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ENQUÊTE : Les régions russes noyées sous la dette pendant que le Kremlin finance sa guerre
Crédit: Adobe Stock

Comment le Kremlin a déplacé le fardeau sans dire son nom

L’économiste Janis Kluge est direct : « Ce n’est pas une surprise que les régions peinent à équilibrer leurs budgets. En 2025, elles ont dépensé beaucoup plus pour la guerre que les années précédentes. » Les régions russes ont été transformées en sous-traitantes budgétaires de la machine de guerre fédérale. Elles versent des primes de recrutement aux soldats contractuels, paient des indemnisations pour blessures, et distribuent des allocations aux familles des soldats tués. L’ensemble de ces transferts liés au conflit représenterait 1 000 milliards de rubles — soit environ 11 milliards d’euros — pour la seule année 2025. Ce montant couvrirait près des deux tiers du déficit régional total.

Le mécanisme est redoutablement efficace pour le pouvoir central. En déléguant ces dépenses aux régions, Moscou masque l’ampleur réelle du coût de la guerre dans les comptes fédéraux. Le Grand Continent a documenté cette stratégie en août 2025 : le Kremlin utilise désormais la comptabilité régionale pour dissimuler ses dépenses militaires réelles. C’est une manipulation comptable à l’échelle d’un continent, qui se fait au détriment direct des citoyens russes dans chacune des 74 régions qui finissent l’année dans le rouge.


Ce transfert silencieux de la dette de guerre vers les territoires est l’un des mécanismes les plus retors que j’aie eu à analyser. On vole les régions à visage couvert, et on appelle ça de la gestion budgétaire.

Les primes de recrutement comme révélateur d’un système à bout

Prenons un seul indicateur pour mesurer l’ampleur du phénomène : les primes de recrutement à Saint-Pétersbourg. Depuis l’automne 2022, ces primes ont été multipliées par dix. Elles atteignent aujourd’hui 50 000 euros par soldat engagé. Ce chiffre révèle une réalité terrifiante : personne ne veut plus partir se battre en Ukraine, et le régime doit acheter des vies humaines à prix toujours plus élevé. Dans la République de Mari, une région parmi les plus pauvres de Russie, jusqu’à 10 % du budget régional est consacré aux dépenses militaires de recrutement. La moyenne nationale s’établit entre 3 et 4 % des budgets régionaux. Ce sont des écoles non construites, des hôpitaux non rénovés, des routes non réparées — le tout sacrifié sur l’autel d’une guerre que le Kremlin présente encore comme une opération spéciale limitée.

Et pourtant, ces primes ne suffisent plus. En février 2025, les forces russes n’ont capturé que 100 kilomètres carrés de territoire ukrainien, au prix de 26 000 soldats tués ou blessés et de pertes en équipements chiffrées à plusieurs centaines de millions de dollars. Le rapport coût/résultat est catastrophique. Les régions russes paient — sans avoir leur mot à dire sur la conduite d’une guerre qui les ruine.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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