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ÉDITORIAL : Six fois plus d’obus en deux ans — l’Europe se réarme, mais le compte n’y est pas encore
Crédit: Adobe Stock

Rheinmetall, le géant qui sort de ses gonds

Rheinmetall n’est pas une entreprise comme les autres. Fondée en 1889, elle a traversé deux guerres mondiales, la reconstruction de l’Allemagne, les décennies de désarmement relatif de la Guerre froide et l’ère post-1991 où l’on pensait que les conflits armés majeurs appartenaient au passé européen. Aujourd’hui, son directeur général Armin Papperger pilote une transformation colossale : le groupe prévoit d’atteindre 1,5 million d’obus produits par an d’ici 2027, en combinant ses sites d’Allemagne, d’Espagne et d’Afrique du Sud. Le chantier d’Unterluess — commencé en février 2024 et finalisé en un temps record — est la pièce maîtresse de cette montée en puissance. Les travaux qui auraient normalement nécessité quatre à cinq ans ont été bouclés en dix-huit mois. C’est une mobilisation industrielle qui rappelle, dans son intensité, les reconversions d’usines civiles en usines de guerre des années 1940. Sauf que nous ne sommes pas en guerre, officiellement. Nous y sommes juste par procuration, et tout le monde le sait.

La cadence qui sort de ces murs est vertigineuse. Chaque obus produit à Unterluess représente une partie de la réponse industrielle que l’Europe a mis trop longtemps à formuler. Papperger lui-même a reconnu devant le Financial Times que l’Europe dépendait de la Chine pour plus de 70 % de ses linters de coton — ce sous-produit de la transformation du coton qui sert à fabriquer la nitrocellulose, composant chimique fondamental de la propulsion des obus. Une dépendance stratégique absurde, enfouie dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, et qui a failli faire dérailler toute la dynamique de réarmement avant même qu’elle ne prenne vraiment de l’élan.

Quand j’ai appris que nos obus dépendaient du coton chinois pour leur poudre propulsive, quelque chose s’est figé en moi. Ce n’est pas seulement une faille logistique — c’est une métaphore de toute la politique de défense européenne depuis trente ans : des performances impressionnantes construites sur des fondations que personne n’avait jugé utile d’examiner.

Une inauguration politique autant qu’industrielle

La présence de Mark Rutte à l’inauguration de l’usine d’Unterluess n’était pas anodine. Elle signalait, de manière symbolique mais puissante, que l’OTAN considère désormais la production industrielle de défense comme un enjeu aussi stratégique que le positionnement des troupes ou les accords d’assistance mutuelle. L’alliance atlantique a longtemps fonctionné sur la base de stocks préexistants et de conventions diplomatiques. Elle doit maintenant fonctionner comme une machine de guerre économique, capable de soutenir un conflit de haute intensité sur la durée. Rutte a d’ailleurs précisé que les pays membres devaient désormais concentrer leurs efforts sur la production de chars, de systèmes de défense antiaérienne et de missiles — les munitions d’artillerie n’étant qu’un premier front d’une remontée en puissance qui doit s’étendre à l’ensemble du spectre capacitaire.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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