Skip to content
ESSAI : Le destroyer furtif à 8 milliards que l’US Navy a construit pour un monde qui n’existe plus
Crédit: Adobe Stock

Un destroyer pensé pour bombarder des côtes, pas pour combattre en mer

La spécification fondamentale du programme Zumwalt révèle tout le problème : ce destroyer était d’abord et avant tout conçu pour des missions d’attaque terrestre. Pas pour la défense anti-aérienne. Pas pour la guerre anti-sous-marine. Pas pour le combat de surface. Pour bombarder des côtes. C’est un choix stratégique qui, rétrospectivement, confine à l’hallucination collective. La Marine américaine, héritière de Midway et de Leyte Gulf, décide de construire son navire le plus avancé non pas pour dominer l’océan, mais pour tirer des obus sur des cibles terrestres. Comme si le contrôle des mers était acquis pour l’éternité.

Le système d’armement principal choisi reflète cette philosophie : le Advanced Gun System, ou AGS, un canon de 155 millimètres capable de bombarder des cibles à 60 miles nautiques. Deux canons par navire. Une puissance de feu terrifiante — sur le papier. Dans la réalité, c’est le début d’un cauchemar industriel qui va transformer le Zumwalt en symbole de tout ce qui peut mal tourner quand on laisse les ingénieurs rêver sans que les stratèges ne vérifient si le rêve a le moindre rapport avec la réalité.

L’Advanced Gun System : le canon à un million de dollars le coup

Le problème du canon AGS n’était pas le canon lui-même. C’étaient les munitions. Les obus spécialisés requis pour exploiter le système — les Long Range Land Attack Projectiles, ou LRLAP — se sont révélés d’une complexité et d’un coût proprement délirants. Chaque obus coûtait entre 800 000 et un million de dollars. À ce prix-là, on n’achète pas des munitions. On achète des missiles de croisière. Et la Marine ne pouvait pas les produire en série, ce qui rendait le système entier inutilisable en conditions opérationnelles. Un destroyer dont l’arme principale ne peut pas tirer parce que les obus coûtent le prix d’un appartement parisien — voilà ce que l’Amérique a obtenu pour ses 8 milliards.

Les Zumwalt étaient, comme l’a écrit Brandon Weichert, « dégriffés dès le départ ». Des félins sans griffes. Des destroyers sans destruction. La Marine avait construit les navires de guerre les plus chers de l’histoire — et ils ne pouvaient pas accomplir la mission pour laquelle ils avaient été conçus.

Il y a quelque chose de profondément humain dans cette catastrophe : construire l’outil parfait pour un problème qu’on a inventé, puis découvrir que le vrai problème est ailleurs. Le Zumwalt, c’est Icare en acier.

Sources et références

Source principale

Brandon J. Weichert, « How the U.S. Navy Built an $8 Billion ‘Stealth’ Destroyer for a World That No Longer Exists », 19FortyFive, 14 mars 2026. URL : https://www.19fortyfive.com/2026/03/how-the-u-s-navy-built-an-8-billion-stealth-destroyer-for-a-world-that-no-longer-exists/

Contexte éditorial

Cet essai s’appuie sur l’analyse de Brandon J. Weichert, rédacteur en chef sécurité nationale de 19FortyFive. L’analyse intègre des données publiques sur le programme Zumwalt (DDG-1000), le système CPS, et le contexte de la compétition navale entre grandes puissances en 2026.

Écrire sur le Zumwalt, c’est écrire sur la condition humaine elle-même : cette tendance irrépressible à construire des cathédrales pour des dieux auxquels on ne croit plus, simplement parce qu’on a commencé et qu’on ne sait plus s’arrêter.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu