Skip to content
OPINION : L’économie russe est en train de mourir à petit feu — et Poutine le sait
Crédit: Adobe Stock

Rostec et le paradoxe de l’armement

Au cœur du système économique russe, il y a Rostec, le géant de l’industrie de défense qui produit 80 % des armements livrés aux forces armées russes. Sergueï Chemezov, son directeur général, est l’homme qui connaît mieux que quiconque les limites réelles du complexe militaro-industriel russe. Et ce qu’il a répété à plusieurs reprises — dans des déclarations qui ont filtré malgré les efforts du Kremlin pour contrôler le message — est d’une gravité saisissante : les grandes usines de production ne peuvent pas continuer ainsi indéfiniment. Les pressions économiques actuelles menacent une défaillance irréparable de la capacité militaire russe sur le long terme, notamment sa capacité à soutenir la production d’armements.

Voilà le paradoxe absurde dans lequel se trouve la Russie : pour financer sa guerre, elle détruit les bases économiques qui permettraient de la financer durablement. Les taux d’intérêt, maintenus à des niveaux records par la Banque centrale russe pour contenir une inflation qui dépasse largement la cible officielle de 4 % — un objectif inchangé depuis 2015, une fiction maintenue comme une quasi-idéologie — écrasent les entreprises civiles sous le poids du crédit. Les entreprises qui ne produisent pas d’obus ou de drones ne peuvent plus emprunter à des conditions raisonnables. Elles réduisent leurs investissements, licencient, ferment. La Russie est en train de manger sa propre économie civile pour alimenter sa machine de guerre.

Il y a dans cette mécanique infernale quelque chose qui ressemble à une tragédie antique. Un empire qui se consume pour conquérir ce qu’il ne pourra jamais vraiment tenir. Et pendant ce temps, les analystes en col blanc à Moscou continuent de produire des rapports rassurants que personne ne croit vraiment.

Le piège des taux d’intérêt et la banque centrale sous pression

Elvira Nabiullina, gouverneure de la Banque centrale de Russie, est probablement l’une des femmes les plus isolées du monde. Sa mission est impossible : maintenir une inflation sous contrôle dans un pays qui injecte des centaines de milliards de roubles dans son économie de guerre, qui voit sa main-d’œuvre saignée par les mobilisations et les pertes au front, et dont les revenus issus des hydrocarbures s’évaporent sous l’effet des plafonds de prix imposés par l’Occident et des sanctions qui, contrairement à ce que prétend le Kremlin, font bel et bien leur effet. Nabiullina a relevé les taux jusqu’à des niveaux qui auraient semblé impensables avant la guerre. Résultat : les entreprises russes empruntent à des conditions exorbitantes, l’investissement privé s’effondre, et l’économie réelle — celle qui fabrique des voitures, des machines, des produits de consommation — se retrouve asphyxiée.

La Banque centrale est prise dans un piège à deux mâchoires. Si elle baisse les taux pour oxygéner l’économie civile, elle risque une spirale inflationniste qui rappellerait les pires heures des années 1990 — époque que Poutine lui-même a toujours présentée comme la grande humiliation nationale, celle qu’il était censé effacer. Si elle maintient ses taux élevés, elle condamne des pans entiers de l’industrie russe à la stagnation ou à la faillite. Il n’y a pas de bonne réponse. Il n’y a que des mauvaises options et le choix de celle qui fera le moins de dégâts immédiats — tout en différant, sans les résoudre, les catastrophes structurelles qui s’accumulent.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu