes d’armes de dizaines de pays différents, développé des doctrines originales de guerre des drones, reformaté son commandement opérationnel pour permettre une décision rapide à chaque échelon, et formé des dizaines de milliers de soldats aux standards OTAN. La reconquête de Dnipropetrovsk est le produit de tout cela — une synthèse en actes de trois ans d’apprentissage forcé par nécessité absolue.
Les instructeurs militaires britanniques, américains et polonais qui ont formé des bataillons ukrainiens depuis 2022 ont reconnu, dans des déclarations publiques et des rapports déclassifiés, que leurs élèves ont souvent dépassé leurs attentes. Non pas parce que les Ukrainiens sont des surhommes, mais parce que l’enjeu est existentiel. Quand on se bat pour son pays, pour sa famille, pour sa langue et sa culture, on apprend différemment. Cette motivation intrinsèque ne se code dans aucun manuel de formation militaire — et elle représente un avantage que la Russie, avec ses mobilisés contraints, ne peut pas reproduire à la même échelle.
Je pense souvent à ce qu’on appelle l' »avantage de la nécessité ». Les Ukrainiens ont appris vite parce qu’ils n’avaient pas le choix. C’est la leçon la plus sombre et la plus vraie de cette guerre.
L’innovation tactique comme réponse à l’asymétrie
Face à une Russie qui dispose d’une supériorité numérique en hommes et en matériel lourd, l’Ukraine a systématiquement cherché des avantages asymétriques. La guerre des drones en est l’exemple le plus visible — l’Ukraine produit désormais des milliers de drones FPV par mois, des appareils capables de transporter des charges explosives et de frapper des blindés russes à un coût unitaire sans commune mesure avec celui d’un missile antichar conventionnel. Mais l’innovation tactique va plus loin : elle inclut des systèmes de brouillage électronique développés localement, des protocoles de communication ajustés aux équipements disponibles, et des méthodes de coordination entre unités qui s’appuient sur des applications commerciales sécurisées.
Dans le secteur de Dnipropetrovsk, cette innovation s’est manifestée concrètement. Les unités des Forces d’assaut aérien ont utilisé des drones de reconnaissance pour cartographier les positions défensives russes en temps réel, transmettant des images aux artilleurs et aux commandants d’infanterie qui ajustaient leurs tirs et leurs axes d’avance avec une précision inédite. Cette coordination homme-machine, encore expérimentale en 2022, est devenue une procédure standard en 2026 — une transformation militaire profonde accomplie entièrement en temps de guerre, sans interruption des opérations.
Les villages libérés — des noms derrière les statistiques
Oleksandrivka, Huliaipole — des lieux, des vies
Derrière les 285,6 km² et les axes stratégiques, il y a des villages. Oleksandrivka, point de départ de l’opération du 29 janvier, est une bourgade agricole dont les habitants ont fui en grande partie lors de l’avancée russe de l’automne 2025. Huliaipole, en Zaporijjia, est associée historiquement au mouvement anarchiste ukrainien du début du XXe siècle — une ville qui a connu plus de conflits en un siècle que la plupart des villes européennes en un millénaire. Ces noms ne sont pas des points sur une carte militaire. Ce sont des communautés avec des histoires, des mémoires, des traumatismes accumulés sur plusieurs générations. Leur reconquête est réelle et tangible pour ceux qui y vivent ou qui en sont partis.
Les témoignages des habitants revenus après la reconquête, recueillis par des correspondants de Reuters et de l’Agence France-Presse sur le terrain, décrivent des maisons pillées, des caves transformées en positions militaires, des rues minées. La reconquête d’un village ne signifie pas le retour immédiat à la normalité — elle signifie le début d’un long processus de déminage, de reconstruction et de réappropriation qui peut prendre des années. L’Ukraine dispose d’une expertise croissante dans ce domaine, notamment grâce à l’expérience accumulée depuis les reconquêtes de Kherson et de Kharkiv.
Des noms de villages que personne ne connaissait il y a quatre ans. Et pourtant, derrière chacun, des centaines de personnes attendent de rentrer chez elles. Ce sont eux, la vraie mesure de cette guerre — pas les km².
Le retour — entre espoir et réalité brutale
Le processus de retour des déplacés dans les zones reconquises de Dnipropetrovsk est géré par les autorités ukrainiennes avec une prudence que les impatients trouvent frustrante mais que la logique sécuritaire impose absolument. Avant qu’un civil puisse rentrer, il faut que le Service d’État pour les situations d’urgence ait déminé les accès principaux, que les forces de police nationale aient sécurisé les zones, et que les évaluations structurelles des bâtiments aient été effectuées. Ce processus prend des semaines, parfois des mois. En attendant, des milliers de personnes patientent dans des centres d’hébergement à Dnipro, Zaporizhzhia et Kryvy Rih.
Pour ceux qui rentrent, la réalité est souvent brutale. Les biens personnels pillés, les récoltes perdues, les animaux d’élevage disparus — autant de pertes économiques qui s’ajoutent au traumatisme psychologique. L’Ukraine a mis en place des programmes de compensation et de reconstruction, partiellement financés par les revenus des fonds gelés russes que certains pays occidentaux ont commencé à transférer à Kiev. Ces ressources sont limitées face à l’ampleur des destructions. Cette reconquête territoriale devra être suivie d’une reconquête économique et sociale tout aussi exigeante — et bien moins médiatisée que les opérations militaires qui l’ont précédée.
Ce que l'Occident regarde — et ce qu'il devrait vraiment voir
La fatigue occidentale contre la réalité ukrainienne
Depuis 2024, le terme de « fatigue de l’Ukraine » circule dans les capitales occidentales avec une insistance qui dit plus sur l’état d’esprit des élites politiques que sur la réalité du terrain. À Washington, les débats au Congrès sur les paquets d’aide militaire ont révélé des fractures profondes sur la durabilité de l’engagement américain. En Europe, plusieurs gouvernements font face à des opinions publiques épuisées par l’inflation et les conséquences économiques d’un conflit qui dure. Et pourtant, l’Ukraine continue de se battre, de reprendre des territoires, d’innover militairement — sans attendre que la fatigue occidentale se dissipe. La reconquête de Dnipropetrovsk est aussi un message aux alliés : l’Ukraine agit, avec ou sans leur plein soutien du moment.
Ce que l’Occident devrait voir, c’est que son soutien — même imparfait, même intermittent — a une efficacité multiplicatrice sur les capacités ukrainiennes. Chaque système d’armes livré, chaque formation dispensée, chaque euro d’aide économique contribue à maintenir une armée en état de combattre et de vaincre. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et la Pologne ont fourni à l’Ukraine des capacités qu’elle n’aurait jamais pu développer seule en temps de guerre. La reconquête de 285,6 km² est aussi leur victoire — même s’ils peinent à le reconnaître publiquement avec la franchise que la situation mériterait.
La fatigue est réelle, je la comprends. Mais l’abandon serait une capitulation des valeurs que l’Occident prétend défendre. Ce n’est pas un paradoxe mineur — c’est le test le plus sérieux de notre époque.
Les signaux que les chancelleries occidentales lisent mal
Les diplomates et les analystes des ministères des Affaires étrangères occidentaux suivent la guerre ukrainienne à travers des prismes déformants : les cycles électoraux internes, les réactions des opinions publiques, les calculs de court terme sur les relations avec Moscou. Ce faisant, ils passent à côté de l’essentiel. La reconquête de Dnipropetrovsk n’est pas qu’un événement militaire — c’est un signal de résilience stratégique qui devrait remodeler les hypothèses sur l’issue possible de la guerre. Une Ukraine qui reprend des territoires en 2026 n’est pas condamnée à négocier depuis une position de faiblesse. C’est une Ukraine qui conserve des options réelles sur l’échiquier diplomatique.
Les négociations de paix, si elles doivent advenir, se feront dans un rapport de forces qui dépend directement de la situation sur le terrain. Chaque kilomètre carré repris par l’Ukraine améliore sa position de négociation future. Les chancelleries qui poussent Kiev vers des concessions territoriales précipitées — sous prétexte de « réalisme » — ignorent cette dynamique fondamentale. Le vrai réalisme, en 2026, c’est de comprendre que l’Ukraine peut encore faire bouger les lignes. Et qu’elle vient de le prouver de manière mesurable et documentée.
La Russie en 2026 — un empire qui grince
L’économie de guerre et ses limites structurelles
La Russie a réorienté son économie vers la production de guerre à un rythme que peu d’analystes avaient anticipé en 2022. Les usines d’armement de l’Oural et de Sibérie tournent en trois équipes. La production de chars, d’obus d’artillerie et de missiles de croisière a considérablement augmenté depuis 2023. Mais cette économie de guerre a un coût social et structurel qui commence à se faire sentir de manière tangible. L’inflation russe dépasse les 15%. Les taux d’intérêt fixés par la Banque centrale de Russie atteignent des niveaux historiquement élevés pour contenir une surchauffe économique qui menace la stabilité sociale. Les denrées alimentaires de base ont vu leurs prix augmenter de 30 à 40% depuis 2022 dans plusieurs régions russes.
Ces tensions économiques ne se convertissent pas automatiquement en instabilité politique à court terme — la Russie dispose de réserves de change encore substantielles et d’une capacité de répression qui dissuade l’opposition organisée. Mais elles créent des pressions souterraines qui s’accumulent silencieusement. Les classes moyennes russes dont le niveau de vie s’érode, les familles des mobilisés dont les proches ne reviennent pas, les régions périphériques qui fournissent la majorité des soldats et reçoivent la majorité des cercueils — ces réalités composent un tableau de tensions sociales latentes que le Kremlin surveille avec une attention qui trahit sa propre anxiété profonde.
Un empire peut tenir longtemps dans la douleur. Mais les empires qui punissent la vérité finissent par ne plus la voir venir. C’est leur force apparente — et leur fragilité réelle.
Poutine — la contrainte du temps et du récit
Pour Vladimir Poutine, la guerre en Ukraine est devenue le récit fondateur de son règne tardif — et sa contrainte la plus absolue. Il ne peut pas perdre cette guerre sans perdre le pouvoir. Il ne peut pas non plus la gagner selon ses termes initiaux sans des coûts humains et économiques que même sa base de soutien commence à trouver excessifs. Il est enfermé dans un récit de victoire obligatoire que la réalité du terrain dément progressivement. La reconquête ukrainienne de Dnipropetrovsk est une information que les médias d’État russes ont à peine mentionnée — mais que Poutine, lui, connaît parfaitement. Elle nourrit une anxiété que ses apparitions publiques soigneusement mises en scène cherchent à masquer sans toujours y parvenir.
La question du temps est centrale pour comprendre la position de Poutine. Il parie sur l’épuisement occidental et ukrainien — sur le fait que la durée jouera en sa faveur. La reconquête de Dnipropetrovsk perturbe ce calcul. Elle démontre que l’Ukraine peut maintenir une capacité offensive même après trois ans de guerre totale. Elle suggère que le temps ne travaille pas nécessairement pour Moscou — et c’est précisément ce que Poutine ne veut pas admettre devant lui-même, et encore moins devant ses généraux réunis au Kremlin.
Zelensky — le chef de guerre face à ses propres paradoxes
Diriger une démocratie en guerre totale
Volodymyr Zelensky est l’une des figures les plus analysées et les moins comprises de la politique internationale contemporaine. Acteur devenu président, homme de communication devenu chef de guerre, il incarne des contradictions que les observateurs extérieurs peinent à tenir ensemble. En 2026, après quatre ans de guerre totale, Zelensky gouverne un pays qui a suspendu les élections pour cause de loi martiale, qui restreint certaines libertés civiles au nom de la sécurité nationale, et qui maintient une pression permanente sur ses alliés pour obtenir des armes et des financements. Ces réalités peuvent heurter ceux qui appliquent à l’Ukraine des standards de démocratie en temps de paix. Elles révèlent avant tout les contraintes extraordinaires d’une démocratie qui se bat pour sa survie.
La reconquête de Dnipropetrovsk est pour Zelensky à la fois une victoire militaire et un outil politique interne. Dans un pays épuisé par quatre ans de guerre, où le moral civil fluctue avec les nouvelles du front, une percée territoriale significative est un oxygène politique réel. Elle légitime les sacrifices consentis, justifie le maintien de la mobilisation, et renforce la position de Zelensky face aux critiques internes — qui existent, en Ukraine, malgré la guerre. La démocratie ukrainienne, même sous loi martiale, n’a pas entièrement cessé de fonctionner et de se questionner.
Je ne sous-estime pas les tensions démocratiques en Ukraine en temps de guerre. Mais juger une démocratie assiégée avec les mêmes critères qu’une démocratie en paix est une forme de luxe analytique que je ne peux pas me permettre.
La diplomatie de Zelensky — entre détermination et dépendance
Sur la scène internationale, Zelensky maintient un rythme de diplomatie épuisant — visites dans les capitales alliées, discours devant les parlements, entretiens avec les dirigeants des pays du Sud global qui n’ont pas rejoint les sanctions contre la Russie. Cette hyperactivité diplomatique révèle une vulnérabilité réelle : l’Ukraine dépend de la continuation du soutien occidental pour maintenir sa capacité de combat. Sans les livraisons d’armes, sans les financements budgétaires, sans l’accès aux marchés financiers occidentaux, l’économie ukrainienne s’effondrerait dans un délai mesurable en mois. Zelensky le sait, ses interlocuteurs le savent, et cette asymétrie structurelle colore toutes les interactions diplomatiques.
Et pourtant, dans cette dépendance structurelle, Zelensky a maintenu une marge d’autonomie stratégique remarquable. Il a refusé des cessez-le-feu qu’il jugeait défavorables, résisté à des pressions pour faire des concessions territoriales prématurées, et orienté la stratégie militaire ukrainienne selon des priorités ukrainiennes, pas seulement alliées. La reconquête de Dnipropetrovsk n’a pas été demandée par Washington ou Bruxelles — elle a été décidée à Kiev. C’est une nuance que les analystes qui voient l’Ukraine comme un simple proxy occidental devraient méditer sérieusement.
L'ISW et l'analyse des instituts — quand la recherche déchiffre la guerre
L’Institut pour l’étude de la guerre comme référence
Fondé à Washington, l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) est devenu, depuis 2022, la référence incontournable pour l’analyse quotidienne de la guerre en Ukraine. Ses rapports publiés chaque soir suivent à la ligne de front près les évolutions du conflit, s’appuyant sur des sources ouvertes — images satellites, vidéos géolocalisées, communications interceptées — combinées à des analyses d’experts militaires américains et ukrainiens. Leurs évaluations de la reconquête de Dnipropetrovsk ont été précises : ils ont identifié le potentiel de l’axe d’Oleksandrivka dès décembre 2025 et ont documenté la progression ukrainienne avec une granularité que peu de médias traditionnels peuvent égaler.
L’ISW n’est pas le seul acteur de cet écosystème analytique. Le Royal United Services Institute à Londres, le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington, le Centre Belfer de Harvard, et plusieurs instituts européens produisent des analyses complémentaires qui enrichissent la compréhension de la guerre. Ces institutions ont en commun une méthodologie transparente, une indépendance par rapport aux gouvernements, et une volonté d’évaluer la réalité sans complaisance pour aucune des parties — ce qui les distingue des plateformes de propagande qui ont proliféré des deux côtés du conflit depuis 2022.
Dans une guerre saturée de désinformation, la rigueur analytique est elle-même un acte de résistance. Je lis l’ISW chaque soir depuis 2022. Ce n’est pas de la foi — c’est de la méthode.
Les limites de l’analyse à distance
Même les meilleures institutions analytiques opèrent avec des angles morts. L’analyse à distance, aussi rigoureuse soit-elle, ne capture pas tout. Elle ne saisit pas le moral réel des soldats, les tensions internes aux unités, les décisions prises dans la chaleur d’un combat par des commandants de peloton qui n’ont ni le temps ni l’envie de documenter leurs choix. La reconquête de Dnipropetrovsk a sans doute impliqué des improvisations brillantes ou des erreurs réparées in extremis que nous ne connaîtrons jamais dans le détail. C’est la nature de la guerre — une partie essentielle de sa réalité échappe à toute analyse extérieure, aussi sophistiquée soit-elle.
Cette limite mérite d’être dite clairement, surtout dans un contexte médiatique où l’accès aux sources primaires sur le terrain est restreint. Les correspondants de guerre présents en Ukraine rapportent des réalités que les analyses institutionnelles ne voient pas. Il y a une complémentarité nécessaire entre le travail sur le terrain et l’analyse stratégique à distance. L’honnêteté intellectuelle commande de ne jamais oublier cette complémentarité — et de ne pas confondre la carte avec le territoire réel.
La Zaporijjia — l'autre front du grand pivot sud
Huliaipole — le deuxième axe de la reconquête
Si l’axe d’Oleksandrivka a concentré l’attention en janvier, le secteur de Huliaipole en Zaporijjia constituait le deuxième pilier de l’opération ukrainienne. Cette ville, historiquement associée à l’anarchiste Nestor Makhno qui y organisa sa résistance armée contre Blancs et Rouges dans les années 1918-1921, est aujourd’hui le symbole d’une résistance d’une nature entièrement différente mais d’une intensité comparable à travers les décennies. Les forces ukrainiennes ont utilisé le secteur de Huliaipole comme point d’ancrage pour une pression latérale sur les positions russes dans le nord de la région de Zaporijjia, créant un effet de cisaille qui a compliqué la défense russe sur tout l’axe méridional.
La région de Zaporijjia reste partiellement occupée par la Russie, qui y a annexé une grande partie du territoire en septembre 2022 lors d’un référendum que la quasi-totalité des gouvernements dans le monde a refusé de reconnaître. La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, continue d’être sous contrôle russe et représente un risque permanent sur le plan de la sécurité nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) maintient une présence sur place pour surveiller la situation, sans pouvoir contraindre les parties au conflit à garantir la sécurité de l’installation.
Huliaipole. Ce nom porte une histoire de résistance longue de plus d’un siècle. Il y a une continuité dans ces terres qui dépasse largement la guerre actuelle. Je la ressens chaque fois que j’y pense sérieusement.
La dimension nucléaire — un risque qui ne disparaît pas
La présence de la centrale nucléaire de Zaporijjia sous contrôle russe constitue l’une des dimensions les plus préoccupantes du conflit dans le grand sud ukrainien. Les six réacteurs de la centrale sont à l’arrêt depuis 2023, mais nécessitent un approvisionnement continu en électricité pour maintenir le refroidissement des combustibles usés stockés sur place. Plusieurs incidents liés à des coupures d’alimentation électrique ont été documentés par l’AIEA, sans qu’aucun n’atteigne pour l’instant le niveau d’une catastrophe. L’approche des opérations militaires ukrainiennes vers ce secteur a intensifié les appels à établir une zone de protection autour de la centrale — appels que Moscou a systématiquement rejetés.
La reconquête ukrainienne dans le secteur de Zaporijjia crée une tension supplémentaire autour de cette question nucléaire. Plus les lignes de front se rapprochent de la centrale, plus le risque de dommages accidentels augmente. Les États-Unis et l’Union européenne ont tous deux émis des avertissements formels à ce sujet. La prudence ukrainienne dans ce secteur précis est notable : les forces ukrainiennes opèrent avec des directives strictes pour éviter toute action pouvant être associée à un risque nucléaire, même si cela implique de ralentir certaines opérations qui seraient militairement possibles par ailleurs.
Ce que cette reconquête révèle sur l'avenir du conflit
Un conflit dont la fin reste ouverte
Quiconque prétend savoir comment se terminera la guerre en Ukraine en 2026 ment — ou se trompe. Les variables sont trop nombreuses, les acteurs trop imprévisibles, les capacités des deux parties trop évolutives pour permettre une projection fiable. Ce que la reconquête de Dnipropetrovsk permet d’affirmer avec une certitude raisonnable, c’est que l’issue n’est pas prédéterminée en faveur de la Russie. L’Ukraine conserve une capacité offensive réelle. Elle peut encore surprendre. Elle peut encore reprendre des territoires. Et cette réalité ouvre un espace de possibles que les tenants d’une capitulation ukrainienne négociée refusent de considérer — par idéologie ou par paresse analytique.
Les scénarios possibles vont de la négociation d’un cessez-le-feu gelant les lignes actuelles à une continuation indéfinie du conflit à intensité variable, en passant par une percée ukrainienne plus large qui obligerait Moscou à reconsidérer fondamentalement sa position. Aucun de ces scénarios n’est aujourd’hui dominant. Ce qui est clair, c’est que la reconquête de 285,6 km² en Dnipropetrovsk élargit l’espace des possibles pour l’Ukraine et le rétrécit pour la Russie — et que cette asymétrie mérite d’être prise au sérieux dans toute analyse honnête du conflit.
J’ai arrêté de prédire l’avenir de cette guerre en 2023. Je me contente désormais de lire ce qui se passe réellement. Et ce qui se passe réellement, en ce moment, penche — légèrement, prudemment — du côté de l’Ukraine.
Les négociations futures — qui aura les meilleures cartes
Si des négociations de paix devaient s’ouvrir dans les prochains mois ou les prochaines années, leur issue dépendra directement de la situation militaire au moment où elles commenceront. Chaque territoire repris par l’Ukraine est une carte supplémentaire dans sa main de négociateur. Chaque affaiblissement de la position russe sur le terrain rend moins plausible l’option d’une capitulation ukrainienne déguisée en « compromis ». La reconquête de 285,6 km² en Dnipropetrovsk est, dans cette optique, un investissement diplomatique autant que militaire — même si personne à Kiev ne l’exprime en ces termes publiquement.
Les médiateurs potentiels — la Turquie, la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis — suivent tous avec attention les développements militaires. Leur capacité à obtenir des concessions de l’une ou l’autre partie dépend de leur lecture de la dynamique de terrain. Une Russie affaiblie sur le front de Dnipropetrovsk est une Russie légèrement plus réceptive à des compromis. Une Ukraine qui reprend l’initiative est une Ukraine légèrement moins disposée à accepter un cessez-le-feu inégal. Ces marges sont petites — mais en diplomatie, ce sont souvent les petites marges qui font la différence entre la paix et la guerre prolongée.
La mémoire longue — pourquoi cette guerre n'est pas que militaire
L’identité ukrainienne comme enjeu fondamental
La guerre en Ukraine n’a jamais été qu’un conflit territorial. Elle est aussi une guerre d’identité, de mémoire et de culture. La région de Dnipropetrovsk, rebaptisée Dnipro en 2016 lors de la grande vague de décommunisation ukrainienne, porte dans son nom même la trace de cette bataille culturelle permanente. L’effacement des noms soviétiques, la redécouverte de l’histoire ukrainienne pré-soviétique, la promotion de la langue ukrainienne dans tous les domaines de la vie publique — ces processus ont été accélérés par la guerre, mais ils avaient commencé bien avant 2022. Ils sont l’expression d’une construction nationale que Poutine avait tenté de nier en prétendant que l’Ukraine n’existait pas en tant que nation distincte de la Russie.
Cette négation a produit l’effet inverse de celui escompté. La guerre a accéléré la formation de l’identité nationale ukrainienne d’une manière qu’aucun programme gouvernemental n’aurait pu réaliser en temps de paix. Des populations qui se définissaient comme « ni ukrainiennes ni russes » se sont massivement réapproprié une identité ukrainienne affirmée. Des études d’opinion de l’Institut international de sociologie de Kyiv (KIIS) montrent que le sentiment d’appartenance nationale ukrainienne est aujourd’hui plus fort qu’il ne l’a jamais été depuis l’indépendance de 1991. Poutine voulait effacer une nation — il l’a en réalité cimentée.
Poutine voulait effacer une nation. Il l’a en réalité cimentée. C’est le paradoxe le plus cruel — et le plus significatif — de toute cette tragédie que j’observe depuis des années.
La reconstruction comme acte politique et culturel
La reconstruction de l’Ukraine — des infrastructures, des économies locales, du tissu social — est déjà en cours dans les territoires libérés depuis 2022. À Kherson, à Kharkiv, dans des dizaines de villes et de villages reconquis, des chantiers ont commencé parfois sous les bombes. Cette reconstruction n’est pas seulement une nécessité pratique — c’est un acte politique, une affirmation que la vie ukrainienne continue, que le projet national est viable, que la guerre n’a pas tout détruit. Les partenaires internationaux de l’Ukraine — notamment l’Union européenne et ses États membres, le Japon, le Canada et l’Australie — ont signé des engagements de reconstruction qui vont au-delà du conflit lui-même.
Dans les zones reconquises de Dnipropetrovsk, cette reconstruction devra s’attaquer à des défis spécifiques : la contamination des sols par les munitions, la destruction des réseaux d’eau et d’électricité, la reconstruction des routes et des ponts, le retour des enseignants et des personnels médicaux partis à l’intérieur ou à l’étranger. Ces défis sont immenses mais pas insurmontables. L’Ukraine a déjà montré, dans d’autres régions libérées, qu’elle était capable d’organiser la reconstruction rapidement et efficacement — souvent en collaboration avec des ONG internationales et des entreprises privées qui voient dans l’Ukraine d’après-guerre un marché de reconstruction considérable et porteur.
Ce que l'histoire retiendra — la leçon de Dnipropetrovsk
Une bataille dans le grand récit de la résistance ukrainienne
Dans dix ou vingt ans, quand les historiens écriront la guerre russo-ukrainienne de 2022-2026 et au-delà, la reconquête de Dnipropetrovsk en janvier-février 2026 occupera sa place dans le récit — non pas comme la bataille décisive qui a tout changé, mais comme l’une des preuves accumulées que l’Ukraine ne s’est pas résignée. Elle rejoindra dans la mémoire collective Kharkiv 2022, Kherson 2022, la défense de Bakhmout comme les moments où une nation a choisi de résister plutôt que de plier. Ce choix, répété des milliers de fois par des soldats anonymes, des civils déplacés et des décideurs sous pression constante, est le vrai sujet de cette guerre — plus que les lignes sur les cartes.
Et pourtant, il serait malhonnête de conclure sur une note purement héroïque. La guerre continue. Des gens meurent chaque jour. L’environnement est ravagé sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés. Les traumatismes psychologiques de toute une génération ukrainienne — et aussi russe — sont réels et durables. La reconquête de 285,6 km² ne ramène pas les morts. Elle ne répare pas les familles brisées. Ce qu’elle fait, c’est maintenir ouverte une possibilité — celle d’un avenir dans lequel l’Ukraine existe, libre et souveraine, dans ses frontières reconnues par le droit international. Et dans le contexte de cette guerre, maintenir une possibilité ouverte est déjà une forme de victoire.
Ce que Dnipropetrovsk enseigne au reste du monde
La reconquête de Dnipropetrovsk porte en elle une leçon qui dépasse les frontières de l’Ukraine. Elle démontre qu’une armée motivée, bien coordonnée et soutenue par une société civile mobilisée peut reprendre du terrain face à un adversaire numériquement supérieur — à condition de combiner renseignement précis, innovation technologique et discipline opérationnelle. Cette leçon résonne dans les états-majors de Taipei, de Tallinn et de Helsinki, où des planificateurs militaires étudient chaque détail de cette opération pour en extraire des principes applicables à leurs propres théâtres de menace. La guerre en Ukraine est devenue le manuel vivant de la défense asymétrique du XXIe siècle.
Et pourtant, cette leçon comporte aussi un avertissement sombre. La reconquête a coûté des vies — ukrainiennes et russes. Elle a exigé des ressources considérables dans un contexte où chaque obus compte. Elle a montré que reprendre du terrain dans une guerre d’attrition moderne est possible, mais jamais gratuit. Les nations qui observent l’Ukraine doivent retenir les deux faces de cette réalité : oui, la résistance est possible. Mais elle se paie au prix le plus élevé qu’une société puisse consentir — celui de ses enfants envoyés au front. C’est cette double vérité, lucide et sans concession, que Dnipropetrovsk inscrit dans les archives de l’histoire militaire contemporaine.
Je ne sais pas comment cette guerre finira. Je sais que ceux qui se battent pour leur dignité méritent qu’on les regarde honnêtement, sans les romantiser ni les réduire à de simples pions. C’est tout ce que je peux offrir — une attention rigoureuse et respectueuse.
Et pourtant, dans tout ce fracas, il y a quelque chose d’indéfectible dans la résistance ukrainienne qui me retient, qui me force à continuer de croire qu’une issue juste reste possible — même si le chemin est encore long et douloureux.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Institut pour l’étude de la guerre (ISW) — Ukraine Conflict Update — février 2026
Ministère de la Défense ukrainien — Forces d’assaut aérien — 15 février 2026
Reuters — Ukraine forces retake territory in Dnipropetrovsk — 16 février 2026
Sources secondaires
Royal United Services Institute (RUSI) — Ukraine Southern Axis Analysis — février 2026
BBC News — Ukraine offensive in Dnipropetrovsk: what we know — février 2026
Associated Press — Ukraine air assault forces advance in Dnipropetrovsk — février 2026
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