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PORTRAIT : Mykhailo Fedorov face à l’abîme — l’homme qui doit sauver la mobilisation ukrainienne
Crédit: Adobe Stock

Quand les chiffres révèlent l’insoutenable

La crise de mobilisation ukrainienne en 2026 n’est pas un accident. C’est l’aboutissement logique, prévisible, d’années de tensions entre les besoins militaires du front et la capacité — physique, psychologique, politique — d’une société civile à y répondre. Les analystes de KI Insights, le centre de recherche du Kyiv Independent, ont publié en janvier 2026 un rapport qui fait date, présenté par l’analyste Mykolaj Suchy. Ce document, destiné aux abonnés premium, dissèque sans ménagement les lignes de fracture du système. En décembre 2025, l’Ukraine mobilisait environ 30 000 personnes par mois. Ce chiffre semble considérable. Il ne l’est pas. Non parce qu’il est insuffisant en volume brut, mais parce que la qualité des recrues pose problème. Trop de ces hommes arrivent au front inaptes au combat — trop âgés, trop peu formés, souffrant de conditions médicales qui auraient dû les exclure, ou simplement brisés psychologiquement avant même d’avoir enfilé leur treillis.

Le Parquet général ukrainien a publié des données glaçantes : entre janvier 2022 et septembre 2025, près de 290 000 procédures pénales ont été ouvertes pour abandon non autorisé d’unité militaire. Parmi celles-ci, 235 646 concernaient des absences non autorisées (AWOL) et 53 954 constituaient des cas de désertion caractérisée. Ces chiffres placent l’Ukraine dans une situation sans précédent dans l’histoire récente des conflits européens. La résistance à la mobilisation n’est plus un phénomène marginal — c’est une réalité de masse qui ébranle la capacité opérationnelle de l’armée et, plus profondément, la légitimité même du système de recrutement.

Ces 290 000 procédures pénales — c’est une ville entière de gens qui ont dit non, ou qui se sont effondrés sous le poids. Je ne suis pas là pour juger ces hommes. Je suis là pour dire que quand un système produit de tels chiffres, ce n’est plus le problème des individus. C’est le problème du système.

La corruption comme cancer structurel

L’une des raisons profondes de la défiance envers la mobilisation réside dans la perception — largement documentée — d’un système profondément inégalitaire. Des médias ukrainiens ont publié des témoignages de familles qui ont versé des sommes considérables pour obtenir des exemptions médicales frauduleuses. Des fonctionnaires des centres de recrutement ont été arrêtés pour corruption. La loi sur la mobilisation est perçue par une large partie de la population comme frappant les moins bien connectés, les moins riches, les moins capables de naviguer dans les rouages d’un système opaque. Ceux qui ont les moyens fuient à l’étranger — des millions d’Ukrainiens en âge de combattre se trouvent en Pologne, en Allemagne, en République tchèque, en Grande-Bretagne. Ceux qui restent, souvent des hommes de milieux populaires ou ruraux, constituent le vivier principal d’une mobilisation qu’ils vivent comme une injustice fondamentale. Fedorov a reconnu explicitement ce problème. Il a parlé de réforme « globale » du système de mobilisation. Mais entre l’annonce et l’exécution, entre le discours parlementaire et la réalité du terrain, il y a un abîme que les mots seuls ne combleront pas.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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