2025, l’année où tout a basculé une première fois
Pour comprendre la tension de février 2026, il faut revenir à l’année précédente. En 2025, un conflit de douze jours avait éclaté : les États-Unis avaient bombardé trois sites nucléaires iraniens — Fordow, Natanz et Isfahan. Ce précédent est capital. L’Iran sait désormais que Washington est prêt à passer à l’acte militaire. Mais Téhéran a également tiré des conclusions stratégiques précises : se rapprocher de Moscou et Pékin, développer des capacités de représailles asymétriques, disperser ses installations dans des sites moins identifiables et moins accessibles. La destruction partielle de ces trois sites n’a pas mis fin au programme nucléaire iranien. Elle l’a rendu plus urgent, plus diffus, et potentiellement plus dangereux.
C’est dans ce contexte que les négociations ont repris. Le 6 février 2026 à Oman, une première ronde de discussions indirectes s’est tenue entre représentants américains et iraniens. Le mot-clé ici est indirect : même parler directement reste politiquement délicat pour Téhéran. Le 18 février à Genève, les deux parties ont déclaré s’être entendues sur des principes directeurs. Non pas sur un accord, non pas sur des mesures concrètes — sur les fondements permettant théoriquement de discuter d’un accord futur. C’est la définition même d’une impasse masquée sous un vernis de progrès.
Ce qui me frappe dans ces négociations, c’est la simultanéité des gestes opposés : on négocie à Genève le matin et on déploie des porte-avions l’après-midi. Qui croit encore que ces deux mouvements peuvent coexister longtemps sans que l’un n’annule l’autre ?
Genève, le 18 février : une table de négociation sous les canons
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a résumé la position américaine avec une franchise inhabituelle : «L’Iran serait très avisé de conclure un accord» avec le président Trump. Et d’ajouter que les deux parties restent «très loin l’une de l’autre sur certains points». La formulation «serait très avisé» appartient au registre de la menace contenue. La position américaine était claire : l’Iran doit cesser tout enrichissement d’uranium sur son territoire et les négociations doivent inclure les capacités balistiques iraniennes. L’Iran maintient que son programme est purement pacifique et refuse de placer ses missiles sur la table. Ces positions sont structurellement incompatibles.
La chercheuse Barbara Slavin du Stimson Center a résumé l’état réel des discussions avec lucidité : «Je ne vois pas encore de base pour un accord… nous avons cet énorme renforcement militaire. Je suis très préoccupée.» Quand des spécialistes reconnus disent publiquement ne pas voir de base pour un accord, pendant qu’une armada navale se positionne à 700 kilomètres des côtes iraniennes, il faut prendre ces mots au sérieux.
Ce que Moscou gagne réellement dans cette alliance navale
La stratégie russe de multiplication des fronts de pression
La participation russe aux exercices navals avec l’Iran n’est pas un acte de solidarité désintéressée. La Russie de Vladimir Poutine poursuit une stratégie de multiplication des fronts de pression : chaque théâtre de tension que Washington doit gérer réduit d’autant la pression américaine en Ukraine. Le ministre Sergueï Lavrov a averti que les conséquences de nouvelles frappes américaines sur l’Iran «ne seraient pas bonnes», citant notamment la normalisation irano-saoudite comme acquis régional à préserver. Ce faisant, Moscou se positionne non seulement comme partenaire militaire de l’Iran, mais comme architecte d’un ordre multipolaire au Moyen-Orient.
Il y a aussi une dimension opérationnelle concrète. La marine russe a besoin d’exercices réels pour maintenir son niveau opérationnel malgré les sanctions. Les manœuvres dans la mer d’Oman lui permettent de tester ses systèmes dans des conditions différentes de la Baltique ou de la mer Noire, et de signaler à l’Occident que ses capacités de projection ne sont pas limitées aux théâtres européens. La frégate Marshal Shaposhnikov dans le détroit d’Ormuz, c’est Moscou qui dit à Washington : nous existons sur tous les océans, pas seulement chez nous.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que Moscou joue une partie à plusieurs tables simultanément — et que pendant qu’on regarde ses pièces en Ukraine, d’autres se déplacent sans bruit dans l’océan Indien.
L’Iran comme multiplicateur de puissance pour une Russie sous pression
Du point de vue russe, l’Iran remplit une fonction précieuse : celle de multiplicateur de pression géopolitique. Chaque fois que Téhéran intensifie ses tensions avec Washington, Moscou bénéficie indirectement de la distraction générée dans les capitales occidentales. La Russie fournit à l’Iran une couverture diplomatique à l’ONU, des technologies militaires malgré les sanctions, et une légitimité partielle. L’Iran, en retour, absorbe une partie de l’attention stratégique américaine et contribue au narratif anti-hégémonique que Moscou cultive depuis des années. C’est un partenariat fondé sur des intérêts convergents, non sur des valeurs communes.
Et pourtant, cette convergence a ses limites. Moscou ne veut pas une guerre générale au Moyen-Orient qui provoquerait une flambée du pétrole incontrôlable et une fermeture du détroit d’Ormuz nuisible à ses acheteurs asiatiques. Moscou veut que la tension iranienne reste suffisamment distrayante, mais pas assez élevée pour exploser en guerre ouverte. C’est un équilibre difficile à maintenir — et la présence de navires russes aux côtés des iraniens envoie un signal qui pourrait être mal interprété à Washington.
Le détroit d'Ormuz, otage géographique d'une crise politique
Vingt et un millions de barils par jour comme levier de pression
Le détroit d’Ormuz est l’une des artères les plus critiques de l’économie mondiale. Entre 20 et 30 % du commerce maritime mondial de pétrole brut transite par ce passage, soit environ 21 millions de barils quotidiens. Une fermeture même temporaire déclencherait une flambée immédiate des prix de l’énergie à l’échelle planétaire. L’Iran le sait et l’utilise comme argument diplomatique. Téhéran a menacé à plusieurs reprises de fermer le détroit d’Ormuz en cas d’attaque américaine — et la marine iranienne dispose des moyens pour rendre le transit extrêmement périlleux : mines, missiles antinavires, sous-marins côtiers, vedettes rapides.
Les Gardiens de la révolution islamique avaient d’ailleurs, peu avant les exercices bilatéraux, mené leurs propres manœuvres qui avaient temporairement fermé certaines parties du détroit. Je peux le faire, je viens de le faire, et je recommencerai. Cette démonstration s’adresse autant aux monarchies du Golfe — dont les économies dépendent intégralement du transit par Ormuz — qu’à Washington. Elle rappelle à Riyad, Abou Dhabi et Doha que leur prospérité est à portée d’une décision iranienne.
Vingt et un millions de barils par jour. J’essaie d’imaginer ce que ce chiffre représente en termes de familles et de factures énergétiques — et je réalise que des millions de gens dans le monde sont otages d’une décision qui pourrait se prendre dans une salle à Téhéran.
Les compagnies aériennes prises en étau entre exercices et tirs de roquettes
Un détail révélateur de la journée du 19 février 2026 : l’Iran a diffusé des NOTAM — avis aux navigants aériens — signalant des tirs de roquettes dans les régions du sud entre 3h30 et 13h30 GMT, simultanément aux manœuvres navales. En saturant simultanément les espaces maritimes et aériens, l’Iran signale une défense active par saturation des domaines : remplir tous les espaces potentiellement utilisables par un adversaire avec suffisamment de risques pour qu’il hésite à les utiliser. Toute opération militaire américaine dans cet espace doit désormais intégrer la possibilité de tirs de roquettes dans l’espace aérien correspondant, compliquant la coordination des vagues d’attaque.
Pour les compagnies aériennes qui survolent cette région parmi les plus achalandées du monde, ces avis constituent une pression économique réelle. Des détours de plusieurs centaines de kilomètres représentent des coûts en carburant, des retards et des perturbations pour des centaines de vols quotidiens. L’escalade des tensions irano-américaines a des conséquences concrètes et immédiates sur le transport aérien mondial — un rappel que la géopolitique n’est jamais abstraite pour ceux qui vivent dans son ombre.
Washington entre marteau et enclume : frapper ou négocier
La réunion de la Situation Room et ses implications
Les hauts conseillers en sécurité nationale américains se sont réunis dans la Salle de Situation de la Maison-Blanche le 19 février 2026 — le même jour que les exercices russo-iraniens. Ils ont été informés que l’ensemble des forces américaines déployées dans la région seraient bientôt en place. Cette formulation signale la finalisation d’une posture opérationnelle offensive et communique à Téhéran que la fenêtre de décision se rétrécit. Le secrétaire d’État Marco Rubio avait par ailleurs programmé une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 28 février — ces réunions de coordination sont le signe que la machine décisionnelle américaine était en mode pré-opérationnel.
La tension entre l’option diplomatique et l’option militaire atteignait en février 2026 un niveau d’acuité rarement égalé depuis 2015. La différence fondamentale avec 2015, c’est que la crédibilité militaire américaine est désormais établie par les frappes effectives de 2025. Les Iraniens ne peuvent plus se demander si Washington est prêt à frapper — ils savent que oui. La question est devenue : dans quelles conditions et avec quels objectifs Washington frapperait-il à nouveau ? Cette incertitude est peut-être encore plus déstabilisante que si la réponse était évidente.
Quand une grande puissance se retrouve à menacer et négocier simultanément, à déployer des porte-avions et envoyer des diplomates, c’est souvent le signe qu’elle n’a pas encore choisi. Et ne pas choisir est parfois la décision la plus dangereuse qui soit.
L’administration Trump face à ses propres contradictions stratégiques
L’administration Trump se trouve dans une position stratégiquement inconfortable. D’un côté, elle a démontré sa volonté de frapper en 2025, ce qui lui confère une crédibilité dissuasive. De l’autre, elle engage des négociations à Genève qui présupposent une volonté iranienne de compromis — compromis que les exercices navals du 19 février semblent précisément démentir. La réponse de l’administration semble être : maintenir la pression militaire comme incitation à la négociation. Cette doctrine — la coercition compellente — peut fonctionner. Elle peut aussi produire l’inverse : radicaliser la partie adverse et la pousser vers Moscou et Pékin.
Et pourtant, l’administration ne dispose pas de beaucoup d’autres options. Les sanctions économiques ont montré leurs limites — l’Iran y a survécu pendant des décennies. La diplomatie pure sans pression militaire n’a jamais produit d’accord durable avec Téhéran. L’option militaire seule, comme 2025 l’a montré, détruit des capacités sans résoudre la question politique sous-jacente. Washington est enfermé dans une logique où aucune option isolée ne suffit, et où leur combinaison produit des signaux contradictoires difficiles à interpréter.
Pékin dans l'ombre : le troisième joueur invisible
La Chine comme partenaire silencieux de l’Iran sous pression
La participation chinoise à l’exercice Maritime Security Belt 2026 mérite une analyse distincte. La Chine est le premier acheteur de pétrole iranien, contournant les sanctions américaines via des tankers fantômes. Elle a facilité la normalisation diplomatique entre l’Iran et l’Arabie saoudite en 2023, démontrant sa capacité à agir comme médiateur régional crédible. Et elle déploie maintenant des navires de guerre aux côtés des marines iranienne et russe dans une zone directement menacée par une éventuelle attaque américaine. En étant physiquement présente dans les eaux disputées, la Chine complique considérablement l’équation militaire américaine : frapper l’Iran en présence de navires chinois à proximité intègre le risque d’incident accidentel impliquant des forces chinoises.
Pékin joue sur plusieurs tableaux simultanément. Elle maintient des canaux diplomatiques ouverts avec Washington. Elle participe à des exercices avec Moscou et Téhéran. Elle achète le pétrole iranien qui garde l’économie de Téhéran à flot. Et elle se positionne comme alternative crédible à un ordre américano-centrique. Le magazine Raids résume avec économie ce que des décennies de politique étrangère peinent à expliquer : «Face aux États-Unis, la Chine aide l’Iran.»
Je pense souvent à la patience stratégique chinoise. Pendant que Washington réagit dans l’urgence et que Moscou improvise sous pression, Pékin pose des pièces sur un échiquier dont elle seule voit la totalité. C’est une forme de puissance silencieuse qui peut être la plus redoutable de toutes.
Les intérêts économiques chinois dans un détroit potentiellement en feu
La Chine a un intérêt économique direct et massif à la stabilité du détroit d’Ormuz. Non seulement parce qu’elle achète du pétrole iranien, mais parce que ses importations d’hydrocarbures en provenance des monarchies du Golfe — Arabie saoudite, EAU, Koweït, Irak — transitent également par ce passage. La 48e flottille basée à Djibouti — seul point d’ancrage militaire permanent de la Chine hors de ses frontières — permet une projection rapide vers le Golfe d’Oman. Ces navires sont à la fois un message politique et une assurance tous risques pour des routes commerciales vitales.
Et pourtant, Pékin doit naviguer entre ses engagements implicites envers Téhéran et sa relation économique avec les monarchies sunnites du Golfe. L’accord de normalisation irano-saoudite de 2023 était une tentative de résoudre cette contradiction — un pari diplomatique dont les résultats restent fragiles. Si la tension dégénère en conflit ouvert, la Chine sera forcée de choisir d’une manière qui rend tout équilibre précaire impossible.
Les monarchies du Golfe prises entre leur sécurité et leur économie
L’Arabie saoudite face à une escalade qu’elle n’a pas demandée
Riyad observe la crise russo-irano-américaine avec une anxiété que son protocole diplomatique l’empêche d’exprimer publiquement. L’Arabie saoudite a bénéficié de la normalisation avec l’Iran facilitée par Pékin — une normalisation représentant une diminution des risques dans le Golfe et une stabilité accrue pour ses projections économiques liées à Vision 2030. Une guerre entre les États-Unis et l’Iran risque de remettre en question cet équilibre précaire. L’Iran a d’ailleurs explicitement menacé de frapper des bases militaires américaines dans la région en cas d’attaque — et certaines de ces bases se trouvent dans les pays du Golfe, qui accueilleraient ainsi involontairement un conflit sur leur sol.
Les Émirats arabes unis sont dans une position similaire. Dubaï, pôle logistique et financier mondial, a besoin d’une stabilité régionale absolue. Chaque escalade iranienne, chaque déploiement de porte-avions américains est un signal d’alarme pour les investisseurs internationaux. Les compagnies d’assurance maritime ont déjà commencé à ajuster leurs tarifs pour les transits dans le Golfe d’Oman — un coût supplémentaire qui se répercute sur le prix de toutes les marchandises transportées.
Il y a une injustice fondamentale dans ces crises : les grandes puissances prennent les décisions, mais les petits pays paient souvent la facture. Le Qatar, le Koweït, Bahreïn — personne ne les interroge avant de déployer des porte-avions dans leur arrière-cour.
Qataris et Koweïtiens : les équilibristes du Golfe
Le Qatar et le Koweït pratiquent depuis des décennies une diplomatie d’équilibriste. Ils partagent avec l’Iran les ressources du plus grand gisement de gaz naturel au monde — le champ North Dome/South Pars. Pour Doha, une confrontation militaire américano-iranienne serait une catastrophe existentielle. Le Koweït abrite d’importantes bases américaines qui en feraient une cible potentielle de représailles iraniennes en cas de conflit. Ces deux pays sont activement favorables à toute solution diplomatique qui préserverait le statu quo. Leurs voix pèsent peu dans le concert des grandes puissances, mais leurs intérêts méritent d’être nommés — ce sont eux qui payeraient le prix d’une escalade qu’ils n’ont ni voulue ni provoquée.
Et pourtant, aucune de ces monarchies n’a les moyens de changer le cours des événements. Elles peuvent au mieux faire du lobbying discret auprès de Washington pour modérer la posture militaire américaine, faciliter des canaux de communication informels entre les parties, et espérer que la logique de la retenue l’emportera. C’est une stratégie de survivance, pas de leadership — et c’est peut-être la définition la plus honnête de ce que peuvent faire des puissances moyennes quand les grandes puissances jouent leurs parties à leurs dépens.
Le programme nucléaire iranien et la question de la dissuasion
Pourquoi l’Iran veut la bombe sans jamais le dire officiellement
Le paradoxe central du dossier nucléaire iranien est que Téhéran ne peut pas officiellement admettre vouloir l’arme nucléaire — cela déclencherait instantanément une réponse militaire —, mais que ses actions depuis des décennies indiquent une marche méthodique vers la capacité nucléaire. La distinction est cruciale : posséder la capacité d’assembler une bombe en quelques semaines ou mois sans l’avoir assemblée, c’est ce que l’on appelle le «threshold state», l’état du seuil. L’Iran semble viser cet état comme position de compromis : assez avancé pour dissuader une attaque existentielle, pas assez visible pour justifier une frappe préventive. Les frappes de 2025 ont retardé cette marche sans changer la direction.
La vraie question que personne ne pose publiquement : que se passerait-il si l’Iran atteignait effectivement cet état du seuil ? La réponse honnête est que cela changerait fondamentalement la dynamique régionale — non pas parce qu’un Iran au seuil nucléaire attaquerait nécessairement, mais parce que sa capacité de représailles deviendrait de nature différente, créant une dissuasion crédible que même la puissance militaire américaine aurait du mal à ignorer.
Je me demande parfois si le vrai problème n’est pas qu’on ne peut pas empêcher l’Iran d’avoir la bombe si tel est son choix — mais qu’on ne peut pas non plus lui permettre de l’avoir sans que tout l’équilibre régional s’effondre. Ce n’est pas une impasse diplomatique. C’est une impasse de civilisation.
Les Gardiens de la révolution comme variable interne incontrôlable
Toute analyse du programme nucléaire iranien qui ignore le rôle des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) est incomplète. Le CGRI n’est pas simplement une force armée — c’est un acteur économique, politique et idéologique. Les Gardiens ont leur propre marine — distincte de la marine régulière — et c’est elle qui contrôle le détroit d’Ormuz. C’est elle qui possède les flottilles de vedettes rapides, les missiles antinavires côtiers et les champs de mines constituant la principale capacité asymétrique iranienne en mer. Lors de toute négociation, la question se pose : le gouvernement peut-il réellement contrôler le CGRI ? L’histoire récente suggère que la réponse est nuancée — les Gardiens ont leurs propres agendas et une capacité autonome d’escalade.
Cette variable interne est l’une des plus difficiles à intégrer dans le calcul diplomatique américain. Même si les négociateurs iraniens à Genève font preuve de bonne volonté, ils ne peuvent garantir le comportement du CGRI en cas de crise. Et le CGRI a tout intérêt à maintenir un niveau de tension suffisant pour justifier son budget et son influence. La paix complète avec les États-Unis ne serait pas dans l’intérêt institutionnel des Gardiens — une tension gérée, en revanche, l’est parfaitement.
La posture du veilleur face à un monde qui s'emballe
Lire les signaux faibles quand les signaux forts sont partout
Dans un contexte saturé d’événements, la tentation est forte de se concentrer sur les manifestations les plus spectaculaires et d’en manquer les signaux faibles les plus révélateurs. La mention par Lavrov de la normalisation irano-saoudite comme argument contre l’escalade est un signal faible : Moscou ne veut pas sacrifier cet acquis. La participation de la Chine avec des navires basés à Djibouti — et non des unités venues de ses ports d’attache — indique que Pékin a préprogrammé cette réponse dans sa présence permanente dans la région. La déclaration de Karoline Leavitt reconnaissant que les parties sont «très loin l’une de l’autre» prépare l’opinion américaine à l’éventualité d’un échec diplomatique — ce qui précède souvent une décision militaire.
La posture du veilleur analytique consiste à maintenir l’attention sur ces couches profondes de signification pendant que le bruit de fond des événements spectaculaires risque de masquer ce qui se construit réellement. Les porte-avions font les manchettes. Les décisions sur leur utilisation se prennent dans des salles sans fenêtres, lors de réunions qui n’apparaissent jamais dans les comptes rendus publics — seule une lecture attentive des signaux faibles peut commencer à les reconstituer.
Je passe mes journées à lire entre les lignes des communiqués officiels. Et parfois ce que je lis m’inquiète davantage que ce qui est dit explicitement. Le non-dit, en diplomatie, pèse souvent plus lourd que la déclaration.
Ce que l’histoire des escalades navales nous enseigne
L’histoire des confrontations navales modernes offre des précédents dont il serait imprudent de ne pas tirer les leçons. En 1988, la marine américaine a abattu le vol Iran Air 655, tuant 290 civils, dans un contexte de tension dans le Golfe Persique — illustration tragique de comment la présence de nombreux navires militaires dans un espace confiné génère des risques d’erreur catastrophique. En 2019, les tensions dans le détroit d’Ormuz ont poussé la situation au bord du point de rupture sans qu’elle franchisse ce seuil. La leçon : la proximité physique de forces militaires adverses augmente mécaniquement le risque d’incident accidentel, indépendamment des intentions de chaque partie.
Les mécanismes de désescalade existent précisément pour gérer ces risques. Mais leur efficacité présuppose que toutes les parties aient un intérêt partagé à éviter l’escalade accidentelle. Or, dans le contexte actuel, certains acteurs pourraient calculer qu’un incident limité leur serait bénéfique — pour justifier une frappe préméditée ou démontrer leur détermination. Cette logique de l’incident provoqué ou instrumentalisé est l’une des formes les plus dangereuses de manipulation géopolitique.
L'Europe absente d'une crise qui la concerne directement
Le silence européen face à une crise pétrolière potentielle
L’Europe est remarquablement absente du récit principal de cette crise, alors qu’elle en serait l’une des principales victimes économiques. Une fermeture du détroit d’Ormuz frapperait des économies encore fragilisées par plusieurs années de chocs énergétiques depuis 2022. L’Union européenne n’a aucune présence navale notable dans la région, aucun rôle dans les négociations en cours, et aucun levier direct sur les décisions américaines, iraniennes ou russes. Les voix européennes plaident pour la continuation des négociations diplomatiques, mais ces appels ont une résonance limitée dans un contexte où Washington, Moscou et Téhéran ont des intérêts beaucoup plus immédiats.
La France et l’Allemagne, traditionnellement les plus actives sur le dossier iranien, sont dans des positions internes fragilisées qui limitent leur projection diplomatique. Paris traverse une instabilité gouvernementale. Berlin reconstruit sa politique de défense après des décennies d’atrophie stratégique. Le Royaume-Uni, post-Brexit, s’aligne souvent sur les positions américaines plutôt que de jouer un rôle médiateur indépendant. Le résultat est un vide européen dans une crise qui aurait besoin du type de diplomatie patient et multilatéral que l’Europe, dans ses bons jours, sait conduire.
L’impuissance européenne dans cette crise ne m’étonne pas. Elle me consterne. Ce continent qui a inventé la diplomatie multilatérale regarde depuis les gradins une partie qui se joue sur ses propres approvisionnements énergétiques. Il y a quelque chose de profondément inacceptable dans cet état de fait.
Les scénarios possibles dans les semaines qui suivent
Entre la mi-février et fin mars 2026, plusieurs éléments convergent pour former une fenêtre de décision critique. Le second groupe de frappe autour du Gerald R. Ford devait atteindre la zone d’ici la mi-mars. La réunion Rubio-Netanyahu du 28 février allait poser les jalons de la coordination américano-israélienne. Et les négociations de Genève, sans progrès tangibles rapidement, perdront toute dynamique — les négociations sans momentum tendent à s’effondrer. Cette convergence crée une pression mécanique sur toutes les parties : les décisions qui semblaient pouvoir être différées s’imposent d’elles-mêmes par le simple passage du temps.
Un scénario de désescalade négociée reste possible : limitation vérifiable de l’enrichissement iranien en échange d’une levée partielle des sanctions, avec un moratoire sur les questions balistiques reportées à plus tard. Ce type d’accord imparfait a déjà existé — c’était l’esprit du JCPOA de 2015. Un scénario d’escalade contrôlée est également envisageable : des frappes américaines limitées sur des cibles spécifiques, suivies d’une retenue iranienne calculée, débouchant sur une nouvelle négociation avec un rapport de force modifié.
La rhétorique de la force et ses limites pragmatiques
Quand les menaces atteignent leur point de saturation
Il existe un phénomène bien documenté que l’on pourrait appeler la saturation rhétorique : à force de répéter des menaces sans les exécuter, une puissance perd leur crédibilité. L’administration Trump les a en partie exécutées en 2025 avec les frappes sur Fordow, Natanz et Isfahan, restaurant une crédibilité érodée. Mais elle a établi un précédent d’escalade qui crée sa propre dynamique : si frapper n’a pas suffi à résoudre le problème en 2025, frapper à nouveau devrait-il produire un résultat différent ? Ce qui est en cause, c’est la pertinence de l’outil militaire pour résoudre un problème fondamentalement politique : la volonté d’un État souverain de maintenir une capacité nucléaire qu’il considère inaliénable.
Le président Trump a évoqué via Truth Social la possibilité d’utiliser la base des îles Chagos pour «éradiquer une attaque potentielle d’un régime hautement instable et dangereux». Les îles Chagos hébergent la base de Diego Garcia, positionnée dans l’océan Indien à portée de frappe des sites iraniens pour des bombardiers B-2 ou des missiles de croisière. Quand un président américain mentionne publiquement une base spécifique dans le contexte d’une menace contre un pays précis, ce n’est plus de la diplomatie — c’est de la géographie militaire rendue publique.
Chaque fois que je lis ces déclarations via réseau social interposé, je me demande si nous avons collectivement normalisé quelque chose d’extraordinairement dangereux : la menace de guerre annoncée en quelques phrases sur une plateforme numérique, sans le poids rituel qui forçait autrefois les dirigeants à mesurer chaque mot.
Le paradoxe de la désescalade dans un système surarmé
Comment désescalader quand le processus d’escalade a développé une dynamique propre ? Retirer les deux groupes de frappe américains serait interprété comme une reculade par Téhéran. Maintenir le dispositif augmente le risque d’incident accidentel. Lancer des frappes crée une dynamique dont personne ne contrôle le bout de la chaîne. Et ne rien faire est politiquement intenable pour une administration qui a fondé sa crédibilité sur sa détermination. Ce quadrilemme stratégique illustre comment les crises peuvent dépasser les acteurs qui les ont générées : chaque option a des inconvénients qui dépassent ses avantages — et pourtant il faut choisir.
Et pourtant, l’histoire des crises du Golfe contient aussi des exemples de désescalade réussie dans des conditions apparemment désespérées. La crise des tankers de 2019 a été gérée sans guerre. Les négociations du JCPOA de 2015 ont abouti à un accord alors que le consensus diplomatique le jugeait impossible. Ces précédents ne garantissent pas que la raison prévaudra en 2026 — mais ils rappellent que la fatalité n’existe pas en géopolitique, et que les acteurs humains conservent toujours une marge de décision.
Ce que ce moment révèle sur l'ordre mondial en mutation
La fin de l’unipolarité américaine et ses conséquences régionales
La crise russo-irano-américaine de février 2026 est le symptôme d’une mutation profonde de l’ordre international. L’unipolarité américaine des années 1990 et 2000 est définitivement révolue. Non pas parce que les États-Unis ont perdu leur puissance militaire — ils restent la première puissance militaire mondiale. Mais parce que d’autres acteurs ont consolidé leurs capacités pour imposer des coûts croissants à toute action américaine unilatérale. La Russie maintient une présence navale dans des mers éloignées. La Chine déploie des frégates depuis Djibouti. L’Iran développe des drones et des missiles asymétriques qui rendent chaque frappe américaine plus coûteuse qu’il y a vingt ans. Ce n’est pas un monde multipolaire stable — c’est un monde en transition, où aucune nouvelle hiérarchie ne s’est encore imposée.
Les exercices navals du 19 février 2026 s’inscrivent dans cette transition. Ils n’en sont pas la cause — ils en sont l’expression. La vraie cause est structurelle : un système international qui n’a pas encore produit les mécanismes de gestion collective des crises calibrés pour un monde où plusieurs grandes puissances contestent simultanément la primauté américaine. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, paralysé par les vétos croisés, ne peut pas jouer le rôle de régulateur qu’il était censé assumer. Nous sommes dans un entre-deux institutionnel dangereux.
Nous vivons dans l’entre-deux de deux ordres mondiaux. L’ancien s’effrite, le nouveau n’est pas encore né. Et comme toujours dans ces transitions, ce sont les populations qui paient le prix de l’incertitude pendant que les puissants se disputent la forme du monde à venir.
L’avenir du Moyen-Orient entre les blocs qui se forment
Ce que la crise de février 2026 dessine en filigrane, c’est la bipolarisation progressive du Moyen-Orient entre deux blocs : d’un côté, un ensemble articulé autour des États-Unis, d’Israël et des monarchies du Golfe ayant normalisé avec Tel Aviv ; de l’autre, un axe Iran-Russie-Chine dont les exercices navals conjoints sont la manifestation militaire la plus visible. Cette bipolarisation n’est pas absolue — la Turquie joue sa propre partition, plusieurs monarchies maintiennent des relations économiques avec Pékin tout en ayant une protection militaire américaine. Mais la tendance est réelle et remodèle progressivement les logiques d’alliance régionale.
Et pourtant, cette bipolarisation naissante n’est pas inévitable. Les populations de la région — iraniennes, arabes, israéliennes — ne veulent majoritairement pas la guerre. Les intérêts économiques des acteurs régionaux, sans exception, plaident pour la stabilité. La marge pour une désescalade négociée existe. La volonté politique de l’utiliser est moins certaine — et c’est là que réside l’incertitude fondamentale de ce moment particulièrement chargé de l’histoire régionale.
Ce que nous devons retenir de ce moment particulier de l'histoire
Une crise qui cristallise les fractures du monde contemporain
Les exercices navals russo-iraniens du 19 février 2026 ne sont pas un événement isolé. Ils sont la cristallisation visible de fractures qui traversent l’ordre international depuis des années : la fracture entre un Occident qui défend un ordre libéral qu’il a lui-même souvent bafoué, et des puissances émergentes qui contestent sa légitimité à en être le gardien ; la fracture entre des régimes autoritaires et des démocraties qui peinent à faire valoir la supériorité de leur système ; la fracture entre une économie mondiale interdépendante qui a besoin de stabilité et des logiques politiques nationales qui s’accommodent fort bien de l’instabilité tant qu’elle frappe d’abord les autres. Le détroit d’Ormuz en février 2026 est le miroir de tout cela.
Ce que cette séquence révèle également, c’est la vitesse à laquelle les équilibres peuvent se dégrader. En moins de deux semaines — des discussions d’Oman le 6 février aux exercices navals du 19 — la situation est passée de l’espoir diplomatique fragile à la confrontation navale symbolique chargée de menace. Dans un monde de communications instantanées et de systèmes d’armes à réaction rapide, la fenêtre entre la tension diplomatique et l’incident militaire s’est considérablement rétrécie. Les mécanismes de régulation de la violence internationale n’ont pas suivi cette accélération — et c’est peut-être le défi institutionnel le plus urgent de notre époque.
Je pense à tous ceux qui analysaient la situation en 1914 avec la même lucidité apparente — et qui n’ont pas vu venir ce qu’ils voyaient pourtant se construire. L’analyse ne garantit pas la clairvoyance. Elle est simplement la seule arme disponible contre la surprise.
L’obligation morale de nommer ce que l’on voit
Il y a, dans le travail d’analyse géopolitique, une obligation morale : nommer ce que l’on voit, même quand c’est inconfortable. Ce que l’on voit dans le Golfe d’Oman en février 2026, c’est un système international qui n’a pas trouvé de réponse satisfaisante à la question nucléaire iranienne en vingt ans de négociations, de sanctions, de frappes et de contre-frappes. Ce que l’on voit, c’est que chaque acteur majeur dispose d’arguments apparemment rationnels pour justifier ses positions, et qu’aucun de ces arguments ne suffit à débloquer une situation qui menace tous leurs intérêts. Ce que l’on voit, c’est que les populations civiles n’ont aucune voix dans des décisions qui pourraient déterminer leur sécurité physique et économique pour les prochaines décennies.
Et pourtant, cette impuissance apparente des populations civiles n’est pas totale. L’opinion publique américaine peut contraindre une administration à reculer sur une option militaire impopulaire. Les marchés financiers peuvent renchérir le coût politique d’une escalade jusqu’à rendre la retenue plus attractive. Ces mécanismes de régulation diffus ne garantissent rien — mais ils existent, et ils peuvent, dans certaines conditions, infléchir le cours d’événements qui semblaient inéluctables. C’est, au fond, le seul vrai motif d’espoir dans une situation qui en offre peu.
Quand les canons parlent, la diplomatie chuchote
Le bilan d’une séquence qui laisse peu de place à l’optimisme
Quand on regarde la séquence complète — exercices navals russo-iraniens, exercice trilatéral avec la Chine, réunion de la Situation Room, menaces via Truth Social, NOTAM de tirs de roquettes, armada de deux groupes de frappe —, il faut une discipline intellectuelle considérable pour ne pas conclure que la dynamique pointe vers l’escalade. Chaque partie a multiplié les gestes qui renforcent la posture de l’adversaire, qui légitiment chez lui la méfiance et la fermeté, qui rendent le compromis politiquement plus coûteux à assumer. C’est la logique du dilemme de sécurité dans toute sa brutalité : des actions défensives perçues comme offensives qui génèrent des réponses défensives perçues comme offensives, dans une spirale dont personne ne contrôle réellement la direction.
Le 19 février 2026 restera dans les analyses comme l’une de ces journées où plusieurs curseurs ont bougé simultanément dans des directions inquiétantes. Pas nécessairement un point de non-retour — l’histoire est riche de moments qui ressemblaient à des points de non-retour et qui se sont finalement résolus sans catastrophe. Mais une journée qui illustre avec une clarté crue ce que signifie vivre dans un monde en transition d’ordre : la coexistence d’une diplomatie qui tente d’avancer à Genève et d’une logique militaire qui prépare ses options dans les salles de situation de trois capitales au moins. Cette coexistence ne peut pas durer indéfiniment.
Je ne suis pas pessimiste par nature. Mais certaines configurations géopolitiques me forcent à l’honnêteté : quand autant de pièces bougent dans autant de directions simultanément, la probabilité que personne ne se trompe est faible. Et les erreurs en géopolitique coûtent rarement qu’aux seuls dirigeants.
Les leçons que chaque puissance devrait tirer — et ne tirera probablement pas
L’exercice analytique le plus difficile consiste à formuler ce que chaque acteur principal devrait apprendre de cette séquence. Washington devrait comprendre que la coercition militaire sans stratégie politique claire crée des dynamiques incontrôlables : on peut détruire des installations nucléaires sans résoudre la volonté politique qui les a construites. Moscou devrait comprendre que s’associer à des crises qu’on ne contrôle pas peut produire des engrenages qui dépassent les calculs initiaux. Téhéran devrait comprendre que la politique de la corde raide — pousser la tension au maximum sans la faire rompre — requiert une précision de jugement que ses institutions peuvent difficilement maintenir en permanence. Et la Chine devrait comprendre que la présence navale comme argument politique peut être interprétée comme une complicité active en cas d’incident.
Et pourtant, aucune de ces leçons ne sera probablement intégralement tirée. Les logiques institutionnelles, les contraintes politiques internes, les agendas des acteurs secondaires qui poussent vers l’escalade pour leurs propres raisons — tout cela rend l’apprentissage collectif extraordinairement difficile en temps de crise. C’est une vérité inconfortable mais nécessaire à formuler : les crises internationales les plus graves naissent rarement de la malveillance pure, mais presque toujours de la collision de logiques partiellement rationnelles qui n’ont pas été coordonnées.
Ce que cette crise nous dit sur nous-mêmes et sur ce monde
Pourquoi il faut continuer à regarder même quand c’est difficile
Face à la complexité et à l’inquiétude que génère ce type d’analyse, la tentation est parfois grande de se détourner — de laisser ces questions à des spécialistes, de penser que les dés sont jetés d’avance. C’est une erreur. La vigilance analytique des citoyens informés est précisément l’une des forces de régulation que les démocraties ont développées contre les aventurismes militaires non contrôlés. Les guerres les plus catastrophiques du XXe siècle ont été rendues possibles non seulement par la malveillance des dirigeants, mais par l’indifférence ou l’ignorance des populations. Comprendre ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz — c’est une forme de résistance civique à l’opacité du pouvoir militaro-diplomatique.
Et c’est aussi, plus simplement, la seule façon de ne pas être surpris si les événements s’accélèrent. Les crises ne préviennent pas. Elles émergent de configurations que l’on pouvait voir venir si l’on regardait au bon endroit. La mer d’Oman en février 2026 est l’un de ces endroits. Et la question de savoir si la diplomatie parviendra à refroidir ce moment inflammable est l’une des plus importantes de l’année qui commence — parce que sa réponse nous concerne tous, où que nous vivions sur cette planète.
Je n’ai pas de certitude sur ce qui va se passer. Personne n’en a. Ce que je sais, c’est que regarder clairement ce qui se passe est toujours préférable à détourner les yeux — même quand ce que l’on voit est inquiétant. Surtout quand ce que l’on voit est inquiétant.
L’obligation de nommer ce que l’on voit et d’espérer malgré tout
Il y a, dans le travail d’analyse géopolitique, une obligation morale : nommer ce que l’on voit, même quand c’est inconfortable. Ce que l’on voit dans le Golfe d’Oman en février 2026, c’est un système international qui n’a pas trouvé de réponse satisfaisante à la question nucléaire iranienne en vingt ans de négociations, de sanctions et de frappes. Ce que l’on voit, c’est que les populations civiles — iraniennes, américaines, européennes, des monarchies du Golfe — n’ont aucune voix dans des décisions qui pourraient déterminer leur sécurité physique et économique pour les prochaines décennies. Ce que l’on voit enfin, c’est que chaque acteur majeur croit contrôler le niveau de tension — et que c’est précisément cette conviction partagée qui rend les accidents les plus probables.
Et pourtant, cette impuissance apparente des populations civiles n’est pas totale. L’opinion publique américaine peut contraindre une administration à reculer sur une option militaire impopulaire. Les marchés financiers peuvent renchérir le coût politique d’une escalade jusqu’à rendre la retenue plus attractive. Ces mécanismes de régulation diffus ne garantissent rien — mais ils existent, et ils peuvent infléchir le cours d’événements qui semblaient inéluctables. C’est, au fond, le seul vrai motif d’espoir dans une situation qui en offre peu.
Et pourtant, malgré toutes ces tensions, malgré cette accumulation de signaux d’alarme, je garde un espoir têtu : les hommes et les femmes qui habitent les capitales concernées — Washington, Téhéran, Moscou, Pékin — ont des enfants, des familles, des raisons personnelles de ne pas vouloir que ce monde brûle. Espérer que cette humanité partagée finisse par peser dans les calculs stratégiques n’est pas de la naïveté. C’est un pari sur ce qu’il y a de meilleur en chacun d’entre nous.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
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