ÉDITORIAL : Six fois plus d’obus en deux ans — l’Europe se réarme, mais le compte n’y est pas encore
Rheinmetall, le géant qui sort de ses gonds
Rheinmetall n’est pas une entreprise comme les autres. Fondée en 1889, elle a traversé deux guerres mondiales, la reconstruction de l’Allemagne, les décennies de désarmement relatif de la Guerre froide et l’ère post-1991 où l’on pensait que les conflits armés majeurs appartenaient au passé européen. Aujourd’hui, son directeur général Armin Papperger pilote une transformation colossale : le groupe prévoit d’atteindre 1,5 million d’obus produits par an d’ici 2027, en combinant ses sites d’Allemagne, d’Espagne et d’Afrique du Sud. Le chantier d’Unterluess — commencé en février 2024 et finalisé en un temps record — est la pièce maîtresse de cette montée en puissance. Les travaux qui auraient normalement nécessité quatre à cinq ans ont été bouclés en dix-huit mois. C’est une mobilisation industrielle qui rappelle, dans son intensité, les reconversions d’usines civiles en usines de guerre des années 1940. Sauf que nous ne sommes pas en guerre, officiellement. Nous y sommes juste par procuration, et tout le monde le sait.
La cadence qui sort de ces murs est vertigineuse. Chaque obus produit à Unterluess représente une partie de la réponse industrielle que l’Europe a mis trop longtemps à formuler. Papperger lui-même a reconnu devant le Financial Times que l’Europe dépendait de la Chine pour plus de 70 % de ses linters de coton — ce sous-produit de la transformation du coton qui sert à fabriquer la nitrocellulose, composant chimique fondamental de la propulsion des obus. Une dépendance stratégique absurde, enfouie dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, et qui a failli faire dérailler toute la dynamique de réarmement avant même qu’elle ne prenne vraiment de l’élan.
Quand j’ai appris que nos obus dépendaient du coton chinois pour leur poudre propulsive, quelque chose s’est figé en moi. Ce n’est pas seulement une faille logistique — c’est une métaphore de toute la politique de défense européenne depuis trente ans : des performances impressionnantes construites sur des fondations que personne n’avait jugé utile d’examiner.
Une inauguration politique autant qu’industrielle
La présence de Mark Rutte à l’inauguration de l’usine d’Unterluess n’était pas anodine. Elle signalait, de manière symbolique mais puissante, que l’OTAN considère désormais la production industrielle de défense comme un enjeu aussi stratégique que le positionnement des troupes ou les accords d’assistance mutuelle. L’alliance atlantique a longtemps fonctionné sur la base de stocks préexistants et de conventions diplomatiques. Elle doit maintenant fonctionner comme une machine de guerre économique, capable de soutenir un conflit de haute intensité sur la durée. Rutte a d’ailleurs précisé que les pays membres devaient désormais concentrer leurs efforts sur la production de chars, de systèmes de défense antiaérienne et de missiles — les munitions d’artillerie n’étant qu’un premier front d’une remontée en puissance qui doit s’étendre à l’ensemble du spectre capacitaire.
Le chiffre de deux millions d'obus : objectif ou promesse ?
La production européenne en chiffres bruts
Deux millions de rounds d’artillerie d’ici la fin 2025 : c’est l’objectif affiché par Rutte lors de son discours d’Unterluess. Ce chiffre, présenté comme une réussite en devenir, mérite d’être scruté à la loupe. La Russie, selon plusieurs analyses, est capable de produire en trois mois ce que l’ensemble des pays de l’OTAN produit en une année. Ce n’est pas de la propagande — c’est le constat d’institutions de recherche sérieuses, notamment relayé par Euronews et analysé par l’Institut Atlas pour les Affaires Internationales. Moscou a mis son économie sur le pied de guerre. Elle a reconverti des usines civiles, importé des technologies via des circuits détournés, recruté massivement dans ses complexes militaro-industriels. L’Europe, elle, négocie encore les autorisations de construire, débat du financement commun, et attend que les chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques se mettent en place.
Mais il serait inexact et injuste de nier les progrès réalisés. Le bond de ×6 en deux ans est réel. Il reflète une mobilisation industrielle sans précédent depuis la Guerre froide. Des entreprises comme Rheinmetall, BAE Systems, Nexter et KNDS ont accéléré leurs investissements, recrutent à tour de bras, construisent ou agrandissent des sites de production. Les gouvernements ont débloqué des financements extraordinaires. L’Union européenne a mis en place des mécanismes de soutien à la production — comme l’ASAP (Act in Support of Ammunition Production) — pour catalyser cette transformation. Ce n’est pas rien. C’est même, à l’échelle d’un continent habitué aux délibérations prudentes et aux processus lents, une forme de révolution industrielle express.
Deux millions d’obus — ce chiffre résonne dans ma tête comme une promesse faite à l’Ukraine et à nous-mêmes. Mais je me demande ce que ressentent les soldats sur le front quand ils entendent ces annonces depuis leurs positions, à court de munitions, en train de rationner chaque tir. Les chiffres des conférences de presse ne font pas les guerres. Ce sont les usines qui les font, et elles tournent encore trop lentement.
La réalité de la consommation face à la production
Le problème central, celui que les communiqués officiels euphémisent soigneusement, est le suivant : la consommation ukrainienne d’obus d’artillerie a parfois dépassé 10 000 rounds par jour dans les phases les plus intenses du conflit. Même à un rythme de deux millions par an, la production européenne représente environ 5 500 obus par jour. Et encore : tous ces obus ne vont pas directement à l’Ukraine — une partie doit renflouer les stocks des armées européennes elles-mêmes, désespérément appauvris après des années de dons. Le hiatus entre production et consommation reste donc béant. Ce n’est pas une critique de l’effort accompli — c’est une réalité arithmétique que les décideurs politiques doivent intégrer plutôt que d’édulcorer.
La nitrocellulose : le talon d'Achille silencieux
Quand le coton détermine la puissance de feu
Derrière les annonces triomphantes sur les nouvelles usines d’obus se cache un problème que peu de médias grand public ont traité avec l’attention qu’il mérite : la pénurie de nitrocellulose. Ce composé chimique, dérivé du coton ou du bois, est l’ingrédient fondamental de la poudre propulsive qui expédie un obus hors de son tube d’artillerie. Sans nitrocellulose en quantité suffisante, les usines les plus modernes et les mieux financées du monde ne peuvent pas produire une seule munition fonctionnelle. Et l’Europe, sur ce point précis, se trouve dans une situation préoccupante.
Les capacités de production européennes en nitrocellulose oscillent entre 4 500 et 10 000 tonnes par an. Mais les besoins réels, pour soutenir l’Ukraine et reconstituer les stocks de l’OTAN simultanément, pourraient dépasser 20 000 tonnes annuelles — soit un déficit potentiel de plus de 10 000 tonnes. Ce chiffre, issu d’une analyse du European Policy Centre, devrait être au cœur de chaque réunion des ministres de la Défense européens. Il ne l’est pas assez. La Chine a par ailleurs commencé à restreindre ses exportations de nitrocellulose, coupant un robinet sur lequel l’Occident s’était imprudemment appuyé. La réponse industrielle existe — Eurenco en France a redémarré sa ligne de production de Bergerac, Rheinmetall reconvertit une usine civile à Lingen, la Pologne construit un nouveau hub avec Grupa Azoty — mais le délai entre la décision et la production effective se compte en années, pas en semaines.
Il y a quelque chose d’absurde et de profondément humain dans cette histoire de coton et de poudre à canon. Nous construisons des usines ultramodernes, nous signons des contrats à neuf chiffres, et c’est une fibre végétale cultivée à l’autre bout du monde qui peut tout faire s’effondrer. La défense européenne tient à un fil — littéralement.
La course contre la montre pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement
Face à cette vulnérabilité, plusieurs acteurs industriels et gouvernementaux ont déclenché des plans d’urgence. Rheinmetall a sécurisé ses propres approvisionnements en nitrocellulose via des contrats à long terme et des investissements dans des capacités de production alternatives — selon Defense News, le groupe a annoncé en avril 2025 avoir verrouillé ses besoins pour les prochaines années. Le Czechoslovak Group (CSG) a repris le contrôle de l’usine allemande de Walsrode, spécialisée dans les propergols. Ces initiatives sont encourageantes. Mais elles illustrent aussi le fait que la souveraineté industrielle de défense ne peut pas reposer sur un seul maillon — elle doit couvrir l’ensemble de la chaîne, des matières premières jusqu’au produit fini, en passant par les composants intermédiaires que l’on a trop longtemps considérés comme acquis.
La doctrine OTAN face au nouveau paradigme industriel
Rutte et la transformation d’une alliance
Mark Rutte, depuis sa prise de fonction à la tête de l’OTAN en octobre 2024, a imprimé une dynamique nouvelle à l’alliance. Moins diplomate dans le ton que son prédécesseur Jens Stoltenberg, plus direct dans ses injonctions aux membres récalcitrants, il a clairement établi que la production industrielle de défense n’est plus une variable d’ajustement budgétaire — c’est une priorité existentielle. Son discours d’Unterluess s’inscrit dans cette ligne : célébrer les progrès accomplis tout en soulignant que le travail est loin d’être terminé. L’alliance doit désormais penser son économie de guerre non comme une parenthèse exceptionnelle mais comme une condition permanente de sa crédibilité stratégique.
Ce changement de paradigme est fondamental. Pendant les trente années qui ont suivi la fin de la Guerre froide, l’OTAN a fonctionné sur l’hypothèse implicite que les conflits seraient courts, limités et technologiquement asymétriques — quelques frappes chirurgicales, pas de guerre d’attrition. L’Ukraine a pulvérisé cette hypothèse. Elle a démontré que les guerres modernes consomment des quantités phénoménales de munitions conventionnelles, que l’avantage technologique ponctuel ne compense pas l’infériorité quantitative durable, et que les économies qui ne peuvent pas soutenir une production de guerre prolongée sont des économies stratégiquement fragiles.
Ce que Rutte dit à Unterluess va bien au-delà des obus. Il dit à l’Europe : vous avez cru que la guerre appartenait au passé, et vous avez construit votre prospérité sur cette illusion. La facture arrive. Elle est lourde. Et il faut la payer maintenant, non pas demain, non pas dans le prochain cycle budgétaire — maintenant.
Le 2 % du PIB : un plancher, pas un plafond
Pendant des décennies, l’objectif des 2 % du PIB consacrés à la défense a été la ligne de crête de toutes les négociations au sein de l’alliance. Beaucoup de pays l’ont ignoré. Certains s’en sont même glorifiés, y voyant une preuve de leur pacifisme vertueux. Rutte a été l’un des premiers à dire ouvertement ce que les analystes de défense répètent depuis des années : le 2 % n’est pas un objectif — c’est un minimum absolu, et encore, il ne suffit plus face au niveau actuel des menaces. Plusieurs membres de l’OTAN, dont l’Allemagne, la Pologne et les États baltes, ont désormais dépassé ce seuil. La Pologne dépense près de 4 % de son PIB en défense — un record au sein de l’alliance — reflet d’une lucidité géopolitique que sa position géographique lui impose naturellement.
L'Ukraine au cœur du calcul stratégique
Trois ans de guerre, une leçon industrielle brutale
La guerre en Ukraine est la première grande guerre d’attrition industrielle du XXIe siècle. Elle se joue sur les fronts, bien sûr — dans la boue de Donetsk, dans les ruines de Kherson, dans les ciels disputés au-dessus du Donbass. Mais elle se joue aussi, simultanément et avec une importance tout aussi décisive, dans les usines de Rheinmetall à Unterluess, dans les sites de Nammo en Norvège, dans les chaînes de montage de BAE Systems au Royaume-Uni, dans les complexes tchèques du Czechoslovak Group. Cette réalité — que l’arrière industriel détermine autant que la ligne de front — était connue des historiens. Elle a dû être redécouverte, douloureusement, par des générations de décideurs qui avaient grandi dans l’après-Guerre froide.
Kyiv a résisté. Contre toute attente, contre tous les pronostics des premières heures, l’Ukraine a tenu. Et une part de cette résistance est directement liée à la décision occidentale d’ouvrir les vannes de l’aide militaire, de déverrouiller les stocks, d’accepter de s’appauvrir temporairement pour maintenir Kyiv debout. Mais cette générosité a eu un coût : les armées européennes se retrouvent aujourd’hui avec des stocks réduits à leur plus bas niveau depuis des décennies, vulnérables si une autre crise devait éclater demain sur un autre théâtre. D’où l’urgence de la reconstitution industrielle — et d’où la signification réelle du chiffre de Rutte : six fois plus d’obus, c’est aussi six fois plus de capacité à aider Kyiv sans saigner les arsenaux nationaux.
Chaque obus produit à Unterluess ou ailleurs en Europe est un argument supplémentaire pour la survie de l’Ukraine. Je ne suis pas naïf — la politique joue, les intérêts nationaux jouent, les pressions américaines jouent. Mais au fond, dans la mécanique brutale de cette guerre, c’est le métal qui décide. Et l’Europe apprend enfin, péniblement, à fabriquer assez de métal.
L’asymétrie persistante face à la Russie
Il serait tentant, et confortable, de conclure que l’Europe a résolu son problème. Elle ne l’a pas résolu. Elle a commencé à le traiter sérieusement. La Russie, malgré les sanctions, malgré l’isolement économique partiel, continue de produire des munitions à un rythme que l’Occident n’a pas encore atteint à l’échelle globale. Moscou bénéficie d’une base industrielle de défense héritée de l’URSS, maintenue en état de fonctionnement même pendant les années de relative détente des années 2010. Elle peut produire des obus de 152 mm en quantités massives, et elle reçoit des approvisionnements supplémentaires de la Corée du Nord — une alliance de fortune mais réelle, documentée par des satellites et des renseignements occidentaux. Face à cette machine de guerre, le ×6 européen est un progrès réel mais pas encore une parité opérationnelle.
Le rôle de l'Allemagne dans le rearmement continental
Berlin, de la Zeitenwende aux faits
Le chancelier Olaf Scholz a prononcé le mot Zeitenwende — tournant historique — en février 2022, quelques jours après l’invasion russe. Il promettait une transformation profonde de la politique de défense allemande, un fonds spécial de 100 milliards d’euros, une montée en puissance de la Bundeswehr. Trois ans plus tard, le bilan est nuancé. L’Allemagne a bien augmenté ses dépenses de défense, a bien dépassé les 2 % du PIB — une première depuis la réunification. La commande passée à Rheinmetall pour l’usine d’Unterluess témoigne de cette ambition. Mais les délais d’acquisition restent longs, les processus bureaucratiques pesants, et le débat politique sur les limites de l’engagement allemand n’est pas clos. La coalition gouvernementale post-élections de 2025 devra prouver que la Zeitenwende n’était pas un slogan mais une véritable rupture durable.
L’importance géographique et industrielle de l’Allemagne dans le réarmement européen est difficile à surestimer. C’est la première économie du continent, le premier producteur industriel, et le pays qui abrite — depuis Rheinmetall jusqu’aux sous-traitants de la chaîne d’approvisionnement — une part décisive de la base industrielle de défense européenne. Si l’Allemagne réussit sa transformation, l’Europe entière bénéficie de sa puissance productive. Si elle trébuche, si la bureaucratie reprend le dessus, si les arbitrages budgétaires pèsent à nouveau sur les commandes militaires, c’est tout le projet de réarmement continental qui ralentit.
La Zeitenwende de Scholz — je m’en souviens comme d’un instant rare, presque irréel, où un dirigeant allemand reconnaissait publiquement que son pays avait eu tort pendant des décennies. C’était courageux. La vraie question, aujourd’hui, est de savoir si ce courage a survécu aux réalités du pouvoir, aux coalitions fragiles, aux intérêts contraires. Les usines d’Unterluess semblent dire oui. Pour l’instant.
L’Europe de la défense : une construction encore inachevée
Au-delà de l’Allemagne, la question plus large de l’autonomie stratégique européenne reste posée. L’Union européenne a fait des pas importants — le Fonds européen de défense, les mécanismes ASAP, la création d’une base industrielle et technologique de défense commune — mais elle reste fragmentée par des intérêts nationaux divergents, des industries nationales jalouses de leurs prérogatives, et une culture institutionnelle plus habituée à la négociation qu’à l’action rapide. Le paradoxe est patent : d’un côté, une urgence stratégique qui commande l’unité et la vitesse. De l’autre, une architecture institutionnelle conçue pour la prudence et le consensus. Réconcilier ces deux logiques est le défi politique central de l’Europe de la défense dans les prochaines années.
Les autres pays en pointe : Pologne, France, Royaume-Uni
Varsovie, laboratoire du réarmement européen
La Pologne est devenue, de fait, le pays qui réarme le plus vite et le plus massivement en Europe. Avec près de 4 % de son PIB consacrés à la défense en 2025, elle dépasse tous ses partenaires de l’alliance. Cette course à l’armement n’est pas abstraite — elle s’explique par une frontière commune avec la Biélorussie, un voisinage direct avec Kaliningrad, l’enclave russe, et une mémoire historique des invasions qui n’appartient pas au passé mais au présent vécu de la nation polonaise. Varsovie a commandé des chars K2 coréens, des obusiers automoteurs K9 Thunder, des systèmes d’artillerie Himars américains, et développe sa propre industrie de défense via des partenariats industriels imposés aux fournisseurs étrangers. La Pologne ne se contente pas d’acheter des armes — elle construit la capacité de les produire chez elle. C’est une stratégie de souveraineté industrielle dont les autres pays européens feraient bien de s’inspirer.
La France présente un profil différent. Dotée d’une base industrielle de défense historiquement forte — Thales, Dassault, MBDA, Nexter/KNDS — elle a néanmoins souffert, comme ses voisins, de la réduction des budgets de défense post-Guerre froide. Le plan de remontée en puissance engagé sous la loi de programmation militaire 2024-2030, dotée de 413 milliards d’euros, est ambitieux. L’accélération de la production d’obus Caesar, le développement du char MGCS avec l’Allemagne, et les investissements dans la filière missile constituent les piliers de cette renaissance défensive française.
Il y a quelque chose d’étrangement rassurant et de légèrement inquiétant dans la course au réarmement polonais. Rassurant parce que la Pologne dit à voix haute ce que d’autres pensent tout bas : la menace russe est réelle, persistante, et ne disparaîtra pas avec un cessez-le-feu. Inquiétant parce qu’une Europe qui réarme massivement est aussi une Europe qui a renoncé à l’idée que la diplomatie seule peut garantir la paix.
Le Royaume-Uni et la question de la coordination post-Brexit
Le Royaume-Uni, sorti de l’Union européenne mais resté membre de l’OTAN et soutien majeur de l’Ukraine, joue un rôle actif dans la montée en puissance industrielle de l’alliance. BAE Systems, son géant de défense, a augmenté sa production de munitions, de plateformes blindées et de composants de missiles. Le Royaume-Uni est l’un des premiers à avoir livré des missiles à longue portée — les Storm Shadow — à l’Ukraine, une décision politiquement audacieuse qui a précédé de plusieurs mois les tergiversations d’autres alliés. Mais la question de la coordination industrielle entre Londres et Bruxelles reste compliquée par les séquelles institutionnelles du Brexit. L’accès aux programmes de financement européens de défense, les accords de co-production, les certifications croisées — autant de dossiers que le pragmatisme impose de résoudre mais que la politique rend difficiles à trancher rapidement.
Les défis qui restent entiers
Main-d’œuvre, formation et délais d’acquisition
Construire une usine prend du temps. La remplir de travailleurs qualifiés en prend davantage. L’un des goulots d’étranglement les moins visibles mais les plus contraignants du réarmement européen est la pénurie de main-d’œuvre spécialisée dans l’industrie de défense. Les techniciens capables de calibrer des chaînes de production de munitions, les ingénieurs formés aux systèmes d’armes complexes, les spécialistes des explosifs et des propergols — ces compétences ne s’improvisent pas. Elles se construisent sur des années de formation spécialisée, dans des filières qui ont été progressivement démembrées depuis les années 1990 au nom de la conversion des industries de défense vers le secteur civil. Le rattrapage prend du temps, et ce temps, dans le contexte actuel, est une ressource que l’Europe n’a pas en abondance.
Les délais d’acquisition posent un problème analogue. Dans de nombreux pays européens, passer une commande d’armement et recevoir le matériel s’échelonne sur trois à dix ans. Ce cycle est totalement inadapté à la dynamique d’un conflit qui évolue par semaines, voire par jours. Des réformes ont été engagées — en France, en Allemagne, au Danemark — pour accélérer les procédures d’achat, simplifier les appels d’offres, permettre des commandes d’urgence sans passer par les procédures habituelles. Mais les cultures administratives changent lentement, et les résistances bureaucratiques sont tenaces.
On construit des usines en dix-huit mois. On ne forme pas un technicien de défense en dix-huit mois. Ce décalage entre le rythme de l’acier et le rythme des compétences humaines est, à mon sens, le risque le moins discuté et potentiellement le plus sérieux pour la montée en puissance de l’industrie européenne de défense.
La dépendance aux composants critiques
La question des composants critiques va bien au-delà de la nitrocellulose. Les semi-conducteurs entrent dans la composition de quasi tous les systèmes d’armes modernes — guidage, communication, ciblage, contre-mesures électroniques. L’Europe reste largement dépendante de Taiwan, de la Corée du Sud et des États-Unis pour ces composants. Les terres rares nécessaires aux aimants permanents des moteurs électriques, aux batteries des drones et aux systèmes de propulsion des missiles sont extraites et traitées à plus de 80 % en Chine. Les poudres propulsives avancées, les matériaux énergétiques spéciaux, les fibres composites des structures légères — chaque chaîne d’approvisionnement recèle des vulnérabilités que les adversaires potentiels connaissent et pourraient exploiter. Le réarmement européen, pour être crédible, doit s’attaquer à ces dépendances systémiques, pas seulement aux lignes de production visibles et médiatisables.
Ce que cela signifie pour la dissuasion
La crédibilité de la dissuasion conventionnelle
La dissuasion ne repose pas uniquement sur les capacités nucléaires. Elle repose, de manière tout aussi fondamentale, sur la crédibilité de la réponse conventionnelle. Un pays ou une alliance dont on sait qu’il manquera de munitions après deux semaines de combat est une alliance dont la dissuasion est dégradée, quelle que soit la sophistication de ses systèmes d’armes. C’est précisément ce que la guerre ukrainienne a révélé : que les stocks occidentaux, calibrés pour des opérations courtes et non pour des guerres d’attrition prolongées, ne constituaient plus un deterrent crédible face à une puissance disposée à engager la profondeur de ses stocks. La montée en puissance industrielle signalée par Rutte à Unterluess est donc directement liée à la question de la dissuasion — pas comme accessoire, mais comme fondement.
Plus l’Europe produit de munitions, plus les stocks se reconstituent, plus la crédibilité stratégique de l’alliance se renforce. Ce raisonnement paraît simple. Il l’est. Mais sa mise en œuvre exige une persistance politique et industrielle que les démocraties occidentales ont du mal à maintenir sur la durée, soumises aux cycles électoraux, aux pressions budgétaires et aux changements de priorités de l’opinion publique. Le défi n’est pas seulement de produire plus. C’est de maintenir l’effort dans la durée, même quand les mémoires s’estompent, même quand la guerre semble lointaine.
La dissuasion, je l’ai longtemps comprise comme un équilibre théorique entre grandes puissances. La guerre en Ukraine m’a appris que c’est avant tout une question de stocks, d’usines, de chaînes logistiques. La dissuasion se joue dans les dépôts de munitions autant que dans les états-majors. Et si les dépôts sont vides, la dissuasion est vide avec eux.
L’exemple ukrainien comme catalyseur doctrinal
L’Ukraine a obligé l’OTAN à réviser plusieurs de ses doctrines fondamentales. La supériorité technologique ne suffit pas si elle n’est pas soutenue par la profondeur logistique. Les systèmes d’armes high-tech sont décisifs mais ne remplacent pas la masse. L’espace de bataille moderne est ultra-létal pour les blindés qui manquent de couverture anti-drone. Ces leçons, tirées du terrain ukrainien en temps réel, transforment la réflexion doctrinale de l’alliance. Elles se traduisent concrètement dans les décisions d’acquisition : plus de défense antiaérienne, plus de drones, plus de systèmes de guerre électronique, plus de munitions rôdeuses, plus de missiles de croisière. Et plus d’obus conventionnels — parce que quand tout devient complexe et incertain, l’artillerie reste la reine des batailles.
L'équation financière du réarmement
Qui paie, et combien ?
Le réarmement européen a un prix. Un prix astronomique, qui se chiffre en centaines de milliards d’euros sur la décennie à venir. L’investissement de 500 millions d’euros de Rheinmetall à Unterluess n’est qu’un exemple parmi des dizaines de programmes similaires en cours sur tout le continent. La loi de programmation militaire française prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans. Le budget de défense allemand dépasse désormais les 90 milliards d’euros annuels. La Pologne injecte plus de 30 milliards d’euros par an dans son appareil militaire. Additionnez les programmes nationaux de l’ensemble des membres de l’alliance, ajoutez les financements communautaires européens, et vous obtenez un flux d’investissement défense qui n’avait pas été vu sur ce continent depuis les années 1980.
Ce flux génère des industries, des emplois, des commandes pour des sous-traitants, des contrats de formation, des investissements en R&D. Il y a une dimension économique au réarmement qui n’est pas seulement coûteuse — elle est aussi productrice de valeur, d’emplois qualifiés, de technologies duales qui bénéficieront ensuite au secteur civil. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que ces investissements constituent la réponse — nécessaire, urgente, et longtemps différée — à une réalité géopolitique que le continent n’a plus le luxe d’ignorer. Chaque euro investi dans une ligne de production de munitions est un euro investi dans la capacité de l’Europe à se défendre, à soutenir ses alliés, et à ne plus dépendre, en cas de crise, d’une aide extérieure qui pourrait ne pas venir.
Quand je lis ces chiffres — des centaines de milliards, des programmes sur sept ans, des usines construites en dix-huit mois — je ressens quelque chose qui ressemble à de l’espoir mêlé de vertige. L’Europe se réveille. Mais je n’arrive pas à m’empêcher de penser à ce que nous aurions pu éviter si ce réveil était intervenu dix ans plus tôt.
Les arbitrages douloureux entre défense et investissement social
Tout franc, tout euro, toute livre dépensée en défense est un franc, un euro, une livre non dépensée en hôpitaux, en écoles, en transition énergétique, en infrastructures. Cette tension est réelle. Elle alimente des débats politiques intenses dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne où les partis de gauche et écologistes contestent la priorité donnée aux dépenses militaires sur le Sozialstaat — l’État social. Ce débat est légitime. Il est même nécessaire dans une démocratie saine. Mais il ne peut pas ignorer une vérité première : un État qui ne peut pas se défendre n’est pas en mesure de garantir ses acquis sociaux. La sécurité est le fondement sur lequel repose tout le reste. Sans sécurité, il n’y a ni hôpitaux ni écoles — il n’y a que des ruines, comme l’Ukraine le vit chaque jour.
La dimension géopolitique globale
Ce que Washington observe
Les États-Unis, sous l’administration actuelle, ont clairement signifié à leurs alliés européens qu’ils s’attendaient à les voir assumer une part plus grande du fardeau collectif de défense. Cette pression américaine — formulée parfois avec brutalité, toujours avec clarté — a produit, dans les chancelleries européennes, un mélange d’irritation et de prise de conscience. L’irritation vient du ton, de l’unilatéralisme, du sentiment d’être traités comme des vassaux sommés de payer. La prise de conscience vient du fond : les Américains n’ont pas tort. L’Europe s’est effectivement reposée sur le parapluie américain pendant trop longtemps, finançant son État-providence en partie avec les économies réalisées sur un effort de défense que Washington assumait à sa place.
Le réarmement actuel est aussi une réponse à cette injonction américaine. L’usine d’Unterluess, les commandes polonaises, la LPM française — tout cela envoie un signal à Washington : l’Europe prend ses responsabilités, elle ne sera plus la passagère clandestine de l’alliance. Ce signal est important. Il conditionne la crédibilité et la pérennité de la relation transatlantique dans un contexte où cette relation n’est plus automatique et doit constamment être méritée.
La pression américaine sur l’Europe en matière de défense me met mal à l’aise dans sa forme, mais je ne peux pas nier sa justesse dans le fond. Nous avons profité. Longtemps. Confortablement. Et maintenant que le monde a changé, il est juste — même si c’est douloureux — d’assumer enfin ce que nous aurions dû assumer depuis des années.
La Chine, acteur silencieux de cette équation
Dans toute la discussion sur le réarmement européen, la Chine occupe une place paradoxale : elle est à la fois une menace systémique potentielle à long terme et un fournisseur indispensable de matériaux critiques à court terme. Les restrictions chinoises sur les exportations de nitrocellulose et d’autres précurseurs chimiques illustrent parfaitement cette tension. Pékin n’a pas besoin de tirer un seul coup de feu pour compliquer la vie de l’industrie de défense européenne — il lui suffit de tourner quelques robinets dans sa chaîne d’exportation. Cette vulnérabilité est en train d’être prise au sérieux, mais l’Europe n’a pas encore les moyens de s’en affranchir complètement dans les trois à cinq prochaines années. Elle doit donc gérer simultanément la dépendance présente et la construction de son autonomie future — un exercice d’équilibriste stratégique qui requiert une cohérence politique que l’Union peine parfois à maintenir.
Six fois plus d'obus : et après ?
La trajectoire vers 2027 et au-delà
La feuille de route industrielle esquissée par les acteurs du secteur de la défense européen est ambitieuse. Rheinmetall vise 1,5 million d’obus par an en 2027 depuis son seul réseau de production. D’autres groupes — KNDS, Nammo, General Dynamics Ordnance, Eurenco — contribuent à une montée en puissance collective. L’UE a fixé l’objectif d’un million d’obus par an d’ici 2027 depuis le sol européen. Les États membres ont passé des commandes groupées pour sécuriser les approvisionnements à long terme. Tout cela converge vers une Europe de la défense plus robuste, plus autonome, plus crédible. Mais cette trajectoire n’est pas linéaire. Elle est semée d’obstacles — goulots d’approvisionnement, pénuries de compétences, délais d’autorisation, contraintes budgétaires — qui pourraient ralentir ou compromettre l’élan actuel si la volonté politique se relâche.
La question n’est donc pas seulement de savoir si l’Europe peut produire six fois, huit fois, dix fois plus d’obus. La question est de savoir si elle peut maintenir la pression politique, la cohérence stratégique et la solidarité financière nécessaires pour que cette montée en puissance industrielle devienne une réalité durable et non une parenthèse sous contrainte. Les démocraties sont vulnérables à la fatigue. La fatigue de la défense, la fatigue de l’Ukraine, la fatigue du sacrifice budgétaire. Ce sont ces fatigue-là, autant que les pénuries de nitrocellulose, qui constituent le vrai risque pour le projet de réarmement européen.
Six fois plus d’obus, c’est bien. Dix fois plus serait mieux. Mais ce que j’espère vraiment, ce n’est pas un chiffre sur une feuille de statistiques — c’est la conviction, ancrée au plus profond de chaque capitale européenne, que la sécurité se construit et s’entretient, qu’elle ne se décrète pas par la bonne volonté, et qu’elle coûte toujours moins cher avant la guerre qu’après.
Vers une doctrine de production de guerre permanente
Le vrai changement de paradigme que le discours de Rutte à Unterluess inaugurait n’est pas quantitatif — il est conceptuel. L’Europe doit passer d’une logique de production de défense ponctuelle, réactive et minimale, à une logique de production de guerre permanente — non pas dans le sens d’une économie de guerre totale, mais dans celui d’une base industrielle constamment mobilisée, capable de monter rapidement en cadence si la situation l’exige, et maintenue en état de préparation continue. Cette doctrine implique des commandes pluriannuelles garanties, des stocks stratégiques reconstitués et maintenus, des filières de formation continues pour les compétences critiques, et une architecture d’approvisionnement en matières premières qui ne laisse aucune dépendance critique dans les mains d’adversaires potentiels. C’est un projet de civilisation industrielle, pas seulement un programme d’armement.
L'avenir de la sécurité européenne : entre lucidité et détermination
Une fenêtre d’opportunité qui ne durera pas indéfiniment
L’Europe dispose aujourd’hui d’une fenêtre d’opportunité rare pour consolider son réarmement et asseoir une autonomie stratégique crédible. Les conditions sont réunies : la volonté politique est présente dans la plupart des capitales, les financements ont été débloqués, les industriels se mobilisent. Mais cette fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment. Les cycles électoraux vont se succéder, les priorités vont évoluer, la fatigue va s’installer. Il y a une urgence à transformer l’élan actuel en structures permanentes — des contrats pluriannuels, des capacités industrielles souveraines, des stocks stratégiques robustes — avant que le contexte politique ne change et que la pression se relâche. L’histoire des nations qui ont raté leur fenêtre de réarmement est une histoire de regrets tardifs et de prix payés au centuple. L’Europe connaît cette leçon. Elle l’a apprise à ses dépens, à plusieurs reprises. La question est de savoir si, cette fois, elle s’en souviendra assez longtemps pour agir jusqu’au bout.
La montée en puissance industrielle annoncée par Rutte n’est pas une fin — c’est un début. Un début prometteur, réel, mesurable. Mais un début seulement. La crédibilité stratégique de l’alliance atlantique se construit sur des années, pas sur des discours d’inauguration. Elle se construit dans les usines qui tournent nuit et jour, dans les stocks qui se reconstituent, dans les armées qui s’entraînent avec du matériel neuf, dans les partenariats industriels qui créent des filières résilientes. Chaque décision prise aujourd’hui — chaque commande passée, chaque usine ouverte, chaque contrat de formation signé — est une brique posée dans l’édifice de la sécurité collective européenne. Et chaque décision remise à demain est une brique manquante dans un mur que l’on espère ne jamais avoir à tester.
Ce qui me frappe, dans ce moment particulier que traverse l’Europe, c’est qu’elle n’a pas le choix d’hésiter. La fenêtre est là. Les outils existent. La volonté semble présente. Tout ce qu’il reste à faire — et c’est la partie la plus difficile — c’est de persévérer sans céder à la tentation du relâchement que chaque accalmie apparente génère. Persévérer. Encore. Et encore.
Le legs stratégique de cette décennie
Dans dix ou vingt ans, les historiens jugeront cette décennie sur la base d’une question simple : l’Europe a-t-elle saisi l’occasion qui lui était offerte de reconstruire une base de défense crédible, ou a-t-elle replongé dans la complaisance dès que la pression immédiate s’est atténuée ? Le chiffre de Rutte — six fois plus d’obus — sera une note de bas de page dans cette histoire, une anecdote illustrative. Ce qui comptera vraiment, c’est la trajectoire : est-ce que l’Europe de 2030, de 2035, sera plus forte, plus autonome, plus capable de défendre ses intérêts et ses valeurs que celle de 2023 ? Tout ce que nous faisons aujourd’hui — ou n’osons pas faire — façonne la réponse à cette question. Et cette réponse, nous la devons non seulement à nous-mêmes, mais à ceux qui viendront après nous.
Conclusion : le chantier est immense, le départ est pris
Ce que le chiffre de Rutte dit vraiment de l’Europe
Quand Mark Rutte annonce que l’Europe produit six fois plus d’obus d’artillerie qu’en 2023, il dit en réalité plusieurs choses à la fois. Il dit que le continent a agi, enfin, avec une urgence qui correspondait à la gravité de la situation. Il dit que la base industrielle de défense européenne est capable de se transformer à une vitesse que beaucoup considéraient impossible. Il dit que les investissements massifs dans des entreprises comme Rheinmetall portent leurs fruits. Mais il dit aussi, en creux, que le point de départ était si bas que même un sextuplement ne suffit pas encore. Que la Russie produit toujours plus et plus vite. Que les goulots d’étranglement — nitrocellulose, semi-conducteurs, main-d’œuvre qualifiée — restent des freins réels. Que la politique ne peut pas se permettre de relâcher la pression maintenant que les premiers succès arrivent.
Ce chiffre — ×6 en deux ans — est à la fois une fierté légitime et un rappel brutal. Une fierté parce qu’il témoigne d’une capacité de mobilisation que le scepticisme ambiant avait sous-estimée. Un rappel parce qu’il mesure l’écart entre ce que nous étions — désarmés, naïfs, confiants dans une paix qui n’était pas garantie — et ce que nous devons être : robustes, préparés, capables de défendre nos valeurs avec les moyens qu’elles méritent. L’Europe n’a pas fini son chemin. Elle l’a commencé, sérieusement cette fois, et c’est déjà beaucoup. Mais l’histoire n’attend pas. Et les usines d’Unterluess ne peuvent pas se reposer.
Je garde en mémoire cette image : Rutte debout devant une usine d’obus en Allemagne, annonçant un sextuplement de production comme si c’était une victoire. C’en est une, modeste. La vraie victoire sera le jour où l’Europe n’aura plus à courir pour rattraper son retard — le jour où elle aura construit, patiemment, durablement, une base industrielle de défense à la hauteur de ses ambitions et de ses responsabilités. Ce jour-là n’est pas encore arrivé. Mais pour la première fois depuis longtemps, il semble possible.
L’appel à la lucidité persistante
Le danger qui guette l’Europe n’est pas seulement extérieur — il est intérieur. C’est le danger de la complaisance prématurée, de la tentation de se satisfaire des progrès accomplis et de relâcher l’effort avant que le travail ne soit terminé. L’histoire du continent est jalonnée de ces moments où le retour du calme relatif a conduit à des désarmements prématurés qui ont rendu les crises suivantes encore plus dévastatrices. La vigilance n’est pas un luxe — c’est la condition de survie des sociétés libres dans un monde où toutes les puissances ne partagent pas les mêmes valeurs ni les mêmes règles du jeu. Le chiffre de Rutte est une étape. La route est longue. Et les guerriers — comme disait quelqu’un dont je me souviens — se reposent après, pas avant.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Rheinmetall — A new era at Rheinmetall: Ammunition factory opening in Unterlüß — 5 septembre 2025
Sources secondaires
France 24 — Turning point: German weapons firm opens Europe’s largest munitions plant — 27 août 2025
Defense News — Rheinmetall secures nitrocellulose supply amid European ammo scramble — 7 avril 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.