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ESSAI : La Russie ne peut pas gagner en Ukraine — et voici pourquoi ce constat change tout
Crédit: Adobe Stock

Des milliards volés, des soldats abandonnés

Le premier pilier de l’incapacité russe à remporter cette guerre, c’est la corruption endémique et systémique qui ronge les forces armées depuis des décennies. Ce n’est pas une anecdote. Ce n’est pas un dysfonctionnement marginal. C’est le coeur du problème, le cancer qui a métastasé dans chaque recoin de l’appareil militaire russe. Entre 2011 et 2012, Moscou avait lancé un programme de modernisation militaire ambitieux, doté de milliards de roubles destinés à transformer l’armée russe en une force du XXIe siècle. Équipements neufs, systèmes de communication modernes, véhicules blindés rénovés, logistique restructurée. Sur le papier, c’était impressionnant. Dans la réalité, une grande partie de cet argent disparut. Absorbé par des réseaux d’officiers corrompus, des entrepreneurs liés au pouvoir, des intermédiaires sans scrupules qui facturèrent des livraisons qui n’eurent jamais lieu.

Les équipements promis ne furent jamais livrés. Les contrats furent signés, les paiements effectués, mais les camions, les drones, les systèmes de ravitaillement restèrent sur le papier. Quand les colonnes russes s’élancèrent vers Kyiv en février 2022, elles portaient en elles le poids de cette décennie de vol institutionnalisé. Les véhicules tombaient en panne faute d’entretien. Les réserves de carburant étaient insuffisantes. Les rations alimentaires manquaient. Des témoignages de soldats, recueillis par des ONG et des correspondants de guerre, décrivent des hommes contraints de tuer et manger des pigeons sur les lignes de front pour ne pas mourir de faim. Des hommes de la première puissance nucléaire mondiale, réduire à chasser des oiseaux pour survivre. Ce n’est pas un détail. C’est le symptôme d’un système qui s’est mangé lui-même de l’intérieur.

Il y a quelque chose d’insupportable dans cette image. Des jeunes hommes envoyés mourir pour les ambitions impériales d’un homme seul, abandonnés par la chaîne d’approvisionnement, trahis par leurs propres officiers, réduits à la débrouille la plus primitive. La corruption ne fait pas que voler l’argent — elle vole la vie des soldats. Elle les envoie au combat démunis, mal équipés, mal nourris, et elle les tue aussi sûrement qu’une balle ennemie.

Le vol comme culture d’État

Ce qui rend cette corruption particulièrement irrémédiable à court terme, c’est qu’elle n’est pas le fait de quelques individus malveillants qu’on pourrait arrêter et remplacer. Elle est le produit d’une culture institutionnelle profondément enracinée, d’un système de relations clientélistes qui remonte à l’ère soviétique et qui a survécu, voire prospéré, sous Poutine. Dans les forces armées russes, le détournement de ressources est une pratique normalisée. Les officiers supérieurs y participent. Les officiers intermédiaires y participent. Les sous-officiers y participent. Chaque échelon prélève sa part, refourgue ce qui peut être revendu, détourne ce qui peut l’être. Les fournitures militaires finissent sur des marchés noirs. Le carburant est vendu à des civils. Les rations sont revendues avant même d’atteindre les soldats. C’est un système, pas une exception.

Chatham House, l’un des think tanks stratégiques les plus respectés au monde, a publié une analyse rigoureuse des défaillances russes qui identifie explicitement cette corruption comme l’un des facteurs structurels de la désintégration capacitaire de l’armée russe. Le rapport pointe « des difficultés financières et économiques, des déficiences dans la main-d’oeuvre, une surconcentration industrielle et une corruption systémique » comme les quatre piliers de l’échec. Ces quatre éléments s’alimentent mutuellement dans une spirale descendante : la corruption détruit les ressources, les ressources insuffisantes créent des déficiences humaines, les déficiences humaines affaiblissent la capacité industrielle, et l’affaiblissement industriel aggrave les difficultés économiques. Un cercle vicieux parfait, verrouillé de l’intérieur, impossible à briser sans une transformation radicale de la gouvernance — transformation que le régime de Poutine est structurellement incapable de mener.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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